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Blitz sur Gaza: désarroi et tragicomédie à la BBC

16 novembre 2012, par David Cromwell et David Edwards

BBC News est en plein désarroi. Ayant étouffé un rapport concernant des accusations de sévices sexuels contre le DJ et présentateur de télévision Jimmy Savile, récemment décédé, l'émission phare, Newsnight, ce mois-ci, accusait à tort de pédophilie le conservateur Lord McAlpine, qui siège à la Chambre des Lords.
En conséquence, le 10 novembre, à peine 54 jours après avoir pris ses fonctions, le directeur-général de la BBC, George Entwistle, "était démissionné". La directrice de l'information, Helen Boaden, et son adjoint, Stephen Mitchell, ont également été "invités à démissionner". Peter Rippon, le rédacteur en chef de Newsnight responsable de la décision concernant Savile, avait, lui, déjà "démissionné".
Le BBC Trust, dirigé par Lord Patten, censé vérifier que la BBC agit dans l'intérêt public, a, une fois de plus, démontré que c'était un appendice parfaitement inutile.
Les erreurs journalistiques de Newsnight concernant les actes de pédophilie sont déjà terribles, et soumettent le présentateur, à juste titre, à un tas de pressions.
Mais des pressions comparables n'ont pas été exercées sur les responsables de la chaîne pour les contraindre à démissionner à cause de leur incapacité véritablement catastrophique à dénoncer la propagande US-RU sur les armes de destruction massive inexistantes en Irak et la prétendue "menace" que constituait ce pays pour l'occident. Cette incompétence a ouvert la voie à la guerre en Irak et à l'occupation violente et sanglante qui s'en est suivie au prix de centaines de milliers de vies.
(…)

Comment cela peut-il être de l'"auto-défense"?

Le rôle de valet du pouvoir de BBC News est illustré par la façon dont ils ont décrit la toute dernière série de violentes attaques israéliennes contre Gaza.
Le premier jour de l'Opération "Pilier de défense" (ou "Colonne de Nuées ", "Pillar of Cloud"), on apprenait que treize personnes, dont trois enfants, avaient été tuées, et environ une centaine avaient été blessées. Les forces israéliennes avaient atteint leur objectif qui était d'assassiner le chef militaire du Hamas, Ahmed al-Jabari, commettant là un acte délibéré d'exécution extrajudiciaire.
Le 16 novembre, on annonçait qu'Israël avait bombardé 150 sites à Gaza la nuit précédente, avec 450 frappes aériennes au total. Malgré cela, le titre principal de la BBC, ce matin-là, était: "Le premier ministre égyptien arrive pour une mission à Gaza".
Qu'aurait été le titre principal de la BBC si 450 objectifs avaient été touchés à Tel-Aviv par des bombes de F-16, des missiles de drones et de l'artillerie?
Les raids israéliens ont constamment été qualifiés de "représailles" contre les tirs de roquettes de combattants palestiniens sur le sud d'Israël.
Dans une enquête réalisée en 2001 sur le traitement de l'information, le Glasgow Media Group indiquait que les Israéliens avait six fois plus de chances d'être présentés comme ceux qui "ripostaient et contre-attaquaient " que les Palestiniens.
Un correspondant de la BBC à Gaza a déclaré: On craint maintenant une énorme escalade de la violence".
Mais l'exécution d'Ahmed al-Jabari ETAIT une énorme escalade de la violence.
BBC News a rapporté la mort des trois Israéliens à la suite des tirs de roquettes depuis Gaza, citant très brièvement les morts précédentes de "onze Palestiniens – pour la plupart des combattants, mais également des enfants".
Comme toujours, personne n'a songé à expliquer comment on distingue un "combattant" d'un civil à Gaza.
La chronologie des événements récents, pratiquement absente des informations des grands médias, qui ont déclenché les offensives massives d'Israël contre Gaza peut se résumer ainsi:
29 octobre: la BBC annonce que des "combattants" de Gaza ont tiré 26 roquettes sur Israël, selon les autorités, lors d'une flambée de violence qui a fait voler en éclats un bref cessez-le-feu entre les deux camps. Aucun blessé n'a été signalé au sud du pays à la suite de cette salve.
La BBC annonçait:

Cela s'est produit des heures après les raids aériens israéliens sur certains objectifs à Gaza, après les tirs de roquettes de combattants à la suite de l'assassinat par Israël d'un habitant de Gaza, qui, selon Israël, tirait au mortier sur ses soldats.

4 novembre: Ahmad al-Nabaheen, un jeune homme de 20 ans innocent, et souffrant apparemment de troubles mentaux, a été abattu alors qu'il déambulait près de la frontière avec Israël. Les secours ont dû attendre six heures avant d'avoir l'autorisation de le récupérer et ils pensent qu'il est peut-être mort à cause de ce retard.
8 novembre: les soldats israéliens envahissent Gaza, visant et tuant un garçon de 13 ans, Ahmad Abu Daqqa, qui jouait au foot devant chez lui.
10 novembre: les militants Palestiniens attaquent une jeep de l'armée israélienne près de la frontière avec Gaza, blessant quatre Israéliens de l'armée d'occupation. Un obus israélien tue deux enfants à Gaza. Un tank israélien tire sur un cortège funèbre, tuant deux autres civils, et blessant plus de 20 autres.
11 novembre: les résistants palestiniens auraient accepté un cessez-le-feu.
13 novembre: Reuters indique que la trêve entre les Palestiniens et Israël semble tenir bon.
14 novembre: Israël viole le cessez-le-feu en tuant Ahmed al-Jabari et en lançant des raids intensifs sur Gaza.
Selon le journaliste d'investigation, Gareth Porter: "l'assassinat de Jabari par les Israéliens a anéanti toute possibilité de trêve entre Israël et le Hamas".
Stop the War conclut:

Le gouvernement israélien affirme qu'ils mènent actuellement une opération de "défense" en réponse aux tirs de roquettes du Hamas: c'est faux. Israël est directement responsable de la dernière série de violences et doit cesser immédiatement les offensives contre Gaza " (Email, 15 novembre 2012).

Le 15 novembre, en représailles à l'escalade de la violence de la part des Israéliens, les tirs de missiles du Hamas depuis Gaza sur le sud d'Israël ont tué trois personnes.Toute mort violente est une tragédie, mais Yousef Munayyer, directeur du Jerusalem Fund (organisation humanitaire qui défend les droits des Palestiniens), relativisait enfin les choses dans un article publié le jour-même:

Si les autorités israéliennes sont promptes à marteler le nombre de projectiles tirés depuis Gaza, il est rare qu'elles révèlent ce qu'elles envoient sur Gaza, ni quels en sont les effets et les retombées. Par exemple, en 2011, les projectiles tirés par l'armée israélienne sur Gaza ont été responsables de la mort de 108 Palestiniens, parmi lesquels 15 étaient des femmes ou des enfants" …

Au cours du mois de septembre 2012, l'arsenal militaire israélien a causé la mort de 55 Palestiniens et en a blessé 257. Parmi ces 312 victimes, 61, c'est-à-dire environ 20 %, étaient des enfants et 28 des femmes.
(…)
Il est important de signaler que tous ces chiffres ne représentent pas la totalité des tirs israéliens sur Gaza mais seulement ceux qui ont fait des victimes. Le nombre total des projectiles tirés par Israël sur Gaza est forcément beaucoup plus élevé.
Munayyer ajoute: "Il y a eu davantage de Palestiniens tués à Gaza hier que d'Israéliens tués par des projectiles tirés depuis Gaza ces trois dernières années".
Jonathan Cook, un journaliste qui vit en Israël, écrivait sur Facebook, le 15 novembre:

Voici, selon la BBC, les cinq événements les plus importants concernant l'offensive d'Israël contre Gaza.
"Des missiles tirés sur Tel Aviv depuis Gaza"
"Le problème d'Israël avec les roquettes de Gaza"
'"Le Hamas vise nos enfants"
"'Déterminés à emprunter la même voie que le djihad"
"Le ministre britannique Hague critique le Hamas"
"Les missiles de Gaza lancés sur Tel Aviv"

Comme le fait remarquer Cook, "tout se passe comme si rien d'important n'arrivait à la population de Gaza".
Un texte, signé par Noam Chomsky et un certain nombre d'autres personnalités, dénonce l'acharnement des grands médias à présenter le point de vue israélien au détriment des Palestiniens, et dit en substance:

Il n'est nul besoin d'être spécialiste en médias pour comprendre que nous avons affaire, au mieux, à du journalisme de bas étage et biaisé, et au pire, à une manipulation des lecteurs délibérément malhonnête.

Sur Newsnight (14 novembre 2012), le présentateur de la BBC, Gavin Esler, a laissé Daniel Ayalon, secrétaire d'état aux affaires étrangères israélien, étaler la propagande de son gouvernement sans pratiquement jamais le contredire.
La "prise" d'Ahmed al-Jabari, était, selon Ayalon, de l'"autodéfense", de l'autodéfense établie, ajoutant:

"Il n'y a pas d'autre façon de traiter avec des terroristes avec qui on ne peut pas raisonner si ce n'est en se défendant de manière à les empêcher définitivement d'agir à nouveau".

Esler n'a pas contesté l'argument sur l'autodéfense en exposant la véritable chronologie des événements récents. Ayalon, poursuivait, alors, en affirmant qu'Israël avait "donné Gaza, en totalité, aux Palestiniens. Nous avons complètement quitté Gaza en 2005, il y a sept ans".
Là encore, Esler n'a pas daigné lui opposer d'objection comme on pourrait l'attendre d'un journaliste qui se respecte.
Il n'a pas fait remarquer que, même si Israël prétend s'être "retiré" de Gaza en 2005, son contrôle sur l'eau, l'électricité, le tout-à-l'égout et les télécommunications à Gaza, ainsi que son contrôle sur les terres, le littoral et l'espace aérien de Gaza, font que l'ONU considère encore que le contrôle d'Israël sur la population de Gaza est une occupation.
Et d'ailleurs, c'est également le cas pour le gouvernement britannique. Le Secrétaire d'État des Affaires étrangères et du Commonwealth (c.-à-d. du Foreign Office, NDT) a déclaré officiellement en novembre 2010:

"Même s'il n'y a pas de présence physique permanente à Gaza, étant donné le contrôle important qu'exerce Israël sur les frontières, l'espace aérien et les eaux territoriales de Gaza, le Royaume-Uni estime qu'Israël conserve des obligations de puissance occupante en vertu de la Quatrième Convention de Genève". (Hansard, 30 Nov 2010 : Column WA425).

Au cours de Newsnight, il n'a pas été question, non plus, du document interne du gouvernement récemment rendu public et qui révèle que le blocus de Gaza est une politique délibérée de l'Etat d'Israël destinée à infliger une punition collective.
Ce document montre que les besoins alimentaires de la population de Gaza sont calculés d'une façon qui fait froid dans le dos, et que la quantité de nourriture que laisse passer le gouvernement israélien est mesurée de manière à être à peine suffisante pour maintenir la population à la limite de la malnutrition.
Ce texte confirme ce que déclaraient un certain nombre de hauts responsables israéliens, à savoir qu'ils "mettent la population de Gaza au régime".
En revanche, Al Jazeera English a diffusé une interview magistrale avec Ali Abunimah (qui n'est plus visible, apparemment, on se demande pourquoi, NDT), un journaliste palestinien américain et co-fondateur d'Electronic Intifada.Il parle de la chronologie des événements, largement ignorée par les médias, et qui souligne une fois de plus l'absurdité des grands médias qui reprennent l'affirmation d'Israël selon laquelle ses violences s'inscrivent dans le cadre de l'"autodéfense"’:

Comment Israël peut-il prétendre qu'il se défend quand il fait des incursions dans la Bande de Gaza, qu'il tue des enfants, et que, quand les forces d'occupation israéliennes sont attaquées – et les Palestiniens ont le droit à l'autodéfense, ils ont le droit de résister à l'occupation - Israël riposte en bombardant des civils?
Quelle personne sensée appellerait cela de l'"autodéfense".

Qui qualifierait un siège – un siège qui dure depuis six ans, où ils comptent le nombre de calories juste nécessaires aux enfants de Gaza pour ne pas être sous-alimentés et ne laissent passer la nourriture qu'au compte-gouttes – qui appellerait cela de l'auto-défense? Qui qualifierait d'auto-défense le fait qu'Israël bombarde les pêcheurs quotidiennement?
Noam Chomsky s'est rendu récemment à Gaza et a livré ses impressions dans un texte très émouvant.

Une seule nuit passée en prison suffit à donner une idée de ce que cela signifie d'être sous l'autorité totale de quelque force extérieure. Et il ne faut guère passer plus d'une journée à Gaza pour commencer à réaliser ce que cela doit être de survivre dans la plus grande prison à ciel ouvert du monde, où un million et demi de personnes, dans la région du monde où la population est la plus dense, sont constamment soumis à la terreur et aux sanctions arbitraires, sans autre objectif que d'humilier et d'avilir, et avec l'objectif plus large de s'assurer que les espoirs des Palestiniens d'un avenir décent seront anéantis et que l'énorme soutien mondial en faveur d'un accord diplomatique qui leur accorderait ce droit sera nul et non avenu.

(…)

Media Lens

Autres articles dénonçant la désinformation organisée par la BBC sur l'offensive contre Gaza

Electronic Intifada:
As Israel assaults Gaza, BBC reporting assaults the truth (ang).
Et: la BBC omet de parler du meurtre par Israël du bébé de 11 mois de son propre caméraman (ang).

D'autres liens en anglais sur les analyses de médias alternatifs:
Dix mythes sur l'offensive d'Israël contre Gaza
Les mensonges propagés par les medias US américains. Alternet.

"Tuer l'espoir: Israël s'en prend aux sports à Gaza"
Killing Hope: Why Israel Targets Sports in Gaza. The Nation.

Le 16 novembre, l'aviation militaire israélienne a bombardé le stade de 10.000 places de Gaza, ne laissant que des ruines.
Le stade abritait également le siège du Centre de la Jeunesse et des Sports de toute la bande de Gaza. C'est la seconde fois qu'Israël rase ces installations. La première, c'était en 2006 et la population de Gaza a passé les six dernières années à reconstruire les terrains, les tribunes et les bureaux pour continuer à faire vivre l'équipe de foot locale ainsi que d'autres sports dans la région.

Le journaliste explique pourquoi cet acharnement à détruire les infrastructures sportives.
C'est cruel à souhait. Et triste à pleurer.

Vidéo (anglais, sous-titres en français): Guerre psychologique et militaire sur Gaza (les interdits absurdes et délibérément cruels imposés par le blocus).

Complément d'analyse (note perso)

Couverture des bombardements sur Gaza: les voix s'élèvent contre la désinformation des grands médias.

Cette fois-ci, c'est trop, et les médias indépendants, les personnalités progressistes dans le monde entier s'insurgent contre le traitement volontairement partial et cruel du pilonnage de Gaza.
Cela, dans l'indifférence des responsables politiques, dont ceux prétendument de gauche.
(Ainsi, notre président caméléon, dans la lignée de son prédécesseur, a montré nettement sa préférence pour la désinformation et sa complaisance vis-à-vis d'un chef de gouvernement israélien en campagne électorale avec son ministre des affaires étrangères d'extrême droite).

La chutzpah d'Obama

Barack Obama, en visite officielle en Asie, justifiait, dimanche 18 novembre, les raids aériens d'Israël sur la Bande de Gaza par le "droit d'Israël de se défendre".

Israël a tout à fait le droit de refuser que des missiles soient tirés sur son territoire.
Si cela peut se faire sans une escalade militaire à Gaza, c'est préférable" a-t-il déclaré, ajoutant: "ce n'est pas seulement préférable pour la population de Gaza, c'est également préférable pour les Israéliens, parce que si les troupes israéliennes opèrent à Gaza, elles sont bien plus en danger de subir des pertes humaines".

Ben voyons!
D'abord, si les Israéliens ont le "droit de se défendre", pourquoi donc, n'en va-t-il pas de même pour la population de Gaza quand elle est attaquée?
Ensuite,il est indécent et ignoble de présenter les habitants de Gaza comme étant plus dangereux que l'armée israélienne, qui, elle, c'est bien connu, est totalement désarmée
goliath-in-palestine.jpg(mis à part quelques petits F16, drones, navires de guerre de rien du tout, ainsi qu'artillerie lourde mesquine, tout cela à la pointe du progrès et en partie financé par le contribuable USaméricain) - et légitimement habilitée à envahir un territoire dont les forces d'occupation prétendent qu'elles ont abandonné Gaza en 2005.
D'autre part, comme le dénonce Ira Chernus (Professeur d'études religieuses à l'Université du Colorado) dans son billet intitulé Obama Weaves Web of Deceit on Gaza War (Obama tisse une toile de mensonges sur la guerre à Gaza), Obama ne dit pas un mot du blocus économique que subit Gaza depuis des années, pas un mot, non plus, de cette "plus grande prison à ciel ouvert au monde" dont parle Noam Chomsky à peine revenu d'un séjour à Gaza (Impressions de Gaza), où c'est Israël qui décide des denrées et du matériel – et de leur quantité - qui doivent entrer à Gaza, les empêchant de manger à leur faim ou leur interdisant de (re)construire en les privant de matériaux de construction.
Les médicaments et le matériel médical manquent cruellement et des gens meurent pour n'avoir pas pu être soignés. A cause du blocus et des restrictions imposées par les autorités israéliennes, il est impossible de construire des hôpitaux (ou de les reconstruire, comme il aurait fallu le faire après la destruction des centres de soins lors de l'agression de 2008) et d'équiper ceux qui existent.
Pas un mot, évidemment, non plus, de l'impossibilité d'exporter leur production (Selon le Diplo, en 2011,un camion par jour sortait de Gaza avec des produits pour l’exportation, soit moins de 3 % du chiffre de 2005).
Pas un mot non plus, sur l'impossibilité de trouver du travail à Gaza, où plus de 45% de la population en âge de travailler est au chômage. Ceci est dû en partie à la faillite du secteur privé à cause du blocus, et des restrictions très importantes à la circulation des personnes, ainsi qu'un strict blocus maritime et l'interdiction quasi totale des exportations.
Obama a poursuivi:

Aucun pays au monde ne tolèrerait que des missiles pleuvent" sur sa population, et tout effort pour résoudre le conflit à Gaza "commence avec le fait qu'aucun missile ne soit tiré sur le territoire israélien.

Obama oublie, au passage, de parler de tous les pays au monde qui ne "tolèrent pas" d'être envahis et bombardés en toute illégalité par des drones ou autres engins, qui ne tolèrent pas que les populations civiles soient massacrées et il n'évoque pas le droit de ces pays à se défendre contre les assassinats commis sur son ordre par l'armée US.
Les leçons d'Obama ne concernent donc bien ni lui-même, ni les pays alliés, et en particulier Israël, qui, eux, "défendent leur pays" en s'en allant massacrer des populations innocentes prises au piège.
Enfin, Obama menace: il a déclaré que les Palestiniens n'auront aucune chance d'avoir leur propre état et une paix durable avec Israël tant qu'il y aura des tirs de roquettes sur Israël.
Donc, le cessez-le-feu concerne les Palestiniens unilatéralement et mettrait en jeu l'avenir de la Palestine!
Quel culot! Quelle hypocrisie!
Comme si les US et Israël avaient montré une quelconque volonté de négocier la création d'un état palestinien.
Comme si la colonisation de la Cisjordanie ne se poursuivait pas.
Comme si les maisons des Palestiniens n'étaient pas régulièrement détruites sur ordre des autorités israéliennes.
Comme si l'occupant ne gagnait pas toujours plus de terrain en créant des zones interdites.
Tout cela, avec le silence complice d'Obama.
Laisser entendre que ce sont les Palestiniens qui compromettent les chances d'avoir leur propre état est une ignominie. Mais Obama est coutumier du fait.
(Voir sur Salon.com : Obama defends Israel’s airstrikes)
Ces déclarations ont eu lieu, donc, le dimanche 18 novembre.
Ce même dimanche, 11 civils Palestiniens, membres d'une même famille, dont 5 femmes et 4 enfants,ont été tués dans un raid aérien qui visait la maison d'un membre présumé du Hamas à Gaza City.
Depuis, plus d'une centaine de Palestiniens ont été tués.

La hasbara monte au créneau

Elle a été invitée d'honneur à la BBC.
A la suite de l'assassinat d'al-Jabari, le 14 novembre, la BBC a invité dans diverses émissions l'artillerie lourde israélienne: Ron Prosor, ambassadeur d'Israël au Nations Unis; Danny Ayalon, le secrétaire d'état israélien aux Affaires étrangères; Mark Regev, un porte-parole du gouvernement israélien et Daniel Taub, l'ambassadeur d'Israël au Royaume Uni.
Tous ont eu tout loisir, sans être pratiquement interrompus ou corrigés, de répandre le discours de propagande israélien utilisé pour la durée de cette offensive.
À savoir:

qu'Israël a retiré ses colons de la bande de Gaza en 2005 pour permettre aux Gazaouis de vivre en paix, mais que c'est le Hamas qui voulait une guerre à tout prix, ce contre quoi Israël avait jusqu'à présent résisté mais qu'il est maintenant poussé à faire à contrecœur dans le but de protéger ses citoyens.

À l'émission Today, le 15 novembre, Taub était interviewé par le présentateur vedette, John Humphrys. Il a pu pendant quatre minutes exposer la hasbara (fr.), qui prétend que les roquettes du Hamas pleuvent sur le sud d'Israël sans riposte de la part d'Israël et qu'aucun pays au monde autre qu'Israël ne serait si conciliant (si, si! n'ayons pas peur des mots).
Humphrys n'a pas contredit Taub quand il affirmait :

Il faut reconnaître qu'il y a sept ans, nous nous sommes retirés de chaque centimètre de Gaza. Nous avons fait évacuer 9.000 civils israéliens, ainsi que leurs maisons, leurs écoles, leurs crèches, afin de tenter d'avoir des relations paisibles avec Gaza … hélas, cette occasion n'a pas été saisie. Le Hamas est alors arrivé et n'a cessé de mener, depuis, une guerre sans merci.

L'émission Newsnight était également utilisée, le soir précédent, pour diffuser la propagande israélienne par Danny Ayalon, qui a pu parler librement dans une interview de trois minutes avec le présentateur Gavin Esler, qui ne l'a pas interrompu.
A la fin de l'interview, Ayalon a déclaré:

Non seulement, ils (le Hamas) visent la population civile en Israël, mais ils s'implantent au milieu de la population à Gaza, et, donc, en fait, ils se servent de la population comme bouclier humain pour leurs agissements ignobles.

Ce à quoi Esler a répondu; "Eh bien, nous allons nous arrêter là. Danny Ayalon, merci beaucoup".
Il n'y a eu aucune tentative, voire volonté, semble-t-il, de la part de ce journaliste de la BBC de relever et de contester la propagande et les mensonges des Israéliens.
Pendant ce temps, le militant sioniste, Jonathan Sacerdoti, était invité dans quatre émissions différentes d'informations télévisées de la BBC au cours des deux premiers jours de l'offensive israélienne. La BBC l'a laissé se présenter comme expert indépendant, oubliant de mentionner son passé à la "Zionist Federation" et son rôle actuel au Board of Deputies of British Jews, principal organisme rassemblant les Juifs britanniques (voir article en anglais : “Who is Jonathan Sacerdoti, the BBC’s Go-To Man on Gaza?”. New Left Project, 16 novembre).

Et en France, me direz-vous?

Outre les habituelles déclarations mettant dos à dos les deux camps, les injonctions au Hamas de cesser les tirs de roquettes s'ils ne veulent pas compromettre les chances de paix, et autre propagande de la part des autorités et autres experts, la palme de la hasbara va à un billet commis par l'infatigable va-t-en-guerre et défenseur aveugle d'Israël – et qui ne supporte les Arabes que comme larbins aux gants blancs dans son riad à Marrakech: un certain "comme-c'est-bizarre-c'est-encore-BHL".
Je ne fournirai pas de lien vers le tissu de mensonges vomi à chaque ligne, mais juste un aperçu de la performance, qui débute ainsi:

Tsahal a évacué Gaza, unilatéralement, sans conditions, en 2005, à l’initiative d’Ariel Sharon
Il n’y a plus, depuis cette date, de présence militaire israélienne sur ce territoire qui est, pour la première fois, sous contrôle palestinien.
Les gens qui l’administrent et qui, par parenthèse, ne sont pas arrivés par les urnes mais par la violence et au terme – juin 2007 – de plusieurs mois d’un affrontement sanglant avec d’autres Palestiniens, n’ont plus avec l’ancien occupant l’ombre d’un contentieux territorial du type de celui qu’avait, mettons, l’OLP de Yasser Arafat.
Des revendications d’un Arafat comme de celles, aujourd’hui, de Mahmoud Abbas, on pouvait estimer qu’elles étaient excessives, ou mal formulées, ou inacceptables : au moins existaient-elles et laissaient-elles la possibilité d’un accord politique, d’un compromis, alors que, là, avec le Hamas, prévaut une haine nue, sans mots ni enjeux négociables – juste une pluie de roquettes et de missiles tirés selon une stratégie qui, parce qu’elle n’a plus d’autre but que la destruction de l’« entité sioniste », est une stratégie de guerre totale.

Le reste est de la même veine.
Ca ne vous dit pas quelque chose?
Oui, hein, la hasbara! Il rabâche, lui aussi, le discours prémâché des autorités israéliennes.
Pour quelqu'un qui se prétend de "gauche" en France, ça fait un peu désordre de s'aligner sur l'idéologie d'un premier ministre de droite qui fait campagne conjointe avec son ministre des affaires étrangères d'extrême droite.
Non?
Alain Gresh répond à ses argumentations, ainsi qu'aux autres experts en désinformation, de façon très documentée dans "Gaza, assassinats et désinformation", Monde Diplo.
Le billet débute ainsi:

Pour comprendre l’escalade à Gaza, il faut toujours rappeler quelques données sur ce territoire (360 kilomètres carrés, plus de 1,5 million d’habitants, soit plus de 4 500 personnes par kilomètre carré — ce qui en fait un des endroits de la planète où la densité de population est la plus élevée), occupé depuis 1967 par Israël. Même si l’armée s’en est retirée, ses accès avec le monde extérieur sont toujours contrôlés par Israël ; la circulation à l’intérieur même de cette mince bande de terre est limitée et le blocus mis en place depuis des années perdure : pour les Nations unies, Gaza reste un territoire occupé". Lire la suite ici.

Mais la propagande n'endort pas tout le monde:
Manifestations dans diverses villes dans le monde
A Chicago
Londres
Etc.

Et puis, voici une superbe lettre de Serge Grossvak écrite à F Hollande par un Juif pacifiste (du genre antisémite-négationniste-haine de soi, sans doute).

Extrait:

Monsieur le Président,
Monsieur le Président de la République, je remets entre vos mains qui peuvent tant une demande pour des humains qui n’en peuvent plus.
Monsieur le Président, j’ai reçu un message par internet de mon ami Ziad Medhouk. Mon ami qui demeure à Gaza. Mon ami poète et brillant enseignant de français. Mon ami sous les bombes, cette fois encore, et encore, et toujours.
Mon ami enfermé et sans pays, ailleurs qu’en son cœur.
Monsieur le Président, ce soir j’ai reçu un e-mail de mon ami. Un e-mail terrible, un e-mail horrible. Il me dit que l’immeuble qui jouxte le sien a été soufflé par les bombes.Il me dit que, lui qui ne pleure jamais, pleure aujourd’hui les larmes de son corps. Il me dit que dans cet immeuble de 5 étages qui n’existe plus vivait la famille Dalou. Dans cet immeuble pulvérisé, 12 morts, 12 cadavres, 12 horreurs. Et une montagne de larmes et de souffrances. Et le regard sans âme d’une barbarie méprisante …
(lire la suite … )
Le 19 novembre 2012

Hélas, j'ai bien peur que le "président" ait d'autres chats à fouetter. Lui et son ministre de l'intérieur sont très occupés en ce moment: d'abord, il y a eu l'extradition de cette criminelle basque, Aurore Martin, qu'il fallait remettre aux autorités espagnoles séance tenante.
Et puis, il y a tous les autres à expulser, sans triomphalisme, toutefois, de notre pays comme au bon vieux temps de sarkozy.
Avec ça, not'bon président normal n'a même pas eu encore le temps de piquer les 75% de leurs revenus aux riches.Si c'est pas une pitié, parce que, pendant ce temps, eux, ils se carapatent.
Pas que ce soit une grande perte, hein. Quand on voit qui fait ses valises, on pousserait même leur caravane dans les côtes pour qu'ils atteignent plus vite la frontière.
Mais je m'égare.

Et puisqu'on parle des Juifs pacifistes militants pour la paix en Palestine et pour une solution à deux états, voici la réponse de Norman Filkenstein aux réactions hostiles de propagandistes d'Israël qui l'accusent de négationnisme depuis la parution de son livre "l'industrie de l'Holocauste".

Epilogue provisoire

Je suis peut-être un peu en retard pour publier tout ça.
Les accords de paix ont peut-être été signés entretemps, les US et Israël ont peut-être décrété que la Palestine serait désormais un Etat de droit, que les Palestiniens ne seraient plus tributaires du bon vouloir d'un pays étranger qui les occupe avec l'aval de dirigeants barbares, qu'ils auraient un aéroport tout neuf et qu'ils auraient le droit de recevoir de l'aide du monde entier pour construire enfin et définitivement leur pays morcelé, envahi et dévasté par la folie des hommes.
Et qu'ils pourraient aller et venir et voyager librement dans le monde entier au lieu de ne voir au-dessus de leur tête que des avions menaçants en se demandant si ce sera leur tour de mourir cette fois-ci.

Update

En attendant …
Mercredi soir:
Un cessez-le-feu a été signé en Egypte.
Pour autant, les bombardements n'ont pas cessé.
Le bilan aujourd'hui est de plus de 150 morts.
Cet article du Guardian décrit les atrocités commises mercredi 21 novembre, alors que, parallèlement, se négociait un cessez-le-feu au Caire entre le ministre des affaires étrangères égyptien et … l'incontournable Hillary Clinton.

Extraits

Les médecins, les ambulanciers, les observateurs des Droits humains ont tous dit que c'était une des pires journées. Mais personne ne connaissait véritablement la gravité de la situation jusqu'à ce que les informations parviennent au compte-gouttes des morgues, des enterrements organisés à la-va-vite ou quand on sortait un autre cadavre des décombres.
Le mercredi après-midi, le Palestinian Centre for Human Rights (PCHR) annonçait que 31 Palestiniens – dont 21 étaient des civils – avaient été tués à la suite des raids israéliens au cours des dernières 24 heures, lors du pire massacre commis jusqu'à présent par l'armée israélienne à Gaza.
(…)
Mais au fur et à mesure qu'arrivaient les informations sur les massacres, on réalisait qu'il y avait autre chose.
Les endroits où les gens avaient été tués montraient que l'offensive terrestre, navale et aérienne – menée avec les tanks, l'artillerie navale lourde, les hélicoptères et les avions de combat – s'était déplacée de façon plus nette vers les quartiers très densément peuplés de Gaza City, les villages et les camps de réfugiés.
Ces endroits étaient les lieux-mêmes où des milliers de Palestiniens s'étaient réfugiés quand l'armée israélienne avait largué des tracts pour avertir la population qu'elle devait quitter les zones frontières du nord et de l'est. Au camp de réfugiés de Khan Yunis, dans le sud, les habitants avaient reçu des coups de fil les avertissant de partir s'ils voulaient éviter d'être atteints par des missiles.

La liste des "terroristes" tués est impressionnante. Entre autres, selon l'article du Guardian:

Ibrahim Mahmoud Nasser Abu Nasser, 80 ans et son petit-fils de 14 ans, Ameera, qui taillaient des oliviers dans le village d'Abassan, à l'est du camp Khan Yunis ont été tués par un missile;
Mahmoud Khalil al-Arja et Ibrahim Ahmed Hamad, 16 ans sont morts à la suite d'une frappe aérienne, près de la frontière sud. Les secours ont dû attendre des heures pour parvenir jusqu'à eux à cause des raids incessants;
Un avion a largué deux missiles sur deux voitures. 5 personnes sont mortes. Toutes des civils.
Un autre missile est tombé sur un jardin. Un homme est mort, son petit-fils de 8 ans a été blessé.
Un avion a tiré un missile sur une route très fréquentée, Baghdad Street. Quatre morts, dont une jeune femme de 18 ans. Tous des civils, selon les témoignages.

(…)

Et puis, il y a les objectifs visés par les engins militaires.
L'armée israélienne a déclaré: "les sites qui ont été visés avaient été repérés grâce à des renseignements recueillis sur plusieurs mois".

Oui, eh bien, les services de renseignements israéliens ne sont plus ce qu'ils étaient.

"Mais beaucoup d'entre eux, poursuit l'article, ont peu à voir avec des installations militaires. Un stade de foot a été entièrement détruit. La maison d'un directeur de banque rasée. Des bureaux abritant les médias saccagés.
Une série de missiles a détruit tout un labyrinthe de bureaux administratifs construit par les Israéliens eux-mêmes pour gérer l'occupation quand Gaza était sous contrôle militaire. Jusqu'à ce qu'il soit détruit, ce bâtiment était utilisé pour délivrer des cartes d'identité, des passeports et tous les documents officiels dont on a besoin dans la vie courante.
L'armée israélienne a également détruit deux ponts au centre de la Bande de Gaza, ce qui va encore plus compliquer les déplacements.
La destruction vient de toutes parts.On entend distinctement le bruit des explosions depuis les navires de guerre au large de Gaza. Les canons lancent 10 bombes les unes après les autres et le bruit sourd que chacune émet est différent du bruit que fait un missile tiré d'un hélicoptère Apache ou d'un F16.

Cela, c'est le Guardian qui le dit (par la voix de son correspondant à Gaza), et on ne peut le soupçonner d'avoir des sympathies exagérées pour les Palestiniens ou une hostilité chronique envers Israël.
Voilà.
En conclusion, rappelons certains propos:

Il n'y a pas d'autre façon de traiter avec des terroristes avec qui on ne peut pas raisonner si ce n'est en se défendant de manière à les empêcher définitivement d'agir à nouveau.
Les sites qui ont été visés avaient été repérés grâce à des renseignements recueillis sur plusieurs mois.
Israël a tout à fait le droit de refuser que des missiles soient tirés sur son territoire.
Si cela peut se faire sans une escalade militaire à Gaza, c'est préférable. Ce n'est pas seulement préférable pour la population de Gaza, c'est également préférable pour les Israéliens, parce que si les troupes israéliennes opèrent à Gaza, elles sont bien plus en danger de subir des pertes humaines.

Mais, laissons le dernier mot à celui qui se vante d'avoir libéré le Kosovo et la Libye, arrêté les chars russes aux portes de la Géorgie, et qui, juché sur un char israélien, disait que tout était normal à Gaza et que "Tsahal" était l'armée la plus morale du monde:

Face à ce concert de cynisme et de mauvaise foi, face à ce deux poids deux mesures qui fait qu’un mort arabe n’est digne d’intérêt que si l’on peut incriminer Israël, face à cette inversion des valeurs qui transforme l’agresseur en agressé et le terroriste en résistant, face à ce tour de passe-passe qui voit les Indignés de tous pays héroïser une nomenklatura brutale et corrompue, impitoyable avec les faibles, les femmes, les minorités et enrôlant ses propres enfants dans des bataillons de petits esclaves envoyés creuser les tunnels par où transiteront les douteux trafics qui vont les enrichir encore, face à cette méconnaissance crasse, en un mot, de la nature réelle d’un mouvement dont « Les protocoles des sages de Sion » sont un des textes constitutifs et que son chef, Khaled Mechaal, dirigeait jusque récemment depuis une confortable résidence à Damas, il n’y a qu’un mot : obscénité.

Oui, la conclusion s'impose: c'est un monde immonde.