Meurtre d’un lycéen homosexuel de 15 ans: la défense plaide la « panique homophobe ».

Le meurtre de Lawrence King inquiète les militants pour les droits des homosexuels, qui exigent que les collèges prennent des mesures pour sensibiliser les élèves à la discrimination.

Les procureurs s'activent actuellement pour organiser un nouveau procès contre un adolescent qui a tué un de ses camarades de classe, le premier procès s'étant conclu par un vice de procédure (eng).

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Larry King

Brandon McInerney, 17 ans, 14 au moment des faits, avait tiré, en plein cours, par deux fois, dans la tête de Larry King, 15 ans.
Selon le témoignage d’un ami, McInerney avait décidé de venir en cours avec un pistolet après que King l’avait hélé dans le couloir par un “salut, baby!”? Il a pressé sur la détente peu de temps après, quand il l'avait entendu dire que ce dernier comptait se faire appeler Latisha.
Si les jurés étaient certains de la culpabilité de McInerney, ils n’ont pu se prononcer sur la gravité du crime – s’agissait-il d’un meurtre avec préméditation ou un homicide ? Ce désaccord a pour origine la plaidoirie de l'avocat de la défense, qui avait expliqué que McInerney avait riposté aux avances persistantes de King.
Les avocats de la défense avaient expliqué que King avait à maintes reprises mis McInerney mal à l’aise en lui faisant des avances, décrivant McInerney comme un jeune homme intelligent, maltraité par sa famille et harcelé à l’école. Ils ont également fait témoigner des camarades de classe et des enseignants qui ont déclaré que le comportement et la tenue vestimentaire efféminés de King étaient source de gêne pour les autres élèves.
Les militants LBGT estiment que l’argument de la défense est une variante de la "panique homophobe", où une répulsion extrême face aux avances d’homosexuels fait naître un état temporaire de perte de responsabilité morale, proche d’une crise de démence passagère.
Selon « Equality California », cet argument a été utilisé par la défense dans plus de 45 procès dans tout le pays.
Dans un article publié dans le magazine de la faculté de droit de Berkeley, Université de Californie, Cynthia Lee, qui enseigne à l’université de George Washington, écrit que cet argument de « bouffée de panique homophobe » a souvent été utilisé pour réduire les chefs d’accusation concernant les meurtres d’homosexuels et de transsexuels, même s‘il n’était pas confirmé par un rapport d'expertise psychiatrique.
Or, aucune donnée scientifique n’atteste qu'il existe un trouble psychiatrique qui s'appliquerait spécifiquement à des avances sexuelles.
Lee écrit:

"La panique homophobe semble avoir pour origine une construction spécifique de la masculinité, qui considère l'hétérosexisme et la violence comme des caractéristiques typiquement masculines et qui rejette implicitement le désir sexuel pour d'autres hommes.
Malgré cela, le psychologue de la défense affirme que McInerney était dans un état de trouble dissociatif quand il a tiré sur King— invoquant des traces de moyens de défense à aptitude réduite en même temps que l’habituelle riposte à la "provocation".

Les "moyens de défense à aptitude réduite", dans une de leurs variantes, réduisent l'accusation pour meurtre avec préméditation à un homicide involontaire parce que l'accusé n'était pas dans l'état d'esprit d'une préméditation.
La Californie avait abrogé cette notion de défense à aptitude réduite en 1982, à la suite de l'utilisation qui en avait été faite lors du procès notoire pour les assassinats de Moscone-Milk (eng) et qui avait permis à Dan White d'être condamné pour homicide volontaire au lieu de meurtre prémédité.
Avec l'abolition de l'argument d'aptitude réduite, celui de la provocation restait la référence essentielle sur laquelle s'appuyait la défense.
"Avec la thèse de la provocation, un accusé de meurtre peut être condamné à une peine moindre d'homicide volontaire si le jury estime que l'accusé avait en fait été poussé à sortir de ses gonds", écrit Lee.
De nombreux jurés avaient estimé que les avances de King constituaient une provocation: sept sur les douze avaient voté pour inculper McInerney d'homicide volontaire (et donc, ne l'avaient pas considéré comme coupable de meurtre), les cinq autres jurés avaient voté pour le condamner pour meurtre, avec ou sans préméditation.
Mais non seulement l'argument de la provocation justifie une homophobie extrême, mais fait passer la construction sociale de l'homosexualité pour une anormalité : l'argument de la provocation incrimine les échecs de la société et non pas les actes d'un individu.
Alors que McInerney était très jeune – et n'aurait pas dû être jugé dans un tribunal pour adultes pour un crime commis à l'âge de 14 ans – la justice doit offrir aux individus de bien meilleures conditions que ce n'est le cas actuellement dans leur milieu souvent intolérant.
L'association "Gay, Lesbian, and Straight Education Network" (organisation d'étudiants, de parents et d'enseignants qui milite pour l'amélioration des relations à l'école, NDT) a publié un communiqué à la fin de la semaine dernière à la suite du verdict de vice de procédure:

"C'est une affaire qui ne pouvait que se conclure sans décision et sans gagnants, quel que soit le verdict. Les faits essentiels restent les mêmes: c'est l'homophobie qui a tué Larry King et détruit la vie de Brandon McInerney, et les adultes ont manqué à leurs engagements vis-à-vis des deux garçons à cause de leur propre inaptitude à traiter avec justice et compassion les problèmes multiples auxquels ils étaient tous deux confrontés.
Le ministère public va demander un nouveau procès au cours de l'audience prévue le 5 oct. On ne sait s'il compte abandonner certains chefs d'accusation ou si le procès va être renvoyé au tribunal pour mineurs.
En attendant, cette affaire a mis les militants LGBT sur la sellette, car ils poussent à un nouveau débat sur la façon dont l'école traite la question du genre et de l'expression sexuelle, et le nouveau visage de la "panique homophobe".

Le meurtre de Lawrence King, 15 ans, tué par un camarade de classe parce qu'il était homosexuel, a inquiété les militants pour les droits des homosexuels, et les a conduits à exiger que les établissements de second degré prennent des mesures pour sensibiliser les jeunes à la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle.

Notes annexes:

"homosexual panic" an acute severe episode of anxiety, due to unconscious conflicts involving sexual identity, in which there is the fear or delusional conviction that the person is thought by others to be a homosexual or is in danger of sexual attack by a person of the same sex, often accompanied by agitation, guilt, hallucinations, or depression.

Traduction libre (NB: je n'ai pas trouvé de terme scientifique pour "homosexual panic". Si quelqu'un connaît l'expression exacte?).
La "panique homophobe" est une crise aiguë d’angoisse due à des conflits inconscients impliquant l’orientation sexuelle de la personne, où apparaît la peur ou la conviction illusoire qu'on pourrait penser que cette personne est homosexuelle ou qu’elle risque d’être agressée sexuellement par une personne du même sexe. Cette pathologie provoque des crises d’agitation, de culpabilisation, d’hallucinations, ou de dépression.

Vite dit: sexe et genre

Quelques définitions trouvées sur le web

Sexe biologique: C'est la distinction de l’être humain, basée sur la dichotomie du sexe, entre femme (XX/ovaires/utérus/vagin) et homme (XY/testicules/verge).

Genre (ou sexe):
C'est la distinction caractérisant la composante masculine ou féminine d’un être humain sur les plans psychologique et/ou social. Selon le point de vue, certains considèrent le genre psychosocial comme une caractéristique complémentaire au sexe biologique, d’autres comme une particularité distincte.

Orientation sexuelle:
Détermination de l’attirance émotionnelle et sexuelle envers une autre personne. Elle se décline le long d’un spectre comportemental allant de la pure homosexualité à la pure hétérosexualité et comprend diverses formes de bisexualité.

Rôle de genre (ou rôle sexuel):
Comportement stéréotype que doit afficher une personne en société pour représenter son sexe. Le rôle de genre dépend du contexte culturel et historique.

Homophobie:
L’homophobie extérieure est un sentiment irrationnel de peur et d’aversion envers les personnes ayant un penchant homosexuel ou bisexuel, qui peut s’exprimer par la haine, le dégoût, les préjugés, voire même l’agression et la violence. Elle se manifeste sur différents plans (interpersonnel, familial, institutionnel, religieux, …) et de différentes façons (consciente/inconsciente, ciblée/diffuse). Sa contrepartie interne, l’homophobie intériorisée, désigne la crainte d’un homosexuel/bisexuel d’assumer son identité et son orientation sexuelles.
Dans un tel contexte, l’homophobie intériorisée peut empêcher le développement d’une conception de soi équilibrée.

Hétérosexisme:
Système de pensée et de comportement social et institutionnalisé élevant l’hétérosexualité au rang de norme supérieure et immuable de l’orientation sexuelle et affichant une attitude discriminatoire face à l’allosexualité, en vertu du principe dit d’hétéronormativité. L’hétérosexisme défend notamment le point de vue que tous les êtres humains qui ne sont pas hétérosexuels sont généralement atteints de troubles, et que des «traitements réparateurs» permettent de les «soigner» pour qu’ils se «convertissent» et retournent à la «normalité».

En France

La question de genre, pourtant encore très confidentielle jusqu'à présent, s'est retrouvée brusquement dans la lumière des projecteurs quand 80 députés et sénateurs ont déposé une demande exigeant de censurer les manuels de SVT des classes de 1ère.
A la suite de cette proposition, les réactions indignées ne se sont pas fait attendre.
En voici une émanant d'un groupe de chercheurs en sciences sociales qui pose bien les problèmes.
En conclusion, je dirais que la régression que nous constatons au niveau mondial (occidental et autres), ainsi que la tentative de mainmise actuelle des dogmes religieux de toutes obédiences, que ce soit envers les homosexuel-les-trans-bi ou les femmes, ne préjugent pas d'une amélioration de la société dans son ensemble.

Comme pour tout ce qui se passe actuellement dans le monde, c'est terrifiant.

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