Cela revient à chaque nouvelle session parlementaire de l’état de Géorgie. Un des élus propose un projet de loi pour faire de l’avortement un acte criminel. Et, en effet, cette année ne fait pas exception à la règle.
La proposition de loi a été présentée par le républicain Bobby Franklin (le même qui veut changer le terme de « victimes » pour un viol par « accusatrices »), élu à la chambre des représentants de l’état. Franklin est un des membres les plus, hum, pittoresques de l’assemblée, dieu le bénisse. Selon lui, la Cour Suprême des Etats-Unis n’ayant pas le droit de prendre de décision sur l’avortement, la Géorgie peut, donc, agir comme bon lui semble. Oh, et vous avez intérêt à pouvoir prouver que votre fausse-couche était spontanée, sinon, vous risquez d’être accusée de crime.
Lien vers la proposition de loi (bizarrement, pas moyen de faire un copier-coller).
Le projet de loi de Franklin annonce que la Géorgie a le devoir de protéger toutes les vies innocentes depuis le moment de la conception jusqu’à celui de la mort naturelle (toutefois, il a également proposé un projet de loi à la session précédente interdisant aux Centres de prévention et de Contrôle des Maladies (Centers for Disease Control and Prevention , CDC) de rendre obligatoires les vaccinations contre la grippe en cas de pandémie. Apparemment, empêcher une vague de décès lors d’une pandémie n’entre pas dans la catégorie de la protection de la vie).
Il affirme que nous savons tous que la vie commence à la conception, et que l’avortement est un « homicide prénatal ».
En outre, il affirme qu’un fœtus est (ou doit être) considéré comme une personne selon la loi en Géorgie, et a, donc, le droit d’être protégé par la loi comme les autres êtres humains (pour autant, Franklin estime que les adultes homosexuels n’ont pas le droit de se marier en vertu de cette même clause d’égalité devant la loi dans la Constitution de la Géorgie).
Mais, non content de s’asseoir sur la loi fédérale, il s’acharne à attaquer la Cour Suprême (CS) et l’arrêt Roe v. Wade (qui reconnaît l’avortement comme droit constitutionnel, NDT).
Si la CS est incapable de définir le moment où commence la vie, cela ne veut pas dire que la Géorgie ne peut pas le faire, puisque nous savons tous qu’elle débute à la conception. Parce qu’un imbécile comme lui, avec un diplôme délivré par un de ces foutus instituts d’études bibliques, et qui n’est pas juriste de formation, en sait, de toute évidence, bien plus sur le droit constitutionnel que la CS.
D'après l’estimé, mais pas très futé M. Franklin, le gouvernement fédéral n’a autorité pour statuer que sur cinq crimes – et l’homicide n’en fait pas partie (oui, je sais, cela paraît absurde). Dans la mesure où l’avortement est le meurtre d’un “être humain prénatal ", la Géorgie peut, et va le pénaliser.
Selon cette loi, toute intervention humaine autre que d’accoucher un fœtus vivant est un crime. Tous les médecins doivent s’efforcer de sauver tout autant la vie du fœtus que celle de la mère, mais si le fœtus meurt quand même malgré ces efforts, ce ne sera pas considéré comme un crime. Elle n’admet qu’une exception à l’avortement spontané, c'est-à-dire la fausse couche, et c'est s’il n’y a eu aucune intervention humaine.
Ce bruit sourd que vous entendez, c’est ma tête que je cogne contre le mur en pierre de la bêtise à l’état pur.
Le projet de loi affirme ensuite que toute tentative de séparer le fœtus de la mère sauf pour faciliter une naissance est un meurtre. Le médecin doit absolument faire tout ce qui est en son possible pour sauver la vie du fœtus et de la mère, mais si malgré cela, le fœtus ne survit pas, il ne s’agit pas d’un crime.
L’avortement est devenu une forme de meurtre.
Or, cette loi soulève de nombreuses questions.
Il y a des cas où on ne peut pas sauver à la fois la vie de la mère et celle du fœtus.
Que se passe-t-il si la mère apprend qu’elle a un cancer et qu’elle doit recourir à un avortement pour pouvoir suivre un traitement ? Aucune exception n’est prévue dans le projet de loi pour ce cas de figure.
Que se passe-t-il si la mère a une hémorragie qu’on ne parvient pas à arrêter et que, pour la sauver, le médecin doit pratiquer un avortement ? Aucune exception n’est prévue dans le projet de loi pour ce cas de figure.
Et si elle fait une fausse-couche partielle, et perd son sang abondamment, doit elle attendre que son corps expulse naturellement le fœtus mort, même si garder un fœtus mort peut provoquer un choc septique ? Apparemment, rien n’a été prévu dans ce projet de loi pour ce cas de figure non plus.
Et s’il s’agit d’une grossesse extra-utérine ? Il n’est pas possible de sauver à la fois le fœtus et la mère, dans ce cas.
Et si la femme apprend qu’elle porte un bébé anencéphale et qu’il ne survivra pas à la naissance ? Doit-elle mener sa grossesse à terme quand même ?
Pire encore : Franklin veut créer une Police de l’Utérus qui enquêterait sur les fausses couches, et qui exigerait que soit signalée toute fausse couche et que soit établi un certificat de décès, qu’elle se soit produite en milieu hospitalier ou sans présence médicale.
Si la cause de la mort est inconnue, il devra y avoir enquête. Si la femme est incapable d’expliquer ce qui s’est passé, alors les agents de la Police de l’Utérus pourront enquêter auprès de sa famille et de ses amis pour savoir ce qui s’est passé. Les hôpitaux auront obligation de garder une trace écrite des avortements spontanés et de les signaler à la Police de l’Utérus.
Ouais, vous rêviez que quelqu’un lance cette idée, eh bien, Franklin l’a fait.
Inutile de dire qu’aucune exception ne sera tolérée. Ni pour les victimes de viol. Ni pour les victimes d’inceste. Ni pour sauver la vie de la mère et préserver sa santé (le fœtus doit bénéficier d’une égale attention).
Si je suis hors de moi ?
Oui, je suis hors de moi.
Et vous devriez l’être également. Imaginez que vous ayez à expliquer à un bataillon d’inspecteurs pourquoi vous avez fait une fausse-couche. Vous êtes allongée sur un lit d’hôpital et une bande d’inconnus, la Police de l’Utérus, vient vous voir pour vous interroger sur ce que vous avez fait pour provoquer la mort du fœtus.
Je doute vraiment que ce projet de loi soit adopté. Ce genre de projet est proposé à chaque session parlementaire, et jusqu’à présent aucun n’a été adopté. Ce projet n’est soutenu que par Franklin lui-même, mais la session parlementaire débute à peine. Il a déjà été lu en séance deux fois.
Je suis l’affaire pour savoir ce que devient ce projet de loi, parce que ce pays semble être devenu complètement dingue, et cela fait un moment que je m’arrache les cheveux devant ce délire qui passe pour de la politique dans ce pays.

Traduction des bassines et du zèle

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Voilà, tout est dit en peu de mots. Les républicains (et les autres, plus insidieusement) s'acharnent à détruire les moindres acquis des luttes de femmes.
Avec l'élection de républicains aux congrès des états et au congrès fédéral, les attaques contre les femmes se multiplient. Dans le collimateur: l'accès à l'IVG et la notion de viol.

Sur ce blog, deux articles récents traitent du sujet:

Remise en cause de la loi sur l'avortement de toutes les façons possibles.
ET:
Remise en cause de la notion de viol

Remise en cause du droit à l'avortement avec l'introduction dans la loi de la "clause de conscience" qui permet au corps médical et aux hôpitaux publics de refuser de pratiquer des IVG et autres soins qui iraient à l'encontre de leur morale personnelle (dans l'UE ).

En France, plus spécifiquement, une loi permet aux femmes d'accoucher sous X, ce qui donne le choix à la mère de ne pas garder son bébé et de l'offrir à l'adoption.
Cette disposition est aujourd'hui remise en cause.
Ainsi, récemment, un tribunal a débouté une femme qui voulait accoucher sous X décidant de confier l'enfant à … ses propres parents. Un désaveu pour la mère, à qui on dénie le droit de disposer de son corps, et une inconséquence gravissime pour l'équilibre de l'enfant.

Mais voir le billet très intéressant et plus explicite de Guy M. à ce sujet.

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Le droit à l'IVG en danger (carte de 2006, mais cela doit correspondre grosso modo à la situation actuelle, sauf que le danger se rapproche …).
Si la CS annulait la loi fédérale sur l'avortement, l'IVG ne serait pas forcément illégale aux US, cela supprimerait aux femmes le droit constitutionnel de choisir.
Voici ce qui se passerait éventuellement pour l'IVG aux US dans les divers états:

Map_AbortionUSA.gif

Du plus foncé au plus clair: Interdiction de l'IVG qui pourrait prendre effet immédiatement; interdiction totale possible ou avec de strictes limitations; limitations incertaines; peu probable que soient imposées des limitations drastiques à l'avortement.

Lois sur l'IVG avant l'arrêt Roe v. Wade de 1973
Map_of_US_abortion_laws_pre-1973_Wikipd.png
Source
Rouge: interdit; Violet, id. sauf cas de viol; bleu: oui, si la santé de la mère est en danger; vert: oui, si viol, inceste, pbs de santé de la mère, pbs du fœtus.; jaune: autorisé sur demande.