Islamisme et Empire: un flirt qui perdure
Par emcee le mercredi 22 février 2012, 01:36 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Texte rédigé par Fethi GHARBI, publié avec l'accord de l'auteur.
Le ciel du "printemps arabe" s'assombrit par l'ouest. Les belles et éphémères éclaircies des révoltes tunisienne et égyptienne se rembrunissent. Face à l'imminence de ce grain dévastateur, une bonne partie de l'intelligentsia arabe continue de baigner dans sa léthargie légendaire, confondant le présent avec le passé, obsédée par son fantasme du retour au sein maternel.
Qui ne se souvient de la « grande révolte arabe » contre l'empire ottoman agonisant ? L'histoire serait-elle un éternel recommencement ?!
Il y a tout juste cent ans, hypnotisés par l'Occident, manipulés par les Français et les Britanniques, les Arabes de la péninsule aidaient à porter le coup de grâce aux Ottomans. Leur nationalisme fougueux fut savamment exploité par les grandes puissances de l'époque et se transforma en piège mortel.

Carte: accords Sykes-Picot
Mais il n y avait pas que les arabes qui fussent instrumentalisés; usant du même stratagème, les puissances occidentales ont œuvré à exacerber le nationalisme turc tout en poussant la communauté chrétienne à la révolte. C'est en dressant les ethnies et les confessions les unes contre les autres que l'Occident parvient à faire imploser l'*empire Ottoman. Le rêve naïf de libération arabe a vite viré au cauchemar à la suite des accords franco-britanniques de *Sykes-Picot. Balkanisé, le Proche-Orient ne se relèvera plus et continue jusqu'à nos jours à être miné par les dissensions internes, confessionnelles, ethniques et politiques entretenues par Londres, Paris et Washington.
Ayant failli aux promesses faites à Hussein ibn Ali, Chérif de la Mecque, les Britanniques et les Français s'employèrent après la première guerre mondiale à dépecer et à coloniser le Proche et Moyen Orient. Une anecdote riche en significations a marqué les péripéties de cette guerre coloniale : juste après l'occupation de Damas par l'armée française, le Général Gouraud, confondant francs et français, se rendit devant le tombeau de Saladin et prononça cette phrase demeurée célèbre : " Nous voici de retour ". Presque mille ans d'histoire n'ont pas suffit aux Occidentaux de digérer la défaite des croisés envahisseurs face à Salah Eddine. Cette attitude revancharde continue à alimenter l'imaginaire occidental et sert depuis des siècles de substrat idéologique à tous les projets coloniaux visant l'Orient.
Dès la fin du XVIIIème siècle, les arabes répondaient à l'expansion européenne et à la domination ottomane en empruntant deux cheminements opposés. C'est au moment même où Mohammed Ali mettait en œuvre un projet de rénovation de l’Égypte considéré par les historiens comme l'amorce de la renaissance arabe (Nahda) que se répandait en Arabie le courant salafiste, le wahhabisme.
Mohammed Ali et son fils Ibrahim Pacha adhéraient pleinement à un projet de nation arabe qui rassemblerait tous les Arabes de l'Égypte à la Mésopotamie. Ils œuvrèrent à l'émergence d'une renaissance intellectuelle, sociale et culturelle sans précédent et aidèrent au développement de l'agriculture et de l'industrie. Mohammed Ali s'appuya sur une jeune génération d'oulémas réformistes de l'envergure du cheikh Rifa'a al-Tahtawi. Ces oulémas ne voyaient pas de contradiction entre l'islam et la modernité et soutenaient la plupart des réformes.
A la fin du XIXème siècle le mouvement nationaliste arabe touche la Grande Syrie.
Le sentiment de plus en plus fort d'être dominé par les Turcs provoqua le rapprochement des chrétiens et des musulmans autour de leur identité arabe. Ce nationalisme avant tout culturel et moderniste finissait par céder le pas dès 1880 à un nationalisme politisé et revendicatif. La répression ottomane du mouvement nationaliste arabe qui a suivi la révolution Jeunes-Turcs de 1908, développa du Machrek au Maghreb une radicalisation nationaliste revendiquant un gouvernement non confessionnel sur l'ensemble des territoires arabes. A la veille de la première guerre mondiale, Paris est devenu la capitale des différents mouvements nationalistes arabes. Il faut dire que depuis un bon moment Londres et Paris ne tarissaient pas d'effort pour provoquer les dissensions entre groupes ethniques et confessionnels au sein de l'empire ottoman. En pleine guerre mondiale, le Chérif de la Mecque, Hussein ibn Ali, sollicité par les nationalistes arabes, poussé par les britanniques et les français, s'engagea militairement contre les ottomans. La création d'un État arabe unifié conduisant la nation dans la voie d'une authentique renaissance ne fut malheureusement qu'une chimère.
Trahi à la fin du conflit par les franco-britanniques, Hussein ibn Ali perd même sa province du Hedjaz que les Hachemites ont toujours gardée même sous les Mamelouks et sous les Ottomans.
Bien qu'ouvert sur son époque et moderniste, le nationalisme arabe a été tué dans l’œuf par les Occidentaux alors que c'est sous l’œil bienveillant des Britanniques qu'Abd al Aziz Ibn Saoud s'empare de Riyad en 1902 et se donne le titre politique d’émir du Nejd et celui religieux d’imam des Wahhabites. Il organise en 1912 les Bédouins en "ikhwan" (fratries). Cette force de frappe lui permet alors de reprendre graduellement le pouvoir dans la majeure partie de la péninsule au prix de dizaines de milliers de morts. Ayant observé la neutralité pendant la première guerre mondiale, il parachève en 1924 son œuvre en chassant de la Mecque le chérif Hussein Ibn Ali. Il est utile de rappeler que depuis le milieu du XVIIIème siècle, l'alliance de Mohammad Ibn Saoud, chef d'une tribu du Nejd et de Mouhammad Ibnou Abdel Wahhab, fondateur de l'école wahhabite a permis de propulser les Saoud à la tête des tribus arabes qui onze siècles après la naissance de l'islam repartaient à la reconquête ... du monde musulman. Il est évident que, sans son instrumentalisation politique, le wahhabisme, courant unitarien né dans le désert de Nejd, condamnant le luxe somptuaire, brandissant une piété rude et austère, prônant un retour à un Islam dégagé des subtilités des glossateurs et des dévotions adventices n'aurait été qu'un courant réformiste parmi d'autres.
Le soutien de l'Occident au nationalisme islamique est une constante de sa politique proche et moyen-orientale. En effet, tout au long du XIXème siècle, les Britanniques ne cessaient de pousser les Saoud wahhabites à porter des coups répétés aux flancs de l'empire ottoman alors qu'ils se dressaient contre toute velléité de projet nationaliste arabe.
En 1840, ces mêmes Britanniques volaient au secours de leurs ennemis jurés, les Ottomans et mettaient fin aux ambitions panarabes de Mohamed Ali qui, après avoir arraché l'Arabie aux Saoud et le Soudan aux Mamelouks, s'empara de la Grande Syrie et avança sur l'Anatolie. En aidant les wahhabites à dominer l'Arabie et ses lieux saints, les occidentaux ont cru pouvoir ainsi marginaliser le monde arabe en le poussant en quelque sorte hors de l'histoire.
L'effondrement de l'empire ottoman a conduit à son éclatement. La société impériale déstructurée se transforme en sociétés féodales malgré les apparences trompeuses.
“Ce que nous voulons, disait Lord Crowe, ministre libéral de sa Gracieuse Majesté, ce n’est pas une Arabie unifiée, mais une Arabie fragmentée, divisée en principautés soumises à notre autorité”. Mais ce qu'oublie de préciser ce même Crowe est cette exception accordée à l'Arabie Saoudite : un pays créé de toutes pièces, d'une superficie de plus de deux millions de km², encensé par les vainqueurs de la première guerre mondiale et échappant à la domination coloniale!
Les dirigeants européens ont vite compris l'intérêt que représente l'intégrisme wahhabite, une idéologie qui ne peut que renforcer la dislocation du Proche et Moyen-Orient. En plus de l'hémorragie incontrôlable de Sykes-Picot qui affecte sa géographie, le monde arabe perd ses repères historiques et part au galop, à contre-sens, à la recherche de son identité... Les puissances occidentales font ainsi coup double en désorganisant du même coup l'espace et le temps de l'univers arabo-musulman. C'est cette "philosophie" qui constituera l'inlassable leitmotiv géopolitique appliqué par le monde dit "libre" à cette partie de la planète.
L'instrumentalisation de l'intégrisme musulman par le politique marquera de son sceau tout le XXème siècle.
Manipulés, les islamistes continuent de jouer (probablement à leur insu) le jeu de l'Empire. Après la conquête du Hidjaz, Abdelaziz Ibn Saoud signe le 20 mai 1927 avec les Britanniques le traité de Djeddah par lequel il renonce à toute extension du territoire saoudien. Les Ikhwân, désireux de poursuivre le jihad, désobéissent et attaquent l'Irak alors sous mandat britannique. En mars 1929, Abdelaziz écrase alors militairement ceux-là mêmes qui l'ont porté au pouvoir grâce notamment à l'appui de l'aviation britannique.
A la fin de la deuxième guerre mondiale émerge l'empire américain avalant pour ainsi dire les deux empires occidentaux européens. Le “Pacte du Quincy”, conclu en février 1945 entre le président Franklin Roosevelt et le Roi Abdel Aziz, à bord du croiseur américain Quincy, chasse pratiquement les puissances européennes du Moyen-Orient et offre en contrepartie une protection inconditionnelle au wahhabisme saoudien. Le dernier obstacle qui se dresse encore face à la fureur hégémonique de la "première démocratie occidentale" est l'Union Soviétique, le dernier empire européen ...
En parfaits héritiers de la perfide Albion, les Américains poussent les islamistes contre le bloc communiste et ses satellites. En effet, le modèle "socialisant" et panarabe que propose Nasser ainsi que son rapprochement des soviétiques en pleine guerre froide affolent les yankees. Ceux-ci optent pour une diplomatie
confessionnelle en consolidant les courants islamistes passéistes dans le monde arabe. L'objectif était de maintenir dans un sous-développement philosophico-économique l'ensemble du monde arabo-musulman tout en poussant les islamistes à s'engager dans une guerre sainte contre les mécréants communistes.
En juillet 1953, une délégation de musulmans est invitée aux États-Unis et reçue à la Maison Blanche. Parmi les invités se trouvait Saïd Ramadan, le gendre de Hassen El Banna, fondateur de la confrérie des Frères Musulmans. S'adressant à l'assistance, Eisenhower dit : "notre foi en Dieu devrait nous donner un objectif commun : la lutte contre le communisme et son athéisme".Tout est dit! Fidèles aux méthodes de leurs prédécesseurs, les étasuniens usent de la même duplicité pour faire imploser cette fois-ci l'empire soviétique.
Mais c'est seulement au milieu des années 70 que Zbigniew Brzezinski, patron du Conseil national de sécurité (NSC) parvient à convaincre Carter de jouer la carte islamiste pour affaiblir l'Union soviétique.
L'invasion de l'Afghanistan par l'Union soviétique en décembre 1979 surviendra à point nommé. Il est toutefois utile de préciser que c'est l'assistance clandestine aux opposants du régime pro-soviétique de Kaboul ordonnée par Carter le 3 juillet 1979 qui a provoqué l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques et non l'inverse.
Après l'élection de Ronald Reagan, la nouvelle administration accepta totalement les plans du Conseil National de Sécurité et de la CIA élaborés sous Carter, sachant pourtant que le prix de cette aventure serait la radicalisation de l'islamisme anti-occidental un peu partout dans le monde. Des fondamentalistes de tous les pays arabes sont alors encouragés à combattre les communistes et les nationalistes dans leurs propres pays. L'endoctrinement financé par l'Arabie Saoudite conduira des dizaines de milliers de jeunes à emprunter le chemin du Jihad en s'engageant dans la guerre sovieto-afghane.
"Moudjahidîn, vous n'êtes plus seuls, votre combat est le nôtre", lance Ronald Reagan en janvier 1988. Entre 1980 et 1989, la résistance afghane aura reçu des Américains près de quinze milliards de dollars d'assistance militaire. Sacrés "Moudjahidin" ou encore "combattants de la liberté", adulés à l'unanimité par tous les médias occidentaux, les islamistes finissent, toutefois, par se retourner contre leurs commanditaires lorsqu'ils se rendent compte qu'ils n'ont été que de simples instruments entre les mains de l'Empire et de son vassal saoudien. Cette fois-ci les "Afghans" ne se laissent pas faire comme il fut le cas pour les "Ikhwan" en 1929.
De longues années de terreur vont alors secouer la planète. Terrorisme souvent gonflé par les médias, souvent romancé. Les éléments du réel et du frictionnel s'emmêlent pour balancer à la face du monde une image horrifique de l'islam. Ben Laden, une pure réplique de Belzébuth, met en échec l'infernale machine de guerre américaine et bénéficie d'une longévité pour le moins surprenante ... grâce certainement à sa parfaite maîtrise de la magie noire! Les héros d'hier devenus soudain les terroristes d'aujourd'hui se retrouvent logés dans le camp de Guantánamo. Les dictatures arabes, aux ordres des Américains, après avoir lâché la bride aux islamistes pendant plus d'une décennie, se mettent à leur tour à les persécuter de la manière la plus ignoble ...
L'Islamophobie orchestrée depuis une vingtaine d'années par les médias et par l'ensemble des dirigeants occidentaux annonce-t-elle la fin de cette politique confessionnelle si chère à la Grande Bretagne et aux États-Unis ?
Pour répondre à une telle question, il est nécessaire de situer la montée du terrorisme islamiste en le replaçant dans son contexte.
A partir de 1997, les néoconservateurs envahissent la scène politique américaine. Le ''Project for a New American Century'', l’association-phare des néoconservateurs avec, à sa tête, des gens comme George W. Bush, Jeb Bush, Dick Cheney, Donald Rumsfeld ou encore Paul Wolfowitz s'est fixé pour objectif de profiter de la phase unipolaire pour assurer la suprématie américaine pour les 100 ans à venir.
L’association publie en septembre 2000 son manifeste sous le titre : "Rebuilding American Defenses", où elle déclare entre autre :
« Les forces armées américaines autour du monde sont la preuve visible de la réalité des États-Unis en tant que superpuissance (…) Le processus de transformation (néolibéral) même s’il apporte des changements révolutionnaires sera sans doute long, sauf si un événement catastrophique et catalyseur venait à se produire comme un nouveau Pearl Harbour ».
En juin 2001, sept mois avant les attentats de septembre, Paul Wolfowitz donne une allocution à West Point dans laquelle il rappelle que 2001 est le 60e anniversaire du désastre américain à Pearl Harbor. Propos à la redondance étonnamment prophétique. Quelques semaines après l'attentat du 11 septembre, le programme de réarmement, auparavant bloqué par le congrès, est approuvé sans discussion ni modification. Grâce à l'intervention d'Oussama Ben Laden et à l'horreur des actes commis, la stratégie des néoconservateurs allait pouvoir s'appliquer, en donnant à l’administration Bush l'occasion d'exploiter à fond la menace terroriste et d'accaparer les pleins pouvoirs pour partir juste après en croisade ...
On est alors en droit de se demander à qui ont réellement profité les crimes terroristes ... Certainement pas à l'Irak qui a subi la vengeance des néo-croisés sans raison aucune, ou plutôt pour la simple et bonne raison qu'il a osé voler de ses propres ailes. L'Arabie Saoudite, pourtant pays d'origine de la majorité des terroristes qui ont attaqué les tours jumelles, n'a nullement été inquiétée, tout au contraire ...
En vérité, l'Empire n'a point changé de stratégie, car si dans le passé les islamistes ont été instrumentalisés pour porter le coup fatal aux Ottomans puis aux Soviétiques, aujourd'hui il s'agit de les manipuler de sorte qu'ils portent directement préjudice à leur propre camp. Le terrorisme démesurément amplifié par les médias vise moins les extrémistes que l'islam en tant que civilisation et le monde arabo-musulman en tant qu'espace géographique.
Le rôle démoniaque du mythique Ben Laden et les caricatures dénigrant le prophète, pour ne citer que ces deux exemples, ont pour fonction première d'approfondir la fracture qui n'arrête pas de se creuser entre l'Europe et le monde arabe. A la haine de l'islam entretenue en Occident répond par ricochet la haine de l'Occident dans le monde arabe, poussant ainsi les classes populaires des deux camps à s'engouffrer tête baissée dans le repli identitaire.
Le "''Choc des civilisations''" de Samuel Huntington n'est en fait qu'une théorisation après coup de la stratégie néoconservatrice et vient enrichir toute une littérature servant à élargir encore plus le gouffre. La civilisation musulmane, civilisation millénaire, réduite à une simple caricature, transformée en épouvantail, est jetée en pâture à des populations désorientées par les effets de la crise économique. De l'autre coté de l'abîme, réagissant à la transe islamophobe occidentale, faisant écho à la générosité des associations caritatives islamiques (les pétrodollars du golfe y sont bien entendu pour quelque chose ...), des populations majoritairement pauvres se jettent dans les bras sécurisants des islamistes. Du Maroc à la Jordanie, les islamistes s'emparent de la majorité des sièges dans les différents parlements ...
Est-ce là le but des néoconservateurs?
Absolument! Dans son livre "Le Grand Échiquier" Zbigniew Brzezinski, divise le monde en « zones dures » ou « acteurs géostratégiques » tels que les États-Unis, l'Inde, la Chine, la Russie, etc., alors que les « zones molles » désignent soit « l'ensemble des nations non souveraines » à l'image des nations africaines ou latino-américaines, soit les puissances ou civilisations anciennes (européennes, islamiques, etc.) affaiblies, ou ayant partiellement abdiqué leur souveraineté, ce qui semble être le cas des États d'Europe occidentale qui s'en remettent à l'OTAN, donc aux Etats-Unis, pour la défense de leur sécurité.
La nature « molle » de l'Europe de l'Ouest est vitale pour les États-Unis dans la mesure où elle empêche qu'un bloc anti-hégémonique continental européen ne se constitue autour de l'Allemagne ou de la Russie. Il s'agit donc pour les États Unis d'imposer leur politique unipolaire en s'opposant à toute velléité d'expansion des autres « acteurs géostratégiques », tels que la Russie ou la Chine, en les encerclant jusqu'à l'étouffement.
L'Europe de l'Ouest, l'Europe centrale, les anciennes républiques socialistes, l'Afrique, le monde arabe, les Balkans eurasiens et jusqu'aux bordures de la mer Caspienne, tout cet espace couvrant la production et la circulation des hydrocarbures est condamné à ne constituer qu'un vaste ensemble de « zones molles » sous la tutelle de l'île-empire thalassocratique américaine.
Pour gérer un ensemble aussi vaste rien de moins que la bonne vieille recette : diviser pour régner. Le couple infernal, terrorisme islamiste/islamophobie, a réussi à rompre les liens historiques entre le monde arabe et l'Europe, entre les Russes et les républiques islamiques de la fédération de Russie. Dans les pays arabes, l'intégrisme sunnite, encouragé par les étasuniens, s'en prend aux chiites, aux coptes, à la gauche, aux nationalistes arabes, aux laïques ...
C'est en plongeant le monde dans un tel magma incandescent que l'Amérique des néoconservateurs compte ainsi gérer la planète tout au long de ce XXIème siècle. Fidèles aux méthodes de leurs cousins britanniques mais beaucoup plus "enthousiastes", les étasuniens tentent d'installer les fondamentalistes sunnites à la tête de l'ensemble du monde arabe tout en découpant ce dernier en soixante douze morceaux.

Carte du nouveau redécoupage des frontières
En effet, le Lieutenant-colonel retraité *Ralph Peters de l'US Army s'élève contre l'amateurisme des sieurs Sykes et Picot et nous propose en 2006 une carte remodelée du " Nouveau Moyen-Orient " dans laquelle chacun des pays arabes se trouve divisé en trois ou quatre mini-territoires sur des bases confessionnelles et ethniques. Ralph Peters nous assure que les frontières ainsi remodelées résoudront totalement les problèmes du Moyen-Orient contemporain. Eh bien, je ne vous apprends rien si je vous dis que ce cher Lieutenant-colonel passe pour un as dans l'art de l'antiphrase! Noyé dans l'obscurantisme, déchiqueté, déchiré par toutes sortes de dissensions confessionnelles, ethniques, politiques, le monde arabe se verra transformé in fine en « zone liquéfiée », embourbé dans la barbarie la plus abjecte.
Une année vient de s'écouler depuis les soulèvements populaires en Tunisie et en Égypte. Plus le temps passe plus les questions fusent. Le ravissement qui a accompagné les premières semaines des révoltes et les joutes oratoires enfiévrées de la Kasbah et de la place Tahrir ont cédé le pas aux palabres fastidieuses des parlementaires. Il faut cependant rendre hommage au professionnalisme de monsieur Essebsi, l'ex-Premier ministre tunisien, ainsi qu'aux généraux égyptiens qui ont su en vrais spécialistes réprimer toute cette jeunesse en ébullition et remettre de l'ordre dans les affaires.
La question qui me turlupine est : comment se fait-il que le soulèvement du bassin minier de Gafsa de 2008 qui a duré plusieurs mois ne soit jamais parvenu à inquiéter le pouvoir qui l'a d'ailleurs sauvagement réprimé?
Bien que spontanée et justifiée par les prédations du clan au pouvoir, la vague de révoltes populaires qui ont frappé la Tunisie et l’Égypte en décembre 2010 et janvier 2011 ne constitue nullement une première annonçant le réveil du monde arabe comme se plaisent à le souligner les médias occidentaux. En effet des troubles similaires s’étaient produits en Tunisie en 1969, 1978, 1984, 2008, ainsi qu’en Égypte en 1968, 1977, 1986, 1987, 1995, tous réprimés avec la plus extrême violence sans que l’Occident ne s’en émeuve outre mesure.
En réalité, ce qui distingue les révoltes de 2011, dans ces deux pays, est que l’armée a pour la première fois refusé de jouer son rôle répressif. Objectivement, c'est bien l'armée qui a renversé les deux dictateurs. On ne peut s'empêcher de se demander si les décisions prises par les armées tunisienne et égyptienne étaient bien souveraines. Dans des pays comme la Libye ou la Syrie où l'armée est restée fidèle au pouvoir, l'Empire n'a pas hésité à utiliser son arsenal infernal aidé en cela par ses vassaux européens pour "ramollir" les restes du "noyau dur" du nationalisme arabe. Pour ce faire, on n'a pas hésité à massacrer plus de soixante mille libyens et installer, en fin de compte, les fondamentalistes au pouvoir. En Syrie, on est en train d'assister un remake à peu de choses près du scénario Libyen. En attendant la décision du conseil de sécurité, les "Moudjahidines" d'Al Qu'Aïda et des Frères Musulmans s'acquittent à merveille de la tâche qui leur incombe.
Étrange, quand même, ce flirt entre l'Empire et Al Qu'Aïda! C'est à n'y rien comprendre, ou alors nous avons affaire à un couple de fieffés cachottiers!
La Tunisie, sans l'avoir choisi, est condamnée à jouer le rôle de pionnier et de cobaye dans le laboratoire du remodelage du monde arabe. Le gouvernement issu du mouvement Ennahdha se veut rassurant mais laisse ses sympathisants ainsi que les salafistes envahir l'espace public en recourant souvent à la violence pour imposer leurs points de vue. Ce flou qui enveloppe la politique intérieure aussi bien que la politique étrangère ne fait qu'envenimer la situation.
Dans ce pays, où n'existe traditionnellement ni clivage ethnique ni clivage confessionnel, les graves problèmes sociaux sont éludés alors qu'on voit pointer à l'horizon un conflit entre islamistes et laïcisants qui s'aggrave de jour en jour. Le gouvernement, passif, laisse faire et ne tente rien pour éteindre cet incendie qui prend un peu partout.
Dans quel but à votre avis? En parallèle, le président de la république, Moncef Marzouki, en tournée dans les pays de l'Afrique du Nord, s'essouffle à vouloir réanimer un mort-vivant, l'Union du Maghreb Arabe (UMA). Ce cher Marzouki n'a-t-il point entendu parler du "nouveau Moyen-Orient"?! Je me demande si c'est le président tunisien qui rêve debout ou alors c'est moi qui suis en train de faire un affreux cauchemar!
Comme pour narguer l'ensemble du monde arabe, les États Unis ont choisi de se faire seconder dans leur entreprise par le minuscule Qatar. L'Empire cherche-t-il ainsi à rendre jaloux l'imposant voisin saoudien?
Manœuvre astucieuse et rentable. De toute façon, les vassaux européens, voisins des arabes et les monarques du golfe, tous aveuglés par la puissance de leur suzerain mesurent mal le risque qu'ils encourent. Il y a, en effet, de fortes chances que ces fossoyeurs du monde arabe soient entraînés, rien qu'à cause de leur proximité, dans la tourmente du "*chaos constructeur".
Fethi GHARBI
Lectures complémentaires (ajoutées par mes soins)
Comment l’Empire ottoman fut dépecé (accords Syles-Picot. Monde Diplo.
Commentaires
Passionnant.
Au final, si on ne découvre pas que le terrorisme découle et rend service aux grandes puissances, en partie au gouvernement US. Il met en évidence sa rentabilité : les étasuniens n'ont même plus à envoyer des "Laurence d'Arabie" -qui était britannique, certes- avec des mallettes pleines de billets pour exciter dans la bonne direction, le terrorisme pousse tout seul ou presque : fertilisé par la misère elle-même créée par l"hégémonie financière des occidentaux.
Non seulement ça coûte moins cher, mais ça permet d'impliquer les peuples occidentaux dans cette "lutte" contre le "mal", puisque les terroristes s'attaquent à des peuples innocents pour défendre leurs idées. Il suffit que les médias, la Voix du pouvoir, renforcent cette idée de barbarie et d'injustice sans montrer le véritable travail de sape, long et précis, des gouvernements occidentaux, et l'opinion adhère au fait qu'il faut "aider" et remettre de l'ordre dans ces pays "instable".
L'opinion s'est faite bluffée, accepte sans comprendre, mais réparer les dégâts va être très dur.
En effet, en quittant les pays exsangues, fragilisés, violés (d'une certaine manière), l'idée d'injustice se renforce -à juste titre- et créé de nouveaux terroristes. Le système est bien rodé.
Le lien dans l'article avec le printemps arabe est remarquable. Si en France on a moins détaillé, que l'info fusse confuse (et pour cause : vu le nombre de membres du gouvernement qui ont passé Noël chez les tyrans, fallait pas la ramener), si les islamistes arrivent au pouvoir, il sera encore plus justifier d'avoir en Occident une politique sécuritaire assurant la maîtrise du peuple occidental. Si ce ne sont pas des islamistes, il faudra négocier pour obtenir des parts de marchés dans ces "nouvelles " démocratie.
Force est de constater, que des siècles de brouillage de carte et d'identité portent enfin leurs fruits : le terrorisme est né et est désormais bien plus rentable pour l'intégrisme financier. Mais cela n'a-t-il pas toujours été le cas ? L'intégrisme religieux n'a-t-il, jamais été qu'un prétexte ?
"Les puissances occidentales font ainsi coup double en désorganisant du même coup l'espace et le temps de l'univers arabo-musulman"
plus bas
"Le terrorisme démesurément amplifié par les médias vise moins les extrémistes que l'islam en tant que civilisation et le monde arabo-musulman en tant qu'espace géographique"
à la limite, deux phrases qui tiennent debout.
donc c'est eux qui sèment la désorganisation et ils font la paire avec les industriels semenciers.
Merci galien
On ne peut que répondre positivement à votre question :
"L'intégrisme religieux n'a-t-il, jamais été qu'un prétexte ?"
Le lien à l'Orient a toujours été fantasmé et ce depuis les croisades en passant par la renaissance et jusqu'au jour d'aujourd'hui. L'image que se fait l'occident de l'orient a toujours été oxymorique. L’Orient est luxe, luxure et beauté mais en même temps rigorisme et tyrannie. La femme est à la fois courtisane sublime et nonne bornée Bien entendu, on vous ressort à chaque fois l'aspect qui sied le mieux à la circonstance. Cette vision ne retient aujourd'hui que le coté sombre de l'image. Celle-ci se trouve surdimensionnée par les médias et exploitée à fond par les acteurs politiques et économiques.
C'est là qu'intervient le couple terrorisme/médias pour grossir l'image et sceller la rupture.
La trouvaille des Britanniques puis des étasuniens est d'avoir su plonger dans l'histoire des peuples et exploiter leurs fantasmes, ceci ne concerne pas que les musulmans. Voyez comment parle le général français devant la tombe de Saladin. En effet le recours à l'intégrisme, outil redoutable de désintégration, est devenu systématique à notre époque. Si l'intégrisme islamique est utilisé pour faire imploser le monde arabe, l'intégrisme juif est instrumentalisé par les sionistes dans le même but. L'intégrisme bouddhiste au Tibet est encouragé quant à lui pour déstabiliser la Chine etc...
Cette arme magique qui n'arrête pas de casser les frontières et de détruire les états-nations sert à empêcher toute reconstitution des empires continentaux européens et asiatiques: elle sert aussi à garantir une fluidité maximale au capital.
Merci birahima2
Cela prouve au moins que vous avez lu tout l'article...
Merci pour cet échange très intéressant, Galien et Fethi.
Birahima, vous avez encore perdu une occasion de ne rien dire. Je vais finir par supprimer TOUTES vos interventions, quelles qu'elles soient.
moi, j'ai passé une bonne journée.
merci.
J'arrive un peu tard... Merci Fethi Gharbi.
"(...)le wahhabisme, courant unitarien né dans le désert du Nejd, condamnant le luxe somptuaire (...), ce n'est plus le cas aujourd'hui quand on voit avec quelle somptuosité a été reconstruite la Mecque, avec des hôtels gigantesques aux X étoiles. J'ai appris que des bâtiments et des sites historiques ont été démolis, crime de lèse-mémoire et crime contre le patrimoine de l'humanité (http://algerienetwork.com/info/dosi...)
Ce qui apparaît clairement est que entre ce que voulait Lord Crowe et Ralph Peters de l'Us Army, c'est toujours la continuité : "phagocyter" le Monde arabe. :
Pour le Soudan c'est fait, la Somalie est en voie d'être totalement atomisée, la Libye aujourd'hui à feu et à sang sera sans doute morcelée demain, quant à la Syrie ???
Et l'on fait d'une pierre deux coups : main basse sur les richesses et rien ne viendra entraver les visées du Grand Israël...
Hasta la vista siempre hermano !
Salem
Merci Safiya, j'ai souvent apprécié vos commentaires ici et ailleurs.
Vous avez absolument raison. Ce que j'ai voulu souligner c'est les caractéristiques de ce courant de pensée qui d'ailleurs ne peut être analysé hors contexte. Quelques philosophes européens sont allés jusqu'à le comparer aux mouvement réformiste luthérien au 15ème et 16ème siècle. Bien entendu je n'adhère pas à cette extrapolation.
La rencontre au milieu du 18ème siècle entre cette école naissante et la tribu des Saoud a tout de suite transformé le wahhabisme en idéologie au service des ambitions politiques des Saoud. Ce que j'ai donc voulu mettre en évidence c'est l'abime qui peut séparer un courant de pensée quel qu'il soit de l'exploitation politique qui pourrait en être faite.
On sait tous ce qui est arrivé en 1929 aux ikwan, tout ces soldats de dieu, lorsque Abdelaziz ibn Saoud s'est installé sur le trône de l'Arabie.
Cordialement
Un "long flirt"...trés long..Edward W.Said l'a étudié sur toutes les coutures.
Dans la postface de "l"Orientalisme", édition de 2003:
"Dans le numéro du 18 avril 1993 du New York Time,l'intellectuel américain Paul Johnson a publié un essai intitulé "Le colonialisme est de retour-et ce n'est pas trop tôt" (...)Son modèle est explicitement celui du 19e siècle (...)pour pouvoir excercer un commerce profitable. L'argumentation de Johnson recueille de nombreux echos (...) dans les médias et bien entendu dans la politique américaine elle-même qui demeure une politique interventionniste au Moyen-Orient, en Amérique latine, et dans l'Europe de l'Est, animée partout ailleurs d'un zèle franchement missionnaire, (...)"
Ralph Peters et ses élucubrations s'inscrivent dans cette veine.
Votre article est instructif et passionnant. Les faits que vous décrivez s'enchainent avec une logique rigoureuse.
Une objection toutefois.
"Presque mille ans d'histoire n'ont pas suffit aux Occidentaux de digérer la défaite des croisés envahisseurs face à Salah Eddine. Cette attitude revancharde continue à alimenter l'imaginaire occidental et sert depuis des siècles de substrat idéologique à tous les projets coloniaux visant l'Orient." Dites-vous, ce qui me laisse perplexe.
Que voulez-vous "réellement" dire par là?
Si nous étions des "croisés envahisseurs", vous oubliez que l'islam avait envahi des terres auparavant chrétiennes. L'histoire est longue et ne commence pas avec l'islam, peut s'en faut. En quoi l'invasion musulmane était-elle plus légitime que celle des croisés?
Vous oubliez également qu'au XVI° siècle, l'expansion ottomane vers l'ouest, c'est à dire vers l'Europe, a été brisée lors de la bataille de Lépante. Voudriez-vous dire que nous aurions dû nous laisser gentiment envahir pour notre bien?
Si les arabes ne voulaient pas du joug ottoman, pourquoi donc aurions-nous dû l'accepter pour nous?
Si le monde "unipolaire" dominé par "l'île-empire thalassocratique américaine", comme vous le définissez justement ne me séduit pas, l'expansion de l'islam ne me séduit pas davantage...
@ Clio
J'espère que vous comprenez qu'en parlant des occidentaux dans mon texte je ne vise ni les peuples ni les individus mais le pouvoir.
Bien entendu, si je ne parle que du colonialisme et de l'impérialisme occidental c'est parce qu'ils sont d'actualité et que depuis deux siècles ils n'arrêtent pas de piller la planète. Par ailleurs dans cet article , je traite d'un sujet précis qui est l'instrumentalisation de l'intégrisme islamique par les britanniques puis par les étasuniens. Ce que j'ai voulu montrer en évoquant la phrase dite par le général français devant la tombe de Saladin est que des deux cotés de l'abime les passions veillent sous les cendres de l'histoire. Il suffit qu'un jour un manipulateur diabolique décide de les attiser...
@ Fethi GHARBI
Je trouve votre réponse satisfaisante.
Ce que vous dites recoupe d'ailleurs ce que dit Mikis Theodorakis, lui aussi parle de "complot", il me semble donc juste d'utiliser ce mot dans le sens de "projet planifié par le pouvoir des oligarchies financières".
A mon avis les USA commette 2 erreurs fondamentales qui finiront par se retourner contre eux.
La première est de vouloir nier l'islam en tant que civilisation et l'éradiquer. Ce qui n'est pas possible parce que, si l'histoire ne commence pas avec l'islam, il en fait partie.
La seconde est d'appliquer désormais à leur propre peuple ce qu'ils applique ailleurs, ce qui finira je pense par faire imploser ce pays en plusieurs morceaux. Ils ne s'en porteront pas plus mal sinon mieux, ça les occupera d'avoir à penser à leurs affaires, et ça laissera le reste du monde respirer.
Nous nous retrouverons probablement avant la fin de ce siècle dans un monde multipolaire qu'on peut raisonnablement espérer plus équitable et plus rescpectueux de l'écologie, ne serait-ce que parce que pour survivre nous n'avons pas tellement le choix, les ressources de la planète n'étant pas infinies.
Je crois que dans les mentalités, coloniser, c'est normal.
d'ailleurs quand il y a eu la colonisation, c'était quelque chose qui paraissait normal.
Aujourd'hui, on a tendance à juger la colonisation avec les valeurs d'aujourd'hui.
Mais en vérité, l'occident a toujours voulu garder son avance.
C'est pourquoi je ne sais pas si on peut parler de stratégie néo si on regarde bien les choses en face.
L'Occident, c'est comme un vieux schnock qui ne se remet pas en cause.
Merci pour vous commentaires. je constate qu'ils ont été de haut niveau, en général. Il faut dire que le texte de Fethi ne supporte pas la médiocrité non plus.
c'est pas fini.
Maintenant il y a la pratique.
Faut réfléchir pour déjouer les pièges de la manipulation.
Les imbéciles d'Arabie saoudite qui ne voient pas plus loin que le bout de leur dune ont décrété d'un commun accord que leurs athlètes féminines ne viendraient pas aux JO de Londres en 2012.
Comme quoi, il est plus facile de faire un concours avec un fanatique comme Pierre de Coubertin que de bouger son gros cul.
Il y a pire mon cher birahima2
Dernièrement , les tunisiens ont eu droit à une série de conférences faites par Wajdi Ghanim, un prosélyte wahhabite fanatique d'origine égyptienne. Évincé par El Karadhaoui au Qatar, il parcourt la planète pour répandre la bonne parole . Il s'adresse à ses auditeurs(une génération spontanée de barbus ) en les incitant à pourfendre les mécréants ( c.à.d les tunisiens qui n'adhèrent pas à sa vision ). Parmi les idées les plus lumineuses de ce monsieur est son approbation de la pratique de l'excision.
On tombait des nues! Les gens n'en revenaient pas! Ils n'en ont jamais entendu parler et ça n'a rien à voir avec l'islam. Bien entendu la Nahdha au pouvoir dit qu'elle n'y est pour rien et que c'est une association qui a invité le prosélyte ; elle n'y est pour rien non plus lorsque ses milices et les salafistes violentent des journalistes ou des universitaires. Toujours la même musique...
Cependant, ce dont j'ai toujours peur est que ce que je dis là soit mal interprété et que mon discours soit compris par un lecteur occidental moyen comme une contestation de l'islam. La réussite machiavélique de l'empire pendant ce dernier demi siècle est d'avoir su semer la confusion dans les esprits en établissant un rapport d'égalité entre l'islamisme qu'il entretient et l'islam et la civilisation musulmane qu'il vise.
Un dangereux clivage est en train de prendre forme en Tunisie opposant intégristes islamistes et "modernistes", les uns obsédés par une fougue passéiste insensée, les autres , atteints par la névrose du colonisé, s'aplatissant devant des valeurs obsolètes contestées par les occidentaux eux-mêmes . L’extrémisme des uns alimentant l'extrémisme des autres promet aux tunisiens lambdas asphyxiés par la misère un bel avenir!
Mais tranquillisez-vous, les deux courants s'entendent sur l’essentiel : servir le même suzerain...
Merci, Fethi. C'est très clair.
"ce dont j'ai toujours peur est que ce que je dis là soit mal interprété et que mon discours soit compris par un lecteur occidental moyen comme une contestation de l'islam."
Si c'est le cas, ce n'est pas une mauvaise interprétation, mais une volonté de se laisser aller, au "mieux", à de la paresse intellectuelle et , donc, à une analyse simpliste, ignare et irrationnelle.
Et au pire, de servir de véhicule aux noirs desseins des uns et des autres.
merci beaucoup, FG
Je ne savais pas et on est pas aidé avec slate.fr
" semer la confusion dans les esprits"
semer !
puisque on tient le verbe, on va les remettre sur le droit chemin.