Revue probablement non exhaustive de toutes ces violences faites aux femmes aux Etats-Unis.

Article 1: Smearing Lara Logan/ What We Still Haven't Learned About Rape

Ce que nous n'avons toujours pas appris à propos du viol

Campagne de dénigrement contre Lara Logan
Par Laura Flanders; 18 février 2011

Quand Lara Logan de CBS News a annoncé qu'elle avait été agressée sexuellement par un groupe d'hommes alors qu'elle faisait un reportage sur la place Tahrir, il y a eu une onde de choc.
Logan est la correspondante de CBS à l'étranger, et il est rare que des femmes très en vue racontent des histoires d'agression sexuelle ou de viol.
Pourquoi?
Peut-être bien que parce que même les progressistes ne peuvent pas s'empêcher de rendre les femmes responsables de ce qui leur arrive.
Le célèbre reporter pacifiste *Nir Rosen a dû démissionner de son poste à l'Université de New-York pour avoir écrit une série de commentaires sur Tweeter impliquant qu'elle s'était fait agresser pour des motivations carriéristes. Rosen a présenté des excuses, disant que son hostilité envers le travail de Logan avait influencé sa réponse. Mais cette histoire est bien plus importante que cela et … remonte à bien plus longtemps.
En tant que société, nous n'avons toujours pas désarmé les violeurs ni le viol. Ce dernier plane comme une menace au-dessus de toutes les femmes qui circulent librement partout pour vaquer à leurs occupations, a fortiori si elles se promènent seules, ou à la nuit tombée. Mais en plus de cette menace qui pèse sur vous, si vous êtes violée, vous risquez d'en être rendue responsable. Ou pas crue.
Parallèlement à cette affaire, la droite profite de ce qui est arrivé à Logan pour laisser entendre qu'on ne peut pas faire confiance aux Egyptiens en matière de démocratie. Comme si le viol n'était pas monnaie courante chez nous aussi. Une Américaine sur six risque de subir une agression sexuelle au cours de sa vie.
Les femmes sont confrontées à un terrible dilemme: soit signaler l'agression et s'exposer aux sarcasmes soit ne rien dire et regarder les femmes continuer de se faire agresser.
Lara Logan mérite des éloges pour avoir parlé publiquement de ce qui lui est arrivé, et quiconque essaie de déformer cette histoire pour en faire tout autre chose que ce qui arrive aux femmes partout dans le monde ne cherche qu'à excuser le viol. Et pour ça, il n'y a pas d'excuse.

Laura Flanders est animatrice à GRITtv et rédactrice en chef de "At The Tea Party" qui vient de sortir.

Note d'information ajoutée au texte :

  • Nir Rosen:

Né à NY en 1977, Nir Rosen est journaliste indépendant, correspondant de guerre, chroniqueur de la guerre en Irak où il a passé 8 ans depuis avril 2003. Il a également réalisé des reportages en Afghanistan, au Pakistan, en ex- Yougoslavie, en Somalie, etc. Il enseignait également à NYU le "Droit et la Sécurité".
Il en voulait à Lara Logan d'avoir vivement critiqué Michael Hastings pour l'article publié dans Rolling Stone qui a été à l'origine du limogeage du général Stanley McChrystal.
En apprenant que Lara Logan avait été molestée, mais, dit-il, sans savoir que c'était une agression sexuelle, il a écrit (entre autres) sur Tweeter: " il fallait qu'elle en fasse plus qu'Anderson Cooper (présentateur vedette de la chaîne). Où était donc son pote McCrystal?"
Il a, depuis, démissionné de son poste d'enseignant, et présenté ses excuses (voir la vidéo ici).
Mais le mal était fait.

Article 2: Rape Myths Persist: Reactions to the Assault on Lara Logan

Les mythes sur le viol: réactions à l'agression sexuelle dont a été victime Lara Logan
par Sheela Raja, Women's Media Center; 17 février 2011; Alternet

A l'heure actuelle, tout le monde a entendu parler de l'agression brutale dont a été victime Lara Logan, correspondante de CBS news. Et aujourd'hui, la plupart d'entre nous avons lu les réactions à cette agression sur les inévitables blogs et fils de commentaires.
En tant que psychologue clinicienne spécialisée dans le syndrome de stress post-traumatique, j'ai été effarée par certains des commentaires – des déclarations sur le physique de Lara, ses aventures amoureuses, le choix de son métier. Les explications hors de propos n'ont, semble-t-il, aucune limite. Il y a plus de tente ans de cela, la psychologue Martha Burt avait créé l'expression "les mythes sur le viol", pour décrire les idées préjudiciables, stéréotypées ou erronées qui circulent à propos du viol, des victimes de viol et des violeurs. Ces mythes du viol sont largement répandus et servent, au besoin, à justifier les agressions et les violences sexuelles.
Sur le plan psychologique, les mythes sur le viol peuvent également servir à se désolidariser de la victime. Comme dire: cela ne pourrait pas m'arriver parce que : … je n'aurais jamais porté de mini-jupe … je ne me promène jamais seule la nuit … je n'aurais pas choisi d'être reporter en Egypte! Et la liste des justifications s'allonge indéfiniment.
Et donc, voyons un peu les tenants et aboutissants de cette affaire.
Alors que les circonstances de l'agression de Lara Logan ne sont semblables à nulle autre, les mythes concernant le viol qui s'étalent partout sur Internet sont bien connus de tous ceux qui traitent les questions d'agressions sexuelles. Il est temps de reconnaître ces idées reçues et de se battre contre elles afin que nous puissions enfin aider convenablement les victimes d'agressions sexuelles.
Corriger les idées fausses
N'importe qui peut devenir la victime d'une agression sexuelle. Hélas, les statistiques montrent que les hommes, les femmes, les personnes âgées, les enfants, les vierges et les travailleurs-es du sexe peuvent tous et toutes être victimes de viol.
Les études effectuées sur l'ensemble de la population indiquent qu'environ 22 % des femmes et 4 % des hommes sont victimes d'agressions sexuelles à l'âge adulte. Pas moins de 25% de filles et 8 % de garçons mineurs sont victimes de sévices sexuels au cours de l'enfance. La plupart des gens, quels que soient leur genre ou leur appartenance ethnique réagissent de la même façon aux agressions sexuelles – la dépression, les angoisses et l'état de choc psychologique. Ce qui change vraiment, semble-t-il, c'est si les victimes sont aidées ou non – par leur entourage qui s'inquiète et les soutient.
L'agression sexuelle est un acte de violence et de domination. Rien dans les statistiques n'indique que les jolies femmes sont agressées plus que les autres.
L'agression sexuelle est un crime violent. Il s'agit donc de traiter l'agression sexuelle comme tous les crimes violents – les vols avec violence, les agressions à l'arme blanche, les homicides. Les victimes ne sont pas davantage responsables simplement parce qu'il s'agit de relations sexuelles forcées.
La majorité des agressions sexuelles sont commises par des familiers, pas par des inconnus. Et, donc, si nous pensons à nous méfier quand nous sortons, nous négligeons les pourcentages très élevés des violences domestiques ou commises par des personnes qu'on connaît – et qui concernent la majorité des agressions sexuelles aux Etats-Unis.
Apporter une aide immédiate après une agression sexuelle
Si vous connaissez quelqu'un qui a été victime d'agression sexuelle, pensez à l'écouter. C'est peut être ce qu'il y a de plus difficile à faire – mais nous savons que le soutien joue un rôle essentiel pour aider les victimes à se rétablir.
N'en profitez pas pour vous livrer au récit de tous les traumatismes que vous avez vécus. C'est propre à la nature humaine de vouloir montrer à une victime qu'on compatit – et de raconter peut-être un évènement traumatisant qu'on a subi ou dont on a entendu parler. Résistez à cette impulsion parce qu'une victime de crime n'a pas besoin d'avoir à se préoccuper d'une autre expérience traumatisante alors que la sienne occupe déjà toutes ses pensées.
Laissez la victime décider de ce qu'elle va vous dire ou pas. Il peut être tentant de vouloir apprendre tous les détails de l'agression, mais n'oubliez pas que vous ne faites pas partie de la police. Ce n'est pas le moment. La victime n'est peut-être pas prête.
Réfléchissez bien aux questions que vous allez poser. Là encore, ce qu'on dit ou fait peut aider les gens à s'en sortir – mais cela peut aussi aggraver l'état mental de la victime! A cause de la stigmatisation de l'agression sexuelle, beaucoup de victimes se sentent honteuses, coupables et désorientées. Alors demandez- vous: "puis-je attendre de poser cette question sur l'agression?". Par exemple, juste après une agression, ce n'est absolument pas le moment de demander ce que portait votre amie, ou pourquoi il ou elle se trouvait à tel ou tel endroit, ou ce qu'elle faisait avec son l'agresseur.
Enfin, restez vous-même. Si vous ne savez pas quoi dire, dites-le carrément. Laissez à la victime la possibilité de vous dire de quoi elle a besoin.
Si nous nous y mettons tous et toutes, nous pourrons aider Lara Logan et les innombrables autres personnes à se remettre de cette agression. Nous connaissons les mythes sur le viol depuis des dizaines d'années. Il est grand temps de changer notre façon de traiter les victimes d'agressions sexuelles.

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Notes complémentaires

Définition du viol (notions globales)
C'est la « pénétration sexuelle » qui distingue le viol des autres agressions sexuelles. « Par violence, contrainte, menace ou surprise » : ceci désigne les moyens employés par l’agresseur pour imposer sa volonté, au mépris du refus ou de l’âge de la victime. C’est le non-consentement qui caractérise le viol.

Aux Etats-Unis
On distingue ce qu'ils appellent "forcible sex", qui implique que le violeur a fait usage de la force et qu'il y a eu résistance de la part de la victime (refus verbal catégorique, de préférence accompagné de tentative de résistance physique).
Les tribunaux, à partir de là, examinent les circonstances de l'agression, comme les caractéristiques de la victime et de l'accusé, la présence d'une arme, les menaces qui ont été proférées, le type d'agression pour déterminer la résistance de la victime, et si résister aurait été inutile ou dangereux.
Et "non-forcible sex", qui concerne les relations sexuelles avec des personnes qui sont dans l'incapacité de donner leur consentement, comme des personnes handicapées, physiquement ou mentalement, ou des mineur-es.
Noter que pour les mineur-es (dont l'âge légal varie selon les états), on parle de statutory rape qui fait référence à des relations sexuelles avec un(e) mineur(e), que celui-ci ou celle-ci soit consentant(e) ou non (et qui se rapprocherait donc plutôt du détournement de mineur en droit français, le terme de "viol" étant ensuite lié aux circonstances de l'agression).
La redéfinition du viol telle que voulaient l'imposer les républicains réduisait le viol essentiellement à la première catégorie. A savoir que la victime devait sans doute prouver qu'elle n'était pas consentante puisqu'elle avait résisté à son agresseur.
Auraient été éliminées, si je puis dire, les victimes impuissantes: handicapés, mineurs, les personnes droguées, alcoolisées ou endormies, etc.
Bon, il paraît qu'à la suite du tollé qu'ils ont soulevé, ils auraient retiré cette clause de "forcible rape", mais ils en ont ajouté une autre: une qui permettrait aux hôpitaux de refuser de pratiquer un avortement même si la vie de la personne (ils parlent élégamment de "pregnant female") est en danger, cela en se réfugiant derrière la fameuse "clause de conscience". Et les hôpitaux ne seraient même pas tenus de diriger la patiente vers un autre centre de soins. Ce qui veut dire que cela pourrait carrément signer son arrêt de mort.
Ah, quand on vous dit qu'ils ne lâchent rien.
(désolée pour toute cette confusion, mais ils n'arrêtent pas de changer, c'est agaçant à la fin).

On pourrait penser qu'ils auraient épuisé toute leur énergie là-dessus, non?
Pas-du-tout!
Ces vieux pervers millionnaires ont encore plus d'un tour dans leur sac (liens en anglais): Outre ce qui a été cité dans mon billet précédent, les idées fusent de toutes parts (pris ici):

En Géorgie, un élu républicain veut changer le terme légal de "victime" de viol, de harcèlement et de violence domestique en "accusatrice (- teur)". Mais les victimes d'autres crimes qui ne sont pas spécifiquement liés au genre (comme le cambriolage) restent des "victimes."

Les républicains de la Chambre des représentants veulent réduire (entre autres réductions drastiques) de près d'un milliard de dollars les subventions pour l'alimentation et autres produits de première nécessité destinées aux femmes enceintes, aux mères, aux enfants et aux bébés démunis ("laissez-les vivre", qu'ils disent, et si c'est pour mal vivre ou pour mourir, on s'en fout)

Les élus républicains du Maryland ont supprimé toutes les subventions pour les classes maternelles destinées aux enfants de familles pauvres.
La raison? Ce n'est pas nécessaire. Les femmes doivent rester à la maison pour s'occuper des enfants, et non pas aller travailler.

Sur le plan fédéral, les républicains proposent également de réduire d'un milliard de dollars le même programme. Ce qui veut dire que plus de 200.000 enfants ne pourraient pas bénéficier de l'école maternelle.

2/3 des personnes âgées sont des femmes et les républicains les ont également dans le collimateur. Un projet de loi propose de réduire les subventions pour le service public de l'emploi, les repas et le logement destinés aux personnes âgées.

Le congrès US a adopté hier un amendement proposé par les Républicains visant à réduire les subventions fédérales versées aux centres de soins de Planned Parenthood (le Planning Familial), un des plus importants services de soins fondamentaux et de planification familiale du pays.

Et comme si tout cela n'était pas suffisant, les Républicains font pression pour supprimer toute subvention au seul service fédéral de planification familiale (pour les êtres humains. Parce que le républicain Dan Burton a élaboré un projet de loi pour financer le contrôle des naissances … des chevaux sauvages. Ca ne peut pas s'inventer, des trucs pareils).

Quand le viol est excusé par les soi-disant progressistes d'Hollywood.

Vidéo (en anglais) de Whoopi Goldberg expliquant que le réalisateur célèbre, RP, poursuivi pour avoir attiré chez lui, fait boire, drogué, pénétré de force une gamine de 13 ans ne l'avait pas vraiment violée, qu'elle et ses parents savaient ce qui allait se passer, donc qu'elle était, grosso modo, consentante. Et disant que, oui, bon, il y avait eu "rape" (viol), mais ce n'était pas du "rape-rape" quand même.
Peut-être voulait-elle dire qu'elle en était sortie vivante, malgré le culot qu'elle avait eu d'aller aguicher un quadragénaire?
Dire que c'est une femme qui dit ça!

Et pour finir dans l'optimisme le plus béat:
Les viols de guerre: voir le billet de Christine