L'inspiration est Contagieuse!

Peuples indigènes, travailleurs, militants contre le réchauffement climatique, contre l'alimentation malsaine, contre la torture, et un ours blanc.
par Margaret Flowers

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Un groupe de femmes indiennes a organisé une marche tout le long du Mississippi – 1800 km – pour sensibiliser la population aux problèmes de pollution. Elles transportent un seau d'eau non polluée d'un litre et demi récupérée à la source du Mississippi dans le but de déverser cette eau claire à l'embouchure du fleuve pour lui montrer ce qu'il pourrait être.

Les militants du Mouvement pour la Justice Climatique sont peut-être plus influents qu'on l'imagine.La compagnie pétrolière française, Total, a revendu à perte à son partenaire canadien Suncor sa participation à 49% à un projet de valorisation du pétrole tiré de sables bitumineux au Canada, perdant ainsi 1,65 milliards de dollars.
Pourquoi? Le coût devient trop élevé et les bénéfices chutent. Avec tout le récent battage médiatique sur les accidents dus à l'exploitation des schistes bitumineux dans le Minnesota, l'Arkansas et d'autres états, la population prend conscience des risques environnementaux. Sachant que l'exploitation des schistes bitumineux en Alberta (fr) atteint un seuil critique en matière de réchauffement climatique, les groupes pétroliers ne doivent-ils pas être tenus responsables des catastrophes climatiques qui vont inévitablement en résulter? La contestation s'organise.

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La grève de la faim se poursuit à Guantanamo (voir note de bas de page). Des manifestations de solidarité avec les détenus ont été organisées, la semaine dernière par l'association Witness Against Torture.
Guantanamo est un exemple parmi d'autres de l'injustice du système pénal. Le procès actuel contre le règlement "Stop and Frisk" de la police de New-York - qui permet d'arrêter et de fouiller toute personne considérée comme suspecte – révèle les pratiques policières de contrôles au faciès.
Cette semaine, un gradé de la police dont les propos avaient été enregistrés (où il demandait à un policier du Bronx d'arrêter tous les Noirs entre 14 et 21 ans, NDT) a accepté l'accord à l'amiable avec l'avocat de la défense des droits civils pour une somme de 78.000 dollars (c'est la ville de New-York qui a payé la note; quant au coupable, il a été récemment promu, NDT).
Voir ici l'article que nous avons écrit sur les abus du système pénal.

A New York, les employés des chaînes de restauration rapide, qui perçoivent un salaire de misère, ont débrayé aujourd'hui, organisant la plus grande grève qui ait jamais eu lieu dans le secteur de la restauration rapide, où il n'y a pratiquement aucun syndicat. Les employés exigent que des chaînes comme McDonald et Wendy relèvent le salaire horaire à 15 dollars et les autorisent à adhérer à un syndicat sans qu'ils aient à subir des représailles.
Plus de 400 employés d'une cinquantaine de restaurants vont prendre part à cette grève surprise, deux fois plus que pour le débrayage précédent, ce qui obligera éventuellement plusieurs restaurants à fermer leurs portes pour la journée (CR de l'action: voir ici, en anglais).
"Waging Nonviolence" a publié un article expliquant ce qu'il faut pour organiser une protestation.

A la suite de l'adoption de la loi pour la protection de Monsanto" (cf. texte en bas de page), qui protège des poursuites judiciaires les produits alimentaires nocifs aux OGM de Monsanto, de plus en plus de gens s'indignent. L'approvisionnement alimentaire du pays, déjà en triste état, va être encore plus menacé si le Congrès est toujours plus de mèche avec la compagnie qui a commis des crimes épouvantables à grande échelle, Monsanto.

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Sept mille mineurs et leurs familles ont manifesté en Virginie Occidentale contre Peabody Coal qui avait créé une compagnie bidon destinée à faire faillite pour faire table rase des retraites et des assurances-maladie des travailleurs en résiliant le contrat qui avait été négocié entre Peabody et le syndicat des mineurs "United Mine Workers Union".

Les enseignants s'organisent pour reprendre l'Education aux groupes privés dont l'objectif est la marchandisation de la jeunesse. Ce weekend, (4-7 avr., NDT) " Occupy the Department of Education" organise une série de "teach-ins" ("sit-in" où des enseignants organiseront des cours en plein air, NDT) à Washington.

Barbie Dreamhouse
Une manifestation " Occupy Barbie" contre l'ouverture à Berlin d'une maison Barbie grandeur nature et le projet d'une tournée en Europe dénonce l'ampleur de la mainmise des grands groupes privés sur notre culture. N'avons-nous pas dépassé le stade de Barbie-symbole-de-LA femme?

Mais, il n'y a pas que les groupes privés qui polluent la culture: les adeptes de la suprématie blanche poursuivent leur sale boulot. Le Ku-Klux-Klan s'est rendu à Memphis, ville à majorité noire, pour manifester contre la décision de la municipalité de changer le nom d'un parc qui portait celui d'un ancien Grand Dragon de leur organisation méprisable. Des milliers de contre-manifestants sont venus protester contre le KKK – comme d'habitude dans ces cas-là, il y avait bien plus de manifestants que de membres du Ku-Klux-Klan. Des étudiants, des enseignants et le président de l'université de Towson ont http://october2011.org/blogs/margaret-flowers/towson-university-students-march-unity-amid-white-student-union-controversy célébré la diversité pour protester contre la création d'un nouveau groupe non reconnu d'adeptes de la Suprématie blanche, le "White Student Union", syndicat d'étudiants blancs.

Cette semaine, il nous a été rappelé que nous faisions partie d'un mouvement mondial quand 50.000 personnes se sont rendues en Tunisie pour participer au Forum Social Mondial; Medea Benjamin en a fait un compte-rendu ici (ang.).
Un millier de personnes a défilé jusqu'à l'endroit où le revendeur de fruits s'était immolé par le feu en décembre 2010, ce qui avait non seulement déclenché une révolte en Tunisie, mais avait été à l'origine du Printemps Arabe, ainsi que les mouvements des Indignados et d'Occupy.
Sur place a eu lieu une énorme assemblée générale. Le Forum Social Mondial a publié une déclaration qui évoquait de nombreux points importants et décrivait le travail que nous avions tous accompli:

"Ensemble, les peuples de tous les continents luttent contre la domination du capital, dissimulé derrière les promesses illusoires de progrès économique et l'illusion de stabilité politique".

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Nous adorons cette photo de manifestation d'une seule personne sur la Moscova près du Kremlin contre les forages dans l'Arctique. Elle est la preuve qu'il n'y a pas besoin de beaucoup de monde pour transmettre un message efficacement. Verrons-nous cela sur le Potomac?

Quelques personnes de plus peuvent faire beaucoup plus: ces huit familles du Minnesota ont déclaré leur quartier "zone de non-expulsion", disant:

"Nous refusons désormais d'être pris en otages par les institutions financières qui sont responsables de l'effondrement de notre économie. Nous déclarons solennellement notre localité "zone sans saisies immobilières et sans expulsions". Nous ne partirons pas de chez nous tant que les revendications suivantes ne seront pas satisfaites".

Suivait alors une liste de revendications spécifiques et leur porte-parole concluait en disant: "nous estimons qu'avoir un toit qui soit sûr, équitable et abordable est un droit humain. Rien ne nous fera bouger".

Il y a des questions qui nous rassemblent tous: peut-être la plus importante, c'est le coup monté de la finance internationale: le Trans-Pacific Partnership (TPP).
Il est de plus en plus évident que quelle que soit la question qui vous tient à cœur – que ce soit la règlementation financière, l'alimentation, la santé, le changement climatique, les emplois et les salaires, l'environnement – le TPP va saper votre travail. Le TPP devrait nous rassembler. C'est une lutte que nous pouvons gagner. Et c'est maintenant qu'il faut passer à l'action.
Il y a de la force dans la solidarité.

Et enfin, il nous est revenu en mémoire que le mouvement Occupy a montré combien les classes dirigeantes ont peur du peuple alors qu'étaient publiées les informations sur les tentatives du gouvernement de réprimer le mouvement, ce qui a donné lieu à un certain nombres d'articles, comme celui-ci , ou celui-là (ang.).

Margaret Flowers co-dirige le site "It’s Our Economy", est co-présertatrice de "Clearing the FOG Radio" et une des organisatrices de l'occupation de Freedom Plaza à Washington. Elle fait également partie de la campagne "la santé est un droit humain" au Maryland. D'autres articles de Margaret Flawers dans DV: ici.

Note

Grève de la faim à Guantanamo: Le 6 avril, 41 prisonniers étaient concernés. Cette grève de la faim, qui a débuté approximativement autour du 6 février, a été déclenchée, selon une lettre de 51 avocats datée du 14 mars au secrétaire de la défense, Chuck Hagel "à cause des fouilles généralisées chez les prisonniers pour leur confisquer le coran (qui est interdit par la volonté de leurs geôliers) ainsi que d'autres objets personnels, parmi lesquels des lettres de leurs familles et des photos, des courriers officiels" (voir à ce propos le billet sur ce site)

Scandale: Monsanto fait insérer en catimini dans une loi sur le budget, entre autres, de la santé publique, une clause spécifiant que les OGM ne pourraient pas faire l'objet de poursuites judiciaires.

Revenons sur cette affaire

Étape one: le vote au Congrès

En mars dernier, le Congrès US devait approuver les prévisions budgétaires de la "Agricultural Appropriations Bill" (projet de loi de finances) pour les six prochains mois. Cette loi décide des fonds à attribuer à de nombreux programmes et services gouvernementaux indispensables, comme la sécurité alimentaire, la santé des plantes, le développement et les services ruraux et les programmes sur la nutrition. Ainsi, le budget total pour 2013 s'élève à plus de 19 milliards de dollars (en baisse sensible, rigueur budgétaire pour les besoins essentiels de la population oblige).
Cette fois-ci, une des clauses de cette loi, glissée subrepticement parmi 2000 autres, est destinée à protéger les producteurs d'OGM de poursuites judiciaires face aux risques sanitaires qu'ils représentent.
Cet amendement précise que "sur simple demande d'un cultivateur, exploitant ou producteur, le ministère de l'agriculture doit accorder une autorisation, ou une dérogation, même si l'autorisation a été précédemment annulée ou invalidée".
En clair, cela veut dire que la justice US ne pourra plus s'opposer à la vente ou la plantation d'OGM, même si leur homologation est contestée devant un tribunal.
Ce qui laisse les coudées franches à la machine de guerre Monsanto pour davantage détruire l'agriculture paysanne et la biodiversité, rendre les paysans locaux dépendants de ses produits sur tout le territoire, et narguer les consommateurs.
Merci qui? Merci aux millionnaires du Congrès et à Obama qui donnent toujours plus de pouvoir aux grands groupes privés au détriment de la santé et de la liberté de choix de la population dont ils sont censés être les garants.
Cet amendement a été nommé par ses détracteurs : le “Monsanto Protection Act”.
Monsanto, évidemment, dément ces accusations, indiquant que la loi "ne contient aucune référence, protection ou bénéfice pour Monsanto".
Certes, certes, on va y croire quand on sait que Monsanto, qui vient d’annoncer une hausse de 22% des bénéfices au deuxième trimestre, dispose de 93% du marché du soja, de 88% de celui du coton et de 86% du marché du maïs au Etats-Unis. (Voir en anglais les profits que Monsanto a réalisés récemment )

Indignation

Les militants anti-OGM étaient non seulement indignés de l'adoption de cet amendement, mais ils étaient furieux de la façon dont cette annexe à la loi, introduite anonymement, a été adoptée par le Congrès sans qu'elle ait été préalablement débattue par les Commissions sur l'Agriculture ou sur la Justice.
Ils expliquent, d'autre part, que les études sur les éventuels risques sanitaires que représentent les OGM n'ont pas encore abouti à des conclusions suffisamment tranchées et qu'interdire d'avoir recours à la justice pour faire cesser leur vente ou leur plantation, c'est empêcher les consommateurs de faire valoir leurs droits s'il s'avérait que les OGM étaient dangereux pour la santé.
Face à cela, les militants pour la défense de la santé alimentaire accusent les lobbyistes et les membres du Congrès d'avoir conclu des accords secrets.
Les associations écologistes "Food Democracy Now" et le "Center for Food Safety" dénoncent la Commission sénatoriale des Finances et sa présidente, la sénatrice démocrate, Barbara Mikulski,qui n'ont pas organisé de débats sur cette clause particulière introduite en catimini.
Certains groupes anti-OGM soupçonnent le sénateur républicain du Missouri, Roy Blunt, que le magazine Mother Jones appelle " l’homme de Monsanto à Washington », d’en être l’auteur. Selon le site "Open Secrets", ce sénateur aurait reçu de la part de l’entreprise Monsanto plus de 74 000 dollars US pour ses campagnes électorales entre 2009 et 2012.
Pour d'autres, ce serait un responsable de Monsanto qui aurait rédigé lui-même les quelques lignes de cet amendement.
En tous cas, cette affaire montre, si besoin était, la collusion et la corruption qui existent entre les grands groupes et les élus et jusqu'où ces derniers sont prêts à aller pour laisser le champ libre aux premiers.
Cette confidentialité expliquerait ce qu'ont déclaré certains élus du congrès, à savoir que beaucoup d'entre eux n'étaient pas au courant que cette clause existait.
Ils ont expliqué avoir voté pour éviter un blocage du gouvernement, appelé "government shutdown" (NB - " government shutdown: si le budget n'est pas voté par le Congrès, le gouvernement ne peut pas disposer des fonds fédéraux nécessaires pour fonctionner. Chaque débat budgétaire au Congrès est un jeu du chat et de la souris entre les deux partis et qui dure des mois).

"Cette affaire crée un précédent terrible''", écrit, l'International Business Times, "même si cette loi ne sera appliquée que pendant six mois, cette affaire met en lumière que les groupes privés peuvent contourner les lois sur la protection des consommateurs s'ils ont le Congrès de leur côté. Cela crée également un précédent en ce que le recours à la justice n'est plus un droit, mais devient un privilège".

Et puis, une fois le loup introduit dans la bergerie, difficile de l'en sortir. D'autant que d'autres loups attendent à la porte de pied ferme.

Et Obama dans tout ça?

(Rappel: quand un projet de loi est voté par les deux chambres du Congrès, le chef d'état le ratifie pour qu'il devienne loi officielle. S'il n'est pas d'accord avec certaines dispositions, il oppose son véto et le projet repart au Congrès pour y être amendé et à nouveau débattu).

Dès l'annonce du vote du congrès, Food Democracy Now lançait une campagne de pétitions qui a recueilli en peu de temps 250000 signatures pour demander à Obama d'opposer son veto à ce projet de loi.
Mais, ignorant superbement les manifestations massives des militants pour la sécurité alimentaire, le président Obama ratifiait la proposition de loi, où était glissé subrepticement le "Monsanto Protection Act", adopté par le Congrès.
Une traitrise de plus envers le peuple US et la constitution (à sa décharge, il lui était difficile de ne pas signer car cette loi permettait au gouvernement de fonctionner - voir ici tous les arguments sur cette affaire http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article1006: le coup tordu était bien monté).
Mais Obama n'est plus à une traitrise près, désormais:
L’étiquetage indiquant qu’un aliment est transgénique ou que les produits manufacturés qu'achètent les consommateurs contiennent des OGM n’est pas obligatoire aux Etats-Unis. C'est dire qu'il y a très peu de chances que le producteur ou le distributeur en fasse état s'il n'est pas contraint de le faire (NB: actuellement plus de 30 états débattent de l'étiquetage des produits OGM – en ang. ).
C'est une autre revendication des écologistes et de la population informée, ignorée aujourd'hui par Obama.
Comme pour le reste, l'étiquetage des OGM faisait partie des promesses du candidat Obama en 2007.

Le joli petit potager bio de Madame Obama


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Les élèves d'une école primaire participent à la com' des Obama

Autre signe du mépris dans lequel le président et les autres tiennent la population, et du cynisme de cet homme: Michelle Obama, qui lui sert de PR et joue son rôle de First Lady à merveille, a décidé, en 2009, de faire planter sur le terrain de la Maison Blanche un jardin bio dont ils utilisent désormais la production pour leurs repas quotidiens et pour leurs invités et dont ils donnent le surplus à des banques alimentaires. Il y a plus de 50 variétés de légumes et même des ruches pour faire du miel.
Cette initiative s'inscrit dans le cadre de la campagne "Let's Move" de lutte contre l'obésité de Michelle Obama qui vise à inciter la population, et surtout les enfants, à consommer des produits locaux pour avoir une alimentation plus saine et lutter contre l'obésité, le diabète et les maladies cardio-vasculaires.
Evidemment, ceux qui n'ont pas de jardin, ni de petits producteurs locaux à proximité – une grande partie de la population, surtout les pauvres (près de 47 millions d'entre eux reçoivent des bons alimentaires), directement concernés par le déséquilibre alimentaire et les risques sanitaires qu'il comporte – n'auront d'autre choix que de faire leurs courses chez Wal-Mart pour y acheter les fruits et légumes préparés avec amour par Monsanto et al.
Mais cela devrait aller quand même. Michelle Obama n'a rien contre Wal-Mart, puisqu'elle collabore avec la compagnie dans le cadre de son programme "Let's Move".
Son mari, n'y voit aucun inconvénient, non plus.
Pourtant quand il était élu du sénat de l'Illinois, il avait dénoncé haut et fort les salaires de misère que versait Wal-Mart à ses employés.
Tout passe, tout lasse. Comme son opposition à la guerre lancée par George W. Bush en Irak.
Cela doit être ça qu'il voulait dire par "change".
Mais revenons au présent:
Alors que Michelle Obama fait la promotion des produits bio et de l'agriculture locale, son mari, lui, vote des lois pour donner les pleins pouvoirs aux producteurs d'OGM contre l'intérêt de la population, et en particulier des enfants, et celui des petits agriculteurs déjà pris à la gorge.
C'est un peu comme si on choisissait un croque-mort pour s'occuper de ses vieux parents.
Mais si Obama a bien changé, on ne peut pas dire qu'il soit versatile en tant que président. Ainsi, en 2009, il nommait Michael Taylor, un ancien haut-responsable de Monsanto comme "conseiller-expert du haut-commissaire de la FDA (Food and Drug Administration) et, en 2010, celui-ci était promu haut-commissaire adjoint.
Autant inviter directement Marie Besnard à sa table.