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Chavez et son VP, Maduro Ariana Cubillos

Chavez remporte un nouveau mandat de six ans au Venezuela

Capriles, le rival de Chavez, âgé de 40 ans, admettant sa défaite avec élégance, a déclaré: " "j'accepte et je respecte la décision du peuple".

Le président du Venezuela, Hugo Chavez, faisait fi du cancer et d'une opposition unie pour triompher une fois de plus dans les urnes et briguer un mandat de six ans afin de poursuivre sa révolution socialiste financée par la rente pétrolière.

De toute évidence, le pétrole appartient aux gros capitalistes: utiliser les profits pour faire du social est carrément une scandaleuse usurpation de biens.

Le test de dimanche dernier s'est avéré plus sévère que les élections précédentes au cours des 14 années de mandats de Chavez, mais le gauchiste antiaméricain grandiloquent est sorti à nouveau victorieux des urnes, malgré les problèmes de santé, le mécontentement et de vives critiques de l'opposition.

Donc, si on suit le raisonnement, Chavez était sacrément gonflé de se représenter, alors qu'il partait avec d'énormes handicaps au départ – d'une part, à cause de ses problèmes de santé, un thème récurrent dans le texte, et d'autre part parce qu'il devait affronter une opposition "unie", qui ne pouvait que l'emporter, donc – sans compter qu'au bout de 14 ans de mandat - encore un thème qui revient sans cesse - il était temps de passer la main.
Drôle de conception de la démocratie.
L'auteur laisse, ainsi, entendre que la longévité d'un dirigeant légitimement élu est inacceptable, voire illégale, et se garde de mettre en parallèle le système USaméricain et européen qui consiste à élire un dirigeant après l'autre qui ne fera que pérenniser la "révolution capitaliste" financée par le pétrole des autres.
C'est bien plus moral, il est vrai.
Quant à la "sévérité" du verdict, bien des présidents s'en contenteraient: 54,66% des voix et 10 points d'écart avec "l'opposition unie".

Pour rappel, parmi les plus hauts scores obtenus en France:
Mitterrand, en 1981: 51,76% (après des années de présidence de droite - bon, il y en a qui avaient peur des chars russes, on les comprend), en 1988: 54,2%;
Giscard en 1974: 50,81%;
Chirac, 1995: 52,64% (la "fracture sociale" et "mangez de pommes");
Sarkozy, 2007: 53,07 (après une litanie de promesses qu'il n'avait nulle intention de tenir. Et il a tenu bon sur ce point);
Et le dernier arrivé, malgré le ras-le-bol général: Hollande, poussif, en 2012: 51,64%.
Tout cela avec un taux d'abstention autour de 20%, comme au Venezuela.

Concernant le vote populaire aux US:

Bill Clinton (D), en 1992: 42,93% (PR: 37,38%); en 1996: 49,24%/ PR: 40,71% (les deux fois, avec Ross Perot, ultraconservateur, en troisième homme, c.-à-d. que ce sont des voix qui avaient manqué aux Républicains);
Bush, 2000: 47,89%; Gore : 49,44%.
Bon, là, vous allez me dire: "c'est donc Gore qui a gagné? Je ne m'en souviens pourtant pas de celui-là".
En effet, et c'est "normal", puisque c'est bien Bush qui a été déclaré vainqueur par la Cour Suprême. (Voir note en bas de page)
Bush, 2004: 50,77%; Perry (D) :48,31% (le reste des voix exprimées étant des poussières).
Rappelons-nous, l'animosité contre Bush était grande, pourtant, comme celle contre Sarkozy, disons.
Malgré cela, c'est Bush qui a remporté les élections. Bizarre, non? (voir au bas de la page).
Obama, 2008: 52,92%; Mc Cain: 46,66% (ensemble des autres candidats: moins de 2%).
Un score qui s'explique par une forte mobilisation populaire (parmi les minorités, en particulier) et un militantisme des syndicats et de la base du parti Démocrate et autres gauchos débridés sauce américaine.
Ah, et j'allais oublier: huit ans à écouter les discours de Bush.
L’abstention pour cette élection qualifiée d’historique a atteint 43,2%, bien loin des 16,93% du second tour de la dernière élection présidentielle française, en 2007.
C'est fou, l'engouement pour la présidentielle aux Etats-Unis.
Incroyable, ils ont le droit de vote,et ils ne sont même pas contents.
Putain de pauvres. Parce que c'est eux qui ne vont pas voter. Les riches, eux, ils la respectent, la démocratie.
Pourtant, ils pourraient s'en désintéresser: ils connaissent le gagnant d'avance. C'est eux qui le choisissent.
Remarque: cependant, le décompte des abstentions se fait différemment (voir note en bas de page).

Un peu avant la fin du dépouillement, Chavez recueillait 7.731.972 des voix, c'est-à-dire 54,66%, contre 6.327.429, à savoir 44,3%, pour son jeune rival, l'ancien gouverneur de l'état de Miranda, Henrique Capriles.
Des milliers de personnes se rassemblaient devant le palais présidentiel de Miraflores en apprenant les résultats des élections qui donnaient à Chavez une nette victoire après près de 14 ans de pouvoir. "On ne peut pas arrêter la révolution", dit Maria Bermudez, une enseignante de l'état de Guarico au nord du pays, vêtue d'une chemise rouge, la couleur des partisans de Chavez. "Chavez n'a jamais perdu ma voix pour poursuivre la révolution".
Lors du discours depuis le balcon de sa résidence, Chavez chantait l'hymne national et promettait d'être un meilleur président.
"Viva Venezuela! Viva la patria!" exultait le leader gauchiste. "La lutte a été parfaite et la victoire a été parfaite".
"Je veux inclure tout le monde y compris certains secteurs de l'opposition," annonçait Chavez, 58 ans, en chemise rouge, reconnaissant tacitement que c'était la meilleure performance électorale qu'il ait connue de la part de ses adversaires.
Mais, brandissant l'épée de son idole du XIX°s, le héros de l'Indépendance, Simon Bolivar, il a promis d'aller de l'avant pour poursuivre une révolution socialiste qui suscite l'hostilité de ses adversaires à la fois dans le pays et à l'étranger.
"Le Venezuela poursuivra sa marche vers le socialisme démocratique du XXI°s", a-t-il-dit.
Chavez s'est déclaré guéri du cancer en juillet et a intensifié sa campagne cette dernière semaine, tenant des meetings dans tout le pays, dansant et chantant sous la pluie, jeudi dernier, devant des centaines de milliers de partisans.
Dans son discours pour annoncer sa victoire, il a mentionné brièvement une seule fois sa lutte contre le cancer.
"C'est une journée mémorable aujourd'hui" a-t-il dit. "Je remercie Dieu, et lui demande de préserver ma vie et ma santé pour continuer à servir le peuple vénézuélien ".
Capriles, 40 ans, le rival de Chavez, admettant sa défaite avec élégance, a déclaré: " "j'accepte et je respecte la décision du peuple".
Mais la pilule était amère pour beaucoup de gens dans le pays divisé. Quelque 200 partisans de Capriles, dont beaucoup étaient en larmes et frappés d'incrédulité, s'étaient rassemblés devant son QG de campagne.

Le pays divisé: cette expression plait beaucoup à ce cher Laurent - tellement qu'il la reprend à nouveau plus bas – évoquant également l'"opposition unie". C'est vrai que c'est tellement rare que, lors d'élections où deux candidats s'opposent, les partisans de l'un ne soient pas d'accord avec ceux de l'autre.
Il est vrai qu'aux Etats-Unis, ils sont tout à fait d'accord les uns avec les autres, c'est bien connu, et le pays n'est pas "divisé", et encore moins en de multiples ghettos.
Mais il est vrai aussi que les électeurs US pourraient avoir des raisons: ils ont deux fois le même, avec le même programme: faire payer les pauvres et les classes moyennes, renflouer les banques, donner un coup de pouce aux multinationales aux abois et poursuivre leur mission de civilisation à l'étranger. Eh bien, ça ne plait pas à tout le monde. Jamais contents.

"Je suis déçue, catastrophée", a dit à l'AFP Daniela Torrealba, 33 ans. La victoire de Chavez signifie que nous allons subir encore six ans d'incertitude et de stagnation".
Les spécialistes chargés de suivre le bon déroulement des élections ont déclaré que le système de vote électronique était fiable, mais on craignait que le perdant, quel qu'il soit, conteste les résultats. Capriles a, semble-t-il, écarté ces craintes, acceptant les résultats de bonne foi après avoir, un peu avant, appelé au calme.
"Pour savoir gagner, il faut savoir perdre", avait-il dit à son QG de campagne. Pour moi, ce que dit le peuple est sacré".
Le sort de Chavez, critique féroce des Etats-Unis et voix prédominante de la gauche latino-américaine, a été suivi de près par l'alliée communiste Cuba, qui dépend fortement du pétrole vénézuélien et par d'autres partenaires de la région.

Oui, Cuba (ah, Cuba, l'île "communiste"! Aucun cliché ne vous sera épargné) reçoit du pétrole du Venezuela, en échange d'autres services, comme l'envoi de médecins et d'enseignants pour soigner et alphabétiser les populations pauvres.
Quelque chose à redire, là-dessus?
Bon, il est vrai que c'est un truc de dingue. Les Etats-Unis, eux, ont une autre méthode: quand ils ont besoin de pétrole, ils envahissent un pays et le dévastent pour s'en emparer.
Mais ce n'est pas pour ça qu'il faut critiquer Cuba, non? Ils font comme ils peuvent.

"Que viva Venezuela!, que Viva La Patria!, viva La revolución Bolivariana!”, tweetait le président de gauche de l'Equateur, Rafael Correa, des termes repris par le dirigeant bolivien Evo Morales et Cristina Kirchner, la présidente de l'Argentine.
Mais à Washington, la dirigeante de la commission aux Affaires Etrangères de la chambre des représentants, l'élue républicaine Ileana Ros-Lehtinen, accusait Chavez d'avoir manipulé les résultats.
"Chavez ne doit pas être autorisé à continuer à exporter sa haine et son despotisme à l'étranger comme ses camarades dictateurs en Iran et à Cuba en opprimant la presse et en violant les droits humains", a-t-elle déclaré.

L'auteur omet de signaler, toutefois, que cette femme est une fanatique de droite, qu'elle est connue pour ses propos hystériques et mensongers.
Il n'ajoute pas non plus que ses affirmations ne sont fondées sur aucune preuve tangible et qu'elle accuse Chavez d'être un dictateur alors qu'il a remporté de nombreuses élections démocratiques qui sont bien plus ouvertes et plus justes que celles qui sont organisées aux Etats-Unis (voir note).
Au lieu de cela, il présente cette déclaration unique venant des US comme si c'était une vision fiable et éclairée d'une élue de Washington.
S'il avait été soucieux d'informer les lecteurs, il aurait pu, par exemple, citer les propos de l'ancien président Jimmy Carter, dont la mission d'observation internationale de la Fondation Carter, qu'il dirige, est chargée de contrôler le déroulement démocratique des élections dans le monde entier.
Or, Carter déclarait, le 11 septembre dernier: ''"En fait, sur les 92 élections que nous avons observées, je dirais que c'est le système électoral du Venezuela qui est le meilleur au monde".
Concernant les élections controversées de 2006, il avait également précisé que Chavez avait gagné "honnêtement et clairement".''
Sacré Carter. Sacré menteur.

Capriles a fait un bond dans les sondages au cours de la campagne en attirant les foules à ses meetings grâce aux promesses de réduire la criminalité galopante et d'unir le pays sud-américain divisé. L'opposition a accusé Chavez d'avoir utilisé des fonds publics pour sa campagne et d'avoir mobilisé les ondes et forcé les agents de l'Etat à assister à des meetings en leur faisant du chantage.

Les fonds publics? Ma foi, cela prouve eu moins qu'il ne s'est pas enrichi pendant ses quatorze années au pouvoir, et quand on n'est pas riche, comme son opposant, et soutenu par la caste des riches, difficile de faire campagne.
En revanche, on constate que cela ne le choque pas du tout que les deux candidats US reçoivent des milliards de dollars pour payer des campagnes démesurées et exorbitantes de la part des grands groupes privés, qui achètent, ainsi, leurs services.
Quant aux médias vénézuéliens soi-disant accaparés par Chavez, c'est fatigant de lire toujours les mêmes âneries. Voir ici.

L'infatigable Chavez s'était fait connaitre en 1992 lors d'un putsch avorté qu'il avait dirigé contre le président de l'époque, Carlos Andres Perez.
En quittant la prison, deux ans plus tard, il s'était lancé dans une carrière politique, truffant ses discours galvanisants d'allusions à la bible et de citations de Bolivar.
Devenu, en 1998, le plus jeune président du Venezuela, à 44 ans à peine, Chavez entreprenait de réformer la Constitution et de réduire les pouvoirs du Congrès, et gagnait ensuite facilement les élections suivantes en 2000.
Bien qu'il ait consolidé son pouvoir, redistribué les terres et nationalisé le géant du pétrole PDVSA (Petróleos de Venezuela, S.A.) pour promouvoir ses programmes sociaux, l'économie était en plein chaos et Chavez était brièvement évincé lors d'un coup d'état réalisé par les dirigeants d'entreprises. Il était rétabli dans ses fonctions, deux jours plus tard, grâce au soutien populaire.
En 2004, une tentative de l'opposition de destituer Chavez lors d'un referendum révocatoire échouait grâce au vote populaire (58,91%, NDT).
Elu pour un nouveau mandat de 6 ans, en 2006, Chavez remportait ensuite un referendum en 2009 dont l'objectif était l'abolition de la limite constitutionnelle à deux mandats et lui permettait de se présenter indéfiniment.
S'il tient jusqu'à la fin de son mandat, Chavez aura dirigé le Venezuela pendant 20 ans.

On constate à nouveau, ici, le point de vue adopté par l'auteur (dont on ne sait rien, d'ailleurs): Chavez s'était fait connaitre en 1992 lors d'un "putsch", alors que les dirigeants d'entreprises, eux, l'avaient "évincé"
Evidemment, il ne signale pas que c'était un coup d'état soutenu par les Etats-Unis et que le chaos économique avait été provoqué par les dirigeants d'entreprise de l'opposition eux-mêmes afin de faire tomber le gouvernement de Chavez élu démocratiquement.
D'autre part, le rival de Chavez est décrit le plus positivement possible: "il montre de l'"élégance" dans la défaite, il est "juvénile", il "restaure le calme". Il cherche à rassembler un pays "divisé".
Alors que Chavez, lui, est un ancien malade (la question de son cancer revient inlassablement, insinuant le doute sur sa guérison et laissant entendre qu'une rechute serait préjudiciable à la bonne marche des affaires, voire pourrait ruiner le pays. Quelle imp(r)udence, en effet);
Il est "âgé" (pareil: 58 ans v 40, comme si l'âge était un critère de qualité pour diriger un pays, sans compter que 58 ans, ce n'est pas le 4° âge, surtout pour un élu) ;
Enfin, il est " grandiloquent" – autant dire vulgaire. Comme un latino, quoi. Et socialiste, en plus!

Voilà; il y a certainement des points qui m'ont échappé. Mais tout le monde peut jouer.

NOTES



Élections aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, le président n'est pas élu au suffrage direct mais indirect. Ce sont les 538 Grands électeurs qui l'élisent, au mois de janvier, en s'appuyant sur le vote populaire. Le candidat qui remporte ce scrutin à la majorité relative dans un Etat remporte tous les grands électeurs de cet Etat. Le candidat doit obtenir la majorité absolue pour être élu.
L'enjeu est donc très important, en particulier dans les Etats les plus peuplés qui comptent le plus de grands électeurs : la Californie, New York, le Texas et la Floride ...

Ce qui s'est passé en 2000 lors des élections Bush v Gore: Histoire de la fraude

D'abord, au cours de l'année précédant les élections, le gouverneur de Floride, Jeb Bush, frère de l'autre, avait fait voter une loi qui supprimait le droit de vote pour des dizaines de milliers de petits délinquants. Or, ces gens, souvent issus de milieux pauvres, votent en majorité pour le Parti Démocrate.
Le jour-même de l'élection, sur ordre de Bush, la police de Floride arrêtait et fouillait tous les véhicules qui circulaient sur les voies entre les quartiers noirs et les bureaux de vote, en espérant que les embouteillages et les longues attentes décourageraient les électeurs de s'y rendre.
Ensuite, 36000 nouveaux électeurs n'avaient pas pu voter parce qu'ils n'avaient pas été inscrits sur les listes électorales par la Secrétaire d'état de Floride, chargée d'organiser les élections (une copine de J.Bush);
Certains électeurs se voyaient interdits de vote, sous le prétexte, souvent fallacieux, qu'ils avaient été condamnés à la prison; Dans certains bureaux de vote, il était exigé deux pièces d'identité avec photo (alors que la loi n'en demande qu'une) – ce que les populations pauvres n'ont pas, en général (comme, par ex, le permis de conduire).
Dans plusieurs bureaux de vote, où les électeurs votent en majorité démocrate, les autorités ont fermé les bureaux plus tôt, alors qu'il y avait encore la queue pour voter (pendant ce temps-là, le jour de l'élection au Venezuela: une heure après l'horaire officiel de clôture du vote, à 18 heures, le Conseil national électoral (CNE) a rappelé que les bureaux devant lesquels se trouvaient encore des électeurs n'ayant pas accompli leur devoir civique devaient rester ouverts);
Le soir de l'élection, un nombre indéterminé d'urnes bourrées de bulletins ont été retrouvées dans divers endroits insolites (église, école, etc.);
Ensuite, des machines à voter se sont avérées défectueuses voire truquées, et les bulletins de vote étaient délibérément confus aux dépens de Gore.
Pendant que les bulletins étaient recomptés, les Républicains avaient réussi à interrompre le processus quand Gore menaçait de passer en tête.
Le résultat de l'élection a finalement été décidé par la Cour Suprême, présidée par un juge républicain, ami du père de George Bush Jr., et qui comprenait cinq républicains contre quatre démocrates.

Elections 2004: les fraudes (plus réparties) ont également empêché Kerry de remporter les élections. Voir ici,en anglais

Décompte des abstentions

En France, il s'agit de ceux qui sont inscrits sur les listes électorales et ne se sont pas déplacés pour voter.
Aux Etats-Unis, il s'agit de la «population en âge de voter». Or la «population en âge de voter» comprend, outre les électeurs inscrits, les citoyens non inscrits sur les listes électorales, les immigrants non citoyens (tels les résidents permanents, qui n'ont pas le droit de voter) ainsi que les criminels déchus de leurs droits civiques.
La question est donc, bien complexe. Toutefois, je pense que le taux d'abstention pour les présidentielles doit être tout de même bien plus élevé qu'en France.
D'autant que les listes électorales sont fluctuantes aux US et que les prétextes sont nombreux pour dissuader, voire empêcher, les citoyens de voter.
En effet, aux Etats-Unis, les inscriptions sur les listes ne se font pas automatiquement et les Républicains s'efforcent de trouver des moyens de priver les minorités et les pauvres en général de leur droit de vote.

Les sales combines des Républicains

Dans certains états, la population non-blanche augmente régulièrement.
Les élus républicains cherchent, donc, aujourd'hui, à faire adopter des lois pour réglementer plus sévèrement le droit de vote.
Le prétexte avoué: éliminer la fraude électorale. Or, la fraude est infime.
En fait, ce que constatent les Républicains, c'est que, dans certains états, où la population vote pour eux majoritairement, la population non-blanche s'accroît peu à peu.
Chaque année, cette population augmente de 0.5%, ce qui fait 2% de plus tous les quatre ans pour les présidentielles. Or, c'est une population qui vote traditionnellement pour les démocrates. C'est la raison pour laquelle dans des états traditionnellement républicains comme le Colorado, le Nevada, et l'Arizona, le vote démocrate gagne de plus en plus de terrain.
Ainsi, en 2020, dans 8 ans, donc, l'électorat non-blanc passerait d'un quart à un tiers de la population US et d'ici une trentaine d'années, les non-Blancs seraient plus nombreux que la population blanche. C'est dire l'inquiétude de la droite, dont l'électorat est majoritairement blanc, que ce soit parmi les classes moyennes et riches ou la population pauvre (bien que ce soit très minoritaire).
Et c'est dire s'il devient urgent pour eux de trouver des solutions pour priver du droit de vote les Latinos, et les autres minorités, ainsi que les pauvres toutes catégories.
Une des mesures proposées dans les états "républicains" (qu'on appelle "red states", mais ce ne serait confus en français), c'est d'imposer des pièces d'identité officielles avec une photo (passeport, permis de conduire ou autre document officiel qui serait délivré par les antennes du Department of Public Safety –DPS).
Le problème, c'est que les pauvres (et parmi eux, les Hispaniques) n'ont pas toujours ces documents (entre 45 et 120% de chances qu'ils n'en aient pas par rapport aux autres) et que les bureaux qui délivrent les permis de conduire ne sont pas forcément accessibles (trop loin et horaires inadaptés pour des personnes qui travaillent).
11 % des citoyens US ne possèdent pas de pièce d'identité officielle avec photo : cela correspond à plus de 21 millions de personnes.
D'autres pistes sont également explorées:
produire un certificat de citoyenneté lors du vote, ne plus autoriser les inscriptions sur les listes électorales le jour de l'élection (comme il est possible de le faire actuellement), compliquer les formalités pour ceux qui ont déménagé, limiter les campagnes d'inscriptions sur les listes électorales, instaurer une interdiction de voter pour des citoyens condamnés à des délits mineurs, faire traîner la procédure pour récupérer ses droits civiques, etc.
Si nombre de ces décisions n'ont pas encore toutes été suivies d'effet, il n'en reste pas moins qu'elles sont dans l'air et que les républicains ne lâcheront pas. Il en va de leur survie. A moins qu'ils se mettent à promettre des mesures sociales, eux aussi? (non pas qu'ils seraient obligés de les tenir, mais, tout de même, cela ferait désordre: il y a déjà les Démocrates dans le créneau).
La loi sur le Droit de vote (Voting Rights Act) de 1965 avait fini par permettre aux Noirs de voter après des dizaines d'années de ségrégation où ils étaient privés du droit de vote. Aujourd'hui, on revient en arrière, progressivement, mais sûrement, en tentant de contourner la loi pour évincer les minorités et les pauvres.

De leur côté, Chavez et son gouvernement avaient tout fait pour inciter les citoyens vénézuéliens à s'inscrire sur les listes électorales (aboutissant à une inscription record d’environ 97 %).
Il est vraiment ballot, ce Chavez. Il fait tout le contraire des Etats-Unis.
Alors, évidemment, ça finit par les énerver.
Ca ne vous énerverait pas vous, si vous faites tout bien?

Liens :

(Déjà cité plus haut) Pourquoi les Etats-Unis diabolisent le Venezuela
(Article original: Why the US demonises Venezuela's democracy (Mark Weisbot, Le Guardian, 3 oct 2012)
Pour plus d'infos sur les restrictions de vote (en anglais)