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Les membres d'une association israélienne risquent la prison en faisant entrer clandestinement des Palestiniens en Israël

La campagne de désobéissance civile recueille 600 signatures

Près de 600 membres d'une association israélienne ont signé l'appel à la désobéissance civile où ils acceptent le risque d'être condamnés à des peines de prison pour permettre à des enfants et des femmes de Palestine d'avoir un aperçu de ce qu'est la vie en dehors de la Cisjordanie occupée.
Ces Israéliens et Israéliennes expliquent qu'ils et elles ont été motivés par l'exemple d'Ilana Hammerman, une écrivaine, qui risque des poursuites à la suite de la publication d'un article où elle reconnaissait avoir désobéi à la loi en faisant entrer en Israël trois adolescentes palestiniennes pour y passer une journée de détente.
Ilana Hammerman raconte qu'elle voulait donner à ces jeunes femmes, qui n'avaient jamais quitté la Cisjordanie, "un peu de bon temps" et l'occasion de voir la Méditerranée pour la première fois.
Son article, qui a fait scandale en Israël, a donné lieu à une enquête de police, des associations de droite ayant demandé qu'elle soit poursuivie pour violation des règles de sécurité.
Il est interdit de faire franchir les checkpoints à des Palestiniens pour les conduire en Israël sans autorisation officielle, ce dont peu d'entre eux bénéficient. Si elle est jugée et condamnée, Ms Hammerman risque une amende et jusqu'à deux ans de prison.
Mais les membres de l'association qui se sont engagés dans cette campagne disent qu'ils refusent de se laisser décourager par la menace de subir une peine de prison.
Le mois dernier, un groupe de onze femmes israéliennes suivait l'exemple de désobéissance civile d'Hammerman en faisant franchir un checkpoint à une douzaine de femmes palestiniennes accompagnées de quatre enfants, dont un bébé, pour les emmener en Israël.
Les Israéliennes annoncent qu'elles projettent des passages clandestins "en masse" au cours des prochaines semaines.
"Les Palestiniennes qui viennent avec nous disent vouloir essentiellement passer un bon moment après des années d'isolement sous l'occupation, mais le plus important pour nous, c'est notre acte de résistance", explique Ofra Lyth, qui a contribué à la création d'un forum de sympathisants sur Internet à la suite d'une conférence d'Ilana Hammerman à laquelle elle avait assisté.
"Nous voulons faire abroger cette loi scandaleuse qui donne aux Juifs le droit de circuler librement alors qu'elle interdit aux Palestiniens de sortir de leurs villages ou de leurs villes", dit elle, parlant des lois qui empêchent la plupart des Palestiniens des Territoires Occupés de se rendre en Israël, et les Israéliens de leur venir en aide. Il y a des exceptions pour les Palestiniens munis d'une autorisation officielle, parfois délivrée pour une urgence médicale ou accordée à certains travailleurs qui ont une attestation spéciale.
"Pour les femmes palestiniennes, cependant, il ne s'agit pas de faire de la résistance vis-à-vis d'une loi inique, dit Ms Lyht.
Les Palestiniennes nous disent:

"Allez-y, faites votre action militante mais, nous, si nous enfreignons la loi, c'est pour nous détendre un peu et nous rappeler ce qu'était la vie avant les checkpoints et le mur.
Une femme m'a dit: "je veux simplement respirer à nouveau."

Pour les Palestiniens de Cisjordanie, ce n'est pas facile de respirer. Sur le territoire vit une population toujours croissante de 300.000 colons juifs répartis dans plus d'une centaine de colonies. Les colons peuvent se rendre en Israël en voiture en empruntant des routes où les points de passages ne sont pas contrôlés par l'armée.
C'est par un de ces postes réservés aux colons, près de Beitar Ilit, au sud de Jérusalem, que Ms Hammerman a fait passer les trois adolescentes palestiniennes cette année. Pour protéger les jeunes filles, elle n'a révélé ni leur identité, ni le village dans lequel elles habitent. Elle appelle les jeunes filles Aya, Lin et Yasmin. Elles aussi encourent des peines de prison pour avoir violé la loi.
Dans l'article d'Ilana Hammerman publié en mai dernier dans le journal Haaretz, celle-ci reconnaît qu'elle savait parfaitement qu'elle était en infraction avec la loi.
Elle avait demandé à ces jeunes filles âgées de 18/19 ans d'enlever leurs foulards pour la journée et de s'habiller à l'occidentale pour éviter d'attirer l'attention des soldats au poste de contrôle. Elle leur avait également appris une expression en hébreu facile à retenir – "Hakull beseder", tout va bien – au cas où un des soldats s'adresserait à elles.
Elle les a ensuite emmenées dans Tel-Aviv, où elles sont allées visiter l'université et un musée, puis se promener dans une galerie marchande et sur la plage, qu'aucune d'elles, dit-elle, ne connaissait, alors que ce n'est qu'à environ 40 kms de leur village.
Gisha, une Israélienne qui milite dans une association de défense des droits humains, explique qu'Israël avait imposé un système de laissez-passer pour limiter les déplacements des Palestiniens de Cisjordanie au début des années 90 – à peu près à l'époque où sont nées les jeunes filles.
Ms Hammerman raconte qu'il n'y a eu qu'un seul épisode dangereux au cours de cette excursion, quand un policier en civil a fait arrêter la voiture pour demander les papiers des jeunes femmes. Ilana Hammerman lui a menti, disant qu'elles étaient des Palestiniennes de Jérusalem-Est et qu'elles avaient donc le droit de venir en Israël.
En juin dernier, Yehuda Weinstein, conseiller juridique du gouvernement, avait, dit-on, ordonné une enquête de police à la suite d'une plainte déposée par une organisation de colons, le "Legal Forum for the Land of Israël".
Le nombre de sympathisants d'Ilana Hammerman a augmenté depuis que l'association a inséré une publicité dans le journal Haaretz, intitulée: "nous refusons d'obéir". Le message expliquait que l'association militait en s'inspirant des méthodes de Martin Luther King et demandait que les Palestiniens soient traités comme des "êtres humains, et non pas comme des terroristes".
La semaine dernière, le forum sur Internet a recueilli plus de 590 signatures de personnes prêtes à commettre des actes de désobéissance comme Ilana Hammerman.

"Cela m'a véritablement surprise et encouragée" dit-elle. "Je ne me rendais pas compte qu'il y avait autant de gens en Israël qui étaient excédés par cette loi scandaleuse".

Toutefois, les médias se sont montrés largement hostiles envers l'initiative d'Ilana Hammerman et ses partisans. Au cours d'une interview à la télévision la semaine dernière, elle était accusée de mettre en danger la vie des Israéliens avec ces excursions. L'animateur de l'émission, Yaron London, lui a demandé si elle avait contrôlé les sous-vêtements des jeunes filles pour vérifier si elles n'y avaient pas dissimulé des explosifs avant de les laisser monter dans sa voiture.
Elle refuse, cependant, de se laisser abattre. Elle explique que l'association a discuté des prochaines sorties pour les Palestiniennes, comme les emmener prier à al-Aqsa, la mosquée de Jérusalem qui est inaccessible à la plupart des Palestiniens depuis plus de dix ans, ou rendre visite à de la famille à Jérusalem et en Israël.

"Il faut que les Israéliens et les Palestiniens se rencontrent à nouveau, se divertissent ensemble et qu'on accepte que ce sont des êtres humains avec les mêmes droits que nous".

Son objectif actuel, dit-elle, est d'inciter les Israéliens à s'interroger sur la légalité et la moralité des lois israéliennes et de remettre en cause l'obéissance aveugle de la population aux autorités.
Ms Lyth ajoute:

"Les femmes palestiniennes qui sont venues avec nous sont devenues des héroïnes dans leur village. Elles et leurs familles savent qu'elles prennent un gros risque en enfreignant la loi mais le harcèlement fait, de toute façon, partie de leur quotidien".
Jusqu'à présent, ces sorties clandestines se sont limitées aux femmes et aux enfants seulement, dit Ilana Hammerman. Il est plus difficile de faire sortir des hommes sans se faire prendre et les autorités seraient sans doute beaucoup plus sévères avec des hommes s'ils étaient arrêtés".

Jonathan Cook est un écrivain et journaliste vivant à Nazareth, Israël. Ses deux derniers ouvrages sont: Israel and the Clash of Civilisations: Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine: Israel's Experiments in Human Despair (Zed Books).

Et puis la suite : Des femmes dans les pas d’Ilana Hammerman : nous n’obéissons pas aux lois illégitimes et amorales.
Qui rappelle également ce qu'écrivait Henry David Thoreau, dans son célèbre essai "La désobéissance civile" (1845) :

"Quand le sixième de la population d’une nation prétendant être un refuge de liberté s’avère être esclave, et lorsqu’un pays entier est injustement envahi et conquis par une armée étrangère, mis sous la coupe de lois militaires, alors je pense qu’il est temps pour les hommes honnêtes de se rebeller et de faire la révolution. Ce qui rend ce devoir encore plus urgent est le fait que le pays ainsi dominé n’est pas nôtre, mais ce qui est nôtre c’est l’armée d’invasion."

Note perso

Hélas, ces Justes sont bien mal récompensé-e-s: ils et elles s'exposent à des accusations de trahison et de déloyauté, à des peines de prison, à la vindicte populaire quand, parallèlement, les soldats qui humilient, torturent, emprisonnent ou commettent des crimes odieux sont dispensés de sanctions. Les procès contre eux, quand ils ont lieu, se soldent par des peines légères, voire la relaxe.
Un nouvel épisode des exactions de l'armée a fait scandale quand la photo d'une soldate israélienne (dont le nom importe peu) a été publiée dans toute la presse occidentale la montrant posant souriante auprès de prisonniers palestiniens les yeux bandés et les mains liées. Cette photo, elle l'avait elle-même postée fièrement sur un célèbre "réseau social". A la suite du tollé qu'ont provoqué ces photos, la soldate a déclaré qu'elle ne "comprenait pas ce qu'elle avait fait de mal".
Et je la comprends parfaitement. D'abord, elle a été conditionnée pour traiter les Palestinien-ne-s comme des sous-humains, les ordres venant d'en haut de façon explicite; elle a probablement vu ses camarades agir de façon similaire, voire bien pire, et s'en tirer sans aucune réprimande; elle sait que les prisonniers palestiniens subissent tortures et sévices et que beaucoup sont incarcérés sur la foi des déclarations de simples soldats; elle sait donc qu'elle a la loi pour elle, la loi du plus fort.
Car ce n'est pas un cas unique, loin de là. Pourtant l'armée israélienne a déclaré qu'il s'agissait d'actions « laides et inhumaines ». Et qu'il fallait que cette femme soit punie.
En plus d'être la Grande Muette, l'armée serait-elle la Grande Aveugle?
Car des photos de ce type – et bien plus atroces encore - circulent en abondance sur Internet .
Sur les autres photos, ce ne sont pas des femmes soldates, mais des hommes.
Ces hommes capables de ça et de ça aussi, par exemple. Des hommes qui quotidiennement font subir des brimades et des traumatismes à des femmes, des enfants, des vieillards et des hommes.
Alors, pourquoi donc, l'"armée la plus morale du monde" s'indigne-t-elle des actes d'une femme quand tant d'autres soldats en ont commis de semblables avant elle, et avec son aval?
Pourquoi le visage qui symbolise la torture infligée par l'armée américaine à Abou Ghraib est-il encore celui d'une femme?
Et pourquoi, malgré ces deux scandales qui ont ému jusqu'aux états-majors des armées respectives et à ceux qui ont approuvé l'usage de la torture, les gouvernements d'Israël et des Etats-Unis, pourquoi, oui, n'a-t-il pas été mis fin à la torture - dont on a osé dire que c'était un "mal nécessaire?

Et pourquoi les femmes ont-elles été tondues sur la place publique à la Libération?

Et puis pourquoi ne parle-t-on pas des femmes dans la résistance?

OUI, POURQUOI?

PS: La Flottille des femmes pour Gaza