Aafia Siddiqui condamnée: une terrible erreur judiciaire



Aafia_Siddiqui___AFP_Desson_Shirley_Shepard.jpg
Pendant le procès. croquis Shirley Shepard - AFP

Le 23 septembre à la cour fédérale, le juge du tribunal d'instance des Etats-Unis, Richard Berman, a condamné la prisonnière politique Aafia Siddiqui, à 86 ans de prison ferme. L'indignation exprime à juste titre cette énorme erreur judiciaire, ce qui aggrave encore le calvaire qu'elle a déjà subi à la suite de son enlèvement, le 30 mars 2003, sa mise en détention, la torture, l'action en justice et la condamnation sur de fausses accusations.
C'est, de nos jours, l'une des victimes de la perversion de l'Amérique les plus persécutées et qui vient d'être condamnée à la prison à perpétuité pour un crime qu'elle n'a pas commis et n'aurait pas pu commettre, comme on peut le voir dans les articles cités plus bas.
Elle est détenue au Metropolitan Detention Center (MDC) de New York dans un quartier de haute sécurité, en attente de son procès, puis de sa condamnation et de l'annonce du verdict le 23 septembre.
Sa vie, il est important de le rappeler, a été détruite par des années de tortures atroces, des viols répétés, et d'autres sévices qu'elle a subis à la prison de Bagram sur la base aérienne américaine de Bagram, en Afghanistan.
Au tribunal, elle a déclaré: "je ne suis pas paranoïaque. Je ne suis pas malade mentale. Je ne suis pas d'accord avec ceux qui le prétendent, même s'il est difficile d'y croire après les violences que j'ai subies pendant des années".
Docteur en neurosciences, pakistano-américaine, sa personnalité a été anéantie après des années de torture et de cruauté, et cependant, elle a malgré tout survécu à tout cela, et subi davantage de stress pendant l'action en justice, sa mascarade de procès, sa condamnation et l'annonce du verdict.
Dans l'article où elle rend compte du verdict de la cour, la BBC reprend les mensonges du gouvernement, y compris le fait qu'elle avait en sa possession des plans pour fabriquer une bombe pour faire sauter des édifices à New York – “preuve que c'était une terroriste potentiellement dangereuse".
Et pourtant, les poursuites dont elle faisait l'objet comportaient des chefs d'accusation complètement différents.
Des chefs d'accusation grotesques qui prétendaient que:
En présence de deux agents du FBI, deux interprètes de l'armée, et trois militaires US, cette frêle jeune femme de 55 kg aurait attaqué trois d'entre eux, se serait emparée d'un de leurs fusils, aurait tiré à bout portant, sans atteindre personne, et avait été la seule à être grièvement blessée.
Au procès, aucune preuve crédible n'a été produite. Les chefs d'accusation étaient fabriqués de toutes pièces. Et aucun ne l'accusait d'avoir eu l'intention de faire sauter des édifices de New York ou d'ailleurs.
Néanmoins, la procédure avait été soigneusement orchestrée. Les témoins avaient été recrutés par eux, avaient subi des pressions et/ou été soudoyés pour qu'ils coopèrent. Les jurés avaient été ensuite intimidés pour prononcer une condamnation - son avocate, Elaine Whitfield Sharp, avait déclaré que leur décision était fondée sur "la peur, et non pas sur les faits".
Aucune preuve n'a été produite, sauf les chefs d'accusations bidon portés par le ministère public pour la faire condamner.
L'International Tribune résume également le déroulement du procès dans un article intitulé : "La neuroscientifique Aafia condamnée à 86 ans de prison", expliquant qu'elle avait été inculpée de sept chefs d'accusation "pour avoir, selon l'accusation, tiré sur des militaires US en Afghanistan".
Après la proclamation du verdict, des manifestations ont éclaté dans tout le Pakistan. A Karachi, des travailleurs de la société civile et des partis politiques se sont rassemblés "devant le Karachi Press Club (…) pour demander au gouvernement fédéral" d'intervenir en sa faveur.
Les organismes de défense des droits humains: Jamaat-e-Islami, PASBAN, Défense des Droits humains, et d'autres membres de la société civile se sont rendus en cortège à l'ambassade des Etats-Unis pour exprimer leur indignation et pour exiger sa libération comme "geste de bonne volonté".
Conseillère du gouverneur de la province du Sind, Sharmila Farooqui a demandé aux Etats-Unis de la libérer pour des raisons humanitaires comme geste de bonne volonté envers le Pakistan… il s'agit maintenant que les Etats-Unis fassent preuve de bonté et gracient une femme pakistanaise innocente".
Farooqui affirme qu'Aafia a été enlevée illégalement, puis remise aux autorités US. C'est une "femme innocente" qui a été traitée de façon scandaleuse, puis jugée et condamnée.
Elle ajoute:

"Dans l'islam et au Pakistan, remettre une femme à un pays étranger est un péché, mais c'est malheureux qu'une femme innocente ait été remise de façon impitoyable aux mains du gouvernement (précédent) des Etats-Unis.

Elle a également exhorté les organisations internationales de défense des droits des êtres humains à poursuivre leur action pour la faire libérer.
Dernier point:
Ce qui est en cause, ce sont les attentats du 11 sept., la pseudo-"guerre contre le terrorisme" qui s'en est suivie, fondée sur un mensonge, la guerre que mènent les Etats-Unis contre l'islam - contre l'Irak, l'Afghanistan et les musulmans américains, persécutés pour des intérêts politiques.
Aafia est peut-être la victime vivante qui a subi les épreuves les plus dures, sa personnalité a été détruite et sa vie se termine par une peine de prison à perpétuité virtuelle sauf si elle est graciée ou sauvée grâce à la pression internationale.
Son cas devrait soulever l'indignation au niveau international. Il révèle également le vrai visage de l'Amérique, son objectif aberrant de cibler les musulmans pour leur religion et leur appartenance ethnique, ce qui nous rend tous également vulnérables.

Stephen Lendman vit à Chicago. Il anime, le lundi matin, entre 11h et 13h, une émission de radio, The Global Research News Hour. Toutes les émissions sont archivées.
Il tient également un blog.
''Autres articles de Stephen sur Dissident Voice.''

Notes complémentaires:

The Abduction, Secret Detention, Torture, and Repeated Raping of Aafia Siddiqui
L'enlèvement, la détention secrète, la torture et les viols répétés subis par Aafia Siddiqui December 15, 2008
Extraits
Katherine Oxment, du Boston Magazine, a écrit:

Aafia-Siddiqui-2.jpg

"Qui a peur d'Aafia Siddiqui? Elle a fait ses études au MIT et à l'université de Brandeis, épousé un médecin, a vécu à Boston, a élevé ses enfants … collecté des fonds pour des organisations caritatives ... a fait du travail bénévole pour d'autres causes, organisé des garderies d'enfants chez elle, est profondément croyante .... distribuait le coran à des détenus dans les prisons locales" et ne faisait rien qui sortait de l'ordinaire. C'était une "femme normale qui vivait une vie normale en Amérique.

Jusqu'à ce que le FBI la considère comme une terroriste ... un agent éminent d'Al Qaeda" mais nous connaissons déjà ce genre d'accusation et chaque fois, c'était bidon. Ils se sont manifestement acharnés contre Aafia – une femme dont la seule faute est d'avoir été musulmane au mauvais moment, en Amérique ou ailleurs, si on figure sur la liste noire de Washington.

(…)
D'après sa mère, Ismet, elle a quitté "en taxi la maison familiale de Gulshan-e-lqbal (à Karachi) le 30 mars pour prendre un avion pour Rawalpindi (province du Punjab), mais n'est jamais arrivée à l'aéroport".
Des sources internes affirment qu'elle a été enlevée le long du trajet par des agents des services secrets, et des rapports initiaux laissent entendre qu'elle aurait été remise entre les mains du FBI.
Elle avait disparu depuis plus d'un an quand l'agence a publié des photos d'elle sur son site. Peu de temps après, on racontait qu'elle était impliquée dans le commerce du diamant au Libéria en 2001 et qu'elle était un agent d'Al Qaeda.
L'avocate de la famille, Elaine Whitfield Sharp, a déclaré que cette allégation était un mal pour un bien parce qu'elle prétendait qu'Aafia se trouvait au Liberia à un moment spécifique alors qu'elle avait la preuve indubitable qu'elle était à Boston cette semaine-là.

Autre article:
Aafia Siddiqui: Victimized by American Depravity
(Dans ce billet, Lendman raconte le genre de tortures qu'Aafia subissait; je ne peux pas traduire ça. Insoutenable).

Et aussi:
Peine de mort aux US:
Teresa Lewis fait partie des 39 personnes qui ont été exécutées aux USA cette année jusqu'à présent. Pour le mois suivant, 12 autres exécutions sont prévues.
Sitôt après, la Virginie, la Géorgie et la Californie embrayent:
L'exécution de Brandon Rhode est prévue pour le 27 septembre en Géorgie. Rhode a été condamné en 1998 pour avoir tué 3 membres d'une même famille qui l'ont surpris alors qu'il cambriolait chez eux.
Albert Greenwald Brown devrait être exécuté en Californie le 29 septembre.

Et également: les prisonnières politiques aux US (dont Aafia)

Et, enfin, ma contribution personnelle:

Pétition pour Aafia


Aafia-Siddiqui.jpg

Hélas, au bas du parchemin, aucune signature prestigieuse, aucun défenseur des droits des êtres humains, enflammé mais parfois peu attentif à tout ce qui se passe dans le monde. Mais, peut-être est-ce qu'Aafia est pakistanaise, et présentée comme "terroriste" par la propagande occidentale …
Alors, une "terroriste", vous pensez bien, n'a que le sort qu'elle mérite.

Il faut empêcher la détention d'Aafia

Aafia Siddiqui attendait le verdict de son procès, prononcé ce 23 septembre, dans la cellule sans fenêtres du QHS de la prison de Metropolitan Detention Center (MDC), où on l'avait transférée depuis Carswell Federal Medical Center, Texas, un centre carcéral pour femmes de sinistre réputation.
Son “crime” (qui consisterait, selon ses accusateurs, à avoir tenté d'assassiner trois militaires US) avait déjà été puni par 99 coups de fouet administrés en présence de l’un de ses deux enfants des années d'humiliations et de tortures infligées par ses geôliers et ses interrogateurs, et par les menaces de s'en prendre à ses enfants, dont deux ont disparu .
Mais voilà qu’une nouvelle et nébuleuse accusation a débouché, récemment, sur une condamnation à la prison – et pas n’importe quelle peine de prison, puisqu’il s’agit d'une peine de 86 ans! L’opinion internationale, touchée par malgré l’horreur de cette sanction qui frappe Aafia attendait avec elle la révision ne s'est pas émue d’un verdict aussi inique que barbare.
Mais par delà ces considérations dans lesquelles nous n’avons ni le goût ni peut-être, désormais, vraiment le temps d’entrer, il est urgent d’intervenir pour empêcher une mise à mort lente et douloureuse dont les associations de défense des droits humains ont tout lieu de redouter l’inéluctabilité.
Il est urgent d’exiger des autorités, pour Aafia, le renoncement à toute forme de détention, une remise en liberté sans délai et la reconnaissance de son innocence.
Des dizaines de femmes sont, chaque année, aux Etats-Unis, condamnées à des peines dont la barbarie glace les sangs: il est urgent, au-delà même du cas d'Aafia, que l’ONU rappelle au régime des chrétiens fondamentalistes impérialistes les promesses faites concernant les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants interdits par l'article 5 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, au même titre que la torture.
Le reste de la vie d’une femme de 38 ans est en jeu.
La liberté et la dignité de milliers d’autres se jouent également là.
Et il s’agit enfin de l’honneur d’un grand pays, doté d’une culture aussi magnifique qu’immémoriale des armes et du coca-cola, et qui ne peut se voir résumé, sous les yeux du monde, au visage et au corps meurtris d’une femme torturée dans l'indifférence et l'illégalité, confinée dans des cellules d'isolement depuis sept longues années, qui n'a plus revu ses trois enfants, et dont elle ne sait si deux d'entre eux sont encore vivants.

Pitié pour Aafia.

NB le texte initial se trouve ici.
Et puis, le désespoir lyrique et sincère (évidemment) de BHL quand il a appris que Sakineh n'avait pas été libérée