La montée au gibet des médias avec le controversé George Galloway

Quand le populisme est dangereux pour la démocratie

La victoire spectaculaire de George Galloway, la semaine dernière, aux élections partielles de Bradford West a donné une rare occasion de constater un total déséquilibre des forces, un mépris des classes dominantes envers toute contestation et une propagande antimusulmans éhontée dans les médias britanniques commerciaux.
L’excellent site web « News Sniffer » a démontré comment le Guardian avait rectifié précipitamment l’analyse odieuse qu’avait faite le responsable des affaires politiques, Patrick Wintour, de la victoire de Galloway par 10.140 voix de plus, 36% d’entre elles s’étant reportées du Parti Travailliste au Parti du Respect. Le mauvais journalisme de Wintour avait, dans la première version de son papier, mis l’accent sur la façon dont la « communauté d’immigrés musulmans » avait largement laissé tomber le parti travailliste. Le terme insultant d’ « immigrés » musulmans revenait trois fois dans l’article. Et l’appel de Galloway pour un retrait immédiat des troupes britanniques d’Afghanistan et pour une « contre-attaque à la crise de l’emploi » était qualifié de façon méprisante de « « fondamentaliste ».
Il était choquant de constater un tel mépris élitiste de la part d’un journaliste haut placé du Guardian vis-à-vis de l’opinion britannique majoritaire et des communautés d’ « immigrés ».
Quelqu’un du journal, ayant peut-être pressenti le danger que le journal libéral national de référence apparaisse aussi antilibéral, agissait rapidement pour dissimuler les preuves. Trop tard, News Sniffer était déjà sur le coup.
Voici ce qu’avait écrit Wintour:

« On constate que la communauté d’immigrés musulmans de la circonscription a laissé tomber le parti travailliste en masse pour rallier l’appel fondamentaliste de Galloway au retrait immédiat des troupes britanniques d’Afghanistan et à mener une « contre-attaque à la crise de l’emploi ».

Ces propos ont ensuite été rectifiés en :

« On constate que la communauté musulmane de la circonscription a laissé tomber le parti travailliste en masse pour rallier l’appel de Galloway au retrait immédiat des troupes britanniques d’Afghanistan et à mener une contre-attaque à la crise de l’emploi ».

D’autres rectifications importantes peuvent se consulter ici.

“Le vote musulman”

Il est fréquent que les médias qualifient un représentant politique honnête et droit de “controversé” ou de « rebelle » (voire pire). Et les journalistes ne nous ont pas déçus. Au journal télévisé News at Ten, Fiona Bruce, la présentatrice vedette, à qui, dit-on, la BBC verserait un salaire d’un demi-million de livres par an, présentait George Galloway ainsi : « l’ancien député travailliste controversé » (le 30 mars 2012). Les téléspectateurs peuvent toujours attendre qu’elle qualifie David Cameron, de « premier ministre ‘controversé’ » ou Barack Obama, de « président ‘controversé’ ».
Lors d’une “analyse’” sur News at Ten, le journaliste de la BBC, Iain Watson, annonçait, dans sa version personnelle de l’impartialité du présentateur télé, que Galloway avait comparé sa victoire au “Printemps Arabe” et avait “eu le front d’insinuer qu’il lançait un défi à tout l’establishment britannique » (30 mars 2012).
Mais peut-être que les insinuations de Galloway étaient appropriées, “effrontées » ou non. Galloway s’était, en fait, montré plutôt mordant face aux médias britanniques, une interview après l’autre.
Au journal de Channel 4, la correspondante pour les Midlands, Darshni Soni, avait affirmé que « le discours enflammé de Galloway sur l’Irak et l’Afghanistan s’adressait tout spécialement aux jeunes musulmans », comme si seuls les jeunes musulmans se souciaient de l’Irak et de l’Afghanistan (‘“Young Muslims defied elders to vote for Galloway”’, March 30, 2012).
Soni cherchait à coincer Galloway:
Soni: mais que répondez vous à ceux qui disent que vous avez joué la carte communautaire – vous vous êtes adressé tout spécialement aux jeunes musulmans, non ?
George Galloway: eh bien je pense que c’est le Parti Travailliste qui a présenté un candidat pakistanais, pas nous. Et donc, franchement, c’est une accusation ridicule.
Soni: mais vous avez beaucoup évoqué l’Irak, l’Afghanistan.
Galloway: mais l’Irak et l’Afghanistan ne sont pas des problèmes qui ne touchent que les musulmans.
Également, sur Channel 4 News, Cathy Newman tentait, comme tant d’autres avant elle, de se montrer plus futée que Galloway — ne réussissant qu’à passer pour une imbécile à l’issue de l’interview (‘Cathy Newman interviews George Galloway’, March 30, 2012) :
Newman: George Galloway, vous avez qualifié cette élection de victoire sensationnelle historique. Je pense que vous vous êtes un peu emballé – il y a eu deux élections antérieures où il y a eu un vote surprise plus marquant. Mais c’est pas mal quand même. A quoi l’attribuez-vous ?
Galloway: Non, si vous permettez, je ne pense pas que j’exagérais, je m’intéresse un peu à ces choses là. Aucun parti à gauche du Parti Travailliste n’a pris de siège au Parti Travailliste quand il est dans l’opposition. Newman, insistant: « vous utilisez des termes très précis « victoire sensationnelle – A quoi l’attribuez-vous ?
Galloway, aimablement : je ne comprends pas pourquoi vous êtes si grossière. J’en sais plus que vous sur l’histoire de la gauche, je vous assure. Mais, bon, quoi qu’il en soit, je mets cela sur le compte d’une énorme vague de désaffection dans le pays, et pas seulement à Bradford, pour la politique interchangeable des grands partis.
C’est sûr. Quand pratiquement tout ce qui importe va mal dans ce pays et dans le monde entier, il n’est pas étonnant que la population soit profondément dégoûtée de ce qu’on nous sert en qualifiant ces politiques, ces débats et ces informations de « responsables ».
Newman avait répondu avec un dédain à peine dissimulé: “ n’est-ce pas, toutefois, un peu présomptueux, voire cynique, de décrire … de comparer une victoire à une élection partielle à une révolution où des dizaines de milliers de personnes sont mortes dans tout le monde arabe ?
Galloway, dénonçant la position partisane de C4 News, dit : "Eh bien, je constate que vous et moi ne nous entendons pas très bien et c’est probablement le signe que je dois aller faire une des nombreuses autres interviews qui m’attendent. De toute évidence, vous n’écoutiez pas ce que je disais ou vous n’entendez pas.
Newman: je vous entends parfaitement.
Galloway: … j’ai dit que c’était une révolte démocratique pacifique, une révolte démocratique pacifique – voilà ce que je pense que c’était. De toute évidence, ce n’est pas votre avis. Nous verrons si cela mène à quelque chose. Merci beaucoup, mais j’ai un tas d’interviews très importantes à faire.
Comme nous l’a signalé par la suite un de nos lecteurs réguliers, cette confrontation rappelait l’incroyable interview de Galloway par Jeremy Paxman en mai 2005 quand il avait remporté le siège de député de Bethnal Green and Bow détenu par la députée blairiste va-t-en-guerre, Oona King.
Au crépuscule d’une longue carrière à la BBC, Paxman ne cessait de répéter à Galloway:
Êtes-vous fier de vous être débarrassé d’une des rares femmes noires qui siègent au Parlement?’
Galloway avait, comme il se doit, répondu que la question de Paxman était « grotesque », ajoutant: «je ne pense pas qu’on soit élu grâce à sa couleur de peau. Je pense qu’on est élu grâce à son bilan et à sa politique”.
Et ce n’était pas fini. Dans une séquence extraordinaire sur BBC Radio Five Live, la journaliste Anna Foster avait bombardé Galloway de toute une série de questions hostiles et tendancieuses, quelques heures à peine après sa victoire électorale, Foster ne cessait de lui demander pourquoi il était venu à Bradford – une question dont il disait, à juste titre, qu’il y avait répondu à de nombreuses occasions avant l’élection. Galloway la prenait alors à partie pour être constamment revenue sur LE vote musulman, comme si les électeurs musulmans étaient une entité homogène:
“C’est un discours incendiaire et provocateur que ne cesse d’utiliser la BBC ».
Après avoir encore consacré à Foster plusieurs minutes supplémentaires de son temps, Galloway qualifiait l’interview de « travail de sape » et quittait le studio, plantant là la journaliste de la BBC sidérée. Plus tard ce jour-là, dans l’émission de BBC2, “Newsnight”, le journaliste Peter Marshall ressortait le même discours éhonté: « on dit que vous avez énormément parié sur le vote musulman. Je veux dire que c’est vous-même qui aviez annoncé que vous aviez les voix des musulmans … »
Galloway avait répondu :

je rejette complètement cette idée de vote musulman. Les musulmans sont des individus comme les autres. Vous ne parleriez pas de « vote chrétien », parce que les chrétiens ont tous des opinions très différentes, et le candidat du Parti Travailliste, je vous le rappelle, était un musulman pakistanais. Et donc, je ne pense pas que ce soit une question pertinente. Chaque électeur est un individu et il faut s’adresser à chacun d’entre eux.

Marshall réussissait à glisser la description classique de Galloway à savoir “un rebelle en politique et une personnalité singulière” qui, quand il gagne, « n’éprouve aucun remords ».
Pourquoi est-il censé éprouver des remords ? Mystère. Peut-être pour être apparu dans l’émission « Celebrity Big Brother », où il jouait le rôle d’un chat qui faisait semblant de laper du lait dans les mains de Rula Lenska: des images d’archives que les journalistes de télévision se sentent apparemment obligés de repasser chaque fois qu’ils parlent de Galloway.

Le loup-garou

L’Observer apportait également sa contribution en publiant non pas un, mais deux articles anti-Galloway. Le premier, d’Andrew Rawnsley, donnait le ton, en parlant de façon acerbe de la « modestie rougissante de Galloway qui en fait un personnage si séduisant ».
C’était une pique contre le membre du Parti du Respect qui était censé avoir salué le résultat de Bradford West comme étant « la victoire la plus sensationnelle de l’histoire politique britannique ». Mais, se tirant une balle dans le pied, Rawnsley s’était trompé en citant les propos de Galloway.
Galloway avait dit : « C'est la victoire la plus sensationnelle de l’histoire des élections partielles en Grande Bretagne », pas de l’histoire « politique » – une différence capitale. Comme nous l’avons vu, Galloway avait expliqué clairement les raisons de son affirmation.
Que Galloway fasse une quelconque comparaison avec le printemps arabe, c’était, selon Rawnsley, « une forme très avancée de narcissisme ».
Le chroniqueur de l’Observer faisait ensuite remarquer sournoisement que Galloway avait « refusé de proposer un programme reposant sur un mélange de marxisme et d'islamisme aux électeurs aux cinq élections partielles précédentes de ce parlement ». Ce qu’il voulait dire par “ mélange de marxisme et l’islamisme » n’a pas vraiment été expliqué. Cela avait été, au contraire, laissé en suspens comme pour inciter les bien-pensants à imaginer un concept dangereusement anticapitaliste et antichrétien; voire antipatriotique et antibritannique.
Mais l’élément de propagande le plus flagrant dans l’article de l’Observer était sans aucun doute l’abominable photographie de Galloway qui illustrait le texte, qui rappelait Lon Chaney J dans « le loup-garou ». Étrange coïncidence – ou pas – un second article publié dans l’Observer écrit par Nick Cohen était illustré par une photo de Galloway tout aussi sinistre. Le responsable du service photo de l’Observer avait, de toute évidence, passé du temps à éplucher les archives et avait touché le jackpot, non pas une fois mais à deux reprises.
L’article avait également un relent de caricature. Par exemple, la déclaration de Galloway selon laquelle “ sa victoire aux élections partielles était le ‘printemps de Bradford’ manifestait, d’après Cohen, « une volonté méprisable d’exploiter les souffrances des autres dans le but de s’auto-glorifier » qui n’a pas son « pareil chez aucun autre homme politique ». Aucun homme politique ? Même pas le héros de Cohen, Tony Blair, qui a exploité les morts de millions de personnes au Moyen-Orient pour s’auto-glorifier d’être un « artisan de la paix »?
Se parodiant quasiment lui-même, Cohen écrivait que:

« Galloway et d’autres à l’extrême-gauche croient que les musulmans peuvent remplacer la classe ouvrière blanche qui les a salement laissé tomber en refusant de suivre leurs injonctions de s’emparer du pouvoir ».

Il fallait vérifier la date de publication. En effet, l’article a été publié le 1 avril. Toutefois, les lecteurs de l’Observer ont bien été obligés d’admettre que ce n’était certainement pas un canular écrit par un Cohen facétieux.
Cette position était résumée par le titre du blog « Liberal Conspiracy » , administré par Sunny Hundal: « Quand le populisme est dangereux pour la démocratie ».
Hundal, élu « bloggeur de l’année » par le Guardian en 2006, écrivait des messages sur Twitter. Parlant de Galloway, en réponse à quelqu’un, il avait écrit: « je ne veux pas d’une gauche qui soutienne des dictateurs, merci. Peut-être que toi oui ».
Intrigués, nous avons, alors, répondu: «et pourtant, tu écris que ça vaut la peine de se battre pour la réélection d’Obama. Obama ne soutient-il pas des dictateurs, et les arme ?
Le jour suivant, Hundal répondait.
Voici quelques extraits de notre échange:
Sunny Hundal (SH): c’est simple: en tant que président des USA, Obama ne peut pas vraiment demander que les dictateurs s’en aillent. Mais Galloway n’est pas chef d’état: lui, il peut.
Media Lens (ML): tu ne peux pas rejeter George Galloway sous prétexte qu’il “soutient” des dictateurs et soutenir Obama qui les arme, et contribue effectivement à ce qu’ils tuent .
SH: cite-moi un seul dictateur qui ait été encensé par Obama.
L’écrivain et militant Ian Sinclair répondait:
« Moubarak est un allié loyal … une force pour la stabilité et le bien » - Obama à la BBC, 2009
Nous avons répondu à Hundal:
ML: des questions simples : 1) Obama a-t-il armé des dictateurs? 2) Est-ce plus ou moins important que ce que Galloway dit des dictateurs?
SH: 1) « a-t-il personnellement donné l’autorisation d’armer des dictateurs? » Non. Ils peuvent acheter des armes en Chine ou en Russie aussi, comme l’a fait la Libye
SH: lui Obama n’a pas soutenu Moubarak.
Nous avons répondu en citant le Times en 2011 sur l’aide des US à l’Egypte.
ML: le régime de Moubarak reçoit toujours de l’Amérique 1,3 milliards de dollars d’aide militaire chaque année (The Times, 31 janvier 2011)
SH: je vous signale, à titre d’information, puisque que prétendez être une source majeure d’infos et de critiques des médias, qu’« aide militaire» ne veut pas dire « fusils et munitions ».
ML: Exact. Est-ce que les F-16, les tanks M-1A1, les missiles Harpoon, TOW, Hellfire, et Stinger comptent?
SH: ce serait bien si vous admettiez que la plupart de ces armes citées sont des trucs qui ont été achetés sur une période de dix ans, pas au cours du mandat d’Obama. Alors, vous répondez à ma question?
ML: voir les détails ici en mai 2009, vente d’hélicoptères d’attaque Apache ici.
Et en effet, la position d’Hundal était totalement indéfendable. Un exemple au hasard, le Washington Post écrivait ceci (eng) en décembre dernier.

Conclusion

Déjà, en 2005, sur Ambushing Dissent, notre agrégrateur d’infos, où nous analysions également le traitement médiatique réservé à Galloway, nous soulignions comment, partout, les intellectuels, les politiciens et les partis dits « voyous » sont inlassablement salis et ridiculisés par les médias institutionnels. Le résultat est imparable – tout se déroule comme prévu, à savoir persuader la population de condamner et de se détourner des discours radicaux qui menacent les privilèges et les pouvoirs établis.
La réaction du Guardian, de l’Observer, de Channel 4 News et de la BBC à cette dernière victoire électorale de Galloway en donne de nouvelles preuves. Elle montre –une fois de plus - que les soi-disant médias libéraux, qui offrent ce qu’ils appellent un « journalisme ouvert » sont prêts à se battre bec et ongles pour neutraliser quiconque s’en prend à l’ordre établi.
Et pourtant, il est difficile de ne pas voir que le système politique en Grande-Bretagne est devenu une mascarade néo-féodale grotesque, qui représente les mêmes intérêts des élites sous des étiquettes différentes.
Notre politique est dépendante structurellement du militarisme “humanitaire” basé sur la cupidité, de l’aggravation de la menace catastrophique du changement climatique et du refus de permettre à la population de faire des choix importants sur les grandes questions actuelles.
Un média honnête se réjouirait de voir le moindre signe d’espoir que la poigne de fer de ce système corrompu et oppressif puisse se heurter à une opposition forte.

Media Lens est un observatoire des médias britannique dirigé par David Edwards et David Cromwell. Le premier livre de Media Lens s'intitule: "Guardians of Power: The Myth Of The Liberal Media" (« Les gardiens du pouvoir: le mythe des médias de gauche"). Et le second :" NEWSPEAK in the 21st Century" a été publié en 2009.

Et puis, lire aussi (en anglais) :

The Demon from Bradford /Why Do They Hate George Galloway So Much? par PATRICK COCKBURN
Cet article a également été publié par l’Independent (brit) ici

Voici quelques idées contenues dans cet article, où on retrouve les mêmes accusations contre les médias institutionnels, comme par exemple :
La férocité des attaques contre George Galloway par les médias britanniques est ce qui est ressorti de cette élection.
Les présentateurs télé ne se sont pas gênés pour asséner dans leurs interviews insultes et accusations arbitraires.
Les chroniqueurs se sont répandus en discours hystériques pour répéter que sa victoire était atypique et n’avait aucune incidence sur la situation dans le reste du pays.
La seule conclusion sinistre qu’on pouvait tirer de sa victoire, c’était qu’elle illustrait l’accroissement des divisions raciales en GB.
L’idée sous-jacente contenue dans les critiques contre Galloway était que c’était un démagogue qui faisait appel à des passions irrationnelles - ce qui se réfère aux quatre thèmes des campagnes électorales de Galloway au cours de ces 20 dernières années : les sanctions contre l’Irak entre 1990 et 2003 ; l’occupation de l’Irak par les US et la GB ; l’intervention étrangère en Afghanistan et le blocus de Gaza.
Mais ce qui semble avoir le plus mis en rage les commentateurs, c’est que Galloway ait comparé sa propre victoire électorale avec le Printemps Arabe.
Pourtant la GB ressemble parfois à l’Egypte, un pays où se produisent des catastrophes mais où, semble-t-il, personne parmi ceux qui dirigent le pays n’a jamais à répondre de ses actes et où le pouvoir se répartit au sein d’un cercle restreint.
Les décisions concernant la guerre et la paix ont été déléguées aux US. Les guerres sont censées être menées pour défendre la GB contre le terrorisme, alors qu’il est évident qu’elles en sont la cause. Qu’un vrai critique de ces guerres désastreuses comme Galloway, qui bat un parti institutionnel, soit aussitôt accusé férocement d’être un démagogue intéressé en dit long sur l’état comateux de la politique en GB.

Et aussi: Born Again! George Galloway Stuns Labor, Shakes Up Britain, de TARIQ ALI

Mais les médias français n’ont rien à envier à ceux de Grande-Bretagne

Voici, sur le même sujet, ce qu’a publié le Monde, autrefois qualifié de « journal de référence » mais devenu quasiment organe de propagande des pouvoirs établis :
La victoire de George Galloway, député pro-palestinien, bouscule la politique britannique, Par Pauline Pellissier, Le Monde.fr 02.04.2012

S’appuyant essentiellement sur la presse mainstream comme le Guardian, l’Observer et l’Independent, la journaliste résume la situation.

D’abord, les différents titres, écrits en capitales, sont révélateurs du ton de l’article : Une carrière fulgurante au sein du labour/ Parachutages en série/ le Mystère autour de sa conversion / Un vote musulman contestataire
Et, d’entrée, elle annonce la couleur, présentant Galloway sur un ton méprisant:

« Cette circonscription, aux mains du Labour depuis 1974, est passée dans le giron d'un parti politique encore méconnu, Respect, et d'un candidat controversé, George Galloway ».
La rupture avec les travaillistes a lieu en 2003, quand Tony Blair participe à l'invasion de l'Irak. Un crime, pour Galloway, devenu vice-président de la coalition anti-guerre ("Stop the War").

(l’emphase a été ajoutée).
Pour la journaliste, manifestement, l’invasion de l’Irak ne doit pas constituer un « crime ». Peu importe les millions d'Irakiens (à l'exception des morts, évidemment) qui pensent le contraire
Sous le titre « Parachutages en série », elle insiste sur le fait que Galloway est le « roi du parachutage »

« Ne reste plus qu'à trouver une circonscription pour le député sortant. Galloway devient alors le roi du parachutage. The Independent a d'ailleurs salué vendredi, le retour de "l'infatigable parachuté".

Curieux, tout de même, que Galloway se présente dans les circonscriptions où il a quelques chances de se faire élire, alors que les autres candidats, eux, évidemment, n’ont pas cet esprit mesquin et calculateur, c’est bien connu.
De même que les grands partis ne se répartissent pas du tout les circonscriptions après un charcutage féroce pour éviter, justement, l’intrusion de petits partis comme Respect.
La partie intitulée de façon racoleuse : le « Mystère autour de sa conversion » commence par :

« Au-delà de quelques accusations de corruption, dont aucune n'a été retenue par la justice, Galloway multiplie les dérapages verbaux et les provocations ».

Là encore : pourquoi donc parler d’« accusations de corruption » si elles étaient fausses ? Quelle information veut-on donner là, si ce n’est laisser planer le doute sur son honnêteté ?
Puis, « Galloway multiplie les dérapages verbaux et les provocations »
Mais de quoi s’agit-il ?
- D’avoir entretenu des liens avec le régime de Saddam Hussein alors que celui-ci était devenu infréquentable pour la « communauté internationale »;
- De s’être lié d'amitié avec Fidel Castro. Ce « dictateur sanguinaire » dont l’île subit un embargo cruel et inique de la part des Etats-Unis depuis plus d’un demi-siècle et contre lequel votent systématiquement à l'Assemblée générale des Nations unies la Grande-Bretagne et tous les autres pays à l’exception des US et d’Israël;
- D’avoir déclaré que le Hezbollah n'avait jamais été une organisation terroriste
- Et d’avoir organisé plusieurs convois humanitaires vers Gaza.
On retrouve donc là en calque exactement ce que la presse libérale britannique reproche à Galloway.
Mais la journaliste en rajoute: « Pour autant, George Galloway laisse planer le doute sur sa conversion à l'Islam».
Voilà que la journaliste d’un pays laïc se mêle de vouloir savoir quelle est sa religion.
Evidemment, s’il s’est converti à l’islam, cela nous fait un chef d’accusation supplémentaire, n’est-ce pas? Et si ce n’est pas le cas, cela aura été dit. Parce que l’islam, tout le monde le sait, est une religion de terroristes.
Personne, d'ailleurs, ne semble avoir fait grief à Blair de s’être converti au catholicisme.
Même pas les catholiques, qui n’avaient pas besoin d’une telle recrue. Un traitre et un menteur avéré avec du sang sur les mains et qui ne s’est jamais repenti. Judas, quoi.
Dans la partie intitulée « Un vote musulman contestataire », Pauline Pellissier reprend la théorie d’Andrew Rawnsley de l’Observer pour qui la victoire de Galloway, qui « n’a pas choisi cette circonscription au hasard», tient avant tout à la forte concentration de musulmans, « nourris par l'opposition aux guerres d'Irak et d'Afghanistan ».
Evidemment, ces « musulmans » ne sont pas du tout confrontés à d’autres problèmes que ceux-là. D’ailleurs, citant le Guardian, elle explique que « conservateurs et travaillistes paient le prix d'un échec de la relance économique dans les régions les plus défavorisées du pays ».
« Un échec de la relance économique » ! C’est tout ? Cette désaffection historique pour les grands partis, une vulgaire question de pouvoir d’achat et de replâtrage de jambe de bois à la sauce néolibérale ?
Alors que ces partis ont complètement abandonné des quartiers, des villes, des régions déjà pauvres, et qui sont actuellement sinistrés à cause des réductions régulières des aides sociales, de la dégradation des services de santé, du système éducatif, des caisses de retraite, tout cela au bénéfice de la finance internationale et de la City.
A Bradford, dans certains quartiers, le taux de chômage s’élève à plus de 25% et la seule raison de la colère de ces populations serait l’Irak et l’Afghanistan ?
Et l’article se termine par un avertissement aux partis majoritaires, dont les électeurs, s’ils n’y prennent garde, vont se tourner « désormais vers de plus petits partis, plus extrêmes, pour exprimer leur mécontentement».
Ils vont élire des gens qui vont enfin s’inquiéter de leur sort. L’horreur, quoi.

On retrouve ce même ton hargneux des médias vis-à-vis de Mélenchon, ce trublion qui menace l’ordre établi des deux partis majoritaires. Même si Mélenchon, contrairement à Galloway, se préoccupe plutôt uniquement de politique intérieure et reste dans le giron de l’establishment sur le plan international.
Mais les classes dominantes n’aiment pas qu’on interrompe avec fracas leurs débats feutrés entre gens de bonne compagnie et qu’on menace de donner un coup de pied dans la fourmilière de leurs sales petites combines élitistes.

Voir l’article édifiant d’Acrimed à ce sujet, « Les éditocrates contre Jean-Luc Mélenchon », par Mathias Reymond, le 10 avril 2012