Certains experts US chevronnés sont apparemment d’accord avec ce que dit l’Iran. Stephen M Walt écrit dans Foreign Policy, "j’ai beau réfléchir, je n’arrive pas à comprendre où veut en venir l’administration Obama à propos de l’Iran … je suis perplexe ». Gary Sick, écrivant pour CNN, imaginant les conséquences terribles qu’entrainerait une offensive contre l’Iran, semble remettre en cause la pertinence d’une telle opération.
Et donc, pourquoi Obama est-il si agressif ? Si irrationnel?
Le président, à son habitude, cherche à se positionner entre les deux, accusant l’opposition républicaine de parler à tort et à travers tout en assurant au premier ministre israélien Netanyahu que les Etats-Unis marcheront main dans la main avec Israël.
Mais où est la logique d’offrir une “dernière chance" à l’Iran pour qu'il cesse de faire ce qu’il a le droit de faire? La seule logique que je vois ici – et c’en est une forme perverse – se fonde sur l'idée que, quand les bombes commenceront à tomber, Washington pourra dire: "nous avons été patients, nous avons tout tenté et nous leur avons donné leur chance, mais ils ont défié la communauté internationale et donc nous (ou Israël) avons dû attaquer".
C'est 2003 qui recommence.
N'oubliez pas qu'Obama a été élu en grande partie à cause de son opposition à la guerre en Irak. Dans un discours prononcé en 2002, il avait déclaré qu'il était contre "la tentative cynique de Richard Perle et de Paul Wolfowitz et d'autres guerriers dilettantes de salon de l'administration Bush de nous imposer de gré ou de force leurs propres projets idéologiques, au mépris du coût en vies humaines et des souffrances que cela engendrerait".
Mais il n'a jamais vraiment dénoncé la campagne de mensonges, ni exprimé d'indignation morale face aux centaines de milliers de morts de civils, au déracinement de millions de gens, à la propagation des conflits ethniques et sectaires engendrés par l'offensive U.S. Il a qualifié la guerre de "bourde stratégique". Malgré cela, il était largement considéré comme le candidat "anti-guerre".
Une fois élu, cependant, il s'avérait être quasiment le clone de Bush en ce qui concerne les Affaires Etrangères. Il prenait la belliqueuse Hilary Clinton (qui avait fermement soutenu l'offensive contre l'Irak et qui avait défendu sa position pratiquement tout au long de sa campagne) comme Secrétaire d'Etat, à la grande satisfaction des néocons qui avaient bien compris qu'elle assurerait la continuité de leurs propres politiques de changement de régime. S'il a bien ordonné le retrait des troupes en Irak, il ne peut pas s'en attribuer le mérite. Ce retrait avait été décidé lors de l'accord conclu en 2008 entre l'administration Bush et le gouvernement irakien.
(Obama a, en fait, tenté de renégocier cet accord pour permettre la présence permanente des troupes et des bases américaines, mais ce projet a été rejeté par les Irakiens qui ne supportaient pas l'occupation. En d'autres termes: si Obama a fait retirer les troupes d'Irak, ce n'est pas grâce à lui, mais malgré lui).
Concernant l'Iran, Obama avait précisé dès sa toute première conférence de presse après son élection qu'il poursuivrait une politique de confrontation. Quand on lui avait demandé de s'exprimer sur le message de félicitations du président iranien Ahmadinejad, il avait évité de répondre, mais avait (et de toute évidence selon un scenario bien établi) déclaré fermement que "le développement de l'arme nucléaire en Iran était 'inacceptable'". Et depuis ce temps là, son administration ne cesse d'insinuer que l'Iran possède un programme nucléaire militaire secret et actif auquel il faut mettre un terme par tous les moyens.
(C'est le cas, même quand, comme elle l'a fait récemment, la Maison Blanche reconnaît qu'il n'y a pas de preuves irréfutables de l'existence d'un programme d'armement nucléaire! Les discussions plus ou moins franches avec les Israéliens portent, entre autres, sur l'établissement d'une "ligne jaune" à ne pas franchir qui justifierait d'une opération militaire. Ce qui semble véritablement "inacceptable", ce sont les simples connaissances et la capacité à produire des armes nucléaires. Mais on ne peut pas dire cela trop souvent publiquement. On ne peut pas dire: "nous refuserons à l'Iran le droit d'accéder à un niveau technologique qu'ont atteint bien d'autres pays, légalement et sans que nous y trouvions à redire – parce que nous n'aimons pas l'Iran!).
Tout comme George W. Bush, Obama n'a cessé de répéter qu'il n'exclut aucune possibilité, y compris l'utilisation de la force militaire.
Comment en sommes-nous arrivés à cette phase de "dernière chance"?
L’irrationalité de cette affaire est, en fait, incroyable. Comment se fait-il - alors que tous les services de renseignements US, à l'issue de recherches approfondies, en sont arrivés à la conclusion (par deux fois) que l'Iran avait mis fin à son (début de) programme de recherche en 2003 et n'avait pas de programme d'armement nucléaire; alors que le Comité des Chefs d'état-major s'oppose catégoriquement à une offensive contre l'Iran; alors que l'AIEA n'a cessé de dire qu'il n'y avait aucune preuve que l'uranium enrichi était utilisé à des fins militaires – qu'Obama puisse encore dire que le programme nucléaire civil de l'Iran est un danger imminent - et brandir la menace d'une guerre?
Depuis le 9/11, nous avons pu constater comment des campagnes massives de désinformation peuvent influencer l'opinion publique. La remarque d'Hermann Goering (qui dit que si on raconte aux gens qu'ils sont agressés, on peut les amener à soutenir une action militaire) s'est constamment confirmée. Pour justifier l'offensive contre l'Irak, c'est la technique publicitaire qui a été employée: en faire un sujet de discussion dans toutes les interviews télévisées ("nous ne voulons pas que des preuves irréfutables dégénèrent en attaque nucléaire sur New York"); faire évoquer des "produits de renseignements secrets" douteux par l'intermédiaire de journalistes complaisants comme Judith Miller et Jeffrey Goldberg; multiplier les accusations contre les "drones de la mort" qui transportent des armes biologiques et chimiques, les camps d'entrainement d'Al-Qaeda, les réunions entre des responsables éminents d'Al-Qaeda et des autorités baathistes, parmi lesquelles Saddam lui-même, les usines d'armes biologiques mobiles, etc.
Que des mensonges! Quand il s'est avéré qu'il n'y avait aucune preuve d'armes de production massive ou de liens avec Al-Qaeda, l'administration balayait cela d'un revers de la main, le mettant sur le compte de "mauvais renseignements", et incitait la population à se tourner vers l'avenir plutôt que vers le passé.
C'est ce qu'avait également dit Obama dès son arrivée à la Maison Blanche. Poussé à demander au Département de la Justice de poursuivre en justice ceux qui étaient responsables de cette guerre criminelle fondée sur des mensonges, il avait répondu : "nous devons nous tourner vers l'avenir et non pas vers le passé". Et il était ensuite allé de l'avant pour accélérer la guerre en Afghanistan, augmentant les troupes US d'environ 10,000 soldats à plus de 90.000. Il était ensuite passé au bombardement du Pakistan et du Yémen avec des drones, puis, au bombardement de la Libye pour réaliser le changement de régime, et maintenant, il menace la Syrie. L'administration actuelle est aussi sanguinaire que la précédente.
Le terrain pour lancer une offensive contre l'Iran a bien été préparé, comme pour la guerre en Irak, grâce à une campagne médiatique qui utilisait des éléments de langage et des accusations terrifiants. Le "champignon atomique au-dessus de New York” a été remplacé par "menace existentielle", "holocauste nucléaire", "menace de rayer Israël de la carte", "appel à la destruction d'Israël".
C'est entretenir la psychose avec un truc en plus. Rares sont ceux qui prétendent que l'Iran constitue une menace sérieuse pour les Etats-Unis; là, l'argument central, c'est le prétendu danger qu'il représente pour Israël.
Beaucoup ont signalé que les principaux architectes de la guerre en Irak (parmi lesquels Richard Perle, Douglas Feith et David Wurmser) avaient écrit un rapport en 1996 sous la direction de Perle qui s'adressait au nouveau premier ministre israélien Benyamin Netanyahu (ils l’ont fait, je suppose, parce qu’ils avaient la double nationalité américaine et israélienne).
Cet article, intitulé: "Une rupture nette: une nouvelle stratégie pour sécuriser le Royaume" ("A Clean Break: A New Strategy for Securing the Realm"), préconisait des frappes préventives contre l’Iran et la Syrie, un changement de régime en Irak et l’abandon des négociations avec les Palestiniens pour une « terre contre la paix ».
En réalité, le gouvernement israélien avait été ravi du renversement de Saddam Hussein, sympathisant des groupes militants palestiniens. Mais ces propagandistes de guerre n’ont guère parlé des intérêts d’Israël aux changements de régime. Ils ne voulaient probablement pas inciter à ce qu’on pense que ce serait une "guerre pour Israël".
Cette fois-ci, c’est différent. Obama peut toujours répondre à Jeffrey Goldberg – comme il l’a fait lors d’une interview la semaine dernière que "ce serait quand même une préoccupation essentielle pour la sécurité nationale des Etats-Unis que d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire", même si "Israël n'était pas concerné". Mais Israël est manifestement au centre des débats politiques sur l'Iran ici.
Norman Podhoretz, "père-fondateur du néo-conservatisme", avait supplié l'administration Bush de bombarder l'Iran en 2007, affirmant que le monde était à la croisée des chemins comme en 1938, et qu'une politique de conciliation risquait fort d'engendrer un nouvel holocauste. Cela fait des années que nous entendons ce discours hystérique. Il est illogique. Ahmadinejad n'est pas un Hitler. Ses pouvoirs sont limités dans le système politique iranien et ce n'est pas lui qui est en charge de la politique extérieure. S'il avait des velléités d'exterminer les Juifs, on peut imaginer qu'il commencerait par les quelque 25000 Juifs d'Iran, mais il ne les confond pas avec des sionistes et affirme qu'il respecte leurs droits.

Analysons certains des éléments de langage sensationnalistes qui sous-tendent le désir d'en découdre (à la fois des Etats-Unis. et d'Israël).

Le programme d'arme atomique de l'Iran.

Si vous faites une recherche sur Google, vous trouverez des dizaines de milliers de références journalistiques concernant ce concept comme si c'était un fait établi. Je n'ai pas vu de sondage montrant combien de personnes pensent ici sincèrement que ce programme existe, mais je parie qu'il s'agit de la majorité d'entre elles.
C'est donc que ce mensonge éhonté a été efficace.

Et si les journalistes des médias institutionnels se faisaient un devoir de rappeler constamment ce qui suit? - Les Iraniens n’ont cessé d’affirmer qu’ils n’ont pas ou ne veulent pas de programme d’armement nucléaire. Ils veulent enrichir l’uranium pour développer la médecine nucléaire et pour produire de l’électricité. Ils ne font probablement rien de plus que ce qu’ont fait le Brésil, l’Argentine, le Japon et d'autres sous le contrôle de l’IAEA, et, en tant que signataires du Traité de Non-prolifération, ils ont tout à fait le droit de le faire (les termes du traité sont clairs: les pays signataires ont le « droit inaliénable » de développer un programme nucléaire civil).
- Le principal décideur en Iran est le Guide Suprême Ali Khamenei. Ses avis religieux (fatwa) sont considérés comme juridiquement contraignants par les musulmans chiites. En 2005, il avait émis une fatwa interdisant la production, le stockage ou l’utilisation d’armes nucléaires, disant que c’était contraire à l’islam.
- L’ensemble des services de renseignements US (CIA, FBI, renseignements militaires, etc.) ont établi avec un « degré élevé de certitude » dans deux rapports des services de renseignements nationaux (National Intelligence Estimates), publiés en 2007 et 2010, que l’Iran n’avait pas de programme nucléaire actif. Les services secrets israéliens sont aussi arrivés à la même conclusion.
Le dernier rapport de l’AIEA, qualifié d’accablant par beaucoup, reprend exactement les mêmes accusations. La principale concerne le croquis d’une tête nucléaire trouvé sur un ordinateur portable soi-disant volé à un scientifique iranien, spécialiste de l’énergie nucléaire aujourd'hui décédé, et remis aux Etats-Unis en 2004. Il aurait été transmis par l'intermédiaire de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI), mouvement de militants en exil qui luttent contre le régime de la République islamique d'Iran (et qui avaient combattu aux côtés des Irakiens pendant la guerre Irak-Iran, quand les Etats-Unis soutenaient l’invasion du pays voisin par Saddam, et qui se trouvent figurer dans la liste des organisations considérées comme "terroristes" par le Département d’Etat US ou par les services secrets israéliens).
En 2005, quand les Etats-Unis et l’AIEA étaient tous deux au courant de cette découverte, le New York Times écrivait qu'un "important diplomate européen" avait déclaré : "il est facile de créer de toutes pièces une telle information", ajoutant que ce document était "sujet à caution". L’Iran avait assuré que le document trouvé dans l’ordinateur portable était un faux. Cela n’a pas, apparemment, poussé les agences de renseignements US à réviser leur jugement sur le programme d’armement nucléaire de l’Iran.
- L’Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) n’a trouvé aucune preuve de l'existence d'un programme d’armement nucléaire. Certains indices lui laissaient à penser qu'il y avait eu occultation d’informations, et elle se plaignait d’un certain manque de coopération.
Mais à la suite de manipulations politiques et de la nomination de Yukiya Amano au poste de directeur général en 2009, l’agence est devenue de plus en plus critique envers l’Iran, assemblant d’anciens documents d’origine douteuse pour faire pression sur Téhéran. (…)
(La résolution de l’AIEA en 2005 qui avait entraîné des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU contre l’Iran avait été adoptée pour des motifs politiques, et non pas scientifiques. Sur les 35 pays membres de l’Agence à l’époque, 22 d'entre eux avaient approuvé cette proposition qui affirmait que l’Iran était en "non-conformité" par rapport au Traité de Non-prolifération. Ce résultat venait essentiellement du fait que les pays de l’OTAN avaient tous voté en bloc, alors que l’Algérie, le Brésil, la Chine, le Mexique, le Nigeria, le Pakistan, la Fédération de Russie, l’Afrique du S, le Sri Lanka, la Tunisie, le Venezuela, le Vietnam et le Yémen avaient voté contre ou s’étaient abstenus).
Le mois dernier, la délégation de l’AIEA en Iran n’a pas eu le droit de pénétrer sur la base militaire de Parchin. Le mandat de l’AIEA ne donne pas le pouvoir d’exiger des inspections-surprises sur les bases militaires, et les Iraniens disent que cette demande était inacceptable. Amano déclarait que cette affaire était très préoccupante, car, selon lui, elle alimente les soupçons d’une activité nucléaire. Toutefois, l’Iran avait consenti à ce que l’AIEA procède à des enquêtes approfondies sur des bases militaires en 2004, 2005 (deux fois) et 2006, et l’agence n’avait rien trouvé de suspect.

L'Iran a appelé à la destruction d’Israël.

Combien de fois avons-nous entendu cela ? Mais quelle est la citation exacte ?
Les dirigeants Iraniens, ainsi que de nombreux spécialistes divers et variés dans le monde (parmi lesquels certains historiens juifs israéliens), pensent que l’état d’Israël a été créé grâce à des violences atroces commises contre la population palestinienne indigène. Ils pensent que le problème des réfugiés était dû au terrorisme sioniste qui est en fait une doctrine bien peu contestée sur cette planète. (...).
Les Iraniens comme beaucoup de peuples dans le monde contestent l'idée d’un "état juif" fondé aux dépens d’autres populations et se sentent solidaires des Palestiniens.
Certains dirigeants Iraniens font des discours lors de rassemblements où ceux qui y assistent crient: "Mort à Israël!" tout comme ils crient "Mort à l’Amérique !".
Mais comment cette rhétorique se traduit-elle dans les faits?

Et si les journalistes des médias institutionnels se faisaient un devoir de rappeler constamment ce qui suit?

- Au printemps 2003, le gouvernement iranien du Président Mohamed Khatami (présenté en général comme un "modéré" et comme partisan du "dialogue entre les civilisations") avait envoyé un courrier au Département d’Etat américain par l’intermédiaire de l’ambassadeur suisse à Téhéran (chargé des relations Etats-Unis-Iran). Cette lettre proposait une normalisation des relations entre les Etats-Unis et l’Iran, et reconnaissait le besoin de discuter du soutien de l’Iran à des groupes qualifiés de "terroristes" par les Etats-Unis, et de son programme nucléaire.
Elle indiquait que l’Iran approuverait l’Initiative de Paix Arabe de 2002 proposée au Sommet de la Ligue Arabe (ce qui signifie le soutien pour une solution à deux états et la reconnaissance de l’état d’Israël). Hors de lui, le vice-président Cheney avait exigé que le gouvernement ne tienne aucun compte de ce courrier et avait même reproché au diplomate suisse de l’avoir seulement transmis.

Ahmadinejad a appelé à ce qu’Israël soit "rayé de la carte".

On trouve même ceci: "a appelé 'à plusieurs reprises'". C’est faux.
(Ne pas oublier que les médias institutionnels ont eu tendance à propager la désinformation sur le compte d’Ahmadinejad à partir du jour de son élection, en juin 2005. Il avait été identifié à tort comme faisant partie des étudiants qui avaient pris en otage le personnel de l’ambassade américaine au cours de la crise iranienne des otages entre 1979 et 81, et le président Bush avait évoqué publiquement son « implication » dans cette affaire. La CIA, par la suite, avait annoncé sans bruit qu’il n’était pas impliqué).
Cette déclaration essentielle était faite lors d'une conférence à Téhéran en octobre 2005. De nombreux traducteurs ont remis en cause cette interprétation de sa déclaration (certains affirmant qu’il n’existe pas d’expression en farsi pour dire « rayer de la carte »). Ce qu’a déclaré Ahmadinejad est, en fait, la paraphrase d’une déclaration de l’Ayatollah Khomeiny (mort en 1989), qui avait dit qu’Israël subirait le même sort que le régime du Shah d’Iran et celui de l’Union Soviétique.
Juan Cole, professeur d’histoire du Moyen-Orient à l’Université du Michigan, qui parle le farsi couramment, a reniflé les relents de la propagande de guerre dans cette traduction diffusée dans le monde entier. Sa propre traduction est celle-ci :

« L’Imam a dit que le régime qui occupe Jérusalem (een rezhim-e eshghalgar-e qods) doit disparaître de la page du temps » (bayad az safheh-ye ruzgar mahv shaved).”

L'institut de recherche des médias du Moyen-Orient (MEMRI), furieusement pro-Israël a traduit cette expression par: “ce régime” doit être "éliminé des pages d’histoire" (..).
La déclaration de Khomeiny ressemble plus à une prédiction qu’à un appel à une action spécifique (et n’est-ce pas totalement imaginable que la démographie, les mouvements de populations et la culture ne puissent engendrer un état multiculturel, multiethnique, non-religieux sur le territoire actuel d’Israël/Palestine? Même certains juifs israéliens éminents ont évoqué cette éventualité).
En tous cas, le ministère des Affaires Etrangères iranien réagissait à tout ce tapage en apportant des éclaircissements. En février 2006, le ministre des Affaires Etrangères, Manouchehr Mottaki, répondant à une question lors d'une conférence de presse, avait dit, concernant la déclaration d’Ahmadinejad: "Comment est-il possible de rayer un pays de la carte? Ahmadinejad parle du régime. Nous ne reconnaissons pas la légitimité de ce régime".
Ahmadinejad lui-même n'a cessé de répéter que sa phrase avait été mal interprétée. En janvier 2006, se plaignant du tollé qu'avait suscité cette déclaration, il avait déclaré: "laissez les Palestiniens participer à des élections et ils diront ce qu'ils veulent".
En juillet 2008, il annonçait, lors d'une réunion des pays du D-8 (qui rassemble le Bangladesh, l'Égypte, l'Indonésie, l'Iran, la Malaisie, le Nigeria, le Pakistan et la Turquie) que son pays ne serait jamais à l'origine d'une action militaire mais que le régime israélien finirait par s'effondrer de lui-même. Plus tard, la même année, un journaliste lui demandait: “si les dirigeants palestiniens acceptaient la solution à deux états, l'Iran pourrait-il accepter un état israélien?” il avait répondu: "si (les Palestiniens) veulent garder les sionistes, ils peuvent rester … Quoi que décide le peuple, nous respecterons sa décision. Enfin, cela correspond bien à notre proposition, qui est de permettre aux Palestiniens de décider par voie de referendum".

Et si les journalistes des médias institutionnels se faisaient un devoir de rappeler constamment ce qui suit?

Les autorités gouvernementales iraniennes ont toujours dit qu'elles s'en remettront à ce que le peuple palestinien aura décidé pour son avenir, et ont montré qu'elles n'étaient pas opposées à la solution à deux états proposée par les Saoudiens, et soutenue par la Ligue Arabe.

Menace existentielle.

Les dirigeants politiques israéliens, repris en chœur par les éditorialistes U.S. qualifient constamment le programme nucléaire iranien de menace contre l'existence-même de l'état d'Israël. Mais des spécialistes des services secrets, comme Ephraim Halevy, qui dirigeait le Mossad, les services secrets israéliens, entre 1998 et 2002, n'est pas d'accord: "l'état d'Israël ne peut pas être détruit", déclarait-il à la presse en novembre dernier, ajoutant: "l'Iran est loin de constituer une menace existentielle pour Israël”, et "une offensive contre l'Iran pourrait toucher non seulement Israël, mais la région toute entière pour une centaine d'années".
Il avait même déclaré que l'extrémisme juif au sein d'Israël posait un problème bien plus important que l'Iran: “La radicalisation croissante des haredim (souvent appelés « ultra-orthodoxes », NDT) représente un risque bien plus grand qu'Ahmadinejad".
Ceux qui suscitent la peur panique d'une menace existentielle se voient opposer la réponse logique: "étant donné qu'Israël possède un armement nucléaire (non déclaré) et pourrait contrer au centuple une offensive iranienne, pourquoi des gens sensés en Iran envisageraient-ils de bombarder Israël?”.
La réponse de ceux qui sèment la terreur est simple: "mais nous n'avons pas affaire à des gens sensés".
Les dirigeants iraniens, disent-ils, sont des fanatiques islamistes, à la recherche de martyrs et indifférents au bien-être de leur peuple. Ils sont tellement aveuglés par leur antisémitisme qu'ils sacrifieraient des millions d'Iraniens juste pour éliminer complètement les Juifs, ce qu'Hitler n'a pas réussi à faire.
Ce qui est utilisé essentiellement pour justifier cet argument sont les propos de l'ancien président iranien, Hashemi Rafsanjani en 2001:

"s'il arrivait qu'un jour le monde musulman possède les armes dont dispose Israël, la stratégie de colonisation se trouverait dans une impasse parce que l'utilisation de la bombe atomique détruirait tout en Israël, mais cette même action produirait simplement des dégâts dans le monde musulman".

Cette déclaration (faite lors d'un sermon du vendredi) était une évidence. A l'heure actuelle, Israël bénéficie du monopole de l'armement nucléaire dans la région (même si, soulignons-le, le Pakistan, pays faisant partie du "Monde islamique" possédait déjà l'arme nucléaire à l'époque où Rafsandjani avait prononcé ces paroles). Si les pays islamiques voisins avaient l'arme nucléaire, la liberté d'action d'Israël ("la stratégie de colonisation") serait limitée.
Cette déclaration, même si elle était ambiguë, ne menace pas Israël mais laisse entendre qu'étant donné la population en Israël, le pays serait bien plus vulnérable dans un conflit nucléaire qu'un pays comme l'Iran— si l'Iran devait concurrencer Israël et acquérir l'arme nucléaire.
Je suis tombé sur cette citation tronquée de la partie essentielle qui dit :"la stratégie de colonisation se retrouverait dans une impasse", ce qui rendait la déclaration plus menaçante qu'elle n'est en réalité. Elle a été bien trop souvent utilisée comme étant la "preuve" que les dirigeants iraniens n'attendent que ça de faire subir des dégâts en Iran s'ils peuvent bombarder Israël, en détruisant tout.
Cela, évidemment, implique qu'on croie que les Iraniens sont non seulement impatients d'annihiler les Juifs israéliens mais sont insensibles aux dangers qu'une telle opération représente pour les Palestiniens (environ 20% de l'ensemble de la population israélienne) et pour les 5% environ d'Israéliens qui ne sont ni juifs ni arabes. Rafsanjani est en général considéré comme un "modéré" et un adversaire politique d'Ahmadinejad. Une fois de plus, cette interprétation des propos d'un Iranien est destinée à engendrer la peur.

Et si les journalistes des médias institutionnels se faisaient un devoir de rappeler constamment ce qui suit?

- L'Iran n'a agressé aucun pays en plusieurs centaines d'années. Il ne revendique aucun territoire de ses voisins et entretient de bonnes relations avec le Pakistan, l'Afghanistan, l'Ouzbékistan, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et l'Irak. Ses dépenses militaires représentent moins de 2% du PIB, contre plus de 6% en Israël, et environ moitié moins en dollars qu'Israël. L'Iran dépense 89 dollars par habitant pour la Défense contre 1882 dollars en Israël et 2141 dollars aux Etats-Unis (la somme la plus élevée au monde).
- Les hauts responsables de l'armée et des services secrets US et israéliens s'accordent à dire que les dirigeants iraniens sont rationnels et non pas irresponsables. Le président du Comité des Chefs d'état-major, le général Martin Dempsey, a récemment déclaré à CNN que le "régime iranien était un acteur rationnel".
Meir Dagan, un autre ancien dirigeant du Mossad (le successeur d'Halevy de 2002 à 2009), a récemment déclaré sur CBS:

le régime en Iran est un régime très rationnel … sans doute que le régime iranien n'est pas tout à fait rationnel selon les critères de ce que j'appelle la pensée occidentale, mais il ne fait aucun doute qu'ils réfléchissent à toutes les conséquences de leurs actes.

Dagan, parallèlement, estime qu'une offensive israélienne contre l'Iran est "l'idée la plus stupide que j'aie entendue".

Et pour finir: un holocauste nucléaire.

Une formule de propagande géniale, qui allie l'imagerie terrifiante du nuage nucléaire et la mémoire de rafles systématiques et du génocide.
- Mais si les dirigeants iraniens cherchent à imiter les nazis en mettant en œuvre une "solution finale" à la question juive, pourquoi l'Ayatollah Khomeiny a-t-il émis une fatwa en 1979, à son retour en Iran, exigeant que soient respectés les droits des chrétiens, des juifs et des zoroastriens? Pourquoi l'Iran comporte-t-il une communauté de quelque 25000 Juifs (la population juive la plus importante dans la région en dehors d'Israël)?
Pourquoi la constitution iranienne spécifie-t-elle (Art. 64), que, parmi les 270 membres de l'Assemblée législative, "les zoroastriens et les Juifs éliront un représentant chacun; que les chrétiens assyriens et chaldéens auront un représentant pour deux et les chrétiens arméniens du nord et ceux du sud du pays auront un représentant chacun"?
Ce sont certainement des vérités qui ne sont pas bonnes à dire pour certains, qui veulent exagérer l'oppression que subissent les Juifs en Iran pour justifier leur scénario apocalyptique à la Chicken Little (Petit Poulet ).
On trouve un exemple classique dans deux textes publiés dans le National Post of Canada en mai 2006 qui prétendaient que le parlement iranien avait adopté des lois exigeant que les Juifs et les autres minorités religieuses portent des "insignes spéciales".
Ecrits par le journaliste d'extrême-droite Amir Taheri, un expatrié iranien qui avait été un partisan acharné du Shah et Chris Wattie, journaliste canadien qui, en reportage sous la tutelle des troupes canadiennes en Afghanistan, avait glorifié leur mission, ces textes avaient été repris par l'United Press International (UPI ou United Press).
Cet article était publié dans les journaux de Rupert Murdoch, le New York Post et le Jerusalem Post. Le porte-parole du département d'état américain, Sean McCormack, à qui on avait demandé ce qu'il en pensait lors d'une rencontre avec la presse avait répondu avec colère: "Méprisable. C'est exactement comme l'Allemagne sous Hitler". Le rabbin Marvin Hier, doyen du Centre Simon Wiesenthal à Los Angeles, s'empressait d'approuver cet article: "cela rappelle l'holocauste" affirmait-il, "l'Iran est de plus en plus proche de l'idéologie nazie". Mais c'était 100% de désinformation!
Cette affirmation avait été rapidement contestée par (entre autres) l'ambassadeur d'Iran au Canada et le représentant juif au parlement iranien, indigné. Le journal s'était rétracté et avait présenté ses excuses, mais le mal avait été fait – ce qui était probablement le but de la manœuvre.
Egalement, en 2006, Netanyahou énonçait cette magnifique analogie historique:

En 1938, affirmait-il, "Hitler n'avait pas annoncé qu'il voulait anéantir les Juifs; Ahmadinejad dit clairement que telle est son intention, et ne nous indignons même pas. Au moins la qualifier de crime contre l'humanité. Il faut que le monde entier se rende compte qu'il s'agit d'un programme destiné à perpétrer un génocide.

L'ambassadeur US aux Nations Unis, sur le départ, John Bolton, appelait la Cour de Justice Internationale de l'ONU à poursuivre Ahmadinejad pour "incitation au génocide". "Il faut agir maintenant", avait-il dit lors d'une conférence donnée lors du symposium des présidents des principales organisations juives d'Amérique.
"On nous prévient très tôt, et sans ambigüité, de ce que sont ses intentions". Un champignon atomique au dessus de Tel-Aviv!

Et si les journalistes des médias institutionnels se faisaient un devoir de rappeler constamment ce qui suit?

Il y a plus de 30 synagogues en Iran, des magasins et des restaurants cashers et des écoles enseignant l'hébreu.
Alors que la loi exige qu'il y ait un élu au parlement pour 150.000 personnes, il y a un siège réservé pour la communauté juive qui compte 25000 personnes.
Alors que la vie est dure pour tout le monde en Iran, une théocratie islamique, les Juifs occupent des postes dans les ministères et des entreprises publiques. Leur sort est peut-être triste, mais c'est également celui de la plupart des Iraniens. Mais cela n'a rien à voir avec le sort des Juifs dans l'Allemagne hitlérienne.
"L'idée la plus stupide que j'aie jamais entendue" dit l'ancien directeur du Mossad.
Malgré cela, le gouvernement US, dirigé par le candidat de l'espoir et du changement, Obama, enjoint l'Iran de se soumettre au diktat US tant qu'il est encore temps, ou de se faire bombarder.
Tout cela, comme le font remarquer les diplomates iraniens, est irrationnel.

Source: The Irrationality of the Case against Iran’s Nuclear Program
"The Stupidest Idea I Ever Heard" Par Gary Leupp / April 12th, 2012

Gary Leupp est professeur d'histoire à Tufts University, et auteur de nombreux livre sur l'histoire du Japon.

Infos complémentaires:

Liens

Le rapport de l’AIEA : un aller simple pour la guerre ?

en anglais:

Augmentation des drones destinés à tuer:
The Rise of the Killer Drones: How America Goes to War in Secret

Facing Cyberattack, Iranian Officials Disconnect Some Oil Terminals From Internet

The Crisis of Zionism

NB: les commentaires seront modérés pour cause d'absence ce WE, mais ils seront régulièrement publiés chaque jour.