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Les obscénités d'Obama sur la Syrie

par DAVE LINDORFF

Dans ce que la NPR (anciennement National Public Radio, NDT) a appelé "peut-être la toute dernière chance du président Obama" de défendre sa position pour mener une offensive en Syrie, le président n'a, comme par hasard, jamais cherché à présenter des preuves formelles et irréfutables que c'est le dictateur syrien Bashar al-Assad qui est à l'origine de l'attaque présumée au sarin du 21 aout contre les habitants d'une banlieue de Damas.
Pas une seule preuve.
Au lieu de cela, il a repris le sujet de discussion de la semaine écoulée, parlant essentiellement de l'horreur reconnue de voir de jeunes enfants "se tordre de douleur avant de se figer sur le sol glacé d'un hôpital".
Etant donné que, selon les sondages, 2/3 des Américains ne veulent pas que les US attaquent unilatéralement la Syrie, et ne veulent pas du tout d'une autre guerre au Moyen-Orient, il est vraiment étonnant que le président n'ait pas tenté de fournir des arguments pour démontrer, au moins, qu'Assad était le coupable tout désigné. Il s'est contenté d'affirmer, comme cela a été fait dans l'article de propagande de deux pages publié sur le site de la Maison Blanche, "nous savons que le régime d'Assad est responsable de l'attaque chimique".
Sauf que nous ne savons rien. Comme je l'ai écrit précédemment (information que les grands médias ont occultée tout le long de cette toute nouvelle crise), un groupe de 12 anciens agents des services secrets a écrit au président pour lui dire que les services secrets n'accusent pas Assad, mais les forces rebelles d'être responsables de l'attaque chimique.
Au lieu de cela, Obama choisit de soutenir qu'attaquer la Syrie pour punir le gouvernement d'avoir soi-disant utilisé des armes chimiques contre son propre peuple, c'est une question de sécurité nationale des Etats-Unis.
Ici, il nous ressort une variante encore plus tirée par les cheveux de la " théorie des dominos" que même les équipes de Lyndon Johnson et de John F. Kennedy avaient utilisée pour justifier la Guerre au Vietnam.
Si les Etats-Unis n'agissent pas contre la Syrie, répète le président d'un ton sinistre, Assad pourrait bien finir par s'enhardir à utiliser du gaz toxique contre les pays voisins : la Turquie, la Jordanie ou Israël. Et d'"autres tyrans” dans le monde, poursuit-il, pourraient décider, si les US ne font rien en Syrie, de stocker des armes chimiques toxiques qui pourraient "à terme", être utilisées contre les soldats américains.
Pire encore, prévient-il, l'Iran pourrait décider, si les Etats-Unis ne bombardent pas la Syrie à cause de l'utilisation présumée d'armes chimiques, qu'il peut impunément développer ces armes nucléaires – ce que les Etats-Unis ne cessent de présenter comme étant l'objectif de l'Iran.
En résumé, il n'y a, selon le président Obama, aucune limite aux abominations qui pourraient affecter le monde si les Etats-Unis ne sont pas prêts à pulvériser la Syrie à coups de bombes. Et, juste pour conclure sur le danger empirique que représente la Syrie pour les Etats-Unis, le président explique qu'il faut bombarder les forces d'Assad pour "assurer la sécurité de nos enfants à long terme".
Bonjour l'exagération!
Bizarrement, à un autre moment du discours, il réfutait l'idée que la Syrie puisse représenter un quelconque danger, déclarant: "le régime d'Assad n'a pas la capacité de menacer sérieusement notre armée".
Il y a une autre omission frappante dans ce discours. Au début, le président déclare solennellement que le régime d'Assad, en utilisant des armes chimiques, a "violé les lois de la guerre".
Et pourtant, en tant que spécialiste du droit constitutionnel, il ne peut pas ignorer que lui-même a déjà violé une loi de la guerre bien plus importante – l'Article 51 de la Charte des Nations Unies – en menaçant d'attaquer la Syrie, un pays dont lui-même reconnaît qu'il ne représente aucun danger pour les Etats-Unis – et non pas simplement en le menaçant verbalement, mais en concentrant toute une armada sur la Méditerranée Orientale, la Mer Rouge et le Golfe Persique, prête instantanément à bombarder le pays avec des centaines de missiles de croisière Tomahawk.
Cette menace, qualifiée de Crime Contre la Paix, est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à l'exécution (des dirigeants et responsables militaires, NDT).
Apparemment, pour ce président, comme pour tous les présidents avant lui, les autres pays sont tenus de respecter les Conventions de Genève et la Charte des Nations Unies sous peine de subir une offensive unilatérale des Etats-Unis, mais ces règles ne s'appliquent pas à ce qu'il appelle "cette nation exceptionnelle".
Obama a vaguement fait allusion aux appels à la paix de la Russie, qui ont incité la Syrie à accepter de signer la Convention sur les armes chimiques (que, entre parenthèses,la Knesset d'Israël, n'a toujours pas ratifiée, et que les Etats-Unis eux-mêmes n'ont toujours pas respectée, dans la mesure où ils conservent encore d'importants stocks de gaz toxique et même du virus de la variole), et de placer ses armes chimiques et les usines de fabrication sous contrôle international en vue de leur destruction.
Mais il a seulement annoncé qu'il allait demander au Congrès de reporter le vote autorisant le recours à la force contre la Syrie, et non pas qu'il comptait abandonner l'idée.
A la fin de son discours, le président affirme que les Etats-Unis sont depuis 70 ans le "point d'ancrage de la sécurité internationale" et il soutient que le monde est devenu meilleur grâce à ce rôle.
C'est une affirmation effarante qui n'a rien à voir avec l'histoire et que les populations du Vietnam, du Laos et du Cambodge - parmi lesquelles plus de trois millions de civils sont morts à cause des bombes, des gaz toxiques, du napalm, des bombes anti-personnel et des balles américaines - que la population de l'Irak - qui a perdu plus d'un million de civils du fait des armes US, et dont les enfants souffrent encore de malformations congénitales dues à l'uranium appauvri qui a été répandu impitoyablement sur tout le pays par les forces US - et que la population afghane - dont le pays a été déchiqueté par 12 ans d'occupation et de guerre qui leur ont été infligées par les Etats-Unis – trouveraient, sans aucun doute, monstrueuse.
Non, le monde n'est PAS vraiment meilleur à cause des guerres et des déprédations interminables, unilatérales et criminelles auxquelles se livrent les Etats-Unis, et la Syrie ne se portera pas mieux après une agression américaine.
La véritable obscénité de ce discours, c'est de se rappeler à la fin que celui qui l'a prononcé a quelque part, pendue à un mur de la Maison Blanche, la médaille du Prix Nobel de la Paix.

DAVE LINDORFF est un des membres fondateurs de ThisCantBeHappening! http://thiscantbehappening.net/, le nouveau média alternatif en ligne, indépendant et géré par des journalistes. Il figure également dans le livre " Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion" , qui rassemble un certain nombre de textes de journalistes politiques.

Notes complémentaires

Un "monde meilleur" et "un pays d'exception"

Quelques nouvelles en vrac parues ces derniers jours sur l'"exceptionnalisme" US (NB; les articles sont en anglais):

Le Texas sur le point d'exécuter un homme parce qu'il faisait partie d'un gang.

Robert Garza doit être exécuté prochainement parce qu'il faisait partie d'une bande où l'un d'eux a commis un meurtre. Mais l'état du Texas n'a même pas dû prouver qu'il était le meurtrier.
Cela, en vertu d'une loi texane, the Law of Parties, qui ne demande pas à l'accusation de prouver que l'accusé a tué quelqu'un, ni même qu'il avait l'intention de le faire, mais seulement de démontrer qu'il est impliqué dans une affaire où un meurtre a été commis.
Ainsi, quelqu'un qui conduit un coupable devant un supermarché et l'attend à l'extérieur pendant un braquage, peut être aussi accusé de meurtre si l'autre personne tue quelqu'un à l'intérieur du magasin.

Zimmerman, soutenu par toute l'Amérique blanche raciste lors du procès suite à la mort de Trayvon Martin, refait parler de lui.
Ce pauvre gars qui s'était "défendu" contre un jeune noir désarmé en l'abattant avec son arme à feu, a fait l'objet d'une plainte de la part de sa femme (qui s'est ensuite rétractée), qui l'a accusé de l'avoir agressée et menacée de son arme, et d'avoir donné un coup de poing à son père.
Il nie tout, évidemment.
D'ailleurs, il a toujours le droit de porter une arme à feu sur lui.
C'est dire s'il est innocent.

Dans l'Indiana, un policier tire de nombreuses fois avec son taser, même après qu'il eut été menotté, sur le patient d'une maison de retraite, un homme nu de 64 ans souffrant de la maladie d'Alzheimer.

Il est temps de mettre fin aux attaques de drones US contre les enfants au Pakistan, au Yémen et en Afghanistan, dit cet article.
178 enfants pakistanais ont été tués par les drones US (vidéo).
Alors, on le voit, l'empathie d'Obama s'arrête quand il n'a plus besoin d'enfants-alibis pour faire la promotion de ses guerres d'agression.

Le Nevada se débarrasse de handicapés mentaux en les faisant monter dans un bus pour la Californie.
Selon la ville de San Francisco, au cours des cinq dernières années, l'état du Nevada a refilé 1.500 de ses handicapés mentaux à d'autres états en les envoyant de l'autre côté de leurs frontières sans qu'il y ait eu d'accords préalables ni avec les familles, ni avec d'autres HP.
Beaucoup d'entre eux, désorientés, se sont retrouvés sans soins et à la rue.

Le lobby des armes, la NRA, prétend que ce ne sont pas les armes à feu qui tuent mais les gens. La couverture du dernier rapport de Children's Defense Fund sur la violence par les armes à feu aux US indique :

"Le nombre d'enfants et d'adolescents tués par une arme à feu en un an pourrait remplir 134 salles de classe de 20 élèves chacune.

En 2010, 2.694 personnes ont été tuées par une arme à feu.
Un enfant/adolescent est mort toutes les 3 heures et 15 mn.
Il y a eu près de 3 fois plus d'enfants/adolescents blessés aux Etats-Unis par une arme à feu en 2010 que de soldats US blessés au combat en Afghanistan; et 82 enfants de moins de cinq ans sont morts par arme à feu contre 55 policiers en service.

La liste pourrait s'allonger indéfiniment. Ainsi, on pourrait parler également des saisies de maisons qui mettent les gens à la rue, des attaques contre la santé des femmes, de la culture du harcèlement et du viol dans les universités (entre autres), des écoles qui ferment dans les quartiers défavorisés, des enseignants qui sont licenciés en masse et réembauchés (pour certains) pour un salaire très inférieur et des horaires bien plus élevés, des incarcérations qui sont les seuls débouchés pour une partie des élèves pauvres, des universités de plus en plus inaccessibles aux classes moyennes, des diplômes universitaires chèrement acquis qui n'offrent pas d'emplois sûrs et bien rémunérés, des étudiants qui croulent sous des dettes qu'ils ne pourront pas rembourser en toute une vie, des villes sinistrées déclarées en faillite, comme Detroit … et de bien d'autres choses encore.
Alors, oui, "exception", il y a, pour qu'un pays qui se dit "démocratique" accumule autant d'atteintes aux droits humains, comme l'accès à l'éducation, à la santé, au logement, à la justice, etc., caractéristiques, en général, des Etats totalitaires.
Un pays qui, quoi que nous en dise la propagande sur la "liberté" et autres slogans vides de sens, devient de plus en plus un état policier à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières.

Et, enfin,pour revenir à la Syrie, les Syriens l'ont échappé belle.
Cette fois-ci, malgré leurs efforts méritoires, les US et leurs deux laquais français, n'ont pas pu justifier aux yeux du monde de la culpabilité de celui qu'ils accusaient, leur dictateur du moment, Al-Assad.
D'abord les populations occidentales n'ont pas mordu à l'hameçon.
Ensuite, les Syriens n'ont pas été lâchés par les Russes, qui ont saisi l'occasion d'une remarque – volontaire ou pas - de Kerry pour déjouer les plans machiavéliques d'Obama &Co.
Enfin, cet accord sur les armes chimiques en Syrie est également venu à point nommé pour donner une issue de sortie à Obama, en très mauvaise posture, que ce soit dans son pays, ou à l'étranger, où même le fidèle Cameron, débouté par le Parlement avait dû jeter l'éponge.
Sans parler du ridicule d'être flanqué des Pieds Nickelés hargneux hexagonaux.
Mais ne nous réjouissons pas. Les faucons états-uniens n'admettent pas la défaite.
Ils reviendront à la charge.
Et, de toute façon, cet accord n'est qu'une première étape, il reste le plus gros à faire: imposer un cessez-le-feu immédiat, désarmer l'opposition, renvoyer du pays les étrangers islamistes, organiser le retour des millions de déplacés et réfugiés …
Et reconstruire.
Et il reste aussi SURTOUT à donner au peuple syrien le droit de se déterminer et de construire la vie politique et sociale autour d'un projet véritablement démocratique.
C'est ce qu'ils voulaient, au départ, avant que les requins de tout poil s'en mêlent, non?