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Insurgés près de Syrte, oct 2011

"En 1979, quand les troupes soviétiques ont envahi l’Afghanistan, un Jimmy Carter en colère avait conclu un accord secret pour offrir aux Soviétiques leur " Vietnam " (ce qu’est devenu l’Afghanistan).”'' - New York Times, 11/9/11

L’auteur du paragraphe ci-dessus est Marvin Kalb, ancien correspondent de presse, professeur émérite de l’université d’Harvard, co-auteur de “Haunting legacy: Vietnam and the American Presidency from Ford to Obama.”
C’est historiquement faux.
Paul Jay de Real News (et avant lui, le périodique français Le Nouvel Observateur - lire ici (ang) et - fr -) a appris que l’administration Carter avait pris la décision d’intervenir dans la guerre civile en Afghanistan six bons mois avant l’invasion soviétique. Dans une note datée de juillet 1979, la maison Blanche autorisait l'armée et les services secrets des Etats-Unis à fournir aux combattants moudjahidines anti-communistes de l'argent et du matériel (non militaire, NDT).
Cette note avait été le point de départ de l'"Opération Cyclone", un projet secret destiné à pousser les Soviétiques à envahir l'Afghanistan. Dotée au départ d'un acompte relativement modeste de 23 millions de dollars, l'Opération Cyclone allait devenir un monstre multimillionnaire (l'opération des services secrets la plus coûteuse de toute l'histoire des Etats-Unis) qui a fini par obliger les soviétiques à se retirer.
Les cyniques hausseront peut-être les épaules en disant: la vérité n'est-elle pas toujours la première victime de la guerre? Sauf que, dans ce cas, il y a encore des victimes au moment où les Etats-Unis marquent la dixième année de leur occupation de l'Afghanistan. Et quand on additionne les dommages collatéraux depuis cette note de juillet 1979, qui a conduit à la victoire des Taliban, c'est terrifiant.
Quand les moudjahidines sont retournés chez eux, ils ont transporté la guerre avec eux au Yemen, en Somalie, au Pakistan, en Inde, aux Philippines, en Indonésie, en Asie Centrale, en Afrique du Nord, et à toute une série d'autres endroits. Ils ont également modifié de façon définitive la configuration de la ville de New York. Dans les annales des retours de bâtons désastreux, l'aide fournie par les Etats-Unis pour renverser le gouvernement en Afghanistan et soutenir les moudjahidines a peu de concurrents.
De l'histoire ancienne?
Le 18 mars dernier, le président Obama avait annoncé au Congrès que l'engagement US dans la guerre en Libye serait "une question de jours, pas de semaines". En réalité, on en est à plein de jours, 227, et ce n'est pas fini.
"Il est intéressant de voir à quel point ils sont résistants et déterminés" a déclaré au New York Times le général de corps d'armée de l'U.S. Air Force, Ralph J. Jodice. "Nous sommes tous étonnés par la ténacité des Forces pro-Kadafi".
En plus de l'utilisation plutôt glaçante du terme "intéressant" pour parler de gens qu'on cherche à faire sauter avec des bombes de 250 kilos et des missiles Hellfire, le mot-clé de la déclaration du général est "étonnés".
A part la destruction, la seule vérité de la guerre c'est la surprise. Comme l'a dit le maréchal Helmuth von Moltke, chef d'état major de l'Armée de Prusse, et un des plus grands stratèges militaires du 19ième siècle: "aucun plan de bataille ne survit au contact avec l'ennemi.”
Quand le président Obama a fait ces remarques, il répétait probablement ce que lui avaient dit les généraux, toujours une très mauvaise idée. Le président Johnson avait écouté les généraux pour le Vietnam, et ils ont dû lui dire à peu près ce que nos généraux actuels ont, de toute évidence, soufflé à Obama: c'est du gâteau. Nous allons bombarder ces Arabes, et en quelques jours, ils auront pris leurs jambes à leur cou pour se réfugier dans les dunes de sable.
Sauf que ce n'est pas ce qui s'est passé.
Au bout du compte, entre les bombardements, l'aide au sol des Forces Spéciales britanniques, et l'impopularité du régime, on finira par battre les forces pro-Kadhafi, mais parce que c'est devenu une guerre de 34 semaines et plus, il va y avoir de sérieux retours de bâton.
Pour commencer, voyez les 20000 missiles sol-air, dont la plupart se sont volatilisés.
Il y a deux sortes de missiles de base dont on (pas la moindre idée de qui il s'agit) s'est emparé.
D'abord, il y a le SA-24 “Grinch”, ou Igla-S, qui est un engin très dangereux. Il a une portée d'environ 5 kms, une ogive puissante, et un système de téléguidage qui lui permet d'atteindre les objectifs la nuit. Il est similaire au Stinger qui inquiétait tant les Soviétiques en Afghanistan. Introduit en 1983, il peut toucher un avion à une distance de plus de 3000 m. Il peut également descendre des drones et des missiles de croisière, et les hélicoptères sont des cibles faciles.
L'autre missile sol/air est le SA-7 “Grail,” ou Strela-2, un missile russe plus ancien qui avait été utilisé pour la première fois en 1968, et dont la version améliorée a été mise en service en 1972. Il a un système de détection à l'infrarouge (…). Et le modèle plus moderne (…) est semblable, mais nettement supérieur au Redeye US. Le SA-7 a une portée d'un peu plus de 3 kms (… voir les liens si intéressé-e, je n'y comprends pas grand chose, NDT).
"On parle là de 20.000 missiles sol-air dans toute la Libye", dit Peter Bouckaert, directeurs des urgences humanitaires, qui ajoute "dans chaque ville où nous arrivons, ce qui disparait en premier, ce sont missiles sol-air.” Et d'après Bouckaert, "ils pourraient transformer toute l'Afrique du nord en zone d'exclusion aérienne".
Je parie qu'ils pourraient servir dans ce cas de figure: le Niger a récemment utilisé des hélicoptères pour réprimer le Mouvement Touareg des Nigériens pour la Justice dans le Sahara. Les Touaregs voulaient qu'on leur verse des indemnités pour les importants gisements d'uranium que les compagnies françaises exploitent actuellement, et le gouvernement nigérien a réagi en leur envoyant l'armée. Le gouvernement de Kadhafi aidait les Touaregs dans leur combat contre le Niger et leur fournissait des armes. Vous voulez parier que les Touaregs vont se retrouver avec certains de ces missiles et que l'armée nigérienne va bientôt perdre quelques hélicoptères?
Et la chute de Kadhafi ne signifiera peut-être pas la fin des hostilités. La Libye est un pays complexe avec de forts contrecourants tribaux et ethniques. Par exemple, il est peu probable que les Berbères du sud acceptent désormais la domination qui leur était imposée par les Arabes du Nord.
Quant aux récits qui faussent l'histoire: le journalisme, comme on le dit communément est le premier jet de l'histoire. Selon les medias de masse, les U.S. et l'Otan se seraient engagés dans la guerre civile libyenne pour protéger la population civile et, que, bien entendu, une des raisons pour lesquelles la guerre dure depuis si longtemps, c'est que l'OTAN ne veut pas bombarder des objectifs dans des fiefs de Kadhafi, comme Syrte, parce que ces attaques pourraient entraîner des victimes civiles.
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Les habitants de Syrte fuient la ville, oct. 2011

Une version qui pose problème pour expliquer l'article de l'Agence France Presse intitulé: "L'Otan, le CNT plus meurtriers que les irréductibles de Kadhafi: les fugitifs de Syrte” (ang).
Syrte, Libye (AFP) Oct. 6, 2011- Les beaux discours de l'Otan et des combattants du nouveau régime libyen sur l'objectif de protéger les civils ne veulent pas dire grand-chose pour les habitants furieux de Syrte, dont les maisons sont détruites et les proches tués au cours des combats visant à s'emparer de la ville natale de Mouammar Kadhafi.
"Pourquoi l'Otan nous bombarde-t-elle?", demande Faraj Mussam, dont le mini van bleu contenait sa famille composée de huit personnes entassées sur des matelas et des valises alors qu'ils fuyaient la ville cette semaine".
D'après l'article de l'AFP, le plus grand danger que peuvent courir les civils à Syrte sont les bombardements de l'OTAN et les tirs d'artillerie des forces pro-CNT à la périphérie de la ville. Un responsable de la Croix Rouge a expliqué à l'AFP qu'il reste encore des dizaines de milliers d'habitants à Syrte - c'était une ville de 100.000 habitants avant la révolution de février – et ils sont sous la menace constante de l'artillerie et des bombes.
"Quand on lui a demandé si l'OTAN remplissait sa mission de protéger les civils, un travailleur humanitaire, qui a demandé qu'on ne cite pas son nom parce qu'il n'était pas autorisé à parler en public, a répondu: 'ça n'en a pas l'air'.
"Il y a beaucoup de tirs aveugles", dit-il, ajoutant que de nombreux habitants et médecins de Syrte avec qui il avait discuté déploraient le nombre de morts suite aux frappes aériennes de l'OTAN.
Selon l'AFP, les soldats du CNT disent que les tirs d'artillerie et de roquettes ne mettent pas en danger les habitants parce qu'ils sont tous partis. C'est une affirmation que les travailleurs humanitaires contestent vivement. La résolution de l'ONU qui autorisait l'intervention de l'Otan était censée être destinée à protéger les populations civiles en Libye. Elle est promptement passée de la mission de sauver des vies à l'objectif de changement de régime, et, d'une certaine façon, la mission de "protéger les civils" ne semble s'appliquer qu'à un seul camp. Tôt ou tard, cette imposture va être mise à jour et la prochaine fois qu'il sera question à l'ONU de "protéger la population civile", cet argument ne sera sans doute pas pris au sérieux.
Il y a plus de 30 ans, les Etats-Unis sont intervenus dans la guerre civile en Afghanistan pour inciter nos ennemis de la Guerre froide à commettre une erreur fatale (puis mentir à ce sujet). Nous payons encore le prix de cette politique.
Il y a huit mois, les Etats-Unis et leurs alliés ont manigancé une intervention dans la guerre civile en Libye sous prétexte de protéger les civils, motif qui est de plus en plus démenti par les événements qui se déroulent dans ce pays.
Nous ne savons pas quel sera le retour de bâton pour l'intervention en Libye, mais ce ne serait peut-être pas une bonne idée d'investir dans des billets d'avion pour voyager à l'étranger, en particulier en Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie Centrale. Les jours de Kadhafi sont peut-être comptés, mais ces missiles SA-24 et SA-7 vont être dans le coin pendant un bon moment.

On peut lire d'autres articles de Conn Hallinan sur son site.

Traduction et liens: emcee, ©des bassines et du zèle
Les photos ont été rajoutées

Note annexe:

Les origines du désordre présent, par Brzezinski en janvier 1998
Peu après l’attaque du 11 septembre 2001 et avec l’attaque américaine contre l’Afghanistan qui suivit, certains avaient ressorti cette courte interview de Zbigniew Brzezinski au Nouvel Observateur (n°1732), du 15 janvier 1998. Nous pensons qu’il est utile de la rappeler, alors que pas un iota n’a été retiré aux stupides assertions officielles sur le diable, le Mal, le “choc des civilisations”, le terrorisme dans sa quasi-fatalité islamiste et ainsi de suite, depuis les presque-quatre années après 9/11... lire la suite sur le site dedefensa.