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Photo tirée du film de Sydney Pollack "On achève bien les chevaux" (1969)
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Cela n’empêche pas de s’intéresser aux miracles de Noël et à la charité bien ordonnée en cette période spéciale, surtout s’ils émanent de généreux donateurs comme les grands groupes privés.
La famille Klein, classe moyenne, blanche, habitait dans une maison dans les “suburbs” - villes à la périphérie des villes où s’est installée la « middle-class », bourgeoisie et petite bourgeoisie blanches, pour échapper à la mixité, qu’elle soit raciale ou économique, ou les deux.
Ca, c’était jusqu’à relativement récemment, où le capital n’avait pas encore décidé de s’attaquer directement à la middle-class blanche, du moins, où il avait commencé par les plus vulnérables, la classe ouvrière, noire, en particulier.
Une classe ouvrière qui avait pu accéder à la propriété et au paradis capitaliste, grâce à des emplois manuels bien rémunérés, accompagnés de protection sociale, comme l’assurance-maladie, payée, alors, par les patrons, mais qui avait perdu tout cela quand ces derniers avaient mis la clef sous la porte pour exporter la production et les emplois à l’étranger.
Et c’est ainsi que ces travailleurs s’étaient retrouvés au chômage ou avaient été obligés d’accepter des emplois deux fois moins payés et sans couverture médicale, dans le secteur des services, cumulant, si possible, plusieurs emplois pour joindre les deux bouts.
Pour revenir aux Klein, le sort s’est brusquement acharné contre eux ; le père, qui travaillait chez Ford, s’est retrouvé brutalement au chômage et leur fille souffre d’un cancer au visage.
N’ayant pas d’assurance-maladie, les Klein ont dû débourser jusqu’à présent plus de 100 000 dollars pour les dépenses médicales. Complètement ruinés, ayant, de surcroît, perdu leur maison, ils vivent désormais chez des voisins.
Une bien triste histoire, certes, mais une histoire banale à pleurer aux Etats-Unis aujourd’hui.
Mais la famille Klein a, dans son malheur, eu la « chance » d’attirer l’attention de l’émission Today, de la NBC.
Greg Palast raconte le reportage qu’il a vu dans : “ My Declaration of War on Christmas”, paru le 24 décembre 2011 .
« Today nous parle du ‘nouveau visage de la pauvreté en Amérique’.
En introduction, Today explique :

‘Plus de 49 millions d’Américains vivent actuellement sous le seuil de pauvreté et un certain nombre d’entre eux, comme la famille que vous allez voir se sont retrouvés ruinés à la suite de deux coups durs simultanés : la perte d'emploi et un très grave problème de santé’.

Oui, mais, voilà, les Klein, cette fois-ci ne sont pas passés à côté de la chance.
Et c’est ainsi que le “merveilleux personnel de Walmart leur a ouvert ses magasins, ses rayons et son cœur”, exulte celui (ou celle ?) qui annonce le reportage.
Un(e) responsable des relations publiques de chez Walmart explique aux Klein que la solution à leurs problèmes, c’est « faire du shopping » (cf. Bush, cité plus haut, même remède-miracle).
Parmi les articles offerts gracieusement par la maison Walmart aux Klein, il y avait des ordinateurs portables, un livre électronique Kindle, un téléviseur écran géant et toutes les merveilles que vend la multinationale qui casse les prix en exploitant les producteurs, les sous-traitants, et les employés qu’elle appelle cyniquement « associates », et qui, sous payés, n’ont souvent pas les moyens de souscrire à l’assurance-maladie que Walmart propose.
Voilà, donc, les Klein qui ressortent du magasin chargés de cadeaux encombrants et qui n’ont même pas de maison à eux pour les y installer, et pas d’argent pour payer l’électricité pour les faire fonctionner. Mais qu’importe ! A cheval donné, on ne regarde pas les dents.
Mais, ce n’est pas tout. Le commentateur annonce que Walmart leur offre le voyage en avion pour New-York où ils pourront aller dans l’émission Today rencontrer les deux animateurs. C’est pas une chance, ça ? Le chômage longue durée, la maladie de leur fille, ne sont que des aléas de la vie qui seront vite oubliés grâce à tout ce bonheur qui leur tombe dessus.
Et comme si tout cela ne suffisait pas : Walmart annonce qu’elle va payer les frais médicaux des Klein pendant toute une année !
Merci qui ?
Merci Walmart !
Et merci à tous ceux qui ont souscrit l’assurance-maladie de Walmart dont les remboursements seront encore plus limités pour faire de la place aux Klein.
Mais c’est ça, la solidarité, non ? On ne peut tout de même pas laisser une famille dans le désespoir le jour de Noël. Ce serait trop cruel.
Cette séquence de l’émission était, je vous le donne en mille, sponsorisée par … Walmart.
Alors, bon, pas besoin de faire un dessin, le cynisme de ces gens-là est incommensurable.

Dans le même ordre d’idée, il y a eu aussi le coup de marketing de Nike qui a tourné, de façon prévisible, à l’émeute – le nombre de paires de chaussures commercialisées étant bien inférieur à la demande.
''La faute à qui?", disent les mêmes cyniques. La faute aux gens, qui ne sont vraiment pas raisonnables, et que la police est obligée de bousculer, au risque de se faire mal.
Pendant ce temps-là, au Congrès US, il était question de voter pour ou contre la prolongation des indemnités pour les chômeurs longue durée.
En temps ordinaire, cette indemnité n’est plus versée au bout de six mois de chômage. Cependant, depuis le début de la récession en 2007, le Congrès avait prolongé cette période d’indemnisation jusqu’à 99 semaines.
Or, selon le ministère du Travail, plus de 2 millions de chômeurs longue durée étaient susceptibles de perdre leurs aides (en moyenne 300 dollars par semaine) d’ici Noël.
Les démocrates proposaient de prolonger à nouveau la période d’indemnisation, mais les républicains et certains démocrates conservateurs s’y opposaient farouchement, disant que cela coûterait trop cher à l’Etat, et augmenterait encore la dette qui s’élève à près de 14 mille milliards de dollars.
Une paille. La faute à ces fainéants de chômeurs, probablement.
Cette prolongation a, finalement, été votée au Congrès le … 23 décembre dernier. Ric-rac, quoi.
Ce qui ne veut pas dire que les démocrates sont des bons samaritains, mais qu’ils flattent leur électorat (ou plutôt, essaient de le récupérer) à peu de frais.
D’autre part, tout étant privatisé, cet argent public va directement dans la poche du privé. Gaz, électricité, assurances et tout ça. Un transfert tacite du budget de l’Etat vers les multinationales – qui ne peuvent pas perdre, hein ? Ses deux Pitbulls veillent, chacun à sa manière.
Car, élus républicains et démocrates sont bien chacun dans leur rôle, et s’entendent comme larrons en foire pour faire des frayeurs aux sans grade dans la mouise et les culpabiliser en leur donnant l'aumône. Question qu’ils ne se révoltent pas pour exiger des emplois de ces groupes privés qui leur rient au nez et qui sont les vrais et les seuls bénéficiaires de la manne publique.

Quant à l’assurance-maladie, eh bien, il y a toujours plus de 40 millions de personnes aux Etats-Unis qui n’ont pas d’assurance. L’ « Obama Care » est censé être mis définitivement en application sur le plan national d’ici … 2016 ! Il y a encore loin de la coupe aux lèvres, donc. Une « réforme » « urgente » qui prend autant de temps à se mettre en place? c’est du jamais vu.
Mais, de toute façon, cela n’arrangera rien du tout. Simplement, grosso modo, tous les citoyens USaméricains auront l’obligation de prendre une assurance-maladie (quelles que soient les prestations qu’elle offre et à quels tarifs) sous peine d’amende fiscale.
Et, donc, ceux qui prendront une assurance minimum pour payer un minimum, auront des remboursements ultra-minimum.
Et je doute que les Klein auraient bénéficié de remboursements de soins pour leur fille avec une assurance-plancher.
Mais tout cela, c’est terriblement terre-à-terre et pessimiste en cette période de « Happy Holiday Season ».
En plus, on ne peut pas vraiment se plaindre : à part les bombardements de routine, ça fait près de deux mois qu'ils n’ont pas jeté de bombes au phosphore sur de nouvelles populations innocentes. Alors, HEIN?

Happy Xmas, par John Lennon (1972)
Paroles, ici
Et depuis? ……………………………………………………………………………………………………………………...............................
A vous aussi, lectrices et lecteurs fidèles, je souhaite une « Happy Holiday Season ».
Profitez-en bien, car, dans à peine quelques jours, c’est 2012 et les affaires vont reprendre de plus belle.
Et ce ne seront pas vraiment des cadeaux.