Le massacre de Houla déclenche une guerre médiatique entre les deux camps

L'épisode le plus horrible depuis le début du soulèvement en Syrie vire rapidement à la bataille de relations publiques, chaque camp, et leurs alliés, accusant l'autre d'avoir perpétré le massacre de Houla. A peine quatre jours après les meurtres de plus d'une centaine d'hommes, de femmes et d'enfants, les médias sont noyés d'images avançant l'une ou l'autre version des faits.
Parlant de la bourde de la BBC qui a publié une photo prise en Irak, Keith Harmon Snow, journaliste et enquêteur sur les droits humains, explique qu'elle ne peut en aucune façon avoir été publiée par erreur.

Keith Harmon Snow:
RT(la chaîne d'information russe en langue anglaise, NDT) a publié mes déclarations concernant Marco di Lauro, photographe des médias dominants occidentaux, et celles selon lesquelles les fabrications d"'"informations" de ce genre sont récurrentes dans les médias mainstream qui couvrent la guerre en Irak, en Afghanistan, au Congo, au Soudan, au Rwanda, et partout ailleurs.
Ce que RT a repris de mes propos est tout à fait pertinent mais je voudrais apporter quelques précisions supplémentaires.
Comme pour tous les photographes d'agences de presse officielles qui couvrent les conflits, leurs images sont vendues à des fins de propagande. La déclaration qu'a faite Marco di Lauro est hypocrite: ses photos ont été maintes et maintes fois utilisées pour vendre les guerres du Pentagone et de l'Otan.
Marco di Lauro vend ses clichés par l'intermédiaire de Time, de Getty Images, de l'Associated Press et d'autres, et ils ont servi à vendre les interventions militaires illégales de l'Otan au Soudan, en Afghanistan, en Irak et ailleurs.
Au Soudan, , par exemple, les images de Marco di Lauro ont été utilisées pour vendre la propagande occidentale qui accusait le président Omar al Bashir de génocide, tout en occultant les opérations secrètes du Pentagone auxquelles participaient George Clooney, John Prendergast, Eric Reeves et d'autres en tant que personnalités (lire: propagandistes) médiatiques de premier plan.

"On utilise sans autorisation, comme preuve du massacre de Houla, une de mes photos à des fins de propagande anti-syrienne sur la page d'accueil du site de la BBC.
Je suis très surpris qu'un organisme comme la BBC ne prenne pas la peine de vérifier ses sources et soit prête à publier n'importe quelle photo envoyée par un simple militant, ou un journaliste ou qui que ce soit d'autre", pleurniche Marco di Lauro.

Marco di Lauro prend bien soin de ne pas contester sérieusement le système qui le nourrit. Il est absurde de dire "qu'un organisme comme la BBC ne prenne pas la peine de vérifier". Tout est vérifié pour éviter les procès en diffamation. Il ne s'agissait pas d'un accident. En disant qu'il s'agit de propagande, Marco di Lauro peut ainsi s'immuniser et immuniser le système contre les critiques sur la guerre totale de l'information dans laquelle il est partie prenante et que nous, citoyens ordinaires, subissons. Ses photos sur la Bosnie ont servi à corroborer la Politique de Génocide qu'utilisait l'establishment pour désigner mensongèrement les ennemis de l'occident.
Cet exemple montre également comment un étranger blanc appartenant à la classe des privilégiés utilise les privilèges et la couleur de peau pour servir les intérêts de la caste dirigeante blanche.
La photo de Marco di Lauro prise en Irak et utilisée pour la propagande sur la Syrie avait précédemment servi à dissimuler les crimes de guerre des US, de l'Otan et d'Israël en Irak en attribuant la responsabilité de ces cadavres d'enfants (?) au gouvernement de Saddam Hussein.
Le photographe joue un rôle déterminant dans la guerre psychologique qui fabrique les génocides et les crimes de guerre toujours commis par nos ennemis (les Taliban, Omar Bashir, Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, etc.) et il passe sous silence les génocides et les crimes de guerre commis par nos propres gouvernements, les agences de services secrets, les opérations secrètes, les machines de guerre, et ceux de nos alliés (Israël, la Grande Bretagne, le Rwanda, l'Ouganda, la Hollande, l'Allemagne, etc.).
Quand Afshin Rattansi, interviewé par RT, déclare dans ce reportage qu'"il ne s'agit pas d'un complot", lui aussi soutient le système.
C'EST un complot. Il y a une conspiration du silence (par les médias et les soi-disant "journalistes") une conspiration de propagande et de désinformation, et une conspiration de guerre – pour renverser le gouvernement syrien. Nous avons constaté, maintes fois déjà, ces conspirations de violence, toutes destinées à soutenir les bombardements, les massacres et les atrocités en Irak, en Afghanistan, au Congo, au Rwanda, au Soudan, en Libye et dans d'innombrables autres pays.
Finalement, la légende ajoutée par la BBC sous la photo qui indique que c'est une “photo transmise par un activiste” fait partie de l'opération de manipulation mentale – destinée à nous amener à penser que cette photo provient d'un citoyen militant, sans doute une personne soucieuse et qui ne fait que son devoir pour révéler les horreurs de ce régime arabe (lire: terroriste).
La légende sert à donner à la photo un cachet d'authenticité, et également à protéger la BBC, au cas où quelqu'un devinerait ce que se passe réellement ici, où l'image n'est pas ce qu'elle prétend représenter. Une fois que l'image est publiée, le mal est déjà fait. C'est la Fabrique du Consentement telle que l'ont décrite Noam Chomsky et Edward S. Herman.

Keith Harmon Snow est correspondant de guerre, photographe et enquêteur indépendant. Il a reçu à quatre reprises(en 2003, 2006, 2007, et 2010) un prix décerné par Project Censored, un groupe de recherche sur les médias de la Sonoma State University.
Il a également été chargé de cours de droit social en 2009 à l'University of California Santa Barbara, reconnu pour son travail de plus d'une dizaine d'années, à l'extérieur du milieu universitaire, contestant les récits officiels sur les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et les génocides tout en travaillant aussi en tant qu'enquêteur sur les génocides pour les Nations Unies et d'autres institutions.
Autres articles de Keith Harmon Snow parus dans DV.
Son site.

NB: on peut voir le reportage de RT sur le site source.

Note perso

Notre cher président nouvellement élu recevait le président russe lui aussi nouvellement élu (enfin, disons qu'il fait PM et président en alternance).
François Hollande a affirmé hier, 1 ° juin, lors d'une conférence de presse conjointe avec Vladimir Poutine:
Il n'y a "pas de solution possible" en Syrie sans "le départ" de son président, Bachar al-Assad.
Mais aussi: "Il doit y avoir des sanctions" contre le régime syrien, ajoutant qu'il connaissait "les risques de déstabilisation, avec les risques de guerre civile" en Syrie.
Et pour finir:
"Le régime de Bachar al-Assad s'est conduit de manière inacceptable, intolérable. Il a commis des actes qui le disqualifient".
Il n'y a "de sortie de cette situation qu'avec le départ de Bachar al-Assad".
François Hollande, a précisé que ce départ était "un préalable pour la transition politique".
Poutine, lui, doute de l'efficacité de ces sanctions. Il a réaffirmé son soutien à la médiation de Kofi Annan. Il est "contre-productif de déclarer que sa mission est vouée à l'échec", a-t-il dit.
Petit rappel
En Libye: sarkozy (avec Cameron dans son sillage) voulait en découdre tout de suite et refusait toute négociation avec Kadhafi pendant que Chavez, Castro et d'autres chefs d'état demandaient à ce qu'on commence par la solution diplomatique. Ce que sarkozy avait refusé catégoriquement, se précipitant, avec BHL qui virevoltait, tel une chauve-souris, autour de lui, pour reconnaître le CNT, conseil national de transition libyen, à peine formé et constitué d'anciens hauts responsables du pays (pour ceux dont les noms avaient été annoncés), tout aussi coupables, donc, des crimes commis par Kadhafi, si on va par là, et si c'est la "cruauté du régime" qui préoccupait les occidentaux.
Et maintenant qu'a décidé Hollande pour la Syrie?
"La France, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la Bulgarie ont annoncé mardi que les ambassadeurs de Syrie dans ces pays seraient expulsés".
Adieu la solution diplomatique, apparemment. Et Al-Assad coupable, forcément coupable.
Quant au nouveau ministre des Affaires Etrangères, pas mieux.

Laurent Fabius, s'est par ailleurs dit favorable à la saisine de la Cour pénale internationale. Dans un entretien au Monde daté du 30 mai, il a estimé que le massacre de Houla "peut avoir comme conséquence que des pays jusque-là réticents évoluent" sur la question syrienne. Il souligne que Bachar Al-Assad, "l'assassin de son peuple", "doit quitter le pouvoir". Selon le nouveau chef de la diplomatie française, "le plus tôt sera le mieux".

(article complet)
Voilà, c'est, grosso modo, le même scénario que pour la Libye (le même cauchemar, quoi). Sauf que, cette fois-ci, les Russes (et les Chinois, mais d'eux, on ne parle pas, on les ménage sans doute) ont opposé leur véto à une résolution de l'ONU. Ce qui fait enrager tout le clan occidental et, en particulier, Hilary Clinton qui n'a pas de mots assez durs à l'encontre de Poutine.
Qu'envisage, donc, le président français? Une "transition politique", mais avec qui? Sait-il seulement que l'opposition est très divisée et dirigée par divers groupes aux intérêts divergents, à part prendre le pouvoir à la place d'Al-Assad?
Quelles garanties offre-t-il au peuple syrien (parce qu'il veut aider le peuple syrien, je suppose, même s'il ne l'a pas clairement dit?)? AUCUNE.
Notre cher président imagine-t-il autre chose que d'organiser le chaos, comme en Libye ?
Et au nom de quoi? En faveur de qui? De la "démocratie"? Du "peuple" syrien?
Comme en Libye, par exemple?
Et voilà qu'on a touché un président qui veut aussi bouter les Arabes hors de chez eux.
Un qui veut encore que le chef d'état d'un pays souverain qui n'a agressé aucun autre pays soit renversé (les lois internationales, c'est juste pour les gogos qui y croient) - remplacé par qui, ce n'est pas son problème. Mais, le petit cachotier, il ne nous avait pas dit ça pendant la campagne. Ou pas bien fort. Je n'ai rien entendu.
Quant aux sanctions (qui s'ajouteraient aux précédentes, je suppose), il faut être vraiment nul ou indifférent à son sort pour ne pas savoir que c'est le peuple qui en souffre. Donc, si on comprend bien, M. Hollande veut sauver les Syriens en leur infligeant des sanctions, et en les bombardant au plus vite.
Bien. Tout cela est très logique. Je note.
Mais que disait la douce Ms Clinton, le 12 avril dernier?

"We remain firmly resolved that the regime’s war against its own people must end for good and a political transition must begin. Assad will have to go, and the Syrian people must be given the chance to chart their own future."

Tiens, tiens!
"La guerre du régime contre son propre peuple doit prendre fin"
Une "transition politique"
"Assad doit partir"

On se demande qui a inspiré l'autre. M'enfin, plus en phase et plus docile que ça ...
Il n'avait pas parlé de la mettre en veilleuse avec l'Otan? A moins que je confonde avec un autre.
On remarquera que tout ce beau monde ne se pose aucune question sur l'authenticité des accusations contre le gouvernement syrien. Il est coupable d'avoir commis des atrocités contre son peuple. Point.
Comme l'était Kadhafi, jusqu'à ce qu'on découvre qu'il n'y avait aucune preuve qu'il avait fait massacrer son peuple.
C'est donc reparti pour un tour de manège.
Avec Hollande, cette fois-ci.
La démocratie produit les clones des prédécesseurs à l'infini.
Parlons-en du "changement" qu'on nous vend pendant la campagne!
Pas que j'étais dupe, hein. Et ça ne va même pas mieux en le disant.