Violation Systématique des droits des femmes

Le FMI viole les femmes depuis 1945

Alors que Dominique Strauss-Kahn, directeur de l'institution internationale la plus puissante, le Fond Monétaire International (FMI), passe quelques nuits à la prison de Rikers Island dans l'attente d'être présenté au juge, le monde entier entend parler de sa tendance à traiter les femmes comme des objets sexuels jetables.
Strauss-Kahn est accusé de la tentative de viol et de la séquestration d'une jeune femme guinéenne de 32 ans, employée dans un hôtel de New York à 3.000 dollars la nuit.
Tandis que les médias dissèquent la tentative de viol d'une jeune femme africaine et commencent à sortir d'autres informations sur les méfaits passés de Strauss-Kahn, nous n'avons pu nous empêcher de voir cette affaire dans l'optique féministe qui dit que "le personnel est politique".
Pour beaucoup, dans le monde en développement, le FMI, avec sa politique implacable d'ajustement structurel, a systématiquement "violé" la terre et les populations pauvres, et porté atteinte aux droits des femmes. Le mépris et le manque de respect pour les femmes affichés par l'homme au plus haut niveau de la hiérarchie au sein du FMI sont, semble-il, en adéquation avec les préjugés sexistes inhérents aux politiques et aux pratiques institutionnelles du FMI.

Violation Systématique des droits des femmes

Le FMI et la Banque mondiale ont été créés à la suite de la Seconde Guerre Mondiale pour encourager le commerce international et la coopération monétaire en accordant des prêts aux Etats à une période de crise budgétaire.
Même si le FMI regroupe 184 pays, cinq pays – la France, l'Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis — disposent à eux seuls de 50 % des voix, qui sont accordées selon la contribution de chaque pays (et selon le bon vouloir de ces pays, NDT).
Le FMI a acquis sa mauvaise réputation dans les pays du Sud parce qu'en échange de prêts, les Etats doivent accepter d'appliquer une série de mesures d'austérité, appelées programmes d'ajustement structurel. Un contrat typique du FMI pousse à la production de produits d'exportation au détriment d'une production locale destinée à la consommation locale. Il oblige également les pays à baisser leurs tarifs douaniers et réduire leurs services publics, leur protection sociale et leurs aides à l'éducation.
Au lieu de réduire la pauvreté, les milliards de dollars de prêts émis par le FMI ont augmenté la pauvreté en particulier pour les femmes qui constituent 70% des pauvres dans le monde.
Les réductions gouvernementales des dépenses d'aides sociales imposées par le FMI ont souvent été réalisées en supprimant des emplois de services publics qui touchent les femmes de façon disproportionnée. Les femmes occupent la plupart des emplois les moins qualifiés du secteur public et ce sont souvent les premiers à être supprimés. Egalement, les programmes sociaux comme les services de soins étant supprimés, ce sont les femmes qui sont chargées implicitement de prendre davantage de responsabilités dans les tâches domestiques, ce qui limite encore leur accès aux études ou à d'autres emplois.
Contre un prêt de 5,8 milliards de dollars du FMI et de la Banque mondiale, la Tanzanie a accepté d'imposer des forfaits hospitaliers, ce qui a réduit le nombre d'accouchements en milieu hospitalier ou empêché des femmes de bénéficier des soins post-natals, et a, en conséquence, augmenté les taux de mortalité maternelle.
En Zambie, l'imposition des programmes d'ajustement structurel a conduit à une baisse importante de la scolarisation des filles et une très forte hausse de la "prostitution de survie" qui leur permet de poursuivre leurs études.
Mais les mesures d'austérité du FMI ne se limitent pas seulement aux pays pauvres d'Afrique.
En 1997, la Corée du Sud a reçu 57 milliards de prêts de la part du FMI qui a obligé l'Etat à mettre en place un programme de "flexibilité du marché du travail", qui impose au gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour réduire les salaires, licencier les travailleurs "surnuméraires", et réduire les dépenses publiques consacrées aux services et aux infrastructures. Quand la crise financière a frappé, sept femmes pour un homme se sont retrouvées sans emploi.
Sournoisement, le gouvernement a lancé une campagne intitulée: "remontez le moral à votre mari" qui encourageait les femmes à soutenir leurs compagnons déprimés en faisant la cuisine et le ménage et en s'occupant de toute la famille.
Près de 15 ans plus tard, la situation est peu réjouissante pour les travailleurs coréens, surtout pour les femmes. Parmi tous les pays de l'OCDE, ce sont les travailleurs coréens qui effectuent le plus d'heures de travail: 90% des hommes et 77% des femmes travaillent plus de 40 heures par semaine. Selon l'économiste Martin Hart-Landsberg, en 2000, 40% des travailleurs coréens étaient intérimaires, en 2008, 60 % travaillaient au noir.
Selon la Korean Women Working Academy (Académie des travailleuses coréennes), aujourd'hui, 70 % des femmes seraient des employées intérimaires.

La vente de la terre nourricière

Les politiques du FMI ont également violé la terre en imposant aux Etats de privatiser les ressources dont dépend la majorité de la population pour survivre: l'eau, la terre, les forêts, et les produits de la pêche. Les programmes d'ajustement structurel ont également poussé les pays en voie de développement à cesser de cultiver des produits de base destinés à la consommation locale pour se consacrer aux cultures de rapport, comme celles des fleurs coupées ou du café, destinées à être exportées sur des marchés mondiaux aux cours fluctuants. Ces politiques ont détruit les moyens de subsistance des petits agriculteurs dont la production leur assurait l'autosuffisance alimentaire, et dont la majorité sont des femmes.

"Les programmes d'ajustement structurel ont contraint les pays pauvres à abandonner des politiques qui protégeaient les agriculteurs et leur production, ainsi que leurs marchés agricoles", explique Henk Hobbelink de GRAIN, organisme international qui défend l'agriculture durable et la biodiversité.
"En conséquence, de nombreux pays sont devenus dépendants des importations agroalimentaires, les agriculteurs locaux ne pouvant rivaliser avec les producteurs subventionnés du Nord. C'est l'un des principaux facteurs de la crise alimentaire actuelle dont le FMI est directement responsable".

En République Démocratique du Congo (RDC), les prêts du FMI ont ouvert la voie à la privatisation des mines du pays au profit de sociétés transnationales et des "élites" locales, ce qui a forcé des milliers de Congolais à se déplacer vers les provinces orientales où le pourcentage d'esclavage sexuel et de viols des femmes et des jeunes filles est extrêmement élevé.
Selon Gender Action, le FMI et la Banque mondiale ont accordé des prêts à la RDC pour restructurer le secteur minier, ce qui s'est traduit par des licenciements de dizaines de milliers de travailleurs, dont des femmes et des adolescentes qui dépendaient du secteur pour vivre.
De plus, la terre étant de plus en plus exploitée et privatisée, les femmes et adolescentes chargées d'aller chercher l'eau et le bois de chauffage doivent s'éloigner avantage, ce qui les expose encore plus aux violences.

Nous en avons marre.

Les militant-e-s des droits des femmes du monde entier s'indignent de constater que les atteintes à l'intégrité physique des femmes sont généralement considérées comme des transgressions mineures. Strauss-Kahn, un des hommes les plus puissants au monde, et dont les décisions affectaient des millions de personnes sur la planète passait pour un "coureur de jupons" qui poursuivait souvent les femmes plus jeunes qui occupaient des postes subalternes où elles étaient à sa merci.
Toutefois, ni ses collègues, ni les membres du PS n'ont pris ces histoires au sérieux, admettant, ainsi, que les atteintes au droit des femmes à l'intégrité physique ne sont, en aucun cas, une véritable violation des droits humains.
Sinon pourquoi le monde entier supporterait-il d'apprendre sans broncher que, toutes les heures, 48 femmes congolaises sont violées?
Eve Ensler exprime notre pensée en disant:

" J'en ai marre d'un monde qui a pu permettre, a permis et permet encore que 400.000 femmes, 2.300 femmes, voire une seule femme soient violées n'importe où, n'importe quand et tous les jours au Congo. Et les femmes au Congo en ont marre aussi".

Nous vivons dans un monde où des millions de femmes se taisent, où elles ne racontent pas leurs terribles histoires, ne révèlent pas les atrocités qu'elles subissent chaque jour parce que ce sont des femmes.
Elles ne le font pas pour les mêmes raisons que donnent les femmes au Congo – elles en ont marre de ne pas être entendues.
Elles en ont marre que des hommes comme Strauss-Kahn, puissants et en complet veston, estiment qu'ils peuvent violer une femme noire dans une chambre d'hôtel simplement parce qu'ils en ont envie. Elles en ont marre que la police ne les croie pas, ou les arrête pour prostitution.
Elles en ont marre que les hôpitaux ne disposent pas de "rape kits"
Elles en ont marre de signaler un viol et d'être accusées d'adultère en Iran, au Pakistan ou en Arabie Saoudite.

La riposte

(…)
Dans un monde où on a souvent l'impression que la fortune et le pouvoir peuvent tout acheter, le courage d'une jeune femme et de ceux et celles qui l'ont soutenue nous ont ébahi-es. Ces actions éthiques et résolues de personnes de la classe ouvrière à New York nous ont rappelé que les femmes ont le droit de dire "non". Cela nous a rappelé que "non" ne veut pas dire "oui" comme les clubs d'étudiants de Yale voulaient nous le faire croire, et plus important encore, que personne quel que soit son statut social ou son genre, ne doit être au-dessus des lois.
(…)

Christine Ahn est journaliste au Foreign Policy In Focus et analyste du Fonds Mondial pour les Femmes.
Kavita N. Ramdas est collaboratrice du Foreign Policy In Focus, chargée de cours à l’université de Stanford et ex-présidente du Fonds Mondial pour les Femmes.

Liens à consulter:

Le FMI écrase l’humanité

Le FMI épaulé par la Commission européenne organise le pillage de la Grèce

Quelques rappels utiles sur Dominique Strauss-Kahn