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"Affiche anti Africom"

La ruée vers l'Afrique d'Obama, guerres secrètes, bases secrètes et la "Nouvelle Route des Epices" du Pentagone

Ils l’appellent la "Nouvelle Route des Epices", en hommage à l’itinéraire marchand du Moyen-âge qui reliait l'Europe, l'Afrique et l'Asie, même si la Route des Epices actuelle n'a rien à voir avec la cannelle, les clous de girofle ou la soie. C'est plutôt une autoroute des grandes puissances, où les camions et les bateaux transportent du carburant, des produits alimentaires, et du matériel militaire grâce à une infrastructure de transports maritimes et terrestres qui mène à un réseau d’entrepôts de ravitaillement, de petits camps et d'aérodromes conçus pour approvisionner une présence militaire US en expansion rapide en Afrique. Rares sont ceux aux Etats-Unis qui ont entendu parler de cette autoroute, ou des dizaines de missions d'entrainement et d'exercices militaires conjoints qui sont organisés dans des pays que la plupart des Américains seraient incapables de situer sur une carte. Encore plus rares sont ceux qui sont plus ou moins au courant que les hauts responsables de l'armée invoquent les noms de Marco Polo et de la Reine de Saba en s'implantant davantage militairement en Afrique. Tout se passe dans l'ombre de ce qu'à une époque impériale antérieure, on appelait le "Continent Noir".
Dans les ports d'Afrique de l'Est, d'énormes containers métalliques arrivent avec les produits nécessaires au quotidien à une armée qui veut à tout prix s'installer. Ils sont ensuite chargés sur des camions qui partent sur des routes défoncées en direction de bases poussiéreuses et d'avant-postes lointains.


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carte de l’Afrique de l'est

Sur la route entre Djibouti et l'Ethiopie, par exemple, on peut avoir un simple aperçu de cette guerre de l'ombre aux arrêts routiers où des chauffeurs locaux s'arrêtent faire une pause au cours de leur long voyage. C'est la même chose dans d'autres pays d'Afrique.
Les nœuds routiers du réseau expliquent en partie la situation: Manda Bay, Garissa, et Mombasa au Kenya; Kampala et Entebbe en Ouganda; Bangui et Djema en République Centrafricaine; Nzara au Sud-Soudan; Dire Dawa en Ethiopie et la base africaine phare du Pentagone, le Camp Lemonnier , à Djibouti sur la côte du Golfe d'Aden, entre autres.
Selon Pat Barnes, porte-parole d'AFRICOM, le Camp Lemonnier est la seule base militaire U.S. officielle sur le continent.

"Il y a plus de 2.000 employés U.S. qui y sont stationnés", a-t-il écrit récemment à TomDispatch dans un mail. "La principale organisation d’AFRICOM à Camp Lemonnier c’est la force opérationnelle interarmées combinée (Combined Joint Task Force – CJTF) - Corne d’Afrique (CJTF-HOA).
L'action de la CJTF-HOA porte essentiellement sur l’Afrique de l’Est et elle collabore avec les pays partenaires pour renforcer son potentiel de défense".

Barnes indique également que des personnels du Département de la Défense travaillent dans les ambassades US dans toute l’Afrique, avec, entre autres, 21 bureaux pour la sécurité et la coopération (Offices of Security Coopération) différents qui sont chargés de coordonner les activités interarmées avec les pays partenaires.
Il explique que ces forces sont des petites unités chargées de missions précises.
Barnes reconnaît pour autant que

"dans plusieurs endroits en Afrique, AFRICOM dispose de personnels peu nombreux et provisoires. Dans tous les cas, ces personnels militaires sont reçus dans des structures des pays d'accueil, et travaillent aux côtés des personnels des pays hôtes ou coordonnent leurs activités".

Les guerres de l’ombre

En 2003, quand la CJTF-HOA s'est installée au Camp Lemonnier, c'était, en effet, la seule base importante en Afrique. Dans les années qui ont suivi, de façon discrète et qui était largement passé inaperçue, le Pentagone et la CIA ont commencé à déployer des forces sur tout le continent. Aujourd’hui - en dehors des sites déclarés officiellement – les Etats-Unis disposent d'un nombre étonnant de bases en Afrique.
Et « renforcer » les armées africaines s’avère être un programme véritablement élastique quand on observe ce qui se passe.
Sous la présidence d’Obama, en fait, les opérations en Afrique se sont accélérées bien au-delà des interventions plus limitées des années Bush:
La guerre en Libye de l’année dernière; une campagne de drones dans la région avec des missions organisées depuis les aéroports et les bases de Djibouti, en Ethiopie, et de l’archipel des Seychelles dans l’Océan Indien; une flottille de 30 bateaux dans cet océan en soutien aux opérations régionales ; une campagne tous azimuts de l’armée et de la CIA contre des militants en Somalie, qui comprenait, entre autres, des opérations des services secrets, l’entrainement pour les agents somaliens, une prison secrète, des attaques d’hélicoptères, et des raids de commandos US; d' énormes sommes d'argent dépensées pour des opérations de contreterrorisme dans toute l’Afrique de l’est ; probablement, une guerre aérienne à l’ancienne, menée subrepticement dans la région en utilisant des avions avec pilotes, en dépensant des dizaines de millions de dollars pour des armes destinées aux mercenaires et aux troupes africaines alliées; et une force expéditionnaire pour opérations spéciales (soutenue par les experts du Département d’état) envoyée pour aider à capturer ou tuer le chef de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), Joseph Kony, ainsi que ses commandants.
Et tout cela n'est que la partie émergée de l'iceberg des projets et des activités de Washington qui se multiplient rapidement dans la région.

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l'US Army en Afrique

Pour soutenir ces missions de plus en plus nombreuses, les stages d'entrainements quasiment constants et les exercices communs pour créer des alliances, des avant-postes prolifèrent sur tout le continent, reliés par un réseau de logistique occulte tentaculaire.
La plupart des bases US en Afrique sont encore petites et austères, mais elles s’agrandissent de plus en plus et sont plus permanentes, à ce que l’on constate.
Ainsi, des photos du Camp Gilbert en Ethiopie, qu'a vues TomDispatch, montrent une base remplie de tentes climatisées, de containers métalliques pour le transport des marchandises, ainsi que des fûts de 55 gallons et d’autres matériels entreposés sur des palettes, mais on y voit également des salles de détente avec des télévisions et des jeux vidéos, et une salle de gym bien équipée, avec des vélos d’appartement, des poids et autres équipements.

La dérive continentale

Après le 9/11, l’armée U.S. s’est rendue dans trois régions importantes de manière significative: en Asie du Sud (essentiellement en Afghanistan), au Moyen-Orient (principalement en Irak), et dans la Corne de l’Afrique. Aujourd’hui, les Etats-Unis réduisent les effectifs en Afghanistan et se sont largement retirés de l’Irak. L'Afrique, cependant, offre, pour le Pentagone, des perspectives d'expansion.
Les Etats-Unis sont actuellement engagés, directement ou par procuration, dans des opérations militaires et de surveillance contre une liste d’ennemis dans la région qui s’allonge sans cesse.
Parmi ceux-là : Al-Qaïda au Maghreb Islamique en Afrique du nord; le mouvement islamiste Boko Haram au Nigeria; de probables militants liés à Al-Qaïda dans la Libye d’après Kadhafi; la cruelle Armée de résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony en République Centrafricaine, au Congo, et au Sud-Soudan; les Rebelles Islamistes Ansar Dine au Mali, al-Shabaab en Somalie; et les guérilleros d’Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA), de l’autre côté du Golfe d’Aden, au Yémen.
Une enquête récente du Washington Post a révélé que des avions de surveillance utilisés par des sous-traitants basés à Entebbe, en Ouganda, survolent, sur ordre du Pentagone, le territoire qu’utilise la LRA de Kony, et que 100 à 200 commandos US partagent une base avec l’armée kényane à Manda Bay. En outre, des drones partent de l’aéroport d’Arba Minch, en Ethiopie, et des Seychelles dans l’’Océan Indien, alors que des drones et des F-15 basés au Camp Lemonnier effectuent des opérations dans le cadre des guerres de l’ombre menées par l’armée U.S. et la CIA au Yémen et en Somalie.
Des avions de reconnaissance utilisés pour des missions d’espionnage au-dessus du Mali, de la Mauritanie, et du désert du Sahara partent également en mission depuis Ouagadougou au Burkina Faso, et des projets seraient déjà en préparation pour construire une base similaire dans le pays nouvellement crée du Sud Soudan.
Les forces d’opérations spéciales US sont stationnées sur le continent sur toute une série de bases d’opérations avancées encore plus nébuleuses, parmi lesquelles une à Djema en République Centrafricaine et d’autres à Nzara au Sud Soudan et à Dungu dans la République démocratique du Congo. Les Etats-Unis ont également eu des troupes au Mali, malgré le fait qu’ils aient officiellement suspendu les relations militaires avec ce pays à la suite d’un coup d’état.
Selon l’enquête effectuée par TomDispatch, la marine U.S. a également une base d’opérations avancées, le Camp Gilbert à Dire Dawa en Ethiopie, dont les employés sont principalement les "Seabees", le personnel des Affaires Civiles et les troupes de force-protection. Des documents de l’armée US indiquent qu'il y a peut-être d’autres installations encore plus discrètes dans le pays. En plus du Camp Lemonnier, l’armée U.S. possède un autre avant-poste discret à Djibouti – des installations navales qui n’ont même pas de nom.
AFRICOM n’a pas répondu aux questions que nous avons posées sur ces avant-postes avant la publication de cet article.
De plus, les Forces d’Opérations Spéciales US, engagées dans des missions contre l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), sont stationnées dans un camp rudimentaire à Obo en République Centrafricaine, mais on ne sait pas grand-chose sur cette base non plus.

"Le personnel de l’armée U.S. qui collabore avec les armées de la région pour traquer Joseph Kony sont les hôtes des forces de sécurité africaines dont la mission comprend des actions régionales contre la LRA", m’a dit Barnes. "Plus particulièrement à Obo, les soldats vivent dans un petit camp et travaillent avec les soldats des pays partenaires dans des infrastructures ougandaises qui opèrent grâce à l'invitation du gouvernement de la République Centrafricaine".

Et ce n'est toujours que la partie visible de l'iceberg.
L'armée US travaille également dans des bases en Ouganda. Au début de l'année, le corps d'élite des marines "Force Reconnaissance" de la Force Opérationnelle aérienne terrestre des Marines pour des opérations spécifiques (Special Purpose Marine Air Ground Task Force 12 - SPMAGTF-12) entrainait des militaires de la Force de Défense du Peuple Ougandais, qui, non seulement effectue des missions en République Centrafricaine, mais joue le rôle de force de procuration pour les U.S. en Somalie dans la lutte contre les militants islamistes connus sous le nom d'al-Shabaab. Ils fournissent actuellement le plus gros des troupes à la Mission de l'Union Africaine en protégeant le gouvernement soutenu par les Etats-Unis dans la capitale somalienne, Mogadiscio.
Au printemps dernier, les Marines du SPMAGTF-12 entrainaient également des soldats de la Force de Défense Nationale du Burundi (BNDF), le deuxième plus gros contingent en Somalie. En avril et en mai, des membres de la Force Raptor, 3° escadron, 124° régiment de Cavalerie, de la Garde Nationale Texane a participé à une mission d’entrainement avec le BNDF à Mudubugu, au Burundi.
En février, le SPMAGTF-12 a envoyé des instructeurs à Djibouti pour travailler avec une unité d’élite de l’armée locale, tandis que d’autres Marines se rendaient au Liberia pour essentiellement enseigner à l’armée libérienne les techniques de contrôle de rébellions dans le cadre de ce qui est par ailleurs une initiative du Département d’état destinée à reconstruire cette force.
En outre, les Etats-Unis assurent l’entrainement pour la lutte contre le terrorisme et équipent les militaires en Algérie, au Burkina Faso, au Tchad, en Mauritanie, au Niger et en Tunisie.
AFRICOM a également programmé 14 stages d’entrainements conjoints pour 2012, dans des pays comme le Maroc, le Cameroun, le Gabon, le Botswana, l’Afrique du Sud, le Lesotho, le Sénégal et le Nigeria. L’effectif des forces US qui dirigent ces manœuvres communes et ces missions d’entrainement est variable, mais, selon Barnes, “en moyenne, il y a environ 5000 militaires et personnels du ministère de la Défense U.S. qui travaillent sur tout le continent" à la fois. L’an prochain, il y aura probablement encore plus de soldats US sur le terrain, des unités de la « Dagger Brigade » (2nde Brigade d’équipe de combat, 1° Division d’Infanterie) devant être déployées.
Les quelque 3.000 soldats de la brigade seront occupés, parmi d'autres activités, à effectuer des missions d'entrainement et à se familiariser avec la région.

"Les Forces Spéciales ont un potentiel particulier dans cette région, mais pas la capacité de répondre à la demande, et nous pensons que nous pourrons répondre à la demande en utilisant les forces conventionnelles", a répondu le colonel Andrew Dennis à une question d'un journaliste sur ce déploiement.

Air Afrique

Le mois dernier, le Washington Post révélait que, depuis au moins 2009, la pratique d'employer des sociétés privées pour espionner d'énormes étendues de territoire africain (…) a été la pierre angulaire des activités secrètes de l'armée U.S. sur le continent".
Ce projet, (du nom de code Tusker Sand), consiste à ce que les prestataires partent de l'aéroport d'Entebbe, en Ouganda, et d'une poignée d'autres aérodromes. Ils pilotent des avions à turbopropulseur qui paraissent anodins, mais qui sont bourrés d'appareils de surveillance perfectionnés.
Les espions mercenaires de l'Amérique ne sont, toutefois, que la partie émergée de l'iceberg en Afrique. Alors que le Pentagone avait annulé un programme de surveillance analogue appelé "Tusker Wing", en utilisant des drones, il a dépensé des millions de dollars pour mettre en état l'aéroport civil d'Arba Minch, en Ethiopie, afin qu'il puisse permettre aux drones de décoller de là.
Les infrastructures nécessaires à ce genre d'opérations étaient relativement bon marché et faciles à construire, mais un problème bien plus grave s'annonce – un problème directement lié à la Nouvelle Route des Epices.

“Marco Polo n'était pas un simple explorateur", déclarait Chris Zahner, stratège de l'armée, lors d'une conférence à Djibouti l'an dernier. "C’était également un expert en logistique et il mettait au point des nœuds logistiques le long de la route de la soie. Faisons maintenant quelque chose de semblable sur l’itinéraire qu’a suivi la Reine de Saba".

Mis à part les chants à la gloire d'esprits éclairés disparus, les raisons d’investir massivement dans des réseaux d’approvisionnement concernent moins l’histoire que les infrastructures des aéroports africains.
Des 3.300 terrains d’aviation du continent répertoriés par la “National Geospatial-Intelligence Agency” l’Air Force n’a enquêté que sur 303 d’entre eux, dont seulement 158 récemment. Parmi les aérodromes qui ont été testés, la moitié d'entre eux ne supporteraient pas le poids des avions cargos C-130 dont les Etats-Unis se servent pour transporter les troupes et le matériel.

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Le C-130

Ces restrictions ont été bien intégrées lors de l’opération "Natural Fire 2010", les exercices d’entrainement communs organisés cette année-là par AFRICOM. Quand les C-130 n'avaient pas pu atterrir sur un aérodrome de Gulu, en Ouganda, il avait fallu débourser 3 millions de dollars supplémentaires pour les remplacer par des hélicoptères de transport Chinook.
De plus, les autorisations diplomatiques et les restrictions imposées aux avions militaires US par la taille des aérodromes coutaient très cher au Pentagone en temps et en argent et, en même temps, éveillait souvent les soupçons et attisait la colère des locaux.
Dans un article récent publié dans la revue spécialisée de l'armée, "Army Sustainment", le commandent de l’US Air Force, Joseph Gaddis, vante les mérites d’une solution qui commence à faire son chemin : la sous-traitance. Le concept a été testé l’an dernier, au cours d’un nouveau stage d’entrainement d’AFRICOM, "Atlas Drop 2011".
"Au lieu d’utiliser un pont aérien avec des avions militaires pour dispatcher le matériel, les organisateurs ont sous-traité à des compagnies de fret", écrit Gadddis. Cela a permis aux participants aux stages de bénéficier d’un service de livraison à domicile et évité d’utiliser du personnel supplémentaire pour transporter le matériel dans les zones de fret et les douanes".
En utilisant des transporteurs de fret mercenaires pour contourner les problèmes d’autorisations diplomatiques et déplacer le matériel vers des aéroports qui ne peuvent pas accueillir les C-130 c’est, toutefois, une des pistes que le Pentagone est en train d’explorer pour réaliser ses opérations d’expansion en Afrique.
Un autre de ces projets, c’est la construction.

Les grandes manœuvres

Des documents concernant les contrats de l’armée révèlent des projets d’investissements s’élevant à 180 millions de dollars et plus pour des constructions au Camp Lemonnier seulement. Le projet le plus important concerne l’aménagement de 54.500 mètres carrés de pistes de roulage (taxiways) capables de supporter des avions de charge moyenne, et la construction de 185.000 m2 de zone de chargement pour les avions de combat. En outre, il y a des projets en préparation pour construire des structures modulaires pour la maintenance, des supports et des installations pour stocker les armes, tout l'attirail nécessaire à mener un nombre croissant de guerres secrètes en Afrique.
D’autres documents sur les contrats de l’armée laissent entendre que, dans les années à venir, le Pentagone compte investir jusqu’à 50 millions de dollars pour de nouveaux projets sur cette base, au Camp Simba au Kenya, et sur d’autres sites non spécifiés en Afrique. D’autres demandes budgétaires laissent supposer qu'il y aurait des projets de constructions militaires en Egypte, où le Pentagone possède déjà un complexe de recherche médicale, et des travaux sont également prévus à Djibouti.
Tout aussi révélateurs sont les documents sur les contrats de l’armée qui indiquent l’arrivée en masse prochaine de « logements de troupes d’urgence » à Camp Lemonnier, dont près de 300 préfabriqués supplémentaires (Containerized Living Units - CLUs), des logements climatisés et empilables, ainsi que des toilettes et des laveries.
Des documents de l’armée indiquent qu’un complexe de près de 450000 dollars, destiné aux exercices, a été construit à la base US à Entebbe, l’an dernier. Tout cela montre bien que, pour le Pentagone, les grandes manœuvres africaines ne font que commencer.

La ruée vers l’Afrique

Au cours d’un discours récent prononcé à Arlington, Virginie, le commandant d’AFRICOM, le général Carter Ham expliquait la logique qui sous-tend les opérations US sur le continent:

"Ce qui est absolument impératif pour l’armée des Etats-Unis c'est de protéger l’Amérique, les Américains et les intérêts de l’Amérique; dans notre cas, dans mon cas, il s’agit de nous protéger des menaces qui pourraient émaner du continent africain".

A titre d'exemple, Ham citait al-Shabaab, le groupe somalien comme étant une menace majeure.

"Pourquoi nous soucions nous de cela ?" demandait-il, "eh bien, Al-Qaeda est une organisation mondiale… nous pensons qu’en tant qu’affiliés à Al-Qaeda, ils représentent très clairement une menace pour l’Amérique et les Américains".

Les combattre chez eux pour ne pas avoir à les combattre chez nous est depuis des dizaines années un principe fondamental de la politique étrangère américaine, surtout depuis le 9/11. Mais essayer d’appliquer des solutions militaires à des problèmes politiques et sociaux complexes a souvent abouti à des conséquences imprévues.
Par exemple, la guerre en Libye soutenue par les U.S. qui a eu lieu l'an dernier a eu pour conséquence que des masses de mercenaires touaregs armés, qui avaient combattu pour l’autocrate libyen Mouammar Kadhafi, étaient retournés au Mali où ils ont contribué à déstabiliser le pays.
Il s'en est suivi un coup d’état militaire réalisé par un officier entrainé par les US., la prise de pouvoir dans certaines régions par les combattants touaregs du Mouvement National pour la Libération d’Azawad, qui avait fait main basse sur des dépôts d’armes en Libye, et par la prise en main d’autres parties du pays par les troupes irrégulières d’Ansar Dine, le tout dernier "affilié" à Al-Qaeda à être dans le collimateur des Etats-Unis. Une seule intervention militaire, en d’autres termes, a eu pour conséquence, en un an à peine, trois retours de bâton importants dans un pays voisin.
L’administration Obama étant clairement engagée dans la ruée vers l’Afrique version XXI° siècle, la possibilité qu’il y ait des vagues successives de retours de bâtons qui empiètent les unes sur les autres s’accroit de façon exponentielle.
Le Mali n’est peut-être que le début et nul ne sait comment se terminera un seul de ces problèmes.
En attendant, gardez l'œil sur l’Afrique. L’armée US va y faire l’actualité au cours des années à venir.

Nick Turse est historien, essayiste, journaliste d'investigation il est rédacteur adjoint et directeur de la recherche de TomDispatch, et actuellement, il enseigne au Radcliffe Institute de l'Université d' Harvard. Son dernier livre s'intitule: The Case for Withdrawal from Afghanistan.

TomDispatch
C'est Tom Engelhardt qui a lancé "Tomdispatch" en novembre 2001.
C'était, à l'origine, une publication par mail qui proposait des articles sélectionnés dans la presse mondiale. En décembre 2002, c'est devenu un projet du Nation Institute, et a été publié en ligne en tant qu'"antidote des médias mainstream".
Le site propose actuellement les billets de Tom Engelhardt et les articles originaux d'auteurs comme Rebecca Solnit, Bill McKibben, Mike Davis, Chalmers Johnson, Michael Klare, Adam Hochschild, Robert Lipsyte, et Elizabeth de la Vega.

traduction emcee ©des bassines et du zèle

NB Les illustrations ont été ajoutées