Droit à l’avortement : en danger de disparition

Cela commence insidieusement. On ferme des services d’IVG, on supprime les subventions au Planning, on enlève les personnels médicaux dans les établissements scolaires, on fait traîner les démarches, on n’a plus de centre à proximité, les médecins évoquent la clause de conscience, on dit que ce n’est pas rentable, puis, la morale, intervient, et la culpabilisation. Et l’église, et le lobby anti-avortement qui reprend du poil de la bête. Qui nous dit que le fœtus est une personne, que l'ovule est déjà une personne

Et puis, surtout, nous, on ne se méfie pas car on pense que c’est acquis une bonne fois pour toutes.
L’avortement est un droit. L’avortement est prévu par la loi. Mais une loi peut être détournée de multiples façons ou carrément abrogée.
C’est ce que cherchent à faire actuellement aux Etats-Unis les élus, républicains plus particulièrement, des congrès des états et du congrès national.
Et ça n’arrive pas qu’aux autres.

Voici des extraits d’un article d’Amanda Marcotte (dont on trouve les textes dans le blog Pandagon et qui a écrit It's a Jungle Out There: The Feminist Survival Guide to Politically Inhospitable Environments (C’est la jungle ici : guide de survie féministe des environnements politiques hostiles).

Dix états qui ont adopté les lois les plus scandaleuses contre les femmes

Les lois contre les femmes n’ont jamais été aussi effroyables. Partout aux Etats-Unis, les républicains mènent une nouvelle offensive contre les femmes.
Les activistes anti-avortement s’acharnent contre la loi sur l’IVG à coups de canifs répétés, de telle façon qu’on se réveillera un matin pour découvrir que la loi a été carrément abrogée dans de nombreux états, sans savoir quel projet de loi a porté l’estocade finale.
Voici, plus particulièrement, dix états où l’accès aux soins de santé procréative (et dans un des cas, la santé en général) est gravement menacé.

1. Dakota du Sud. Une seule clinique pratique des IVG dans tout l’état, le Planning Familial à Sioux Falls. Aucun des médecins qui pratique les avortements ne vit dans la région, et ils doivent donc se déplacer en avion depuis leur lieu de travail où ils ont un emploi à plein temps, pour se rendre là-bas.
Une nouvelle loi vient d’être signée qui menace même cette possibilité.
Cette loi prévoit d’une part que les femmes qui veulent avorter doivent d’abord se rendre dans un centre pour femmes enceintes tenue par des chrétiens fondamentalistes pour y entendre la bonne parole, et d’autre part, que la période d’attente pour l’intervention est repoussée à 72 heures (24h ailleurs, en général).
Cette loi exige que le médecin qui pratiquera l’IVG rencontre personnellement la personne au moins trois jours avant son rendez-vous. Ceux qui soutiennent cette loi prétendent que son objectif est que les femmes puissent choisir en toute connaissance de cause, mais l’idée sous-jacente est de multiplier les allées et venues des médecins. Et fatalement, ils ne pourront pas matériellement consacrer autant de temps en déplacements. Les médecins risquent tout simplement de renoncer et l’état n’aura plus un seul médecin pour pratiquer les avortements légalement et en toute sécurité.
2. Virginie. Le gouverneur, Bob McDonnell, et la coalition anti-avortement au congrès de l’état ont une double stratégie : s’attaquer à la fois au portemonnaie des femmes qui veulent avorter IVG et leur rendre la tâche difficile de trouver un médecin qui pratique des avortements légalement et en toute sécurité.
McDonnell a amendé un projet de loi établissant que l’assurance-santé subventionnée par l’état ne remboursera pas les IVG, ce qui interdit aux femmes d’y souscrire. Et donc, la plupart de ces femmes ne pourront pas payer des avortements de leur poche, dans la mesure où ces programmes d’assurances ont été créés pour couvrir les personnes qui ne sont pas assurées par leur employeur, en général parce que ce sont des employées à temps partiel, des personnes aux bas salaires ou au chômage.
Mais, même si vous avez les moyens de vous payer une IVG, l’état veut vous compliquer la tâche pour trouver un médecin. Mc Donnel a approuvé une loi qui exige que les centres d’IVG soient soumis aux mêmes règles de sécurité que les hôpitaux. C’est-à-dire que ces centres, pour respecter les normes requises, devront effectuer des travaux très coûteux (ex : création de places de parking, élargissement des couloirs, etc. toute une structure complètement inutile, puisque les patientes y passent une seule journée en général), ce qui va contraindre certaines de ces cliniques à fermer leurs portes. Sept d’entre elles pourraient être dans ce cas, ce qui veut dire qu’il ne resterait que quatre centres d’IVG dans un état qui compte près de 8 millions d’habitants.
3. Arizona. L’Arizona a surenchéri en adoptant une loi qui se sert de l’incitation à la discrimination raciale pour interdire aux femmes de disposer de leur corps. La loi autorise le futur père à prétendre que l’avortement a été effectué pour des motifs de discrimination sexuelle ou raciale, ce qui veut dire que des hommes furieux d’avoir été quittés par leurs femmes ou leurs petites amies pourraient attaquer le médecin qui a pratiqué l’avortement. Ce qui ferait hésiter les centres d’IVG à pratiquer des avortements sur les femmes qui souvent en ont le plus besoin, celles qui vivent avec un mari violent.
Le gouverneur Jan Brewer a également approuvé la loi qui stipule que les avortements médicamenteux ne pourront être prescrits que par des médecins. Actuellement ces avortements sont pratiqués par des infirmières qui prescrivent la pilule RU-486.
Ce qui veut dire que les femmes ne pourront plus avoir accès à l’avortement au moins dans trois centres, à Flagstaff, Yuma et Prescott.
4. Minnesota. Les élus envisagent d’exiger le consentement parental pour les visites médicales des enfants, sauf s’ils ont un document du tribunal prouvant qu’ils sont victimes d’inceste. Cela dépasse largement le cadre de l’IVG, mais concerne également les mineurs qui veulent se faire prescrire des contraceptifs, des tests de dépistage des maladies sexuellement transmissibles ou un traitement, ou des tests de grossesse.
5. Indiana. La guerre contre les femmes dans l’Indiana, déjà un des pires endroits en matière de soins de santé procréative, se caractérise par la misogynie féroce qui a marqué les discussions.
Quand les élus pro-IVG ont voulu revenir sur l’interdiction de pratiquer un avortement après 22 semaines de grossesse pour viol ou inceste (sachant que les personnes concernées, et en particulier les jeunes, sont souvent dans le déni pendant des mois de ce qui leur est arrivé), le républicain Eric Turner s’est levé pour dire que les femmes sont capables d’attendre d’être enceintes de six mois, puis de changer d’avis par caprice et prétendre qu’elles ont été violées pour avorter. La majorité des élus de l’Indiana a approuvé que les femmes étaient des menteuses inconstantes et adopté la loi par 72 pour à 23 contre.
6. Floride. La Floride cherche sans doute à monter sur la plus haure marche du podium des Jeux Olympiques de la misogynie. Parce que les élus du congrès ont présenté 18 projets de lois différents pour limiter le droit à l’avortement. Les projets de loi sont le ramassis habituel des restrictions, parmi lesquelles les écographies obligatoires, l’interdiction l’avorter au bout de la vingtième semaine, une loi en violation du 1° Amendement interdisant les débats sur les remèdes ou les plantes qui pourraient entraîner des fausses couches, et l’interdiction de rembourser les IGV pour les contrats d’assurance-maladie subventionnés par l’état et souscrits auprès des assureurs privés.
7. Missouri. Dans le Missouri, les services d’IVG n’existent que dans 4% des comtés. Et malgré cela, c’est encore trop pour les élus du congrès.
Au Missouri, ils visent à faire partie du lot des états qui ont interdit les IVG après 20 semaines de grossesse, même si on leur a expliqué que les avortements sont très rares à ce stade.
Non seulement ils veulent interdire l’avortement, mais ils poussent les femmes à avoir besoin d’y recourir. La Chambre des Représentants a adopté une loi qui autorise les pharmaciens à refuser de vendre aux femmes la contraception d’urgence, dans l’espoir que si elles n’ont pas cette solution immédiate, certaines de ces femmes se retrouveront enceintes alors qu’elles ne le voulaient pas. Cett situation sans issue (on ne peut pas avorter mais on ne peut pas éviter d’avoir besoin d’avorter) est monnaie courante dans les projets de loi des activistes anti-avortement.
8. Kansas. La situation a été particulièrement épouvantable au Kansas, ces dernières années. Il y a d’abord eu l’assassinat du docteur George Tiller, médecin qui pratiquait des avortements, puis, la manifestation de joie des activistes anti-avortement et le harcèlement féroce que subit le Dr. Mila Means, similaire à celui qui a conduit au meurtre du Dr. Tiller.
Au lieu de se soucier d’empêcher les violences et les menaces, les élus du congrès du Kansas ont montré leur approbation en adoptant une loi interdisant les avortements au-delà de 22 semaines et une autre exigeant l’accord des deux parents pour les mineures qui désirent avorter (loi qui pénalise les adolescentes dont un des parents est en prison ou ne s’occupe pas d’elles).
9. Alabama. L’Alabama, considéré comme étant tout en bas de la liste d’infamie concernant les droits de la procréation a décidé que le pire, c’était encore trop bien. Les élus du congrès sont en train d’élaborer un projet de loi sur la notion de « personne » qui considèrerait qu’un ovule fécondé est déjà une personne. Une loi de ce genre menacerait non seulement le droit à l’avortement, mais pourrait également servir pour proscrire la fécondation in-vitro, interdire certains emplois aux femmes non stérilisées, poursuivre en justice les femmes enceintes ou susceptibles de l’être qui fument ou qui boivent, et pour refuser même des soins vitaux aux femmes (un projet de loi de ce genre au Dakota du Nord interdit aux médecins de supprimer des ovules fécondés même pour des interventions médicales nécessaires). Le lobby anti-avortement compte également sur les campagnes de désinformation qui prétendent que la pilule c’est un « avortement » pour se servir de la loi sur le statut de personne afin de faire interdire la pilule contraceptive.
10. Idaho. L’Idaho fait partie des nombreux états qui s’appuient sur un rapport étude pseudo-scientifique qui prétend qu’à partir de la 20° semaine, le fœtus ressent la douleur pour interdire l’avortement après la 20° semaine.
Mais ce qui aggrave le cas de l'Idaho, c’est que la volonté du congrès d’interdire l’avortement est motivée par la vendetta qu’il mène contre un homme, le docteur Leroy Carhart. Le pouvoir législatif, même dans les petits états, n’élabore pas, en général, des projets de loi destinés à s’attaquer à des individus. Le docteur Carhart est l’exception, dans la mesure où c’est lui qui a proposé de s’occuper des femmes qui ont besoin d’une interruption volontaire de grossesse tardive après le vide laissé par l’assassinat de Tiller au niveau national.
L’Idaho n’est pas le seul état où le lobby anti-avortement cherche à s’en prendre à Carhart. L’an dernier, le Nebraska a été le premier à interdire les avortements après la vingtième semaine en adoptant une loi qui s’en prenait directement à Carhart, qui est parti installer son cabinet dans le Maryland.
Hélas, ce ne sont que quelques exemples parmi les innombrables projets de lois qui sont apparus dans tout le pays dans le but de supprimer le droit des femmes à l’avortement – et dans certains cas, à la contraception.
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Note perso

Ce harcèlement du lobby anti-avortement est possible aux Etats-Unis grâce au sacro-saint I° Amendement qui garantit la "liberté d'expression".
Une poignée de culs-bénis s'installe quotidiennement devant ces centres d'IVG, qui ont été isolés du reste des centres de soins et qui sont donc vulnérables, en brandissant des pancartes, des photos de fœtus et scandant des slogans haineux et des invectives à l'égard du personnel et de ces femmes qui viennent malgré toute la pression à laquelle elle sont soumises .
Les centres d'IVG sont de véritables forteresses car personne ne protège vraiment les médecins et le personnel hospitalier courageux, qui, malgré ces pressions constantes, malgré les menaces, que ce soit devant les centres ou devant chez eux, ou par téléphone, vis-à-vis d'eux ou de leur famille, poursuivent leur tâche.
Leur liberté à eux n'est pas garantie par un Amendement de la Constitution. En tous cas, personne ne songe à s'y référer.
Voilà, c'est ce que je voulais dire: on ne peut pas laisser échapper par insouciance un des droits fondamentaux qui ont été accordés aux femmes.

Plus il y aura de signatures aux pétitions pour conserver ces droits, mieux nous pourrons nous faire entendre.
Ne laissons pas un boulevard aux lobbys dont le seul souci est d'aliéner les femmes.

Alors, signons, signez, la pétition ci-dessus massivement.

Et pensez à confirmer dès réception du mail qui vous est envoyé quasi- instantanément. Sinon, votre signature ne sera pas enregistrée.

Et, incessamment, un BLOG va être mis en service pour que vous puissiez apporter votre soutien et vos témoignages.

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EDIT: Le BLOG est ouvert! rire_fille.gif

Tout est parti de ce billet écrit par Mademoiselle, des Entrailles de Mademoiselle