Ce n’est pas une coïncidence si les conservateurs du Congrès se battent sur deux fronts dans leur guerre contre les femmes : attaquer les droits des femmes des pays du Sud et faire abroger la loi sur l’avortement ici.
Les conservateurs exploitent les débats sur le budget pour faire supprimer les subventions du programme Title X qui fournit l’essentiel des subventions fédérales pour les services de santé et des droits reproductifs des femmes.
Réduire ces subventions barrerait aux femmes pauvres l’accès aux cliniques locales ou aux services sociaux leur permettant de bénéficier des conseils dont elles ont besoin pour faire des choix en toute connaissance de cause sur les relations sexuelles et la maternité.
Cette initiative s’appuie sur une flopée de projets de loi fédéraux et des états visant à limiter l’accès à l’IVG en redéfinissant sadiquement les notions de viol et de “fœtus” pour criminaliser les femmes et limiter les actes des médecins qui pratiquent l’IVG. Sans oublier les campagnes de calomnie récurrentes contre les cliniques du planning Familial.
C’est sur ce terrain miné que l’élu de l’Ohio au congrès, Bob Latta, s’en prend aux adolescentes pauvres partout dans le monde en proposant de supprimer les subventions pour les programmes internationaux de planification familiale.
Ces coupes budgétaires réduiraient considérablement les possibilités d'accès des femmes aux aides sociales et aux ressources médicales qui leur permettraient de bénéficier de consultations sur la sexualité, la grossesse et les problèmes de santé qui peuvent en résulter. Les répercussions sur la réduction des aides à la planification familiale sont considérables dans les pays pauvres. Les femmes qui n’ont pas eu de choix en matière de maternité n’ont également pas la maitrise de leur vie professionnelle, ne peuvent pas poursuivre des études, et sont limitées dans leur capacité de se rebeller contre l’autorité – que ce soit pour tenir tête à un mari violent chez elles ou pour se présenter aux élections parlementaires.
On oublie souvent le lien important qui existe entre la santé de la mère et la prévention du sida. Les services du planning familial sont souvent le premier contact qu'ont les femmes pauvres en matière de soins médicaux de quelque nature qu’ils soient. Les programmes de contraception permettent aux femmes séropositives d’éviter de se retrouver enceintes, de réduire les risques de mortalité chez les mères séropositives et d’empêcher la transmission du virus à l’enfant.
L'organisation "Population Action International" indique que les aides des Etats-Unis pour le planning familial et la santé en matière de reproduction permettent de réduire les conséquences des crises alimentaires, de la détérioration de l’environnement, des conflits armés et des MST.
Toutefois, au cours de ces quinze dernières années:
Les aides des Etats-Unis au niveau international concernant le planning familial et la santé en matière de reproduction ont toujours été notoirement insuffisantes. Les 648 millions de dollars de subventions en 2010 représentent (en données corrigées) environ 25% de moins que ce que donnaient les Etats-Unis pour ces programmes en 1995.
De plus, depuis 1995, le nombre de femmes dans les pays pauvres en âge de procréer a augmenté de plus de 344 millions, ce qui a, donc, encore augmenté les besoins de planification familiale.
Et ces besoins non satisfaits se traduiront par un véritable désastre avec les prévisions de budget pour 2011 que le congrès est en train d’adopter, un soi-disant compromis qui n’est qu’une répétition générale du débat sur le budget de 2012.
Le compte-rendu des débats au congrès indique, selon le rapport officiel rédigé par l'élu Donald Payne du New Jersey:

D'après "Population Action International", réduire ces aides se solderait par une augmentation de 7,8 millions de grossesses non voulues, de 3,7 millions d’avortements, de 87.000 d'enfants mort-nés et de 12000 morts maternelles.

Si les conservateurs anti-avortement obtiennent ce qu’ils veulent en ce qui concerne le budget, ils vont également réinstaurer la “*global gag rule », qui interdit que les aides U.S. soient utilisées aux cliniques de planning familial. Or, ces subventions, contrairement à ce que prétend la propagande de droite, ne sont pas directement destinées à financer les IVG. Réduire les aides empêche de nombreuses femmes pauvres d’avoir accès à tous les soins médicaux.
L’ironie de l'histoire, c’est que les élus anti-IVG devraient, en principe, se réjouir des aides qui servent à la planification familiale à l’étranger. Si ces services recevaient les aides appropriées, selon Population Action, ils pourraient non seulement sauver la vie de quelque 250000 femmes qui risquent de mourir au cours de la grossesse ou lors de l’accouchement, mais également réduire de 14,5 millions le nombre d’avortements.
Evidemment, comme le fait remarquer Jodi Jacobson de « RH Reality Check »:

Les anti-avortement se moquent, en fait, bien pas mal de la vie des femmes et des enfants, surtout pour les pauvres invisibles dont la vie compte moins que quelques voix supplémentaires d'indécis dans les circonscriptions où les deux partis sont au coude à coude.

Le projet de budget pour 2012 du président Obama comprend une légère augmentation des aides pour le planning familial et d’autres programmes internationaux sur la santé. Mais il est loin de couvrir l'ensemble des besoins non satisfaits, et s'avèrera être un massacre après être passé par les fourches caudines républicaines.
Tous les acquis des femmes du XX° siècle concernant le droit de disposer de leur corps – la contraception, l'IVG, l'éducation sexuelle - sont remis en cause actuellement, les Etats-Unis ne respectant pas leurs engagements de défendre le droits des femmes ici et à l'étranger. Et donc, alors que la déclaration de Beijing en 1995 (lors de la quatrième conférence mondiale sur les femmes, NDT) s'apprête à fêter ses seize ans, un bras de fer sans merci se livre aux dépens des femmes les plus dénuées de tout.
Les dernières statistiques du Guttmacher Institute montrent le lien qui existe entre l'éducation, la contraception et la santé: parmi les femmes qui ont effectué moins de 7 années d'études dans ces pays-là, on estime les besoins de contraception non satisfaits à 28% en Bolivie, 31% au Cambodge et 36% au Lesotho.
Et c'est sans surprise qu'on apprend que, pour les femmes entre 15 et 49 ans, environ 20% des naissances au Cambodge et 40% au Lesotho et en Bolivie sont, selon les conclusions de l'enquête, des naissances "non voulues".
Les Nations Unies indiquent que les risques de contracter le virus du sida sont plus élevés parmi les femmes et les jeunes filles qui ont un accès limité aux études et celles qui subissent des formes d'oppression liées au genre, comme, entre autres, le viol, les mariages précoces et les problèmes pour élever les enfants. Alors que le Congrès (composé essentiellement d'hommes, blancs et d'âge mûr) ergotent sur les réductions budgétaires qui représentent une partie infinitésimale du déficit budgétaire global, des femmes risquent de passer au moins une année supplémentaire à souffrir des promesses non tenues et des espoirs anéantis.
Et donc cette petite Cambodgienne va avoir 16 ans cette année, le même laps de temps qui s'est écoulé depuis la conférence des gouvernements mondiaux réunis à Beijing. Mais l'importance de cet événement n'aura probablement aucune portée sur elle, maintenant qu'elle a quitté l'école pour aller travailler, donné naissance à un enfant qu’elle ne sait pas comment elle va pouvoir le nourrir et l'habiller, et a appris trop tard qu'elle avait contracté un virus mortel. De même, son calvaire n’effleurera jamais l'esprit d'un élu du congrès de l'Ohio quand il votera le budget, insensible au fait que ses calculs politiciens viennent de sceller son sort.
Source: The Republican Attack on Women’s Health Goes Global
Michelle Chen | Sourced from Colorlines
Traduction emcee

Notes complémentaires:

"Gag rule" "(règle du bâillon) : loi limitant la durée des débats (congrès, etc.).

Global Gag Rule :

Dès le premier jour de prise de fonction de l’administration George Bush, la Maison Blanche rétablissait la Mexico City Policy(Politique de Mexico), plus connue sous le nom de Global Gag Rule (GGR). Cette politique interdit à toutes les organisations non gouvernementales (ONG) qui reçoivent de l’Agence des Etats-Unis pour le Développement international (USAID) une assistance financière en matière de planification familiale, d’utiliser leurs fonds, qu’ils proviennent de l’USAID ou d’ailleurs, pour fournir des services d’avortements légaux, de communiquer des informations sur l’avortement ou de faire pression auprès de leurs gouvernements pour réformer les lois sur l’avortement.
Depuis son élection au poste de Président, George Bush a augmenté le financement des programmes mondiaux prônant l’abstinence avant le mariage grâce au PEPFAR (Plan d’Urgence du Président des Etats-Unis contre le SIDA), mis en place par l’administration Clinton dans les années 90 et relancé dès le 23 février 2004. Le PEPFAR souligne l’importance de mettre en œuvre « l’ABC » de la prévention du VIH, à savoir: toujours choisir l’abstinence toujours choisir l’abstinence en priorité, la fidélité à un seul partenaire sexuel et en dernier recours, utiliser systématiquement le préservatif. Lire la suite ici.

Le « jeu » consiste donc à rétablir ou supprimer cette politique, selon que la majorité est républicaine ou démocrate.
On le voit, G Bush a rétabli la GGR dès le premier jour de sa prise de fonction – ce qui montre bien les priorités des républicains quand ils accèdent à nouveau au pouvoir.

La politique de Bush en matière de "lutte contre le SIDA": préconiser l'abstinence et supprimer les crédits aux ONG qui informent sur l'avortement et viennent en aide aux travailleurs du sexe.

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