La NRA est un lobby politique très puissant qui verse des sommes considérables et apporte d'innombrables électeurs aux candidats (républicains, en principe) aux postes-clés, présidentiels, parlementaires et autres, pour s'assurer qu'ils ne légifèreront pas en faveur du contrôle de la vente des armes.
Et, on le voit, leurs obligés sont très dociles.
Obama, à l'issue des diverses tueries, a déploré les "drames humains", les pertes de vies, mais n'a jamais annoncé de mesures pour limiter la vente des armes.
Pourtant, l'arsenal étazunien est impressionnant (chiffres indiqués d'après cet article) : Aux Etats-Unis, plus d'une douzaine d'armes à feu sont vendues légalement toutes les minutes chaque jour.
Il y a près de 300 millions d'armes appartenant à des particuliers (près d'une arme par habitant - hommes, femmes et enfants compris).
S'il n'y a une arme à feu que dans 4 foyers sur 10, c'est que la majorité de ces armes sont détenues par une minorité d'individus, qui en possèdent chacun en moyenne 7, un chiffre qui a considérablement augmenté depuis ces dernières années.


gun-store_colorado_.jpg
A la suite de la tuerie dans un cinéma d'Aurora, Col., la population s'est précipitée pour acheter des armes à feu. Les partisans de la détention d'armes disent que ce massacre n'aurait pas pu être prévenu, dans la mesure où le tueur était un homme sans histoire. Et s'il n'avait pas pu acheter de semi-automatique? Cette culture des armes, cette banalisation des assassinats, y compris légaux, comme les attaques de drones ordonnées par le président lui-même, créent une culture de violence permanente, à l'intérieur et à l'extérieur du pays.

Avec cette énorme augmentation de la demande, les prix ont chuté. L'important arsenal de James Holmes, le tireur présumé (de la tuerie au cinéma d'Aurora, NDT), a couté 3000 dollars en tout. Les balles étant vendues environ 50 cents l'une, il pouvait remplir le chargeur de son arme semi-automatique, qui peut contenir 100 munitions, pour le prix d'un plein d'essence.
La National Rifle Association affirme que, pour réduire la criminalité, il faut davantage d'armes à feu, s'appuyant sur les statistiques qui indiquent que, depuis le début des années 90, où de nombreux états ont assoupli leurs lois, les crimes violents ont chuté de 70 %. Malgré les carnages sur les campus universitaires et les bases militaires, ainsi que les fusillades entre gangs à Chicago qui ont fait, à ce jour, plus de 200 victimes dans le courant de l'année, le taux d'assassinats national est actuellement à son plus bas niveau depuis 47 ans.
Mais, le "Brady Center to Prevent Gun Violence", organisation à but non lucratif qui milite pour le contrôle de la vente d'armes à feu, répond à cela que le nombre de morts par arme à feu atteint des proportions invraisemblables par rapport au reste du monde. Une enquête parue dans le "Journal of Trauma and Acute Care Surgery" indique que le taux de morts par arme à feu est environ 20 fois supérieur à celui de l'ensemble des 22 pays les plus riches et les plus peuplés après les US.
Parmi les 23 pays les plus riches, 80 % des morts par arme à feu ont été enregistrées aux Etats-Unis, 87 % de l'ensemble des enfants tués par les armes à feu sont USaméricains.
Mais, malgré cela, les sondages montrent que les mentalités ne changent pas, même après un massacre comme à Aurora, Colorado. 49% des personnes interrogées estiment qu'il est plus important de défendre le droit de posséder une arme contre 45 % qui se prononcent pour une réglementation plus stricte sur la possession d'armes.
Selon l'association Children’s Defense Fund, au cours des 44 années qui se sont écoulées depuis les assassinats de Bobby Kennedy et de Martin Luther King, il y a eu plus d'un million de morts par balles – dont les 12 d'Aurora, qui s'étaient retrouvés à minuit simplement pour fêter un super héros.

Les récents massacres

Le 24 août, un tireur isolé, Jeffrey Johnson utilisait son arme à feu dans l'Empire State Building (voir article plus bas).
Avant cela, début aout, un homme s'en prenait à des fidèles d'un temple sikh près de Milwawkee, Wisconsin, tuant six personnes, avant d'être abattu par un policier (alors qu'un autre était grièvement blessé).
Le président Obama avait alors déclaré qu'il avait "le cœur brisé" et avait loué la communauté sikh, disant qu'elle "enrichissait les Etats-Unis".
Il avait ajouté que ces "événements tragiques" se produisaient trop fréquemment pour qu'on puisse faire l'économie d'un "examen de conscience sur la violence" et que les Américains devaient "prendre du recul" s'il s'avérait que le tueur du Wisconsin était motivé par la haine raciale". (Ou comment ne rien dire d'important tout en le laissant croire).
Le chef de la police locale évoquait, de son côté "le terrorisme intérieur".
Le tueur, Wade Michael Page, 40 ans, était un ancien militaire, avec des tatouages gothiques sur les bras, musicien dans un groupe de skinheads néonazis qui chantait des chansons prônant clairement la suprématie blanche.
Obama a raison: faudrait voir si, des fois, ce ne serait pas un acte raciste et si ce bonhomme ne s'en serait pas pris aux sikhes en pensant peut-être que c'étaient des musulmans, qui n'ont pas trop la cote en ce moment aux US. Ces gens, qui s'en vont mitrailler au hasard n'ont pas toujours toutes les données.
La position d'Obama concernant les armes a été de dire qu'il fallait s'assurer que ceux qui n'étaient pas autorisés à posséder des armes ne puissent pas s'en procurer, tout en garantissant aux citoyens sans histoire le droit inscrit dans le Deuxième Amendement.
On peut se poser la question de l'identité de ceux qui n'entrent pas dans ce cadre si un type comme Page a eu l'autorisation d'acheter des armes.
Hypothèse au hasard: les enfants de quatre ans, les Noirs, les Hispaniques et les musulmans d'apparence?
Avant ces incidents, c'est à Tucson, en Arizona, qu'un tireur isolé tuait 6 personnes (dont une petite fille de neuf ans et un juge fédéral) et blessait (à la tête) Gabrielle Gifford , élue démocrate de l'Arizona, qui était directement visée par le tueur, ainsi que quatorze autres personnes.
L'assassin, Jared Loughner, 22 ans, qui n'a pas été exécuté sur place (que fait la police?), a récemment plaidé coupable, ce qui lui évitera la peine de mort, remplacée par une peine de prison à vie sans possibilité de remise de peine.
Loughner, comme Holmes, présente des troubles psychiatriques et a été diagnostiqué schizophrène par un psychologue nommé par le tribunal.



Voici un billet d'Ed Cushing, écrivain vivant à Denver, Colorado, qui évoque ces événements et l'attitude des pouvoirs publics :"Reflections on Shooting Spree at Empire State Building", 31 août 2012

"Réflexions sur le massacre de l'Empire State Building"

Le 24 août dernier, il y a eu une terrible fusillade à l'Empire State Building.
C'est un événement effroyable certes, mais je voudrais dire que j'espère que cet incident, qui est le fait d'un tireur isolé, ne servira pas de prétexte à introduire une loi contre la possession des armes. C'est un incident isolé. En soi, il ne prouve en aucune façon qu'il existe une forme de violence liée aux armes à feu qui laisserait à penser qu'il est trop facile pour des gens en colère, déséquilibrés ou fous de se procurer des armes.
Comme nous oublions vite. Nous avons entendu les mêmes déclarations irresponsables après le massacre au temple sikh, dans le Wisconsin. Une effroyable tragédie, c'est certain, mais j'espère qu'elle ne servira pas de prétexte à introduire une loi contre les armes à feu.
Comme pour la fusillade à l'Empire State Building, c'était un incident isolé. En soi, il ne prouve en aucune façon qu'il existe une forme de violence liée aux armes à feu qui laisserait à penser qu'il est trop facile pour des gens en colère, déséquilibrés ou fous de se procurer des armes.
Tout comme la tuerie au cinéma d'Aurora. Comme nous le savons tous, c'est l'acte d'une personne seule et c'est un incident tragique. Comme les tueries qui ont eu lieu dans le Wisconsin et à l'Empire State Building, c'est un incident isolé.
En soi, il ne prouve en aucune façon qu'il existe une forme de violence liée aux armes à feu qui laisserait à penser qu'il est trop facile pour des gens en colère, déséquilibrés ou fous de se procurer des armes.
Et ce sont les mêmes exclamations irresponsables qu'on a entendues après le massacre à Virginia Tech l'an dernier. C'était évident qu'il s'agissait de l'acte d'un homme seul. Un individu qui avait commis un geste absolument tragique. Comme l'hécatombe à Aurora, celle du Wisconsin et celle de l'Empire State Building, c'était un incident isolé.
En soi, il ne prouve en aucune façon qu'il existe une forme de violence liée aux armes à feu qui laisserait à penser qu'il est trop facile pour des gens en colère, déséquilibrés ou fous de se procurer des armes.
Tout comme la fusillade tragique qui s'est produite l'an dernier en Arizona qui a fait sept morts et blessé Gabrielle Giffords. Les gens, à l'époque, avaient eu la même réaction inconsidérée qu'il fallait prendre des mesures pour contrôler les ventes d'armes. J'aimerais rappeler à tout le monde que c'était le fait d'un détraqué agissant tout seul. Comme le massacre à Virginia Tech, celui d'Aurora, celui du Wisconsin et celui à l'Empire State Building, c'était un incident isolé.
En soi, il ne prouve en aucune façon qu'il existe une forme de violence liée aux armes à feu qui laisserait à penser qu'il est trop facile pour des gens en colère, déséquilibrés ou fous de se procurer des armes.
J'espère que cela mettra fin, une bonne fois pour toutes, à la politisation irresponsable de cet événement tragique. On entend toujours les mêmes inlassables cris de protestation à chaque massacre. Les massacres se produisent tout le temps aux Etats-Unis. Celui-ci n'a rien de spécial. N'oubliez pas, c'est un fait divers unique. Un incident isolé.
Alors, cessez, s'il vous plait, de dire qu'il s'inscrit dans le cadre d'un problème plus large qu'il faudrait traiter.

Et puis, autre drame lié aux armes à feu, mais toute autre circonstance.
Qui prolonge la question des homicides / suicides dans le cadre du travail. [

Going Postal At The Empire State Building par Mark Ames|http://nsfwcorp.com/dispatch/going-postal-empire-state ], 25 aout 2012

"Pétage de plombs à l' Empire State Building"

Les premiers flashs d'infos présentaient Jeffrey Johnson comme un monstrueux forcené. Après avoir tiré cinq balles sur son directeur qui l'avait licencié de son emploi à l' Empire State Building, Johnson s'était soi-disant lancé dans une frénésie meurtrière, tirant au hasard sur les passants de la V-ième Avenue, blessant neuf personnes avant d'être abattu par la police qui avait appliqué les méthodes apprises lors de leur formation à la lutte contre le terrorisme.
Dans cette première version sensationnelle des faits, la formation musclée destinée à lutter contre le terrorisme qu'avait reçue la police de New York (NYPD) avait porté ses fruits – qui sait combien d'autres personnes Jeffrey Johnson aurait abattues?
Mais, au fur et à mesure qu'on avançait dans la journée, la version héroïque des faits cédait la place à une version plus complexe et plus dérangeante - comme c'est souvent le cas quand des coups de feu sont tirés sur un lieu de travail. Le tireur, avons-nous appris plus tard, n'avait pas fait un carnage: il avait vidé son chargeur sur une seule cible; son ancien patron qui l'avait licencié et c'est la police qui avait tiré sur ceux qui se trouvaient là en voulant atteindre le tireur qui s'était, en fait, planté sous leur nez, cherchant, semble-t-il, sciemment à commettre un suicide par police interposée.
Malgré toute cette formation intensive à la Jack Bauer pour lutter contre le terrorisme qu'avaient soi-disant suivie les deux flics, ils étaient incapables d'atteindre la façade d'un gratte-ciel même si leur vie en dépendait – a fortiori le corps d'un homme dont le visage était quasiment posé sur le canon de leurs armes. En fait, les images de la vidéo interne montraient, parait-il, un pauvre type d'un certain âge cherchant à se faire tuer par Mr. Magoo et son jumeau, qui, pendant ce temps, vidaient leur chargeur sur tout ce qui bougeait sauf sur le malheureux candidat au suicide qui, un fusil à la main, faisait des claquettes juste sous leur nez.
Ce n'est qu'après qu'ils eurent tiré leurs toutes dernières cartouches que le tireur s'est soudain arrêté de danser et qu'il s'est affaissé comme un sac de pommes de terre. On a appris plus tard que la police avait tiré 16 balles, touchant en tout dix personnes : neuf qui n'avaient rien à voir avec ça (qualifiées par l'invité d'une émission de télévision de CNN en direct de "dommages collatéraux") et le fameux criminel. Même les drones s'en sortent mieux que ça.
Quand il est devenu évident que Jeffrey Johnson n'était pas un nouveau monstre du genre de James Holmes “le Joker” parti pour descendre tout ce qui bougeait, le soufflé médiatique est retombé. Le tireur de l'Empire State Building, était, en fait, un pauvre type d'un certain âge – d'à peine plus d'un mètre soixante, seul, meurtri et intelligent. Et au chômage à 58 ans. Il n'était pas seulement le genre d'"homme sans histoire" – il était apprécié, ou du moins, plaint par ses voisins. Depuis qu'il y a deux ans, il avait perdu son emploi de créateur dans une entreprise de sacs et d'accessoires de mode, Johnson n'arrivait pas à remonter la pente: vêtu d'un costume et d'une cravate, il sortait tous les matins de son immeuble dans l'Upper East Side pour prendre son petit déjeuner chez McDonald, en sortait une demi-heure plus tard, rentrait chez lui et restait dans son appartement le reste de la journée. Cela, tous les jours.
Que devient dans ce pays un homme d'un certain âge, proche de la retraite, s'il n'a pas de travail? A près de 60 ans, une tache sur son CV à la suite de son licenciement, à la recherche d'un emploi dans la pire conjoncture économique depuis des décennies – qui était-il maintenant? A quoi ressemblaient ces longues journées quand il revenait de McDonald?".

(la suite du texten'est pas traduite parce que l'auteur est très méprisant envers ces gens qui se retrouvent sans rien à la suite d'un licenciement et qu'il qualifie de "nerds", minables, et de "twerps", crétins, comme si la situation était de leur faute et comme s'ils auraient pu y remédier tout seuls).