Catrina_Wallace__left____Casptla_Bailey.png
Catrina (à droite) et sa mère, Caseptla Bailey. Photo ici

Le 11 juin, une semaine après son 31ème anniversaire, Catrina Wallace, militante des droits des citoyens était condamnée à 15 ans d'emprisonnement. C'était la première fois que Wallace était arrêtée. Mère célibataire, elle a commencé à militer quand son frère avait été arrêté pour l'affaire qu'on avait appelée "les six de Jena".
Wallace faisait partie du petit groupe de familles et d'amis qui a créé un mouvement de protestation qui a fini par une énorme manifestation de 50.000 personnes (près de vingt fois la population locale, NDT) en septembre 2007 dans la petite ville de Jena au nord de la Louisiane.
Ce mouvement de masse a conduit à la libération des six adolescents, tous à l'université aujourd'hui.
Le 31 mars, un jury composé de 12 membres, parmi lesquels un seul Noir, condamnait Wallace, visée par trois chefs d'accusations, pour avoir fourni une substance règlementée.
Au cours de son procès le 1° juin, Wallace a été condamnée à 5 ans d'emprisonnement pour chaque chef d'accusation, chacune des peines à purger s'ajoutant à l'autre. Même en Louisiane, une condamnation à une peine de 15 ans de prison pour un premier délit est plutôt exceptionnelle, de même que l'est l'empilement des peines.

"Je n'ai jamais vu un juge prononcer des peines consécutives, et certainement pas pour une affaire de drogue ou pour une première condamnation", a déclaré Miles Swanson, un avocat qui travaille à son compte et qui a été avocat commis d'office dans le comté d'Orléans.
“A la Nouvelle-Orléans, une affaire de ce genre, ne passerait même pas au tribunal – on proposerait vraisemblablement la libération conditionnelle".

Toutefois, il existe d'énormes disparités selon les comtés. Par exemple, un homme du comté d'Orléans a récemment été mis en liberté conditionnelle pour avoir revendu du hasch. Puis, quand il a été arrêté pour le même délit à quelques kilomètres de là, dans le comté de St. Tammany Parish, il a été condamné à une peine de prison à perpétuité.

"Hélas, ce verdict ne me surprend pas", dit Jasmine Tyler, directrice adjointe des affaires nationales pour l'organisation Drug Policy Alliance (qui lutte contre la politique nocive de la pseudo- "guerre contre la drogue"), "avant, nous utilisions la prison pour incarcérer ceux qui posaient vraiment problème et qui menaçaient la sécurité publique. Aujourd'hui, la prison sert à incarcérer ceux dont on veut se débarrasser".

Jordan Flaherty est dirigeant syndical et rédacteur en chef du site Left Turn Magazine. Il a été le premier à parler de l'affaire des "Six de Jena" sur le plan national et ses articles sur la Nouvelle- Orléans de l'après Katrina ont été publiés et diffusés par divers médias, comme Die Zeit (en Allemagne), Clarin (Argentine), Al-Jazeera, TeleSur, and Democracy Now!.

(Voir, par ex, sur ce blog, "Katrina, quatre ans plus tard")

5-6_jena_6.jpg
Photo: 5 des Six de Jena à l'issue de leur procès
(NB: Mychal Bell, le plus connu des Jena Six, n'était pas présent)

A voir:
vidéo (conseillée) sur l'affaire des 6 de Jena et la mobilisation (fr)

Et puis, en anglais, un reportage intéressant sur la vengeance du chef de la police de Jena contre ceux qui ont osé protester lors de l'affaire des "Six de Jena", sous couvert de "lutte contre la drogue"

Le chef de la police a déclaré au journal "the Jena Times" qu'il a commencé à préparer l'"Opération Troisième Option" en novembre 2007, moins d'un mois après les manifestations historiques. Et la descente de police a eu lieu à peine quelques semaines après la fin du procès.

Courts extraits:

"Avec le procureur Reed Walters, le Sheriff Franklin a déclaré qu'il veut que ceux qui sont poursuivis pour des délits mineurs reçoivent la peine maximale. De plus, dans un comté qui compte 85% de Blancs, ses actions ont visé les Noirs quasiment exclusivement. Dans une ville où habitent à peine plus de 300 Noirs, il n'a envoyé ses 150 agents de police que dans le quartier noir".

Et sur Catrina Wallace:

Catrina Wallace, 29 ans, dormait avec son plus jeune enfant quand la porte d'entrée a été défoncée et elle s'est réveillée avec l'impression d'avoir un pistolet sur la tempe. Quand elle a ouvert les yeux, elle a constaté que sa maison était pleine de policiers. "Je n'avais jamais vu autant de policiers à la fois" dit-elle, "il y en avait partout. Rien que dans ma chambre, ils étaient six ou sept. Elle raconte que les policiers tenaient en joue ses jeunes enfants et refusaient qu'elle aille les rassurer.
Catrina Wallace est la sœur de Robert Bailey, un des Jena Six. Avec sa mère, Caseptla Bailey, elle faisait partie de ceux qui étaient à la tête de la mobilisation destinée à faire libérer les jeunes accusés, organisant des meetings et des manifestations pendant des mois. Wallace dit qu'elle était dans le collimateur à cause de son militantisme.
"Je me bats pour les libertés" dit-elle "je me bats pour les droits des citoyens. Je n'ai jamais eu de problèmes".
La police n'a trouvé chez Wallace ni drogue, ni aucune preuve que des actes répréhensibles avaient été commis. Les policiers avait, au début, prétendu, avoir trouvé de la marijuana sur la table de la cuisine, mais il s'est avéré que ce qu'ils avaient saisi, c'était des tiges de brocolis qui restaient du repas de la veille.
Malgré l'absence de preuves, et le fait qu'elle avait toujours vécu à Jena et qu'elle élevait trois enfants en bas âge, elle était mise en détention provisoire pour une caution de $150000 à payer en espèces.
Sa voiture, une Mitsubishi Gallant de 1999, qui avait été, alors, confisquée par la police, est toujours à la fourrière, avec environ 50 autres véhicules saisis ce jour-là. Si elle veut la récupérer, il faut qu'elle rembourse à la fourrière 12 dollars par jour depuis juillet dernier – une somme déjà plus élevée que la valeur de la voiture.

Approfondir:
Population carcérale aux USA: les mécanismes légaux de la discrimination raciale

Document à mettre au dossier presque vide de ceux qui ont découvert, sidérés, en mai dernier, la barbarie du système judiciaire aux Etats-Unis.
Traduction emcee © des bassines et du zèle