Guantanamo met en lumière la réalité du fascisme US

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Ce sont en grande partie des morts qui respirent encore. C'est le sinistre constat que fait l'avocat des détenus du camp de concentration américain, connu également sous le nom de Guantanamo.
Plus de 11 ans après l'ouverture de ce bagne sur le territoire cubain occupé par l'Amérique, il reste quelque 166 prisonniers qui vivent dans un monde cauchemardesque de détention illimitée.
Des centaines d'autres ont été broyés par la machine et recrachés comme des déchets humains.
Refuser la liberté à des êtres humains, c'est de la torture; refuser qu'ils aient une idée du moment où cette torture cessera ajoute une toute nouvelle dimension barbare à la cruauté.
L'arrogance de l'Américain fait qu'il s'autorise à réprimander les autres pays pour les violations des droits humains: la Russie, la Chine, la Corée du Nord et l'Iran sont présentés dans les médias US comme des Etats maudits, accusés de ne pas respecter les normes internationales. Dans le passé, les Américains aimaient tout particulièrement montrer du doigt l'Union Soviétique et son système de goulags pour les mettre en parallèle avec leurs prétendues libertés.
Et ces géants arrogants, gardiens de la vertu autoproclamés se montrent aujourd'hui tels qu'ils sont: des hypocrites, des charlatans et des pervers crapuleux.
Grâce aux souffrances des prisonniers de Guantanamo, le monde constate aujourd'hui quelques vérités scandaleuses sur la véritable nature du gouvernement US et de ses anciennes prétentions de grandeur. Sans Guantanamo, le monde aurait été mystifié un peu plus longtemps par l'art américain de la mystification. Mais c'est terminé maintenant.
Le genre de dictature US a tout ce qu'avait l'ancien système soviétique, mais avec une caractéristique insidieuse: le fantasme de l'exceptionnalisme américain.
Réfléchissez-y. Issus de régions du monde entier, ils ont été transformés à Guantanamo par leurs ravisseurs en bêtes sauvages, torturés physiquement et mentalement, humiliés et déshonorés. La plupart d'entre eux sont des musulmans, originaires d'Afrique, du Moyen Orient et d'Asie où les Etats-Unis mènent depuis 2001 leur mascarade permanente de "guerre contre le terrorisme".
La cruauté vindicative du pays qui les a kidnappés est telle que la seule liberté de ces hommes – lire le coran dans la solitude de leurs cellules – leur a été refusée. Pire encore, leur foi a été piétinée.
Leurs geôliers ont non seulement emprisonné leurs corps, mais ces bourreaux veulent également traquer les pensées les plus intimes de leurs victimes.
Vouloir assassiner l'âme humaine, c'est pousser la barbarie des hommes jusqu'à des degrés scientifiques de perversité.
90% des otages – terme plus approprié que "détenus" - de Guantanamo n'ont jamais été accusés de quoi que ce soit.
Ils sont détenus parce qu'ils sont simplement suspectés par un gouvernement US qui a perdu toute crédibilité et toute moralité aux yeux du monde entier.
Cela fait maintenant 50 jours que 26 des détenus de Guantanamo ont entamé une grève de la faim. C'est la seule liberté qu'il reste à ces hommes. Refuser le moyen de subsistance le plus fondamental. Rester si longtemps sans nourriture conduit le corps humain à une issue fatale. Les muscles ont d'ores et déjà été absorbés par le métabolisme du corps pour survivre face à la privation de nourriture; à ce stade, le dernier organe vital du cerveau commence à être attaqué aussi.
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"Ces hommes se sont peut-être dit que, probablement, le seul moyen de rentrer chez eux – innocentés ou pas – c'est entre quatre planches", a déclaré l'avocat de la défense désigné par l'armée US, le lieutenant colonel Barry Wingard, dans une interview récente réalisée par Russia Today. Wingard, qui n'a droit qu'à un nombre de visites limité pour rencontrer les prisonniers, dit qu'il a été scandalisé par les conditions d'"animaux en cage" que subissaient ces hommes la dernière fois qu'il les a vus, il y a trois semaines. "Ils n'auront jamais droit à un procès avec les preuves qui ont été retenues contre eux", ajoute-t-il.

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Donc, si on récapitule. Des centaines d'hommes – selon toute probabilité innocents des crimes dont on les accuse – ont effectué jusqu'à 11 ans de prison sans inculpation, ont été torturés, se sont vu refuser une aide juridique légitime – tous ces crimes étant commis par le gouvernement des Etats-Unis qui proclame être le garant de la démocratie, des droits humains et des lois internationales. C'est ce gouvernement même qui a organisé l'invasion et l'occupation illégales de l'Afghanistan et de l'Irak, assassinant des millions d'innocents, au nom de la démocratie et du droit international.
Mais ne vous y trompez pas. Guantanamo n'est pas une immonde incongruité des nobles revendications des Etats-Unis. C'est, en fait, un microcosme qui prouve que le gouvernement est devenu véritablement barbare.
Il y a cinq ans, lorsque Barack Obama était candidat à la présidence des Etats-Unis, la fermeture de Guantanamo était une de ses grandes promesses. Et c'est tout à l'honneur de la population US de l'avoir élu pour qu'il démantèle cette abominable atteinte aux droits humains et au droit international, et toute la torture qui en découle, que représentaient ces violations du temps de Bush et des néocons.
Un fois réélu, Obama a répété que Guantanamo n'était pas près de disparaître.
Si ce n'est pas une trahison cynique et du mépris pour les aspirations démocratiques du peuple, ça!
Obama a surpassé Bush, Cheney, Rumsfeld and Co. La guerre permanente impérialiste contre le monde entier est actuellement intensifiée et étendue pour atteindre la Syrie, l'Iran, la Chine et la Russie, et tout autre qui ose se mettre en travers de l'hégémonie des Etats-Unis.
Le fait qu'Obama se soit octroyé des pouvoirs secrets pour exécuter n'importe qui, n'importe quand, n'importe où dans le monde, dépasse les fantasmes des néocons de Bush.
Cette abomination qu'est Guantanamo est donc un important moment de vérité qui montre jusqu'où l'Amérique est allée pour s'engager sur la voie du fascisme absolu.
Paradoxalement, ce sont des hommes qui ont été privés de tout, au point même d'en mourir, qui mettent en lumière cette vérité toute crue.

Finian Cunningham publie des articles sur le site PressTV. Voir les autres articles de Finian dans DV.

Note perso complémentaire

Le Center for Constitutional Rights (CCR) http://ccrjustice.org/, une importante ONG de défense des droits des citoyens, a publié le communiqué suivant:

“Barack Obama a fait campagne et débuté son mandat présidentiel en promettant de fermer Guantánamo, d'encourager les procès fédéraux pour les présumés terroristes, de respecter les droits humains et de rétablir l'Etat de droit. Guantánamo et le système de tribunaux militaires ne sont plus l'héritage du gouvernement Bush – ils seront, désormais, celui d'Obama".

Début 2012, la commission sénatoriale sur les Armées a fait voter par le Congrès la loi controversée sur la Défense nationale de 2012 (2012 National Defense Authorization Act).
Certaines clauses de cette loi indiquent que la détention obligatoire et les décisions judiciaires sont sous la responsabilité de l'armée pour les étrangers dont il est établi qu'ils font partie d'Al-Qaeda ou d'autres organisations associées, même s'ils ont été arrêtés sur le territoire US. Une autre clause autorise la détention illimitée sans jugement de présumés terroristes qui soutiennent Al Qaeda, les Taliban, ou autres groupes associés, même s'ils sont citoyens US. L'administration Obama avait menacé d'opposer son veto au projet de loi, déclarant qu'elle serait "en contradiction avec le principe fondamental US selon lequel l'armée ne patrouille pas les rues du pays". Pour autant, non seulement, il n'y a pas eu de veto présidentiel, mais ils ont soutenu l'existence de cette loi.
Voir plus en détail sur ce site-ci (en français, donc).
Mais il n'y a pas qu'à Guantanamo que sont enfermés les "terroristes présumés", ils sont également détenus sur des sites secrets appelés "black sites”, d'autres sont emprisonnés à l'étranger et risquent l'extradition aux Etats-Unis. (voir l'article du Guardian sur les crimes commis en Irak par les soldats britanniques et US-américains).
Sans compter ceux qui sont incarcérés sur tout le territoire US. Guantanamo n'est que la partie visible de l'iceberg.
Mais cela devrait suffire à faire prendre conscience aux populations de monde entier de la cruauté du régime aux Etats-Unis et de la lâcheté et de la complicité de nos dirigeants, si chatouilleux sur les droits humains quand ils parlent de ceux qui s'opposent à leurs lois iniques.
Aux Etats-Unis, rappelons-le, les violations des droits humains dans le système judiciaire, policier et carcéral sont pléthore: peine de mort; détention à l'isolement pendant des années, voire des dizaines d'années pour certains; incarcérations de mineurs, d'handicapés mentaux; vexations, punitions, humiliations dans les prisons; arrestations arbitraires; faux témoignages et dossiers bâclés; coups montés contre les opposants à la politique républimocratique, etc.
On connaît, hélas, le cas du soldat Manning, qui est loin d'être tiré d'affaire malgré l'indignation internationale, mais il y a bien d'autres personnes aux Etats-Unis qui sont en détention (quasi) illimitée pour des chefs d'accusations douteux.
Tous les mouvements de gauche radicale ont été décimés ainsi (pour ne citer que quelques exemples: les Black Panthers, Moumia Abu Jamal et Leonard Peltier - voir ici).
D'autres exemples (également pris sur mon site) du système judiciaire et carcéral:
"Les jours se suivent et rien ne change dans les prisons aux US".
et: "Des prisonniers politiques aux US il n'y en a pas …"
En revanche, les fachos du Tea Party, eux, ont pignon sur rue. Parce qu'ils demandent en plus bruyant ce que les castes au pouvoir sont prêtes à leur donner progressivement: réduction des impôts, suppression des protections sociales et des services publics, privatisation totale du système de santé.
Ils sont également contre l'avortement et la contraception et pour la peine de mort.
Du beau linge, quoi.
Et, parce qu'ils sont radicaux et très virulents, ils permettent aux dirigeants politiques des deux partis de prendre officiellement du recul par rapport à eux tout en glissant toujours plus à droite de l'échiquier.
Parmi les personnes connues du mouvement: Ron Paul, son fils, Rand Paul, et l'inénarrable Sarah Palin.
On rirait de ces piteux pitres si leur idéologie de la terre brûlée n'était pas préjudiciable non seulement à l'immense majorité de la population US, mais également de toute la planète.