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La mort maintes fois annoncée d'un homme qui était encore vivant le 1° mai dernier
Donc, la mort de Ben Laden les fois précédentes aurait donc été largement exagérée.
Pourtant, le brave homme semblait fort mal en point en 2001, à tel point que Fox News l'avait déclaré mort.
Benazir Bhutto avait également annoncé qu'il avait été tué par Ahmed Omar Saeed Sheikh, un homme qui avait été condamné pour l'enlèvement et l'assassinat du journaliste Daniel Pearl.
Quand, le 11 décembre 2001, une vidéo de Ben Laden était diffusée sur la chaîne Al-Jazzira, apparemment, l'administration Bush avait alors émis des doutes sur son authenticité , disant que BL était probablement mort.
Donald Rumsfeld, secrétaire US à la Défense avait, d'ailleurs, déclaré, à cette occasion, avec sa légendaire pertinence lors d'une réunion au Pentagone:

"We do know of certainty that he is in Afghanistan or some other country or dead." (Nous avons la certitude qu'il se trouve en Afghanistan, ou dans un autre pays, ou qu'il est mort"; et je voudrais souligner au passage que ce sont des gens comme ça qu'on veut nous faire passer pour crédibles).

En mars 2002, Angelo Codevilla, ancien responsable des services secrets US et professeur de relations internationales à l'Université de Boston, écrivait:

“All the evidence suggests Elvis Presley is more alive today than Osama Bin Laden” ("Tout porte à croire qu'Elvis Presley est plus vivant aujourd'hui qu'Oussama Ben Laden").

Ce ne sont que des exemples parmi tant d'autres.
Et on aurait pu penser que c'était vraisemblable, puisqu'il était sous dialyse. Et qu'il n'avait pas l'air bien en forme. D'autre part, il avait été question de problème pulmonaire grave. Or, étant en cavale, il est improbable qu'il ait pu se faire soigner efficacement.
Puis, il y avait eu les diverses vidéos espacées où, contrairement aux humains ordinaires, lui, Ben Laden rajeunissait.
Une sorte de compte à rebours quoi … jusqu'à se retrouver à nouveau immergé dans un liquide salé.
Mais, ne nous arrêtons pas à ces détails et admettons qu'il ait été vivant encore dernièrement.
Ce n'est, pour autant, pas le récit à multiples rebondissements des circonstances de sa nouvelle mort qui va nous confirmer qu'il s'agissait bien de lui.

En effet, que s'est-il passé, ce 1° mai 2011?

D'abord, nous avons appris que les Etats-Unis connaissaient la cachette de Ben Laden de façon quasi-certaine depuis août 2010, mais, magnanimes, ils lui avaient laissé un sursis. D'après Obama, c'était pour en être vraiment sûrs.
On aurait pu alors penser que c'était, donc, pour préparer une arrestation parfaite et sans bavures en collaboration avec le gouvernement pakistanais.
Mais non.
Donc, ce dimanche 1° mai, le commando des US Seals (au début, on avait dit qu'il y avait aussi des Pakistanais, mais ils ont disparu au montage) est entré dans l'immeuble où résidait Ben Laden avec ses femmes et ses enfants, a tiré sur lui et d'autres personnes présentes.
Ben Laden, qui n'était pas armé, mais qui a "résisté", selon la Maison Blanche, a été descendu d'une balle dans la tête et peut-être d'une autre dans la poitrine, mais il va falloir attendre la version officielle définitive pour savoir, non pas ce qui s'est passé exactement, évidemment, mais quelle version sera finalement privilégiée par Washington, plausible ou pas.
Puis, ils auraient fait procéder à des tests ADN pour savoir si c'était bien Ben Laden. Du moins, ça, c'est la version publiée par ABC News et l'Associated Press, qui disait qu'ils auraient comparé son ADN avec celui d'autres membres de sa famille, dont celui d'une de ses sœurs décédée (l'histoire ne nous dira pas où ils ont pêché ces infos en si peu de temps).
Mais l'agence Reuters, elle, a expliqué, de son côté, que les résultats des tests ADN ne seraient pas connus avant plusieurs jours, et que Ben Laden avait été identifié grâce aux techniques de reconnaissance faciale. D'après une photo, si je comprends bien.
Mouais.
Entre nous, il aurait peut-être mieux valu s'être assuré que c'était bien lui avant de l'assassiner, mais là on chipote, car, deux du commando auraient affirmé que c'était bien lui (je rappelle qu'il était censé vivre loin du monde et ne jamais sortir, et, donc, que seuls ses proches pouvaient savoir à quoi il ressemblait).
D'ailleurs, ils avaient annoncé, au début, que l'identité d'Oussama Ben Laden avait été confirmée par une de ses épouses, mais cette version a été vite abandonnée – il faut avouer que l'histoire de l'épouse qui l'avait suivi jusqu'alors et qui livre son mari à des tueurs américains, c'était un peu perturbant.
L'histoire ne dit pas, non plus, à ce stade, si les deux membres du commando avaient sur eux une photo de Ben Laden pour comparer – et si oui, laquelle.
Finalement, grâce aux tests rondement menés, il s'est avéré qu'il y avait de grandes chances que ce soit bien lui (à 95%, selon les experts des services secrets, et ils s'y connaissent).
On est soulagé. Cela aurait été ballot de dégommer encore un innocent.
Et ensuite, ils se sont dit qu'il était bien trop amoché pour publier des photos … Ah, non, j'ai oublié un épisode: au départ, ils avaient annoncé qu'ils n'avaient pas pris de photos … bref, finalement, ils en avaient pris (et même une vidéo de l'appartement) mais avaient pensé que personne ne s'intéresserait au cadavre de Ben Laden et les photos se sont avérées trop atroces pour être montrées.
Et puis, leur souci majeur était qu'il valait mieux l'enterrer au plus vite selon le rite musulman.
Une bien délicate attention, en vérité, de la part d'une armée US qui ne fait pas toujours dans l'empathie, en particulier vis-à-vis des musulmans qu'elle poursuit jusque chez eux.
Mais, n'auraient-ils pas trouvé de terrain propice à une inhumation? Toujours est-il qu'ils ont transporté son corps dans un hélico et l'ont jeté à la mer.
Les musulmans râlent, évidemment, parce qu'ils disent qu'immerger un corps est absolument contraire au rite musulman - mais vous avez déjà entendu dire qu'un musulman était conciliant? Et puis, d'abord, qu'ils se mettent d'accord sur l'interprétation de leurs textes sacrés et après on cause.
Il y aurait, aussi, à mon avis, une version très plausible pour cette option, mais qui n'est pas encore sortie, c'est que c'était un message amical, un clin d'œil, destiné à G. Bush.
En effet, on sait combien Bush s'était attaché à retrouver Ben Laden, même qu'il avait fait remuer ciel et terre en Afghanistan et en Irak pour le retrouver, sachant qu'il était peut-être aussi au Pakistan, mais tout le monde peut se tromper.
Or, devant cet échec, sa déception devait être grande quand il avait été obligé de quitter ses fonctions sans avoir "accompli la mission".
Alors, connaissant son engouement pour les baignoires, ils ont choisi l'immersion en milieu liquide pour faire plaisir à l'ancien président.
Sauf que, cette fois-ci, l'interrogatoire s'est fait post-mortem. Mais, ne soyons pas mesquins, l'idée y était.
Bon, donc, on le voit, en quelques heures, tout était plié et Obama expliquait au monde entier ébahi - ET soulagé - que Ben Laden était mort.
Il déclarait qu'il avait ordonné que Ben Laden soit "capturé et remis entre les mains de la justice".
Mais, finalement, il n'avait pas l'air trop vexé que ses ordres n'aient pas été totalement respectés - à moins qu'il ait estimé que Ben Laden était resté suffisamment entre les mains de la justice, ce jour-là - puisqu'il annonçait triomphalement "Justice est faite".
Ce qui se défend.
Quant au minus psittaciste de l'Elysée, il a repris - curieusement - la même formule, en vrai connaisseur, toutefois: "justice est faite".
Transmis à tous ceux qu'il fait assassiner en Libye, Côte d'Ivoire, Afghanistan et ailleurs.

Voilà plus ou moins ce qu'on nous a dit qu'il s'était passé ce jour-là.

Mais revenons sur la déclaration d'Obama

D'abord tout le discours est axé sur les attentats du 11 sept. 2001 (scènes d'horreur, compassion pour les familles, pour les enfants qui ont dû grandir sans un père ou une mère, pour ces 3000 victimes qui avaient laissé un énorme vide dans nos cœurs - les violons, quoi).
Puis, il explique qu'à la suite des attentats, ils ont rapidement découvert qu'ils avaient été commis par Al-Qaida – une organisation dont Ben Laden était le chef - qui avait formellement déclaré la guerre aux US et qui consacrait son énergie à tuer des innocents, ici aux Etats-Unis et partout ailleurs dans le monde.

"Et donc, dit-il, nous avons déclaré la guerre à al Qaeda pour protéger nos citoyens, nos amis, et nos alliés. Et nous avons œuvré avec nos amis et nos alliés pour capturer et tuer des centaines de terroristes d'Al-Qaïda, dont plusieurs avaient organisé les attentats du 11 sept.
Cependant, Oussama Ben Laden n'avait pas pu être capturé et avait fui l'Afghanistan pour se réfugier au Pakistan (ce qui veut dire qu'ils savaient, NDA).
Et donc, peu après avoir pris mes fonctions, j'ai demandé à Leon Panetta, le directeur de la CIA, de faire de l'assassinat ou de la capture de Ben Laden la priorité de notre guerre contre Al-Qaeda.
Puis, en août dernier, on m'a informé qu'on avait une piste sur l'endroit où se trouvait ben Laden. C'était loin d'être certain, et il a fallu de nombreux mois pour arriver au bout de nos peines. Ben Laden se cacherait dans une résidence située au cœur du Pakistan profond. Finalement, la semaine dernière, j'ai décidé que nous avions suffisamment de renseignements pour lancer une action, et j'ai donné l'autorisation de mener une opération pour qu'on capture d'Oussama Ben Laden afin de le présenter devant la justice.
C'est un petit groupe d'Américains qui était chargé de cette opération (…) Aucun Américain n'a été blessé. Et ils ont eu à cœur d'éviter de tuer des civils. Après un échange de coups de feu, ils ont tué Oussama Ben Laden et ont emporté son corps.
Cela fait plus de dix ans que Ben Laden est le chef et le symbole d'al Qaeda et qu'il complote des attentats contre notre pays, nos amis et nos alliés".

Reprenons donc:
1) Ben Laden et les attentats du 11 sept.
Si Obama répète que Ben Laden était le "chef" d'Al-Qaida – organisation qu'il accuse d'être responsable des attentats du 11 sept. - il ne le met pas en cause directement.
Et pour cause. Ben Laden n'était pas recherché pour les attentats du 11 sept. (Voir la fiche du FBI, où il est indiqué qu'il est soupçonné d'avoir commis des attentats en …1998), ne les avait pas revendiqués et avait même déclaré y être pour rien.
Sans jugement en bonne et due forme et preuves formelles, Obama ne pouvait donc pas l'accuser ouvertement. D'où le discours sans fin sur les attentats du 11 sept., et les amalgames entre Ben Laden, le 9/11 et Al-Qaida.
Du grand art. Rien à voir avec les discours brut de décoffrage de Bush.
(Voir l'ensemble du discours en anglais, ici)
2) La planque de Ben Laden
Obama laisse entendre que Ben Laden se cachait dans un endroit difficile à repérer, "en plein cœur du Pakistan profond" et que c'est la raison pour laquelle ils ont mis beaucoup de temps à le retrouver.
Ils avaient eu la main beaucoup plus heureuse avec Saddam, qui, lui, était tapi au fond d'une grotte dans l'Irak profond.
Mais où donc se cachait Ben Laden depuis, apparemment, des années (l'immeuble où il habitait – huit fois plus grand, selon les témoignages, que les résidences alentour - avait été construit en 2005, et il s'y serait installé en 2006 avec trois de ses femmes et une ribambelle d'enfants)?
Au Pakistan. A Abbottabad, au nord du pays, pas bien loin de la capitale, Islamabad.
Abbottabad est une petite ville bourgeoise tranquille. Une particularité, cependant: c'est une ville de garnison, qui abrite également pas mal de retraités de l'armée et se flatte d'avoir une des meilleures écoles militaires du pays. Pour couronner le tout, elle est truffée d'agences de services de renseignements.
C'est peut-être une façon de passer inaperçu quand on est saoudien, qu'on débarque avec toute sa famille, qu'on a mis des barbelés autour de sa résidence au-dessus de murs de cinq mètres de hauteur, qu'on habite un immeuble de 3 étages avec peu de fenêtres et dont les allées et venues sont strictement contrôlées, qu'on envoie les enfants faire les courses avec les deux fidèles messagers, et qu'on vit en cercle fermé, détruisant soi-même ses déchets.
De plus, cette (grande) famille n'avait ni téléphone ni connexion Internet.
Mais, c'est bien connu, le militaire et l'agent de renseignement sont peu curieux de nature.
Tout cela, ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Guardian, ici et .
En revanche, le Guardian nous apprend, le 6 mai, que les Etats-Unis disent avoir saisi des ordinateurs avec plein d'informations dedans sur la culpabilité de Ben Laden . Le syndrome Reyes ? Et qui dit vrai?
D'autre part, mais, là, j'abuse, comment se fait-il que les Américains se soient introduits au Pakistan, pays souverain qu'ils n'ont pas encore envahi officiellement, pour y effectuer, de leur propre initiative, une opération ultrasecrète, où ils ont pénétré par effraction dans une résidence privée, tué plusieurs personnes, dont Ben Laden, pour repartir à nouveau en hélico avec le cadavre de celui-ci qu'ils ont jeté en pleine mer après l'avoir détenu quelques heures?

Mais ce n'est pas tout
Le 3 mai, la Maison Blanche revient sur ses déclarations initiales (d'après le Guardian, qui se réfère à un article du NYT ).
D'abord, Obama, on s'en souvient, avait annoncé que la mort de Ben Laden était survenue à l'issue d'un échange de coups de feu, ce qui impliquait que Ben Laden était armé et s'était défendu et qu'il n'avait, de ce fait, pu être capturé vivant.
Or, le mardi 3 mai, le porte-parole de la Maison blanche déclarait que, finalement, non, il n'y avait pas eu de fusillade, que le seul coup de feu qui avait été tiré dans le camp de Ben Laden, l'avait été par son messager, Abu Ahmed al-Kuwaiti, qui avait ouvert le feu à travers la porte du bâtiment adjacent à la maison où habitait Ben Laden et avait, alors été abattu, lui et une femme qui se trouvait également sur place.
Puis, contrairement à ce qui avait été annoncé précédemment, son épouse n'avait pas servi de "bouclier humain", mais, quand les membres du commando sont entrés dans la pièce où était Ben Laden, celle-ci s'était précipitée vers un des soldats et aurait été blessée d'une balle à la jambe. D'autres membres du commando avaient alors tiré sur Ben Laden, le touchant à l'œil et dans la poitrine et l'avaient tué.
Des petites natures timorées et nerveuses, finalement, ces gars surentraînés.
Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche (mis à rude épreuve et soumis à des cadences infernales, ces temps-ci) a expliqué que Ben Laden n'était pas armé, mais qu'il avait "résisté". Quand on lui a demandé de préciser, il a simplement dit:" il n'y a pas besoin d'avoir une arme à feu pour résister".
Oui, on peut aussi faire du vent avec un ventilateur ou des moulinets avec les bras.
Dans cet autre article du Guardian, on apprend, d'autre part, qu'il avait été annoncé (probablement d'après les informations de John Brennan, conseiller d'Obama sur les questions d'antiterrorisme, qui s'est surpassé dans cette histoire) que le fils de Ben Laden, abattu lors de l'opération était Hamza, décrit comme l'héritier présumé de Bin Laden à la tête d'Al-Qaida.
Or, Brennan a dit par la suite qu'il s'agissait d'un de ses autres fils, Khalid. Mais, aux dernières nouvelles, deux fils de Ben Laden auraient été tués. Savoir lesquels? L'information n'est pas encore sortie.
C'est quand même étonnant que, pour une opération de cette envergure, personne ne se soit intéressé de savoir qui habitait dans l'immeuble (voire de les éloigner, ce qui se fait, en général) avant de donner l'assaut.
(Il a aussi été dit qu'ils avaient tiré sur Ben Laden parce qu'ils avaient peur qu'il ne porte une ceinture d'explosifs. Ce qui n'est pas bien malin, d'après moi, parce que si cela avait été le cas, ils auraient tous été scotchés aux murs).
C'est Brennan, aussi, qui avait annoncé que Ben Laden se servait de sa femme comme bouclier humain, et qu'il y avait eu des échanges de coups de feu (or, seul le messager de Ben Laden était armé et avait été descendu avant même que le commando pénètre dans l'immeuble).
Brennan a également déclaré qu'il n'était pas sur place et que certaines des informations provenaient de ce qu'il avait vu sur la vidéo prise par la caméra installée sur le casque d'un des soldats.
Evidemment, ça change tout. La preuve.
Et d'ailleurs, il n'était pas le seul à regarder le déroulement de l'opération en direct:

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Obama, Clinton, Biden et les membres de l'équipe de la sécurité nationale regardent l'opération en direct.
D'autres photos ici.
Mais, apparemment, ils n'ont rien compris au film.
Et puisqu'on parle de photos, Obama a décidé de ne montrer aucune photo de Ben Laden afin de ne pas choquer, dit-il.
Pour autant, des photos (atroces, tout de même) des personnes tuées dans la résidence de Ben Laden ont été publiées (ici): en quoi est-ce plus acceptable?
Trois sénateurs du parti républicain, affirmaient avoir vu les photos de Ben Laden après sa mort. Pas de chance, elles ne seraient pas authentiques!
Alors, qu'est-ce que c'est que toutes ces énigmes? Pourquoi même les élus du congrès ne peuvent-ils voir ces images?
Si elles existent.
Mais Obama dit que oui, alors nous le croyons sur parole, évidemment:

"Il n'y a pas de doute: Ben Laden est bien mort. Et je ne pense pas qu'une photo changera quoi que soit. Il y en aura toujours pour dire que ce n'est pas vrai. Une chose est sûre, c'est que vous ne verrez plus Ben Laden marcher sur cette terre".

Donc, Obama refuse de publier des photos de Ben Laden pour ne pas inciter à la violence ni qu'elles servent comme moyen de propagande, mais il pense aussi que publier ou pas une photo ne changera rien au problème. Et que les gens, il faut toujours qu'ils critiquent, de toute façon. Il se moque de qui?
Car, ce refus d'Obama appelle les remarques suivantes:
1. les Etats-Unis ne s'étaient pourtant pas gênés pour (laisser) publier celles – atroces - de Saddam Hussein, d'abord vivant et hirsute, sortant de sa grotte, puis pendu au bout d'une corde.
2. Recrudescence de violence? Avec tout ce qui s'est passé depuis le 1° mai, je suppose que ses partisans n'ont pas besoin de voir la photo de Ben Laden mort pour s'indigner.
Et puis, en fait, ils sont combien, les fidèles partisans de Ben Laden?
Ben Laden était-il une figure emblématique pour les terroristes du monde entier - ceux qui se donnent le label Al-Qaida, du moins - ou n'était-il qu'un mythe soigneusement entretenu par les Etats-Unis et leurs satellites pour justifier de leurs crimes?

Et des crimes, justement, parlons-en.

Ce raid était-il légal?
Bref rappel des faits à ce jour (toujours d'après ce qu'on peut en débrouiller):
L'opération a été menée par un commando d'une vingtaine de (erratum) de 80 membres (armés jusqu'aux dents) du Navy Seal Team 6, qui est «l'élite de l'élite» de l'armée américaine, unité chargée exclusivement de l'antiterrorisme.
Cette équipe a été déposée, apparemment par des hélicoptères furtifs (un d'entre eux s'est écrasé au sol en des circonstances qui ont été peu élucidées, d'autant que cela aurait dû alarmer les habitants de la villa, encore un détail oublié) autour de la résidence.
Ils sont entrés, ont tué le messager et une femme (à moins qu'elle n'ait été que blessée), sont montés à l'étage, ont tué le fils de BL qu'ils ont croisé et qui était désarmé, ont trouvé Ben Laden en compagnie de sa femme et ont tiré sur Ben Laden, puis sont repartis, emportant le corps de Ben Laden en hélico. Non sans avoir, allez savoir pourquoi, incendié la villa.
Nul ne sait très bien encore ce qu'il est advenu des corps des autres morts (au nombre officiel de 3 ou 4 - ou cinq), ni où sont passés l'épouse blessée et le reste de la famille (deux autres épouses et près d'une dizaine d'enfants). Ils n'ont pas isolé les personnes présentes pour capturer celui qu'ils cherchaient, ont tiré sur tout ce qui bougeait, n'ont fait aucun prisonnier et on ne sait pas où étaient les (9?) enfants pendant tout ce temps.
Du bricolage d'amateur, si on me demande.
Déjà, si les USaméricains avaient fait cela dans leur propre pays, cela aurait constitué une énorme violation des droits fondamentaux.
Mais là, en plus, ils se sont introduits en catimini dans un pays étranger souverain, ont pénétré dans une résidence privée, ont assassiné des gens sans arme, ont emporté le corps de l'un d'eux et l'ont ensuite immergé dans la mer de leur propre initiative.
Oui, vu comme ça, cela ne correspond pas tout à fait aux lois internationales ou aux lois d'un pays "démocratique".
Mais le ministre de la Justice est droit dans ses bottes.
Eric Holder, ministre de la Justice (si,si … du parti démocrate … si,si), a déclaré devant la commission aux affaires juridiques du sénat, à propos de la légalité de l'assassinat de Ben Laden, que ''c'était légal de prendre Bin Laden pour cible parce que c'était lui le responsable des opérations du camp ennemi sur le terrain et que l'opération avait été menée en conformité avec les lois et les valeurs en vigueur aux Etats-Unis, ajoutant que cette mission consistait à le capturer mort ou vif (Reuters).

"Cette mission était un acte d'autodéfense national", poursuit Holder, "Si Ben Laden s'était rendu, ou avait cherché à le faire, je pense que nous aurions évidemment accepté cela, mais il n'a montré aucun signe que telle était son intention, et, donc, le tuer était ce qui convenait le mieux dans ces circonstances".

Oui, vu comme ça, évidemment …
Mais, l'ONU demande des comptes (en anglais)
Bon, elle peut toujours faire ça, de toute façon, ce sont toujours les Etats-Unis qui gagnent, à la fin du film.
Et puis, l'ONU va peut-être exiger de voir les photos de Ben Laden. Juste pour vérifier si ça lui ressemble et pour voir de quelle façon il a été amoché, question d'en savoir plus sur les circonstances de sa mort.
Ca se fait.

"JUSTICE EST FAITE"
Etonnante, cette déclaration triomphale qui parle de justice quand rien n'a été fait pour que, justement, justice soit faite, et en particulier, aux victimes des attentats qui n'auront plus jamais droit à la vérité.
Pour être en adéquation avec ce qui s'est passé, il aurait dû dire: "nous sommes vengés". Pas "justice, blablabla …".
Et puis, si "justice est faite", je suppose qu'ils vont libérer ceux qui croupissent à Guantanamo sans pouvoir être jugés, voire qui sont innocents, non?
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Mais, alors qu'on essaie toujours de comprendre ce qui s'est passé, et de trouver une quelconque cohérence à tout cet amateurisme revanchard et cynique, voilà que les négationnistes patenté-es sont déjà à l'œuvre.
Lisons, plutôt:

"Quelque part dans un coin paumé de l'imaginaire conspirationniste. Un univers de sceptiques, gavés jusqu'au cortex de films hollywoodiens, mais méfiants jusqu'à l'os lorsque l'Amérique fait une annonce officielle. Que ce soit à propos des ovnis ou du 11-Septembre. Les théories les plus fumeuses sur l'attentat du World Trade Center les ont régalés. La mort sans photo de Ben Laden devrait les tenir en haleine une bonne décennie.
A peine l'allocution de Barack Obama terminée, le Web enflait de rumeurs folles". (Etc.)

Cette personne (dont je tairai le nom, par charité), faisant l'impasse opportunément sur tous les articles d'une presse qu'on ne peut soupçonner de "complotisme", s'en prend à Meyssan, cible facile car tout le monde le déteste, pour asséner que, photo ou pas à l'appui, c'est bien Ben Laden qui a été tué et que ceux qui émettront des doutes ne sont que des "gavés jusqu'au cortex de films hollywoodiens", des illuminés aux "théories fumeuses".
Quelle bêtise crasse, quelle morgue, quel mépris.
Mais qui paie donc cette clique malsaine de propagandistes de l'empire pour qu'ils ne cessent de tenir les mêmes discours diffamatoires, qu'ils s'acharnent à intimider ceux qui se posent des questions légitimes, à répandre la désinformation et à nous faire taire?
Voici ce qu'elle aurait dû lire sur la justice et les manigances inquiétantes, si elle avait été sincère, plutôt que de nous insulter pour voler au secours d'une clique d'oligarques menteurs et dangereux qui appliquent des méthodes mafieuses au mépris des lois démocratiques.
NON, JUSTICE N'EST PAS FAITE, n'en déplaise aux suppôts du capitalisme.
NON, nous n'allons pas nous taire parce qu'un groupe malfaisant qui se réclame de la "gauche", nous enjoint de le faire.
La photo de Ben Laden, quoi qu'ils en disent, était une pièce à conviction à verser au dossier d'accusation, si les règles de la "démocratie" avaient été appliquées, évidemment.
Le corps de Ben Laden aussi. Il n'avait pas à être escamoté par les militaires qui ont conduit l'opération, s'érigeant ainsi juge et partie. Faire disparaître des pièces à conviction, s'emparer illégalement de dossiers, incendier les lieux du crime, assassiner des innocents, jeter le corps en pleine mer, ce sont des méthodes qui ne relèvent certainement pas de la "justice".
Alors, s'il vous plaît, fermez-la.
Vous n'avez aucune légitimité pour nous dire ce que nous devons penser.

Ceux qui peuvent vous faire croire à des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités" – Voltaire.

"Il en va de la responsabilité des intellectuels de dire la vérité et de dénoncer les mensonges" - Noam Chomsky

« Plus le mensonge est gros, plus le peuple le croira » – Adolf Hitler

Choisis ton camp, camarade.

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J'avais commis un billet précédent sur BL, plus léger, celui-là.