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Un partisan de Ron Paul sur le camp d'Occupy
Site: People of color, organize!

Alors, qui est ce type, candidat à l'investiture républicaine pour les élections présidentielles, qui recueille les suffrages d'une certaine "gauche" ?
Ron Paul , 77 ans, vieux briscard de la politique, semble retrouver une seconde jeunesse ces dernières années.
Il est un des fers de lance du "paléo-libertarianisme", doctrine politique qui prône la « non-agression » et qui place la liberté comme principe absolu de vie, il préconise un État fédéral au rôle limité, de faibles impôts, des marchés libres, une politique étrangère non interventionniste, ainsi qu'un retour à des politiques monétaires basées sur des métaux (or, argent) pour étalon.
Rien que du rêve, donc.
Mais voyons, de plus près la "philosophie" de cet homme.
Dans "A Snare and a Delusion /Ron Paul’s Anti-Imperialism, Andrew Levine (universitaire, écrivain et ancien professeur de philosophie) explique:

"Ron Paul est le seul candidat aux présidentielles qui soit opposé à la guerre. Et plus encore: il veut supprimer les bases à l'étranger et réduire l'armée à la seule force défensive prévue par la Constitution; une force militaire qui ne mènerait que les guerres approuvées par le Congrès. Il veut également démanteler l'appareil de l'empire et mettre fin à l'ingérence des Etats-Unis dans les affaires intérieures des pays étrangers.
Ce qui implique que ce serait, entre autres, la fin des guerres Bush-Obama, la disparition du complexe militaro-industriel et mettrait un terme au soutien militaire, économique and diplomatique pratiquement inconditionnel à Israël.
Paul est également le seul candidat à vouloir revenir sur les atteintes aux protections prévues par l'habeas corpus et au droit constitutionnel à un procès équitable (et à vouloir abroger le Patriot Act, NDT).
Sa position sur la surveillance et les autres intrusions concernant la vie privée et le comportement des individus est plus "libérale" que celle de n'importe quel candidat républicain. Mais, à une énorme exception près, elle est également plus libérale que celle de Barack Obama, car le libertarianisme de Paul est aux abonnés absents quand est agité le spectre de l'homosexualité, et il oublie sa philosophie quand il s'agit de sexualité féminine.
Et c'est ainsi qu'il soutient la violation des droits en matière de reproduction, affirmant, par exemple, que "les états doivent avoir le droit d'interdire l'avortement".

Toutefois", poursuit Levine, "seul candidat connu sur le plan national qui soit contre les guerres, antimilitariste et non-interventionniste, et libertarien (pour les hommes hétéros), Paul séduit certains gauchistes, malgré ses positions effrayantes sur tout le reste".
"Soutenir Ron Paul peut donc sembler être une façon aussi valable que d'autres pour exprimer son mépris pour Barack Obama et ses partisans. Dans la mesure où ils leurs servent sur un plateau pratiquement quotidiennement de nouvelles raisons de les mépriser, il est tentant d'oublier la philosophie économique de Paul, son hostilité à l'égard des mouvements des travailleurs et son attrait pour des politiques sociales du genre de celles que préconisait Ebenezer Scrooge jusqu'à ce qu'apparaissent les trois fantômes et que la famille Cratchit le mette dans le droit chemin".

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Pour certains, à gauche, entre Obama – qui, sème la mort et la destruction, qui viole les droits et libertés des citoyens, qui refuse de faire condamner les puissants pour crime – flanqué d'une Cruella Clinton - qui ne veut voir les "ennemis" de l'Empire que morts et, si possible, mutilés sauvagement et humiliés, même au-delà de la mort - et Paul, malgré ses positions sur les politiques économiques et sociales, et son idéologie raciste, sexiste et homophobe, leur choix est fait: c'est Paul. Ce serait même leur tout dernier grand espoir.
Néanmoins, soutenir Ron Paul, dit Levine, serait une "erreur monumentale".
Déjà, en décembre 2007, dans "Liberté de mourir de faim/ Pourquoi la gauche doit rejeter Ron Paul" ("Freedom to stave /Why the Left Should Reject Ron Paul" ), Sherry Wolf écrivait :

Le candidat à l'investiture républicaine pour les présidentielles a pris une importance surprenante chez certains militants pacifistes et blogueurs de gauche, certes peu nombreux mais qui se manifestent bruyamment.
Lors des manifestations contre la guerre qui ont eu lieu le 27 octobre 2007 dans des dizaines de villes, des groupes visibles de partisans de Paul brandissaient ses affiches de campagne et recueillaient des signatures de soutien.

Et pourtant, à part ses positions non-interventionnistes, le profil de Ron Paul n'a rien pour inspirer l'amour.
Son idéologie est aux antipodes de ce qui représente les valeurs traditionnelles de la gauche.
Mais, d'abord, disons que, si Ron Paul est non-interventionniste (et non pas anti-impérialiste, comme le croient certains), c'est que c'est un ardent défenseur de l'économie de marché et qu'il pense que les guerres, ce n'est pas bon pour le commerce.
Si, par exemple, Paul veut cesser de verser des chèques en blanc à Israël, ce n'est pas pour une question de justice, de solidarité ou d'empathie.
C'est parce qu'il estime qu'un Etat réduit au minimum ne doit pas aider les pays étrangers. Le rôle d'un état, c'est de veiller au bon fonctionnement des marchés, et rien de plus.
Et, en effet, en matière d'économie, Ron Paul s'inspire des théories, entre autres, d'Ayn Rand, de Milton Friedman et de l'ancien président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, gourous du libéralisme économique.
Paul dit: "''la liberté, c'est le capitalisme lié à l'économie de marché"".
Les libertés individuelles, le libéralisme économique, la réduction du pouvoir de l'Etat, la baisse des impôts: tout cet éventail de propositions va complètement à l'encontre des valeurs de gauche, humanistes, et basées, en principe, sur la solidarité et l'égalité.
De ces thèses découlent les corollaires suivants: racisme institutionnel, préservation patriarcat, fermetures des frontières, sauf pour les mouvements de capitaux, dénigrement de l'immigration, favoritisme de classe, etc.

Racisme
Voici quelques déclarations de Paul, reprises par Sherry Wolf, qui dit, à propos de racisme:

En clair, Paul est raciste. Pas du style à brûler des crucifix, ni à porter une cagoule, certes, mais du genre de la "flat Earth society" (organisation qui soutient la théorie de la Terre plate , NDT ) qui imagine un monde daltonien où 5 siècles d'histoire coloniale et d'esclavage sont occultés et où le racisme institutionnel et les politiques capitalistes sont un pur produit de l'imagination.

Ron Paul a écrit sur son site Web:

"Le véritable antidote contre le racisme, c'est la liberté. La liberté, c'est avoir un état réduit qui s'appuie sur une constitution et est engagé dans la protection des droits individuels et non pas des revendications collectives. La liberté, c'est le capitalisme de marché, qui récompense la réussite personnelle et les compétences – et non pas la couleur de la peau, le genre ou l'ethnicité."

En 1992, dans le bulletin politique distribué à des milliers de sympathisants, citant des chiffres publiés à la suite d'une étude du "National Center on Incarceration and Alternatives", Paul concluait:

"Étant donné l'inefficacité de ce que Washington appelle "le système de justice pénale", je pense que nous pouvons dire sans crainte de nous tromper que 95% des hommes noirs de cette ville sont soit à moitié criminels soit des criminels à part entière".

Immigration
Son projet pour l'immigration en six points indique: "un pays sans frontières sûres n'est pas un pays du tout. C'est absurde de combattre les terroristes à l'étranger alors que votre porte d'entrée est grande ouverte". Et il préconise de supprimer l'accès aux services sociaux aux sans-papiers, dont les hôpitaux, les écoles, les cliniques, et même les routes (on se demande bien comment il compte y parvenir).
En 2005, il écrit:

La population réalise à juste titre que ni l'un ni l'autre des grands partis n'a le courage d'agir pour empêcher davantage d'érosion à la fois de la sécurité à nos frontières et de notre identité nationale. Hélas, le gouvernement fédéral semble davantage s'intéresser à la préservation des frontières d'autres pays plutôt que des nôtres".

Il ajoute:

Notre système de protection sociale encourage également l'immigration clandestine en décourageant les citoyens américains de prendre des emplois à bas salaires" (ce qui veut dire, en clair, que Paul veut mettre un terme aux protections sociales afin que tout le monde soit contraint de travailler pour des salaires de misère). Afin que les immigrés n'affaiblissent pas l'unité culturelle du pays, il propose que toute "transaction du gouvernement fédéral s'effectue en anglais".

Dans un article de 2006, il écrit:

Le droit du sol, inscrit dans le 14ième Amendement de la Constitution, est devenu un problème culturel et économique grave pour notre pays. Il faut mettre un terme aux mesures alléchantes perverses qui poussent les immigrés à venir s'installer ici, comme, entre autres, le droit du sol accordé aux enfants nés de parents immigrés.

Avortement
Paul, obstétricien de son métier, est fermement opposé à l'avortement "la vie commence à la conception", affirme-t-il. Il soutient le droit des états à se déterminer sur l'avortement – cet épouvantail qu'agitent depuis des dizaines d'années les adversaires de l'avortement.
Dernièrement, alors qu'il était interviewé sur CNN dans l'émission de Piers Morgan, il laissait entendre que certaines femmes prétendaient avoir été violées dans le but de mettre fin à leur grossesse.
Paul poursuivait en disant que les femmes ne devraient pas avoir le droit d’avorter d’un « bébé de 4 k,5 » (alors que 90% de l’ensemble des avortements ont lieu au cours des trois premiers mois de grossesse).
Piers Morgan lui a demandé si une des femmes de sa famille était violée, lui imposerait-il de garder l'enfant si elle se retrouvait enceinte.
Paul a répondu:

"Non. Si c’est un viol honnête, je l’emmènerais aux urgences et lui ferais faire une piqure d’estrogène ou bien … –", ajoutant: "une heure ou un jour après des relations sexuelles il n’y a pas de problème juridique ou médical. Mais si vous parlez de quelqu’un qui arrive et qui vous dit : 'voilà, j’ai été violée, je suis enceinte de sept mois et je n’en veux absolument pas', c’est quand même autre chose".

Donc, si on comprend bien, c'est Paul qui déciderait de l'"honnêteté" ou de la "malhonnêteté" d'un viol.
Et il s'est longtemps opposé à toute législation contre le harcèlement sexuel.
Dans son livre publié en 1988, "Freedom Under Siege" (disponible en ligne), il écrit:

Les droits des travailleurs couvrent également celles qui sont harcelées sexuellement par leur patron. Pourquoi ne quittent-elles pas leur emploi dès que débute le soi-disant harcèlement? Certes, les mœurs du harceleur sont indéfendables, mais comment celle qui est harcelée peut-elle échapper à ses responsabilités dans cette affaire ? Demander d’être protégée par la loi sur les droits civils n'est guère acceptable.

Homosexualité
Dans ce même livre, alors que le Sida faisait des ravages parmi les homosexuels en Amérique, Paul s'en prend aux malades du Sida, les traitant de "victimes de leur propre style de vie". Et dans une déclaration qui donne une petite idée de la tyrannie de l'individualisme des classes dirigeantes, il affirme que les malades du sida qui exigent des tests pharmaceutiques d'urgence "empiètent sur les droits des patrons de compagnies d'assurances".

Education
Paul veut supprimer le ministère de l’Éducation, et selon ses propres termes, "mettre fin au monopole de l'éducation fédérale" en "supprimant tous les impôts qui sont destinés à l'éducation publique" et "en rendant aux parents le contrôle de l'instruction de leurs enfants".
Ce qui veut dire que seuls les enfants dont les parents qui auraient la volonté et les capacités d'enseigner, les loisirs et les moyens matériels pour le faire, recevraient une instruction.

Droits des salariés
Ron Paul est également contre l'égalité des salaires pour un même travail, contre le salaire minimum, et bien entendu contre les syndicats. En 2007, il a voté contre une loi limitant le droit des patrons de s'immiscer dans les campagnes des syndicats et contre une hausse du salaire minimum fédéral à 7,25 dollars de l'heure. Etc.
Alors une alliance gauche–droite est-elle la solution pour créer un large mouvement contre les guerres impérialistes?
L'impasse politique dans laquelle se trouvent les Etats-Unis actuellement (comme tous les pays occidentaux), pousse beaucoup de militants de gauche à chercher des alternatives.
Mais le libertarianisme n'est certainement pas la réponse face aux inégalités flagrantes, à la violence et à la misère que subissent de plus en plus les populations, et, en particulier, les classes moyennes et ouvrières.
Quand les gens comme Paul crient: "nous voulons la liberté de choisir", il s'agit de savoir qui pourra jouir de cette liberté.
Sherry Wolf rappelle les propos d'Abraham Lincoln qui, parlant des esclavagistes partisans de la sécession, avait dit" la liberté parfaite qu'ils veulent, c'est la liberté de réduire les autres à l'esclavage".

Alors, être contre la guerre, c'est parfait, mais cela doit s'inscrire dans un projet humaniste, pas accompagné d'une idéologie sectaire et mortifère, qui voue un culte sans bornes à l'économie de marché destinée à permettre à une poignée de privilégiés d'accumuler des richesses aux dépens de tous les autres.
Si les guerres font des (centaines de) milliers de morts, plus ou moins comptabilisés, on ne compte jamais parallèlement, hélas, les victimes de l'économie capitaliste, bien plus nombreuses. Tout cela, c'est l'hypocrisie du système, promu par une propagande acharnée diffusée largement par tous les médias.
Et pourtant, entre autres, la famine, la misère, la maladie, les catastrophes environnementales, la mainmise sur le pétrole et autres matières premières, la destruction et /ou la marchandisation de la biodiversité, le vol des terres cultivables et des forêts, le détournement des sources, les OGM et autres produits nocifs imposés au monde entier, ET les guerres, découlent tous de la cupidité des marchés et de la cupidité d'une caste d'escrocs qui dépouillent des populations entières à l'échelle mondiale.
Et tout cela, c'est le produit de la "philosophie" de Ron Paul.
Moins de victimes de guerres impérialistes pour toujours plus de victimes de guerres commerciales. La liberté de Ron Paul, c'est la liberté de millions d'autres de mourir de faim, de maladie, de misère, de négligence, ou de désespoir.

Epilogue
Et puis, si tout cela ne suffisait pas à cerner le personnage de Ron Paul, voici un article (en anglais) “Anonymous” Reveals Close Ties Between Ron Paul And Neo-Nazis" qui explique que les “Anonymous” ont découvert que Ron Paul avait des liens étroits avec les néo-nazis.
Si après cela, certains qui se disent de gauche persistent dans leur admiration pour Paul, ils feraient bien de se demander s'ils sont de gauche ... Après tout, c'est leur droit. Mais c'est juste pour qu'ils sachent où se situer sur l'échiquier politique, si on leur demande.
Lire (en anglais) cet article intéressant sur les groupes de droite et d'extrême droite qui tentent de s'infiltrer dans le mouvement Occupy.
Rightists Want to Woo #OccupyWallStreet ("les groupes de droite font la cour au mouvement Occupy W St")
Sur le site: People of color, organize!