Après l'Irak, l'Afghanistan, la Libye, le Soudan, et d'autres, c'est la Corée du Nord qui est dans le collimateur des adeptes du "regime change" à la sauce américaine, un truc épais, rouge sang et bien assaisonné où on noie le poisson.
Un changement de régime qui n'a pourtant profité à aucune des populations des pays cités ci-dessus, mais auquel nous préparent les médias avec acharnement.
Les journaux sont pleins quotidiennement des déclarations guerrières du dirigeant nord-coréen, Kim Jung-un - largement ignoré des médias en temps "normal"- , et devenu l'homme le plus odieux de la planète qui, de ses petits poings rageurs, la menacerait d'un holocauste nucléaire. Voir, ne serait-ce que la série d'articles dans le Guardian.

Jack A. Smith rappelle les relations entre les Etats-Unis et la Corée du Nord depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
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Un face-à-face inquiétant
APTOPIX South Korea Obama

Derrière le conflit US / Corée du Nord

Que se passe-t-il entre les Etats-Unis et la Corée du Nord pour qu'il y ait autant de gros titres, ces derniers jours du genre: "les Tensions augmentent en Corée" ou "la Corée du Nord menace les Etats-Unis"?
Le New York Times écrit:

Cette semaine, le jeune dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jung-un, a donné l'ordre à ses sous-fifres de se préparer pour une attaque de missiles contre les Etats-Unis. Il est apparu à un centre de commandement devant une carte murale avec le titre audacieux et improbable: 'Plans pour attaquer le continent U.S.’. Au début du mois, ses généraux se vantaient d'être en train de développer une tête nucléaire "à la Coréenne" qui pouvait s'adapter sur un missile à longue portée.

Les Etats-Unis savent parfaitement que les déclarations de la Corée du Nord ne sont pas soutenues par suffisamment de force militaire pour qu'elle puisse mettre en œuvre ses menaces symboliques, mais, apparemment ils augmentent les tensions malgré tout.
Le président sud-coréen, Park Geun-hye, a tout à fait conscience, également, que ces menaces sont rhétoriques, mais il a déclaré: "Nous devons nous lancer dans des représailles énergiques et immédiates sans aucune autre considération politique si (le Nord) organise toute provocation contre notre peuple". Pyongyang a, de toute évidence, un autre objectif en tête.
Il me faut un peu revenir en arrière pour expliquer.
Depuis la fin de la Guerre de Corée, il y a 60 ans de cela, le gouvernement du Parti des Travailleurs de la République Démocratique de Corée (ou Corée du Nord) n'a cessé de soumettre pratiquement les quatre mêmes propositions aux Etats-Unis.
Ce sont:
1. un traité de paix pour mettre fin à la Guerre de Corée.
2. La réunification de la Corée, qui est "provisoirement" divisée entre le Nord et le Sud depuis 1945.
3. La fin de l'occupation US de la Corée du Sud et l'arrêt des jeux de la guerre annuels des U.S- Corée du Sud qui durent un mois entier.
4. Des discussions bilatérales entre Washington et Pyongyang pour mettre un terme aux tensions sur la péninsule coréenne.
Les Etats-Unis et leur protectorat sud-coréen ont, depuis toutes ces années, chaque fois rejeté ces propositions. En conséquence, la péninsule reste extrêmement instable depuis les années 1950. On en est arrivé à un tel point qu'aujourd'hui Washington a profité des jeux de la guerre de cette année, qui ont débuté début mars, pour simuler une attaque nucléaire contre la Corée du Nord en faisant survoler la région, le 28 mars, par deux Stealth Bombers, des avions bombardiers à capacité d'armement nucléaire. Trois jours après, la Maison Blanche donnait l'ordre d'envoyer des avions de chasse furtifs, des F-22 Raptor, en Corée du Sud, provoquant une nouvelle escalade des tensions.
Voici ce qui motive ces quatre propositions:
1.les Etats-Unis refusent de signer un traité de paix pour mettre un terme à la Guerre de Corée. Ils n'ont accepté qu'un armistice. Un armistice, c'est la cessation temporaire des hostilités par consentement mutuel.
L'armistice signé le 27 juillet 1953, était censé devenir un traité de paix quand ils parviendraient à un "accord pacifique". L'absence de traité signifie que la guerre pourrait reprendre à tout moment. La Corée du Nord ne veut pas d'une guerre contre les Etats-Unis, le pays qui possède l'armée la plus puissante de l'histoire. Elle veut un traité de paix et la reconnaissance diplomatique de Washington.
2. Les deux Corée sont le résultat d'un accord entre l'URSS (qui avait une frontière commune avec la Corée et avait contribué à libérer la partie nord du pays sous domination japonaise pendant la seconde guerre mondiale) et les Etats-Unis, qui occupaient la partie sud. Même si le socialisme dominait au nord et le capitalisme au sud, il n'était pas question que ce serait une partition permanente.
Les deux grandes puissances devaient se retirer au bout d'un an ou deux pour permettre la réunification du pays. C'est ce qu'a fait la Russie, mais pas les Etats-Unis. Et c'est alors qu'a eu lieu la guerre destructrice de trois ans en 1950. C'est depuis cette époque que la Corée du Nord avance des propositions pour mettre fin à cette séparation qui durait depuis 1945.
La proposition la plus récente, je crois, est "un seul pays, deux systèmes". C'est-à-dire qu'elle demande la réunification des deux parties, mais que le sud resterait capitaliste et le nord socialiste.
Ce sera difficile mais pas impossible. Washington ne veut pas de ça. Il veut la péninsule toute entière pour installer son appareil militaire directement à la frontière de la Chine, ainsi que de la Russie.
3. Entre 25.000 et plus de 40.000 soldats US sont stationnés en Corée du Sud depuis la fin de la guerre. Ils rappellent – de même que les navires de guerre US, les bases de bombardiers nucléaires et l'installation de troupes à proximité de la péninsule — deux choses. L'une est "nous pouvons écraser le Nord" et l'autre: "la Corée du Sud nous appartient".
C'est ainsi que Pyongyang voit les choses - d'autant plus depuis que le président Obama a décidé de se tourner vers l'Asie. Alors que ce nouvel axe renferme un aspect économique et commercial, son objectif central est d'augmenter la puissance militaire US déjà importante dans la région afin d'amplifier les menaces contre la Chine, mais la Corée du Nord voisine est bien dans le périmètre de cette zone dangereuse.
4. la Guerre de Corée était un conflit essentiellement entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, c'est-à-dire que, si un certain nombre de pays de l'ONU étaient engagés dans la guerre, ce sont les Etats-Unis qui commandaient les opérations, contrôlaient les combats contre la Corée du Nord et qui sont responsables de la mort de millions de Coréens au nord de la ligne de démarcation du 38ème parallèle. Il est tout à fait logique que Pyongyang veuille négocier directement avec Washington pour régler les différends et parvenir à des accords de paix qui aboutiraient à un traité. Les Etats-Unis ont constamment refusé.
Ces quatre points ne sont pas nouveaux. Ils étaient déjà proposés dans les années 1950. Journaliste du quotidien U.S. le Guardian, je me suis rendu trois fois en Corée du Nord dans les années 1970 pour un séjour de huit semaines en tout. Pratiquement chaque fois que je rencontrais des hauts responsables, il était question de traité de paix, de réunification, de retrait des troupes US de Corée du sud et de dialogue en face à face. La situation est la même aujourd'hui. Les Etats-Unis refusent de céder.
Et pourquoi? Washington veut se débarrasser du régime communiste avant de laisser la paix de s'installer sur la péninsule. Pas question de "un seul Etat, deux systèmes" pour l'Oncle Sam, bon sang! Il veut un seul état qui fera vœu d'allégeance à – devinez qui?
Entre-temps, l'existence d'une Corée du Nord "belliqueuse" justifie que Washington encercle le Nord d'un véritable anneau de feu. Une République Démocratique de Corée “dangereuse" sert également à maintenir Tokyo dans la sphère d'influence des Etats-Unis et à fournir un nouveau prétexte au Japon naguère pacifiste pour renforcer son arsenal déjà redoutable.
Les jeux de la guerre Etats-Unis/Corée du Sud en mars dernier ont été précédés en février par les jeux de la guerre Etats-Unis/Japon, appelés "Iron Fist", la Main de Fer. Dans les deux cas, Washington a démontré clairement qu'il se rangerait dans le camp de Seoul ou de Tokyo et contre celui de Pyongyang ou de Beijing si c'était nécessaire. L'action conjointe U.S./Japon avait pour enjeu de s'emparer d'une île imaginaire — un avertissement militaire direct adressé à la Chine, qui, comme le Japon, revendique la possession des Iles Senkaku.

Note perso

Allons-nous encore laisser faire sans rien dire?
Ce qui est inquiétant, c'est que je n'ai trouvé aucune contre-info sur la presse alternative. C'est comme si la Corée, c'était trop loin et que tout le monde s'en fichait royalement.
A moins que toutes des interventions humanitaires, ça ait fini par lasser et qu'on se dise:

Bon, ils veulent aller rayer un autre pays de la planète? Qu'ils y aillent. Ce sera sans moi. Et puis, ce type au nom imprononçable et à la coiffure ridicule, il n'a qu'à pas les provoquer, aussi! Déjà que si on les provoque pas, ils y vont quand même, là, c'est leur donner le pain et le couteau. Alors, qu'ils se débrouillent tout seuls, maintenant, et on va voir s'ils vont fanfaronner longtemps.

Et puis, en plus de tout ça, c'est un pays "communiste"! Un truc ringard qui n'existe plus nulle part ailleurs, tellement "ça ne marche pas".
Alors, un peu plus, un peu moins d'archaïsme, hein?

PS: Ah, je suis mauvaise langue: il y a ça sur la Corée du N , trouvé sur un blog de Médiapart.
Tout n'est certainement pas rose en Corée du N, mais il est difficile de savoir quelle est la part de responsabilité entre la gestion communiste du pays et les attaques sournoises et violentes des US., qui ont toujours combattu férocement, par la propagande, les embargos, les blocus, les déstabilisations diverses fomentées par leurs agents, les provocations, etc., toute organisation politique qui s'opposerait à celle qu'ils imposent au reste du monde.
Se taire et laisser faire n'est pas la solution, toutefois.
Et, en plus, ils ne sont même pas musulmans. De quoi se plaint-on?