A Philadelphie, ils ferment les écoles et construisent la prison
Malgré la mobilisation des élèves, des parents, des enseignants et des responsables de quartiers, malgré les manifestations massives, le Conseil des Réformes scolaires de Pennsylvanie a décidé la fermeture de 23 écoles à Philadelphie, rejetant la proposition de fermeture de quatre écoles seulement (voir la vidéo ici).



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En votant un maigre budget de 2,4 milliards de dollars, le Conseil condamnait automatiquement ces 23 écoles à la fermeture, éliminant, ainsi, environ 10% de l''ensemble des établissements scolaires publics de la ville.
Le président du Conseil a expliqué que c'était une mesure, certes, très douloureuse, mais qu'il fallait prendre absolument parce que l'entretien des écoles grevait gravement le budget de la ville et qu'ils ne pouvaient plus continuer ainsi.
Seul un des membres du Conseil sur les cinq a voté contre cette proposition, disant que l'administration du gouverneur républicain de Pennsylvanie, Tom Corbett, n'avait pas fait assez d'efforts pour trouver les fonds nécessaires.
Et il n'a pas tort.
En effet, quelques jours à peine après la décision de la Commission, débutait la construction d'une prison de 400 millions de dollars, un établissement pénitentiaire dont on dit qu'il serait le second projet de l'état le plus couteux de tous les temps.
La prison, qui va comprendre deux unités distinctes, vient s'ajouter à au moins deux prisons déjà existantes, le Western Penitentiary à Pittsburgh et la prison de "Fayette County PA".
Le Western Penitentiary de Pittsburgh a été construit en 2003, initialement dans le but de remplacer la prison de "Fayette County", mais la première, accusée de sévices corporels et sexuels sur les prisonniers, a eu maille à partir avec la justice.
Cette nouvelle prison, dont l'ouverture est prévue pour 2015, pourra accueillir jusqu'à 5000 détenus. Les autorités ont annoncé qu'il y aurait des sections réservées aux femmes, aux malades mentaux et aux condamnés à mort.
(Notons au passage que: 1) la peine de mort devrait être abolie depuis longtemps 2) que les malades mentaux ne devraient pas se retrouver en prison, mais dans des centres spécialisés adaptés, mais quand on ferme les écoles, on ne peut pas s'attendre à des politiques beaucoup plus humaines et intelligentes par ailleurs).
Et ce n'est pas tout:
La chambre des Représentants de Pennsylvanie à majorité républicaine a récemment voté un allègement fiscal pour les entreprises privées qui va représenter un manque à gagner pour l'état entre 600 et 800 millions de dollars par an.
Le message est clair : mieux vaut la prison que l'éducation.

L'éducation publique en voie de disparition accélérée

Selon le quotidien "Philadelphia Inquirer", avec un déficit budgétaire municipal de 304 millions de dollars, les élèves risquaient de se retrouver à la rentrée prochaine sans nouveaux manuels, sans fournitures scolaires, sans conseillers, sans chefs d'établissement adjoints, sans activités périscolaires, sans documentalistes, ni secrétaires. Toutes les activités sportives et artistiques (arts plastiques, musique, etc.) seraient sans doute supprimées et jusqu'à 3.000 personnes pourraient se retrouver au chômage.
Les licenciements seront également inévitables parmi les agents de maintenance, les agents de services ou les travailleurs du bâtiment.
Même si, à ce stade, les autorités n'envisagent pas de licenciements parmi les enseignants (chaque chose en son temps, pas la peine d'énerver tout le monde à la fois), il n'est pas vraisemblable qu'elles conservent en l'état l'encadrement éducatif.
Les enseignants qui auront été licenciés pourront toujours retrouver leurs élèves en envoyant leur CV au Département des Corrections - en espérant que le budget de la prison permettra l'embauche de personnel.
Quant aux élèves, à savoir les 14.000 d'entre eux touchés par ces mesures, ils seront probablement entassés dans les écoles existantes, et peu importe si elles ne sont pas à proximité de leur domicile, s'ils auront un trajet beaucoup plus long à effectuer, et/ou s'ils doivent traverser des zones dangereuses.
Peu importe, aussi, si ces nouvelles structures créeront immanquablement des tensions entre les élèves de quartiers rivaux et si cela va encore favoriser l'abandon précoce des études.
Selon la journaliste indépendante Rhania Khalek, les disparités raciales dans le système éducatif et le complexe carcéral, où 60 % de toute la population est non-blanche, ont généré ce qu'ils appellent un “school-to-prison-pipeline".
A savoir, que les élèves défavorisés passent directement de la case école à la case prison – même à un très jeune âge.

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Enfant derrière les barreaux

A Meridian, Mississippi, Cedrico Green, emprisonné pour la première fois vers l'âge de 13 ans dans un centre de détention pour mineurs pour avoir participé à une bagarre, n'a cessé depuis de faire la navette entre la prison et l'école …
Pour une paire de chaussettes qui n'est pas de la couleur de celle imposée par le règlement, pour quelques minutes de retard, toutes des "infractions" considérées comme des "violations de sa liberté conditionnelle". Et il n'est pas le seul dans ce cas.

A Philadelphie, dit Rhania Khalek, 81% des élèves affectés par ces fermetures sont noirs, alors qu'ils ne représentent que 58% de l'ensemble de la population scolaire.
En revanche, seulement 4 % de Blancs sont concernés par ces mesures alors qu'ils représentent 14 % de la population scolaire de Philadelphie, et 93 % des enfants dont l'école va fermer sont issus de familles à faibles revenus, alors qu'ils constituent 81 % des élèves.
Alors, que va-t-il se passer? Eh bien, il y aura encore plus d'échec scolaire, plus de sanctions, plus d'expulsions et la nouvelle prison ultramoderne sera là pour leur tendre les bras.
Voir l'article bien documenté (en français): De l’école à la prison, un cycle infernal"

Autre exemple de fermetures: à New-York (anglais).

Mais les fermetures d'écoles n'affectent pas que les enfants: elles ont de terribles conséquences pour la vie des quartiers où ils habitent, l'école étant un pôle important de rencontres et d'échanges.
Ensuite, l'absence de structures scolaires fait chuter les prix de l'immobilier, fait partir les classes moyennes et vide les lieux d'habitations. Le quartier devient donc un lieu complètement sinistré, abandonné aux laissés-pour-compte, montrés du doigt et dont les besoins vitaux sont totalement ignorés des autorités.
Mais c'est de cadet des soucis de ces rapaces.

Démocrates et Républicains au diapason

Hélas, cette tendance n'est plus l'apanage des Républicains, même si c'est leur vocation de toujours: réduire les impôts des entreprises et les fonds destinés aux services publics pour gonfler les revenus du privé.
Les démocrates qui, autrefois, défendaient traditionnellement un peu plus l'Education publique, marchent allègrement dans les pas de leurs collègues républicains.
Ainsi, à Chicago, la municipalité, dont le maire, Rahm Emanuel, a été chef de Cabinet de la Maison Blanche sous la présidence d'Obama, a annoncé pour l'an prochain la fermeture de plus de 50 écoles.

Mais tout cela vient de plus haut, d'Obama himself et de sa "réforme de l'Education" :

" Dans une attaque sans précédent contre l'éducation publique, il met en concurrence les états, encourage les fermetures d'écoles, les licenciements massifs d'enseignants, et les réductions de salaires et d'avantages sociaux, préconisant les mesures draconiennes et les privatisations pour avoir droit à des aides fédérales"... (La suite dans le billet sur ce blog).

Objectif: livrer le public au privé

Mais ces écoles ne se volatilisent pas toutes: elles sont remplacées par des "charter schools". Les "charters" sont souvent des écoles où il n'y a pas de syndicats. Elles reçoivent des subventions de l'Etat, mais sont gérées par le privé, parfois par des sociétés de gestion à but lucratif.
Ainsi, à New York, les fonds spéculatifs ont investi d'importantes sommes d'argent dans les charters et siègent souvent au conseil d'administration.
"Les patrons de fonds spéculatifs", écrit le New York Times, "deviennent un "important contrepoids politique aux syndicats d'enseignants et aux autres défenseurs de l'école publique".
L'intention est claire, donc.
(Dans cet article en anglais, l'auteur indique de nombreux liens liés à la destruction de l'Education publique, notamment la guerre contre les enseignants et les intellectuels qui défendent le secteur public).
Ainsi, on le constate une fois de plus, comme tous les autres services publics, la liquidation de l'éducation publique pour tous se poursuit inexorablement.

Les chiffres le disent, pourtant: le secteur public est créateur d'emplois

Les élèves sont des pions et des marchandises qui ont un coût - pourtant, Bob Pollin, économiste et professeur d'économie, dit qu'"investir dans l'école crée deux fois plus d'emplois que dans l'armée" ("Investing in Schools Creates More Than Twice as Many Jobs as Military Spending – vidéo en anglais).
Si on investit dans l'Education, explique-t-il, on crée 27 emplois, si on investit la même somme dans l'armée, on ne crée que 11 emplois. C'est-à-dire que le secteur public d'éducation crée deux fois et demie plus d'emplois que l'armée.
Si les dépenses pour l'Education sont les meilleures génératrices d'emploi, alors, pourquoi les autorités locales et fédérales licencient-elles les enseignants et ferment-elles les écoles? dit-il. Investir dans le secteur public, c'est lutter contre le chômage.
Il faut donc investir dans l'Education, mais aussi, dans la préservation de l'environnement, la sécurité des personnes et dans les infrastructures (qui sont dans un état déplorable aux US.,l'effondrement d'un pont près de Seattle n'étant qu'un exemple parmi bien d'autres où les routes, les pistes d'aéroports, et tout le reste sont souvent endommagés et laissés en l'état).

Rejeter la faute sur les enseignants pour fermer les écoles publiques

Les enseignants sont devenus des employés lambda, "incompétents", "trop payés", jetés en pâture à l'opprobre de l'opinion publique, qu'on licencie et réembauche à des salaires bien inférieurs, en leur interdisant de se syndiquer et en leur imposant de produire des résultats uniformes - malgré les disparités de conditions selon les écoles, les quartiers, les conditions de vie, le contexte ethnico-culturel - et d'éliminer ceux qui ne peuvent pas atteindre la moyenne aux tests.
Beaucoup d'enseignants, dégoûtés, quittent la profession. Et ceux qui débutent une carrière sont aujourd'hui à la merci d'une industrie multimilliardaire.
Le syndrome "c'est la faute aux enseignants" (en anglais).

La prison aux US: une institution très coûteuse

Voici quelques chiffres

Les US dépensent près de 70 milliards par an pour incarcérer des adultes et placer les mineurs dans des centres de détention, et pour contrôler 7,3 millions d'individus en liberté surveillée.
Depuis 1980, la population carcérale des Etats-Unis est passée d'environ 500.000 (200.000 en 1970) à 2,3 millions en 3 décennies.
Les US totalisent 25% de la population carcérale mondiale alors qu'ils ne représentent que 5 % de la population mondiale.
Les Etats-Unis ont le taux d'incarcération le plus élevé au monde.
1 adulte sur 100 est en prison,
Les U.S. incarcèrent cinq fois plus que la moyenne mondiale.
Quand ils sortent de prison, 2 détenus sur 3 sont à nouveau arrêtés dans les 12 mois qui suivent.
En 1982, le budget des prisons des états était de 9 milliards de dollars. En 2009, il dépassait les 60 milliards.
Les taux de criminalité aux usa baissent depuis ces quinze dernières années, alors que les dépenses budgétaires augmentent régulièrement.
Les U.S. dépensent 6 fois plus d'argent pour les prisons que pour l'éducation.
En 2006, la Californie a dépensé 8,000 dollars par élève dans le district scolaire d'Oakland. Et elle a dépensé 216.000 dollars pour chaque détenu mineur.
Au cours de ces 20 dernières années, les sommes d'argent dépensées pour les prisons ont augmenté de 570%, alors que les fonds destinés à l'éducation n'ont augmenté que de 33%.
Plus de 75% des détenus sont incapables de lire un texte du niveau de terminale. Moins de 20% des détenus ont un diplôme de fin d'études secondaires.
Plus de 70.000 enfants sont incarcérés dans les centres de détention pour mineurs (chiffres oct. 2012).
Les enfants subissent souvent des sévices corporels et des viols, en particulier, ceux qui sont incarcérés dans les prisons pour adultes.
Le taux de suicide est élevé.
Des milliers de mineurs sont traduits en justice dans les tribunaux pour adultes.
A noter: la Cour Suprême a décidé en juin 2012 que les mineurs impliqués dans un crime ne pouvaient plus être condamnés à perpétuité sans libération conditionnelle.
Une injustice d'autant plus ignoble quand on réalise que, théoriquement, la perpétuité pour un enfant représente bien plus d'années que pour un adulte.
Ce qui va permettre à Lawrence Johnson,du Delaware, condamné à mourir en prison pour avoir fait le guet, à 16 ans, lors d'un braquage où un commerçant a été tué, de sortir bientôt. Après 20 ans passés en prison.

Un système profondément raciste

Les Noirs ont 6 fois plus de risques que les Blancs de se retrouver en prison, et les Latinos deux fois plus.
A l'école, les élèves noirs ont plus de trois fois et demi plus de risques d'être exclus, temporairement ou définitivement, que les blancs.
Et plus de 70 % des élèves impliqués dans les arrestations en rapport avec l'école ou qui ont été signalés à la police au cours de l'année scolaire 2009-2010 étaient noirs ou hispaniques.

Si les jeunes des quartiers pauvres, et donc, majoritairement noirs ou latinos, sont directement visés, on constate un phénomène plus récent: les attaques contre les filles.

Qualifiées d'hystériques, de grandes gueules, d'incontrôlables et d'arrogantes, les jeunes noires sont considérées comme étant une "menace" pour le patriarcat. Et elles subissent, en conséquence, des sanctions disproportionnées.

Quelques exemples, cités dans cet article:

Tout récemment, une petite fille de 8 ans, Jmyha Rickman, a été menottée et détenue par la police pendant deux heures après avoir piqué une crise de nerfs à l'école élémentaire LoveJoy d'Alton, Illinois.
Jmyha s'était, semble-t-il, énervée parce qu'on avait ignoré ses demandes répétées de se rendre aux toilettes.
Mais, au lieu de contacter un des parents ou un adulte responsable d'elle, le personnel a appelé la police, qui a immobilisé et menotté la petite fille.
Celle-ci a ensuite été emmenée au commissariat où elle a été enfermée pendant deux heures dans une salle de détention réservée aux mineurs.
"Elle avait les yeux gonflés à force d'avoir pleuré", raconte Nehemiah Keeton, son oncle et son tuteur, "ses poignets portaient les marques des menottes, et ils lui avaient également attaché les chevilles".
Les responsables de l'école et la police estiment n'avoir commis aucune faute.
Pays de merde.
Ce que les journaux ne précisent pas toujours, c'est que Jmyha Rickman est … autiste.
Depuis, elle ne veut plus retourner à l'école.
C'est étonnant.
Le 13 avril 2012, Salecia Johnson, 6 ans, était menottée et arrêtée dans le bureau du directeur de l'école, puis emmenée au poste de police local à Milledgeville, Georgia, pour avoir piqué une crise de nerfs en cours.
En mai 2010, à Chicago, Olivia Raymond, 13 ans, était arrêtée, accusée de vol, et était exclue de l'école temporairement.
Ayant trouvé une paire de lunettes de soleil, et, de peur d'être en retard au cours, elle les avait glissées dans son sac, comptant les rapporter plus tard au bureau des objets trouvés. Quand elle est arrivée en cours, l'enseignante l'a traitée de voleuse devant toute la classe.
En septembre 2005, Shaquanda Cotton, adolescente noire de 14 ans, de Paris, Texas, était arrêtée et placée dans un centre de détention de haute sécurité, puis, condamnée à une peine maximale de 7 ans de prison pour avoir bousculé et fait tomber un surveillant dans le couloir de l'école.
Heureusement les associations de défense des droits des citoyens et les médias se sont émus du sort de la jeune fille qui était en cellule d'isolement depuis un an, et elle a été finalement libérée le 1 avril 2007.

Une idéologie prédatrice et mortifère

Donc, on le constate, l'idée, c'est de criminaliser la population récalcitrante pour mieux piller les caisses de l'Etat, nourries par le petit contribuable de la classe moyenne et ouvrière, afin de livrer au privé tout ce qui reste de services marchands du secteur public.
Les fonds publics étant en constant déficit, le prétexte est tout trouvé pour réduire encore les aides sociales.
Cela, avec l'aval d'une majorité de citoyens, qu'on a persuadés que l'Etat et les impôts étaient le mal absolu et qui sont incapables de réaliser qu'ils se font berner, à savoir, par exemple, qu'en supprimant les écoles publiques et en les remplaçant par des écoles privées, ils paient pour un service auquel ils ont droit de fait.
C'est le même genre de campagne de marketing agressive que celle qui a lancé l'eau en bouteille. Et avec des millions d'élèves-consommateurs, on comprend qu'ils ne veuillent pas lâcher.
C'est pourtant une arnaque à très grande échelle, car, ce qu'on sait moins, c'est que les impôts dus aux états qui sont impayés par les entreprises (outre les exonérations dont elles bénéficient au niveau national et local), correspondent à 90% du coût de l'éducation jusqu'en terminale.



Le capitalisme recycle cyniquement pour faire du profit


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Le Liberty hotel, à Boston, qui était autrefois la prison "Charles Street jail". Photograph: Alamy
Certaines prisons ont été recyclées et transformées en hôtels de luxe. C'est moindre mal, évidemment. Enfermons les riches, les plus grands escrocs sur terre, dans ces cages dorées et jetons la clé.
Et pour leur donner le grand frisson, passons-leur sous la porte la nourriture qui est préparée par leurs amis des grands groupes privés de la malbouffe et servie actuellement aux prisonniers et aux écoliers du pays (et il paraitrait même que les repas en prison seraient mieux "équilibrés" que ceux qui sont servis dans les écoles: gageons qu'ils vont s'empresser de réparer cette injustice: en servant des repas encore plus infects aux prisonniers).

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Ah oui, on voit bien la différence, hein! C'est nettement plus appétissant côté prison.

Mais j'ai une autre idée de recyclage auquel les prédateurs n'ont certainement pas pensé: transformer les prisons en centres culturels et récréatifs, en bibliothèques, en lieux de discussions et d'échanges destinés à la population et aux enfants qui ont été délibérément laissés dans l'ignorance et contraints de se conformer aux diktats d'une société raciste, cruelle et répressive.

Ouvrons grand les portes des prisons.