Dehors, le lobby des armes! Un directeur d'école congédie les agents de sécurité, développe les sections artistiques et voit les résultats de l'école remonter en flèche

Qui aurait imaginé que les jeunes apprendraient mieux s'ils n'avaient pas la police sur le dos?

Au mépris de la tendance actuelle, le chef d'établissement d'une école publique qui enseigne de la maternelle jusqu'à la troisième, a supprimé tous les dispositifs sécuritaires et réinvesti dans les disciplines artistiques, réussissant, ainsi, à améliorer nettement les notes et les résultats aux tests nationaux dans une école où régnait "une atmosphère de prison"''.

L'école Orchard Gardens, de Roxbury, Massachusetts, fondée en 2003, devenait aussitôt une des pires écoles publiques de l'état.
D'après le site de l'école-pilote, sur les 800 élèves, "plus de 90% ont droit à la gratuité ou à la quasi-gratuité de la cantine, 25% suivent des cours d'anglais langue-étrangère et 25% bénéficient de services d'aide individualisée pour répondre à des besoins spécifiques".
Comme le raconte Katy Tur dans son reportage pour la NBC, la violence endémique et un cadre scolaire répressif freinaient le développement des élèves à Orchard Gardens. Les élèves n'avaient pas le droit de porter des sacs à dos par peur qu'ils n'y transportent des armes. Plus de la moitié des enseignants ne revenaient pas l'année suivante.
C'est alors qu'en 2010, est arrivé Andrew Bott, le sixième chef d'établissement en sept ans, et tout a changé.

"Beaucoup de mes collègues étaient sceptiques sur mon projet", explique Bott à NBC. "Beaucoup me disaient: 'est-ce que tu te rends compte qu'Orchard Gardens va tuer ta carrière? Tu n'as pas intérêt à aller à Orchard Gardens'".

Sitôt arrivé, Bott supprimait complètement tous les dispositifs sécuritaires et relançait les disciplines artistiques. Les instruments de musique étaient ressortis du local où ils étaient enfermés et retournés dans les salles de classe.
L'équipe pédagogique rouvrait les salles de danse et les ateliers d'arts plastiques, désaffectés depuis des années.
Au bout d'un an, l'école avait déjà enregistré des progrès sensibles au niveau des résultats des tests en lecture et en mathématiques.
Et en l'espace de trois ans, l'établissement Orchard Gardens était complètement transformé. Non seulement les résultats scolaires et les notes en classe s'étaient améliorés, mais les élèves étaient plus disciplinés.
"Il nous arrive de rencontrer les problèmes classiques chez les adolescents", dit Bott, "mais rien qui ne soit pas dans la norme par rapport à ce qui se passe dans les autres écoles".
Le recentrage d'Orchard Gardens est représentatif des études qui ont été faites, qui établissent un rapport entre les formations artistiques et la réussite scolaire.
Une étude réalisée en 2012 par le "National Endowments for the Arts" montre que les "élèves à problèmes qui suivent une formation artistique, que ce soit dans le cadre des cours ou d'activités périscolaires, ont des chances d'avoir de meilleurs résultats scolaires, davantage de débouchés professionnels et un meilleur engagement citoyen".
Chris Plunkett, professeur d'arts plastiques à Orchard Gardens en constate les effets actuellement.

Il leur faut un peu plus que du bachotage pour les tests et plus qu'apprendre qu'à chaque problème, il n'y a qu'une solution", dit Chris Plunkett. "Même s'ils n'ont pas conscience d'engranger les connaissances et de consolider les acquis, c'est ce qui se passe en réalité, et je pense que cela rejaillit sur les autres domaines".

Keyvaughn Little, un élève de troisième, confirme que la réduction de l'appareil répressif et le développement des disciplines artistiques ont eus des effets positifs. Depuis que le chef d'établissement est passé d'un programme à l'autre, les notes de Little se sont améliorées et il a même été admis en lycée à la prestigieuse Boston Arts Academy.

“Maintenant que les enseignants m'aident activement et me poussent sur la bonne voie, j'ai de l'espoir pour mon avenir", dit Little "je suis plus ouvert aujourd'hui et je m'exprime davantage depuis les cours d'arts plastiques".

Andrew Bott, le chef d'établissement et son équipe administrative sont, à juste titre, fiers du renouveau de leur école.
Un communiqué sur le site de l'école suggère aux autres écoles publiques de s'inspirer de leur expérience:

"Notre équipe pense que la transformation extraordinaire d'une des écoles publiques les plus en difficulté de Boston servira de modèle à tout le pays pour réaliser un changement radical du système éducatif".

Steven Hsieh est écrivain et secrétaire de rédaction à AlterNet, et vit à Brooklyn.

Note perso

C'est dommage, ça: j'aimais bien l'idée que les élèves soient surveillés par des hommes en armes, style: "eh! toi, le négro, là-bas, au fond de la classe! Oui, TOI! Tu bouges encore, je te descends, tu as compris?".
La classe!
Zutalors! Ça ne marche pas?
Après les massacres dans des écoles, la NRA, qui affirme que ce sont les gens qui tuent, pas les armes, a décrété que pour protéger les élèves, il fallait armer les personnels.
Comment peut-on être aussi crétin? Enfin, non, ce n'est pas de la bêtise crasse à l'état pur, c'est, aussi, de la fourberie, de la cruauté et de l'opportunisme pour fourguer leur marchandise mortifère. Parce qu'ils ont réponse à tout pour protéger leur bifteck et, comme ils sont très généreux avec les candidats aux élections, ces derniers ne peuvent que se plier à leurs diktats, et leurs désirs se résument à empêcher l'adoption de lois réglementant la possession d'armes, ce dont ils sont constamment menacés, ces malheureux, par ces élus populistes soucieux de complaire à leur électorat.
Eh, oui, si on considère les enfants, en particulier ceux issus de familles pauvres, comme des êtres humains et non pas comme des futurs délinquants, voire des tueurs nés, si on leur fait découvrir leurs talents et qu'on les valorise, et si on les réconcilie avec la notion d'acquisitions de connaissances, il n'y a pas de raison que l'école devienne Fort-Apache et Alcatraz réunis.
Mais, on l'a vu, la marchandisation de l'école et le remplissage obligatoire des prisons, qui sont des sources de profits énormes, ainsi que la stigmatisation et l'inféodation des pauvres et des minorités, ne sont pas compatibles avec les investissements dans l'éducation publique.

Alors, la "seule solution", c'est la répression.
Et c'est ainsi que les écoles sont équipées de portiques pour déceler les armes et de caméras de surveillance, que les élèves sont sous le contrôle permanent d'agents de sécurité, éventuellement armés et en ligne directe avec la police locale, et que chaque incident supplémentaire pousse à prendre encore d'autres mesures visant à assurer la "sécurité", tout cela, évidemment, au détriment de l'Education.
Car, en effet, le budget pour la sécurité est pris sur l'enveloppe globale que reçoit l'école. C'est encore l'idée de déshabiller Pierre pour habiller Paul, et, donc, supprimer des heures d'enseignement et des disciplines essentielles destinées à l'apprentissage et au développement d'un enfant.
Or, avec le gel du budget et les compressions budgétaires drastiques actuels, les crédits alloués à l'éducation sont encore réduits.
D'autre part, les agents de sécurité n'ont pas reçu de formation pour gérer des enfants dans le cadre scolaire, pire, ils n'ont souvent pas eu de formation poussée non plus au maniement d'armes. Mais qu'importe, si les vaches sont bien gardées.

Une autre spécificité de cette société violente, ce sont les tueries qui ont lieu régulièrement aux Etats-Unis, et qui poussent la population à s'armer davantage.
Et si ces massacres se produisent dans une école ou sur un campus, c'est encore plus dramatique.
Ainsi, à la suite du massacre qui a eu lieu dans l'école primaire Sandy Hook du Connecticut, le 14 décembre 2012, où 27 personnes sont mortes - dont 20 enfants et le tueur, qui se serait suicidé - la NRA (le lobby des armes) présentait un projet destiné à généraliser la présence de vigiles armés dans chaque école et sur chaque campus (ça en fait du flouze, tout ça). Généreusement, la NRA et d'autres organismes offraient une soixantaine d'heures de formation au maniement des armes aux enseignants désireux de s'équiper.
D'autre part, certains élus réclamaient à cor et à cris une législation autorisant le personnel enseignant et non-enseignant à porter une arme à feu à l'école.
Dans le Sud Dakota, par exemple, alors que la Maison Blanche cherchait à faire adopter des mesures (bien timides) pour limiter l'acquisition de certaines armes à feu (malgré le lobbying acharné et les vociférations de la NRA), le gouverneur paraphait, en mars 2013, un texte de loi voté par le congrès de l'état permettant au personnel des établissements scolaires de détenir une arme.
Ce que ne savaient pas d'autres élus qui exigeaient ces mêmes mesures, c'est que 18 états (plus du tiers) - dont, parfois, leur propre état – avaient déjà instauré des lois donnant le droit aux personnels d'un établissement scolaire d'avoir une arme à feu dans l'enceinte de l'école, avec la seule contrainte, souvent, qu'ils aient une autorisation écrite du chef d'établissement ou des autorités du secteur scolaire.
Ainsi, parmi ces états, le Texas, dont le gouverneur Rick Perry était des premiers à réclamer bruyamment cette possibilité, ignorant qu'une telle loi existait déjà dans son état. Pauvre type.
Cela a été le cas également pour l'Alabama, le Kentucky ou l'Oregon, où des élus de ces états réclamaient une loi déjà existante.
Parmi les autres états qui ont déjà une loi, il y a : la Californie, le Connecticut, l'Idaho, l'Iowa, le Kentucky, le Massachusetts, le Mississippi ou l'Utah.

Donc, quand on voit la violence de cette société policière, l'abandon progressif des valeurs fondamentales d'une société libre, la violence des citoyens envers leurs propres enfants, on comprend le désarroi de ceux-ci et leur recours à la violence en retour.

Heureusement, tous les USAméricains ne sont pas des cinglés de la gâchette: ceux qui souhaitent une réglementation sont globalement majoritaires, même si c'est très inégal selon les états.

Donc, ce chef d'établissement fou qui transforme, à contre-courant de la doxa sécuritaire, une école-antichambre de la prison en une école où les enfants sont heureux de travailler, c'est une très belle histoire et c'est bien ce en quoi consiste l'éducation.
Hélas, cette expérience est probablement bien marginale aux Etats-Unis, les écoles publiques ayant plus vocation à être fermées autoritairement, qu'à faire l'objet d'innovations pédagogiques.
Mais, savoir que cela existe et que ça marche pourrait bien éveiller d'autres vocations parmi les équipes pédagogiques qui n'ont pas été laminées par la cupidité et l'obscurantisme.
Ici, en France, c'est le démantèlement du système éducatif public qui est en cours depuis des années, avec suppression de disciplines, réduction des horaires, augmentation des effectifs et suppression de postes de titulaires formés.
Encore quelques années de ce traitement et - les armes à feu mises à part (et encore) – le délabrement de l'école publique atteindra probablement celui des US actuellement.
C'est-à-dire des écoles publiques exsangues montrées du doigt qui seront remplacées par des écoles privées grassement subventionnées par l'Etat, qui reverse au privé l'argent destiné à l'Education et dont une bonne partie sera prélevée pour payer les actionnaires et autres parasites.
C'est-à-dire, une fois encore, appliquer le dogme capitaliste: se servir dans les caisses de l'Etat pour le profit d'une minorité au détriment de ceux à qui ces fonds sont censés s'adresser.

Pour l'école-antichambre de la prison, voir les billets précédents de ce blog: Ecole- prison aux Etats-Unis: les vases communicants et navette école-prison