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Détérioration de l'état de santé physique de Bradley Manning, le courageux lanceur d'alerte, soumis par l'Etat à la torture carcérale de l'isolement extrême

La semaine dernière, Bradley Manning, le soldat accusé d'avoir remis des dossiers confidentiels à Wikileaks, passait son 23ième anniversaire dans la prison de la Base des Marines à Quantico, Virginie.
Il n'est accusé d'aucun crime, mais subit le genre de détention hautement restrictive généralement réservée aux criminels les plus dangereux dans les prisons de haute sécurité américaines.
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Il est gardé à l'isolement dans sa cellule 23 heures par jour, où il est coupé de pratiquement tout contact humain, n'a pas le droit de lire ni d'avoir avec lui des objets personnels, les gardiens l'empêchent de faire de l'exercice et le réveillent maintes fois quand il dort. Il est à Quantico depuis 5 mois, après avoir passé deux mois en prison au Koweït.
Les conditions de détention de Manning ont été connues à la suite d'un compte-rendu cinglant rédigé par Glenn Greenwald, du magazine Salon, qui a écrit que "ces conditions s'apparentent à un traitement cruel et inhumain, voire, selon les critères de beaucoup de pays, à de la torture".
Comme l'a écrit Sarah Seltzer, sur AlterNet, le Rapporteur Spécial de l'ONU sur la Torture a lancé une enquête pour déterminer si l'isolement de Manning considéré comme de la torture selon le droit international:

Le Pentagone a réagi à l'article en affirmant que Manning était un "détenu sous surveillance maximum" qui "peut bénéficier des mêmes privilèges qu'un détenu ordinaire, comme, par exemple, la télévision, l'accès aux sanitaires, la lecture et les activités physiques extérieures illimitées".

Mais *David House, une des rares personnes à avoir pu lui rendre visite, raconte que Manning lui a dit qu'on ne le laissait sortir que de façon irrégulière et que son activité physique se résumait à tourner en rond dans une pièce où on le conduisait.
Manning était sous surveillance constante des gardiens dans le cadre des mesures concernant la "Prévention du Suicide" (“Prevention of Injury” -POI), ce qui lui interdit d'avoir une literie normale. La nuit, il faut qu'il se mette en slip et donne le reste de ses vêtements aux gardiens avant de s'allonger sous une couverture "anti suicide". Il a expliqué à House qu'elle "pesait autant que les tabliers de plomb utilisés pour se protéger des rayonnements ionisants et était de la même texture qu'un tapis grossier et raide". Manning "doit se tenir raide toute la nuit pour éviter de se brûler la peau avec le tapis". D'après Greenwald, le personnel médical de la prison lui administre des antidépresseurs.
Les mesures de Prévention du Suicide sont en général appliquées sur une courte période de temps aux détenus qu'on estime suicidaires et qui n'ont pas encore été examinés par un psychologue. Manning en a vu un, et rien n'indique qu'il représente une menace pour lui ou pour les autres. C'est en tous points un détenu modèle.
Jeff Kaye, psychologue clinique, a rencontré House après sa visite à Manning, et tout en soulignant qu'en l'absence de consultation personnelle, il ne peut pas établir de diagnostic sur l'état de santé de Manning, il pense que l'isolement cellulaire va lentement détériorer la santé mentale et physique de Bradley Manning.
L'isolement cellulaire est une agression sur le plan physique et psychique. Il prive la personne de formes de communication physique, sensorielle, et sociale, spécifiques à l'espèce, entre son environnement et les autres êtres humains.
Manning a expliqué, le weekend dernier, qu'il n'avait pas vu la lumière du jour depuis quatre semaines, et qu'il n'a de contact avec d'autres personnes que quelques heures pendant le weekend. Le système nerveux humain nécessite un certain nombre de stimulations sensorielles et sociales pour que le cerveau puisse fonctionner normalement. Les effets de cette privation varient selon les individus, certains étant plus gravement ou plus rapidement atteints, alors que d'autres résistent plus longtemps à l'ennui et à la monotonie quotidienne qui semble devoir se poursuivre éternellement.
Avec le temps, l'isolement provoque un syndrome spécifique connu qui s'apparente au syndrome cérébral organique, ou délire. La liste des effets possibles sur un individu est très longue, comme, par exemple: l'incapacité à tolérer des stimuli ordinaires, les problèmes de sommeil et d'appétit, les formes de pensée primitives, les ruminations agressives, les distorsions de la perception et les hallucinations, l'agitation, les accès de panique, la claustrophobie, les sentiments de perte de contrôle, la paranoïa, les pertes de mémoire, le manque de concentration, les douleurs sur tout le corps, les anomalies d'électro-encéphalogrammes, la dépression, les pensées suicidaires, la tendance à l'autodestruction.
D'après Kaye, la détention a déjà des effets sur Manning - il semble avoir du mal à se concentrer et son état physique se détériore.
Comme le dit Glenn Greenwald, l'isolement cellulaire prolongé est "largement considéré dans le monde entier comme terriblement néfaste, inhumain, punitif, et même sans doute comme une forme de torture".
Dans son article du New-Yorker de Mars, 2009 - largement encensé et intitulé "l'isolement cellulaire prolongé est-il de la torture?" - Atul Gawande, chirurgien et journaliste, réunissait des avis de spécialistes et des anecdotes personnelles pour démontrer, selon ses propres termes, que "tous les êtres humains subissent l'isolement comme une torture". En soi, l'isolement prolongé détruit l'esprit et conduit à la folie.
Un article de mars 2010 du "Journal of the American Academy of Psychiatry and the Law" explique qu'"il est reconnu que l'isolement est difficile à supporter; car les causes de stress telles que l'isolement peuvent être aussi pénibles cliniquement que la torture physique".
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Il est important de comprendre que Manning est un véritable lanceur d'alerte – selon les chat logs obtenus par Wired magazine, Manning a constaté ce qu'il estime être des crimes graves commis par les forces armées US en Irak, et a pensé qu'il était de son devoir de transmettre l'information en espérant que cela déclencherait "des débats et des réformes dans le monde entier". "Je veux que les gens sachent ce qui se passe en réalité", a-t-il écrit, "qui qu'ils soient … parce que sans informations, la population ne peut pas prendre les décisions qui s'imposent".
Et il a réussi – la diffusion d'une vidéo montrant l'attaque d'un groupe de civils depuis un hélicoptère et l'attaque qui s'en est suivie contre les secouristes qui se précipitaient pour évacuer les survivants était un aperçu édifiant sur les horreurs de la guerre qu'on ne voit jamais dans les reportages aseptisés de l'armée.
Étant donné que Manning n'a pas montré qu'il était suicidaire, ni qu'il constituait une menace pour les autres, il est difficile de ne pas être d'accord avec le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, qui dit que: "Manning est détenu en tant que prisonnier politique aux Etats-Unis".
Greenwald a écrit que le message que contient l'isolement cellulaire de Manning est clair.
Savoir ce que les US pourraient faire (et feraient) disparaître des gens à leur guise sur des "sites noirs", pourraient les assassiner avec des drones invisibles, les emprisonner pendant des années sans l'ombre d'un procès en bonne et due forme, tout en sachant pertinemment qu'ils sont innocents, les torturer sans pitié, et, pourraient donc, globalement, agir en puissance impériale sans foi ni loi, crée un climat d'intimidation et de peur terribles.
Qui oserait défier l'Etat US de quelconque façon – même légitime – sachant qu'il pourrait se conduire – et le ferait - de manière si incontrôlée et violente, sans limites et impunément?
Étant donné que Manning n'a pas montré qu'il était suicidaire, ni qu'il constituait une menace pour les autres, il est difficile de ne pas être d'accord avec le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, qui dit que: "Manning est détenu en tant que prisonnier politique aux Etats-Unis".
Greenwald a écrit que le message que contient l'isolement cellulaire de Manning est clair.
Savoir ce que les US pourraient faire (et feraient) disparaître des gens à leur guise sur des "sites noirs", pourraient les assassiner avec des drones invisibles, les emprisonner pendant des années sans l'ombre d'un procès en bonne et due forme, tout en sachant pertinemment qu'ils sont innocents, les torturer sans pitié, et, pourraient donc, globalement, agir en puissance impériale sans foi ni loi, crée un climat d'intimidation et de peur terribles.
Qui oserait défier l'Etat US de quelconque façon – même légitime – sachant qu'il pourrait se conduire – et le ferait - de manière si incontrôlée et violente, sans limites et impunément?

Joshua Holland est rédacteur en chef d'AlterNet. Il a publié, entre autres, l'ouvrage intitulé: "The 15 Biggest Lies About the Economy".

Notes complémentaires:

José Padilla (en anglais).

*David House, l'une des rares personnes à avoir rencontré Manning depuis son incarcération à Quantico , est chercheur au MIT (Massachusetts Institute of Technology) Center for Digital Business.

Note perso:

Des prisonniers politiques aux USA? Chuuut! Il n'y en a pas.
Sauf quelques-uns, mais alors pas importants du tout.
Essentiellement des Noirs, des Indiens, des Cubains, des métèques, quoi. Que de la graine de violence, de toute façon.
Mais, enfin, j'en rappelle quelques-uns, juste pour dire.

Sur ce site:

Guantanamo: prisonniers à vie sans espoir de procès, ni devant un tribunal militaire, ni, a fortiori devant un tribunal civil.

Aafia Siddiqui, pakistano-américaine condamnée à une peine de prison incompressible de 86 ans pour avoir, selon un chef d'accusation douteux, tenté de tirer sur des militaires.

Les femmes aussi

Les BlackPanthers, oubliés en prison depuis plus de 35 ans

Les prisonniers fantômes de la CIA

Et, également:

Les Cinq de Cuba

Quand la Révolution Cubaine triompha le 1er janvier 1959, le gouvernement nord-américain accueillit à bras ouvert plusieurs des assassins les plus notoires de la dictature de Batista qui tua presque vingt mille Cubains en sept ans de répression sanguinaire.
C'est à peine quelques jours plus tard qu'on vit surgir en territoire nord-américain, de nombreuses organisations contre-révolutionnaires qui ont tenté, tout au long de quarante ans, de détruire par tous les moyens le projet social en marche dans l'île.
Les années 90 virent une recrudescence de la violence contre Cuba.
Durant cette décennie plus de 200 actions terroristes contre Cuba (mitraillages d'hôtels, poses d'explosifs, attentats contre les avions et divers meurtres etc...) furent exécutées.
Lire ici, les Amis de Cuba

Leonard Peltier

Leonard Peltier est un militant indien de la tribu Sioux, né le 12 septembre 1944, membre de l'American Indian Movement (AIM), est incarcéré depuis 1976 et condamné à deux peines à perpétuité.
Il est en prison depuis 34 ans.
Lire ici.

Il a 58 ans et purge une double peine de perpétuité, accusé du meurtre de deux agents du FBI. Il clame son innocence depuis vingt-cinq ans. Ses défenseurs soutiennent qu’il a été victime d’un procès politique et d’une condamnation « pour l’exemple », alors qu’il n’existe aucune preuve de sa culpabilité. Malgré la mobilisation internationale des défenseurs des droits humains et des amis des Indiens d’Amérique, Leonard Peltier est toujours emprisonné et son cas demeure peu connu du grand public.
Extrait du Monde Diplomatique

Faites passer l'information: la planète est entre les mains de dangereux psychopathes qui n'hésiteront devant rien pour abattre ceux qui leur tiennent tête.