Scott Roeder, le meurtrier, a, pourtant, été le seul inquiété. Aucune mesure n'a été prise à l'encontre de ceux qui, par leur haine et leur violence, ont poussé un cerveau probablement dérangé au meurtre.
La clinique du Dr Tiller, qui était un des seuls à pratiquer des avortements autour de la 25° semaine de grossesse, et qui sauvait ainsi les vies de nombreuses femmes dans une situation parfois désespérée, a, finalement, été fermée définitivement après sa mort par sa famille (bien qu'un médecin courageux s'était proposé pour prendre la suite).
Ces médecins et tout le personnel soignant qui travaillent dans des centres d'IVG sont des militants. Ils ont choisi spécifiquement les services d'IVG par conviction, parce qu'ils estiment que les femmes doivent pouvoir disposer de leur corps, qu'elles doivent pouvoir avorter en toute sécurité et que personne ne doit décider à leur place, ni tenter de les en dissuader par quelque moyen que ce soit.
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Les militant-es d'associations pro-choix, les anciennes patientes, leurs familles, et bien d'autres, les considèrent comme des héros.
Un jour de l'année, le 10 mars, leur est dédié, *"the U.S. National Day of Appreciation for Abortion Providers" . Il y a dix-huit ans, le docteur David Gunn était assassiné par un certain Michael Griffin. C'est le premier à avoir subi un tel sort. Le Dr Gunn était tué parce qu'il pratiquait des avortements. C'était le 10 mars 1993.
En 1996, le 10 mars était déclaré "Journée Nationale de Gratitude envers ceux qui pratiquent les IVG" par un regroupement d'organisations et d'individus pour rendre hommage à celles et ceux qui risquent gros pour garantir aux femmes l'accès à l'avortement.
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Le Dr. Tiller a, lui, été tué le 31 mai 2009, et, à l'occasion du deuxième anniversaire de sa mort, Alternet publie le discours d'un de ses collègues, prononcé le 10 mars dernier (initialement publié sur le site RH Reality Check), qui rend hommage au docteur et à tous ceux qui ont choisi de travailler dans les centres d'IVG pour défendre les droits des femmes.

Remerciements à ceux et celles qui pratiquent l'avortement: un ancien collègue du Dr Tiller se souvient

Aujourd'hui, nous remercions les femmes et les hommes qui, en Amérique et dans le monde entier, assurent les soins de santé en matière de procréation.
Quand on voit la stigmatisation, la marginalisation et la diabolisation que subissent, dans leurs vies professionnelles et personnelles, ceux et celles qui pratiquent des IVG, c'est à nous, défenseurs des droits des femmes, qu'il incombe de parler des effets positifs que leurs services apportent à chacun(e) et à la société toute entière.
Travaillant dans le domaine de la santé et des droits en matière de procréation depuis de nombreuses années, je suis atterré de voir que nous en sommes venus à un point où ces praticien-ne-s sont encore plus contrôlé-e-s qu'auparavant. Trente-huit ans après la loi sur l'avortement Roe v. Wade, les médecins reçoivent maintenant des ordres des élus sur la façon dont ils doivent pratiquer la médecine, organiser leurs cliniques, et conseiller leurs patientes. Ils risquent des poursuites judiciaires et sont sous la menace d'interventions de groupes extrémistes s'ils ne respectent pas ces atteintes extrêmement graves à la vie privée.
A vrai dire, les élus peuvent bien adopter toutes les lois qu'ils veulent, ils peuvent profiter des failles dans la législation et prendre, en fin de compte, le dessus sur les femmes dont les vies sont directement affectées par ces abus de pouvoir. Mais il y a une chose qui est incontestable, c'est que les médecins qui pratiquent les avortements sauvent des vies humaines et que les femmes auront toujours besoin de leurs services – c'est clair et net. Depuis les femmes qui avortent dans un délai de 9 semaines parce qu'elles ne souhaitent pas avoir d'enfant, à celles qui veulent interrompre leur grossesse soit à cause d'anomalies du fœtus ou de problèmes de santé de la mère durant la grossesse, ces médecins améliorent le sort des femmes et de leurs familles – ou leur redonnent l'espoir pour une maternité future et pour fonder une famille.
Ce sont ces vies-là qui sont touchées tous les jours par ceux qui pratiquent l'IVG. Même si j'avais déjà travaillé dans des services d'IVG avant de rejoindre le docteur Tiller, ce n'est que quand j'ai commencé à travailler avec lui que j'ai réalisé l'éventail de tâches liées aux soins de santé pro-créative.
Aux cours des années que j'ai passées à ses côtés, j'ai été témoin des services qu'il rendait dans tout le Midwest, dans le pays et dans le reste du monde. Les lettres que d'anciennes patientes et les membres de leur famille ont écrites au personnel qui travaillait avec le docteur Tiller à la clinique "Women’s Health Care Services" témoignaient de la qualité des soins et du dévouement qui caractérisaient le centre. L'affection et l'empathie étaient au centre de sa méthode de travail.
Au cours du soi-disant *"Summer of Mercy Renewal" ("l'été du renouveau de la miséricorde") en 2001, le Dr. Tiller avait fait inscrire une de ses expressions favorites sur une banderole qu'il avait placée à un endroit stratégique du parking de sa clinique pour que tous les manifestants anti-avortement puissent la voir tous les jours en passant devant.
Il y était inscrit: "les femmes ont besoin d'avortements et je vais les faire". Je suis sûr que cette déclaration représente l'engagement que ressentent les médecins qui pratiquent les IVG dans le monde entier vis-à vis des femmes qu'ils reçoivent.
Le docteur Tiller estimait, comme les autres médecins qui pratiquent les IVG et qui risquent leur vie tous les jours, que les femmes sont affectivement, intellectuellement et spirituellement capables de prendre des décisions concernant leur propre corps, et, en fin de compte, leurs propres vies. Et ces praticien-ne-s comprennent cela pour les millions de femmes qui ont besoin de soins de santé en matière de procréation. Aujourd'hui, nous applaudissons et nous honorons ces femmes et ces hommes courageux qui s'efforcent de venir en aide aux femmes et à leurs familles. L'avortement, c'est une question de maternité. L'avortement, c'est une question de choix. L'avortement, ça fait partie de la vie.
Comme disait le docteur Tiller: "L'avortement n'est ni un problème médical, ni un problème cérébral, l'avortement, c'est une question de cœur. Tant que vous ne comprenez pas ce qui se passe dans le cœur d'une femme, rien en ce qui concerne l'avortement ne paraît logique".
Faisons une pause pour remercier ces dévoués spécialistes de la santé qui font tant pour assurer aux femmes les soins en matière de santé procréative.

Julie Burkhart
Source: Alternet

Notes et liens annexes:

"Summer of Mercy Renewal" est le nom qui avait été donné à une semaine de manifestations anti-avortement organisées à Wichita (Kansas) au cours de l'été 2001 par des associations anti-avortement (à l'initiative de "Save America") pour protester contre les activités de la clinique du Dr Tiller.
Les manifestants avaient reçu l'autorisation du juge de district (au nom du 1° Amendement) de défiler tous les jours, deux fois par jour, pendant cinq jours, sur le trottoir en face de la clinique.

Les leaders du mouvement pro-choix du Canada dévastées par l’assassinat du Dr George Tiller

Et en anglais:

What Made George Tiller So Special?
He did the abortion procedures that other doctors couldn't or wouldn't do.
(En quoi le docteur Tiller était-il exceptionnel? Il pratiquait des avortements que les autres médecins ne savaient pas ou ne voulaient pas faire).

Le 31 mai dernier, l'association "Physicians for Reproductive Choice and Health" (Médecins pour la santé reproductive et le choix des femmes ) remettait des prix à un certain nombre de leurs collègues lors d'une manifestation à New York.
Voici le discours du docteur Boyd, qui a reçu le prix William K. Rashbaum.
Why I Do This Work: An Abortion Provider Speaks
par Dr. Curtis Boyd
(Pourquoi je fais ce travail: discours d'un médecin qui pratique les IVG)