"Les vexations et la "mosquée de Ground Zero".

Voici la chronologie des événements qui ont conduit à cette étrange "polémique".

2009: une organisation musulmane qui a acquis une usine désaffectée de Burlington sur Park Place dans Lower Manhattan (le sud de l'île de Manhattan, New York) envisage d'y construire un centre culturel musulman de 13 étages. Ce centre comprendra, entre autres, une école de cuisine, une salle de conférence, un terrain de basket, une piscine, et des lieux de prière et, tout en s'adressant plus particulièrement aux musulmans, sera ouvert à tout le monde. Il est prévu de l'appeler "Cordoba House" (la Maison de Cordoue), apparemment en référence à l'Espagne musulmane où les musulmans avaient côtoyé les chrétiens et les juifs entre le huitième siècle et la "Reconquista" .
Dans sa définition des objectifs, l'association indique que ce centre "se consacrera au pluralisme, aux services, aux Arts et Lettres et à la culture, à l'éducation et à l'apprentissage de l'autonomie, à l'intérêt pour notre ville et au respect de la planète. Il reliera New York au monde, offrant un centre culturel accueillant avec de nombreux points d'entrée. Avec des services de classe internationale, d'envergure mondiale mais bien enraciné localement, le centre offrira une tribune conviviale et accessible pour des discussions ouvertes sur nos diversités".
Il sera situé à environ cinq cents mètres de l'endroit où se tenait naguère le WTC (baptisé Ground Zero). Mais dans la mesure où il y a déjà environ 8 mosquées à Manhattan, et une importante population musulmane dans cette partie très diversifiée de New York, il n'y a rien d'extraordinaire à ce que l'association ait demandé l'autorisation de démolir l'ancienne usine pour construire le centre.
Le fondateur de l'association, Feisal Abdul Rauf, un Koweitien d'origine, est un imam de la mouvance soufi, décrit en général comme "modéré " et mystique. Il est diplômé de physique de l'université de Columbia et a été engagé par le FBI pour animer une formation de sensibilisation à l'islam auprès de ses agents, et a travaillé pour le Département d'état. Il a rencontré Mike Bloomberg, le maire de New York, qui soutient vivement ce projet de centre.

En décembre 2009, le New York Times publie un article sur ce projet. Il est en général positif, et cite deux dirigeants juifs et la mère d'une des victimes du 11/9.
Le même mois, Laura Ingraham, journaliste de droite, intervenant dans l'émission de FOX News’ "The O’Reilly Factor", interviewe la femme de Rauf, Daisy Khan. Cette interview, comme l'écrit Justin Elliot de "Salon", est "remarquable de cordialité". "Je n'ai pas rencontré beaucoup de gens que ce projet dérange, déclare Ingraham. J'aime bien ce que vous cherchez à réaliser.

Le 6 mai 2010, après une audience publique où les habitants de New York ont pu donner leurs différentes opinions sur ce projet, la commission municipale en charge du patrimoine de New York adopte le projet à l'unanimité.
C'est là qu'entre en scène Pamela Geller, qui administre un blog appelé Atlas Shrugs. Elle a écrit un livre sur Obama dans lequel elle prétend que son vrai père était Malcolm X.
Elle dirige une toute petite association délirante appelée: "Stop à l'Islamisation de l'Amérique". Voyant là l'occasion d'avoir son quart d'heure de gloire (et elle ne tardera pas à être interviewée par FOX News et CNN), elle se déchaîne contre Cordoba House.
Elle déclare sur son blog:

"Il ne s'agit pas dans cette affaire de liberté de culte. Personne ne préconise de limiter le Premier Amendement pour empêcher la construction de la mosquée, et s'opposer à la construction de la mosquée de Ground Zero ce n'est pas contrevenir au premier amendement. Il y a des centaines de mosquées à New York et des milliers dans toute l'Amérique. Il ne s'agit pas de religion. C'est une question de dignité nationale et de respect envers ceux qui ont été assassinés à cet endroit au nom de l'islam".

Et elle se lance dans l'organisation d'un rassemblement sur le site de Park Place.
Andrea Peyser, journaliste au New York Post, cite l'association de Geller, la qualifiant mensongèrement de "groupe de défense des droits humains". Ce qui a pour effet de faire sortir le mouvement contre "la mosquée de Ground Zero" de la blogosphère pour entrer dans les médias traditionnels. Elle dramatise l'affaire, allant même jusqu'à prétendre que le centre a prévu d'ouvrir ses portes le 11 sept 2011.
C'est à partir de là qu'éclate la "polémique".

Le 16 juillet, Sarah Palin s'en mêle. Ne s'adressant pas directement aux musulmans mais aux "paisibles New Yorkais", Sarah Palin écrit sur Twitter:

"Réfudiez (sic), s'il vous plaît, le projet de mosquée à Ground Zero si vous pensez que cette terrible épreuve infligée au site du WTC est trop douloureuse, trop présente". Elle ajoute deux jours plus tard (après avoir remplacé "réfudier" par réfuter"): "la mosquée de Ground Zero est une provocation INUTILE; ce sont des coups de poignard dans le cœur …".

Newt Gingrich, ancien président de la Chambre des Représentants, manifeste son indignation dans de multiples déclarations au cours du mois dernier:

"Il ne doit pas y avoir de mosquée aux alentours de Ground Zero à New York tant qu'il n'y aura pas d'églises ou de synagogues en Arabie Saoudite". "Ce n'est pas une question de religion", répète-t-il, "et c'est de toute évidence un acte d'agression insultant".

Il déclare que le centre va devenir le symbole du "triomphalisme " musulman, et que:

construire cette mosquée près du site des attentats du 11 sept serait comme afficher un panneau nazi près du Musée de l'Holocauste".

Il écrit:


''La Mezquita de Córdoba''


"le terme de “‘Cordoba House’ est une insulte délibérée. Il fait référence à la ville de Cordoue en Espagne, la capitale des conquérants musulmans qui avaient marqué leur victoire sur les chrétiens espagnols en transformant une église en 3° complexe mondial du culte islamique ... tous les islamistes du monde considèrent Cordoue comme le symbole de la conquête musulmane".

En réponse à cette allégation absurde, les organisateurs du centre changent de nom pour l'appeler "Park51".
(Gingrich qui se prétend historien et universitaire a peut-être remarqué que l'église Wisigothique a été rachetée par l'émir victorieux après 718 et que les Arabes quand ils dirigeaient l'Espagne avaient une politique de tolérance religieuse bien plus grande que les chrétiens avant eux. Ils avaient permis aux églises et aux synagogues de fonctionner librement. Quand les chrétiens ont reconquis le pouvoir, ils ont expulsé tous les juifs et les musulmans, ou les ont forcés à se convertir, et ont instauré l'Inquisition ).

Les responsables politiques républicains attirés par l'odeur du sang et sautant sur l'occasion qui leur est offerte, poursuivent leurs attaques virulentes. Tim Pawlenty, le gouverneur du Minnesota déclare:

"Je trouve que c'est indécent … Du point de vue patriotique, c'est un lieu sacré, et nous devons respecter ce site. Il ne faut pas que des images ou des activités le souillent de quelque manière que ce soit".

Mike Huckabee, l'ancien gouverneur de l'Arkansas, demande dans son émission à FOX, le 4 août:

"Même si les musulmans ont le droit de construire, cela ne servirait-il pas davantage les intérêts de la population s'ils se montraient responsables en décidant de ne pas construire?".

"Le fait que l'on ait le droit de faire quelque chose n'implique pas nécessairement que c'est ce qu'il convient de faire", renchérit John Boehner, le député de l'Ohio.

Mitt Romney, ancien porte-parole du Massachusetts, ajoute:

"Le gouverneur Romney est contre la construction de la mosquée à Ground Zero. Les vœux des familles des victimes et la possibilité que des extrémistes se servent de la mosquée pour recruter au niveau mondial et faire de la propagande incite les gens à rejeter ce projet".

Le 13 août, le président Obama reçoit à la Maison Blanche les représentants de la communauté musulmane.

"En tant que citoyen, leur dit-il, et en tant que président, je pense que les musulmans ont le même droit que les autres de pratiquer leur culte dans ce pays. Cela comprend le droit de construire un lieu de culte et un centre culturel communautaire sur un terrain privé à lower Manhattan, en accord avec les lois et les décrets municipaux. Nous sommes en Amérique et notre engagement pour la liberté de culte doit être inébranlable".

Andrew Harris, un républicain candidat aux prochaines élections législatives du Maryland, critique cette déclaration:

"Il réagit en tant que juriste et non pas en tant qu'Américain, avec ses discours que ne tiennent pas compte de l'intérêt de l'Amérique.

Peter King, élu républicain de New York au congrès réagit également promptement:

“Le président Obama a tort. C'est un manque de tact et de cœur envers la communauté musulmane que de construire une mosquée à l'ombre de Ground Zero".

Bob Schieffer, correspondant en chef de Washington pour CBS News, fait remarquer que l'attention que porte Obama sur l'affaire de la mosquée "en fait une question de portée nationale. Il est clair que les républicains cherchent à tirer un maximum de profit de cette affaire. Chaque candidat démocrate aux législatives se verra interroger sur cette affaire".

Les dirigeants du parti démocrate prennent rapidement leurs distances par rapport aux déclarations du président.

"Le premier amendement protège la liberté de culte" explique un porte-parole d'Harry Reid, leader de la majorité au sénat, ajoutant que le sénateur "respecte ce principe mais pense que la mosquée doit être construite ailleurs".

Obama lui-même, étonné par la réaction à sa déclaration, doit s'expliquer pratiquement immédiatement.

"Je ne faisais pas de commentaire et je ne compte pas en faire", dit-il, " sur l'opportunité d'avoir décidé de construire une mosquée à cet endroit. Je parlais spécifiquement des droits qui sont conférés à la population et qui remontent à la fondation du pays. C'est l'essence même de notre pays.

Un sondage CNN publié le 11 août montre que 68% des Américains sont contre le centre et un sondage FOX du 13 août montre que 61% de la population U.S. soutient le droit légitime de construire Park 51, mais 64% ne veulent pas que l'association musulmane le fasse. Cela devient la position obligée de tous les responsables politiques: ils ont le droit, mais ils ne doivent pas le faire.
Il ne serait pas judicieux politiquement de préconiser une interdiction générale des mosquées ou des centres culturels islamiques. Mais chacun se sent obligé de déclarer que ce projet spécifique est inopportun parce qu'il manifeste un manque d'empathie vis-à-vis des "Américains", et, en particulier, des familles des victimes du 11/sept.
Justin Quinn, qui administre le blog "U.S. Conservative Politics", par exemple, justifie son désaccord en prétendant que cet édifice offenserait les "milliers de personnes qui pleurent encore la perte de proches qui ont été réduits en poussière lors des attentats".
Mais il y a autre chose également. Rick Lazio, candidat au poste de gouverneur pour l'état de New-York, Gingrich, et Quinn demandent tous une enquête sur le financement du centre, insinuant qu'une partie des fonds pourrait provenir de "terroristes islamistes".
Lazio évoque, l'air sinistre, les "donateurs douteux de la mosquée de Cordoue à Ground Zero" et demande une enquête publique.
Quinn dit: "vérifions au moins d'où vient l'argent avant de payer pour ce truc".
Et voilà également Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants qui monte au créneau: inquiète du retour de bâton des déclarations d'Obama, elle demande que soit également menée une enquête sur le mouvement "anti-mosquée".
Ils insinuent que Rauf a des liens avec le terrorisme international. Cela semble bien improbable puisqu'il est employé par le FBI depuis 2001 pour diriger une formation de sensibilisation à l'islam destinée aux agents et qu'également le département d'état lui a récemment demandé de se rendre dans divers pays du Moyen Orient pour promouvoir une image plus tolérante des Etats-Unis et de leur communauté musulmane.
Cette accusation semble uniquement s'appuyer sur le fait que lors d'une interview en juin 2010 avec Aaron Klein, animateur sur WABC Radio de New York, il a refusé de dire s'il était d'accord avec le fait que le Hamas figure sur la liste noire des "organisations terroristes".
Il avait simplement répondu:

"Je ne fais pas de politique. J'essaie d'éviter ces questions. La question du terrorisme est très complexe … je suis un "bâtisseur de ponts". C'est ainsi que je définis ma tâche. Je ne veux pas être placé dans une position où je deviendrais la cible de l'un ou l'autre camp ".

(Je ne vois rien de condamnable là-dedans. Le Hamas, au départ encouragé par Israël pour remplacer le nationalisme palestinien laïque, a résisté à l'occupation israélienne des territoires palestiniens. Il a observé pendant longtemps les cessez-le-feu conclus avec Israël, jusqu'à ce qu'ils soient rompus par ce dernier. Il a remporté les élections de 2006 en toute légalité. Le département d'état US le considère comme une organisation terroriste depuis au moins 1994 mais l'Union Européenne ne l'a rajouté sur sa liste noire qu'en 2003 sous la pression des Etats-Unis. Beaucoup de personnes, parmi lesquelles l'ex-président Jimmy Carter, ont demandé à ce qu'il soit rayé de cette liste, qui est extrêmement politique et arbitraire et ne fait l'objet d'aucune surveillance particulière du Congrès américain.
Une cour d'appel US a récemment décidé que le département d'état devait réviser sa décision de classer l'organisation iranienne des Moudjahidines du Peuple parmi les "terroristes". Ces affaires sont éminemment politiques et personne n'a à demander à Rauf d'approuver cette liste. Et certainement pas ceux qui sont contre l'intervention de l'état et ses attentes d'obéissance passive de la part des citoyens).
Il y a également des accusations insensées (hormis celles de Gingrich cité plus haut) selon lesquelles ce centre culturel serait destiné à nous narguer avec le 11 sept.

"Cette mosquée à Ground Zero,” affirme Quinn, "a pour but de prouver une position politique simple – que les fondamentalistes islamistes peuvent raser nos édifices, assassiner nos citoyens et ensuite s'appuyer sur nos propres lois pour nous rire au nez."

Il y a aussi des commentaires haineux et provocateurs.
Mark Williams, chef de file du Tea Party Express et "personnalité de la radio" a écrit sur son blog:

"Ce monument comporterait une mosquée qui servirait à vénérer le dieu-singe des terroristes (je répète: "le dieu-singe des terroristes"). Si vous estimez que cela correspond à une description d'Allah, alors il s'agit là de votre propre bagage émotionnel, pas du mien, allez donc voir les terroristes qui se servent d'Allah comme excuse et les musulmans qui leur trouvent des excuses et les justifient) et un "centre culturel" pour faire de la propagande pour l'éradication de tout ce qui n'est pas approuvé par leur religion.

C'est un projet de "American Society for Muslim Advancement" et "Cordoba Initiative", grosso modo le même groupe d'apologistes (mais sous deux noms différents) pour les terroristes et les sauvages qui l'utilisent comme l'idéologie terroriste. Ils masquent leurs noirs desseins en utilisant un charabia New Age pour faire croire que l'islam est simplement mal compris.
Même si ce fasciste a été expulsé de la fédération Nationale du Tea Party pour ses propos racistes sur la NAACP, lui et eux parlent au nom d'un nombre important de personnes quand ils crachent leur vitriol antimusulman.
Franklin, le fils de *Billy Graham, que tout le monde adore, qualifie l'islam de “religion du diable".

Et c'est ainsi qu'à la mi-août, un modeste projet d'un groupe musulman US ordinaire, approuvé par le maire de New York et adopté à l'unanimité par le comité municipal de New York, est devenu le prétexte à une offensive générale contre les droits des musulmans dans ce pays.
Ce qui est effrayant, c'est que la condamnation soit si répandue, bipartisane, et motivée par une peur irrationnelle, si ce n'est par la haine.
Qu'est-ce que cela nous apprend sur ce pays? Cela nous apprend que 9 ans après le 11 sept (et un bon paquet de siècles après la Première Croisade), l'islamophobie est omniprésente et sert les politiques.
Même si l'armée US est censée se battre pour aider les musulmans dans deux pays différents et même si, à la fois, Bush et Obama ont officiellement (quelles qu'aient été leurs motivations) insisté sur le fait que les Etats-Unis ne sont pas contre l'islam, que l'islam est une religion de paix, que nous estimons nos citoyens musulmans … (etc.) la mentalité "nous contre eux" perdure.
L'argument principal contre le centre culturel – à savoir qu'il pourrait offenser la population – signifie qu'il faut que la population se sente offensée par la simple existence d'un lieu culturel islamique non loin de “Ground Zero". Qu'elle se sente offensée de voir un établissement musulman en se promenant dans Lower Manhattan, parce qu'elle l'associe aux terroristes du 11 sept. Qu'il faut qu'elle relie Mohamed Atta et Rauf, ou du moins si elle le fait, il faut respecter ses sentiments. Evidemment, l'espoir de Rauf est de répondre, précisément , à ces préjugés en favorisant la compréhension et le dialogue.
Le fait est, toutefois, que, selon un sondage publié le 10 août , seuls 31% des habitants de Manhattan se sont dits opposés à la construction du centre culturel! Et seule une courte majorité de l'ensemble des habitants de la ville de New York est contre, le résultat sans doute de cette "polémique" fabriquée de toutes pièces!
Et que fait-on des sentiments des musulmans américains, y compris ceux qui ont perdu des membres de leur famille dans les attentats du 11 sept?
Ils entendent parler des projets du "Dove World Outreach Center” à Gainesville, Floride — une église baptiste, qui se fonde sur la bible – d'instaurer tous les 11 sept. une "Journée Internationale d'autodafé du coran".
Ils entendent parler de "campagnes anti-mosquée" à Murfreesboro, Tennessee; à Temecula, Californie; à Sheboygan, Wisconsin.
Le mouvement du Tea Party et des personnalités politiques des partis traditionnels soutiennent activement les lyncheurs anti-mosquée.
J'imagine qu'il y a des personnes qui se sentent offensées d'être injustement associées au terrorisme, simplement parce qu'une poignée de Saoudiens a perpétré il y a neuf ans des attentats contre les Etats-Unis.
S'entendre dire "cette terre sacrée – notre Amérique", et donc, nous ne voulons pas ici de votre centre culturel musulman dégradant et irrespectueux (comme l'a dit Pawlenty), c'est comme s'entendre dire qu'on n'est pas un citoyen à part entière et que sa religion (contrairement à, par exemple, la religion catholique) n'est pas une religion américaine. Cela doit être, au minimum, insultant et frustrant.
L'idée contenue dans "ils nous ont attaqués" –à savoir, tout le monde musulman "nous" a attaqués - est si aberrante que seuls les plus simples d'esprit peuvent y croire, et les plus sournois exploitent leur ignorance à des fins politiques.
C'est toujours les Etats-Unis qui ont attaqué les pays musulmans, ou qui sont intervenus pour imposer un changement de régime, et cela depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Ils apportent depuis 1967 leur soutien quasi-inconditionnel à Israël, acceptant chaque fois les atrocités qu'ils commettent contre les Palestiniens.
Ils ont maintenu impitoyablement les sanctions contre l'Irak pendant toutes les années 90, provoquant la mort d'au moins un demi-million d'enfants.
Ils fournissent des aides à des dictateurs haïs comme Hosni Moubarak en Egypte.
Les forces armées US ont tué des centaines de milliers de civils au cours de la dernière offensive menée contre l'Irak, fondée entièrement sur des mensonges qui n'ont eu d'écho auprès de la population que parce que celle-ci était profondément traumatisée à la suite des attentats du 11 sept et qu'elle était prête à croire qu'un laïque comme Saddam était profondément impliqué dans cette affaire. Elles poursuivent une occupation de plus en plus impopulaire en Afghanistan et, avec leurs attaques de drones contre le Pakistan, elles ont profondément divisé la population pakistanaise. C'est normal que les musulmans se sentent attaqués par les Etats-Unis au niveau mondial.
Que quelques-uns d'entre eux aient riposté par des actes terroristes n'a rien de surprenant ; la CIA appelle cela un "retour de bâton".
C'est normal aussi que la plupart d'entre eux, comme Rauf, aient envie de riposter par des moyens pacifiques comme la pédagogie et le dialogue.
Ce problème ne se limite pas aux Etats-Unis. D'autres pays occidentaux encouragent également l'islamophobie, mettant les musulmans sur la défensive.
En mars 2005, le parlement français votait l'interdiction du foulard islamique dans les écoles publiques. Ce qui a obligé les musulmanes françaises à choisir entre leurs convictions religieuse et l'enseignement public.
En 2005, le journal danois de droite le "Morgenavisen Jyllands-Posten" "invitait les membres du syndicat des dessinateurs éditorialistes danois à dessiner Mahomet tels qu'ils l'imaginaient". Dans la mesure où il est interdit par le coran de reproduire l'image du prophète, et dans la mesure où on pouvait supposer qu'il serait souvent représenté en terroriste, c'était une provocation délibérée.
En décembre 2009, les électeurs suisses ont voté par référendum contre la construction de nouveaux minarets dans le pays (il n'y en a que quatre).
Beaucoup se sentent humiliés par les attaques violentes contre eux, et les musulmans de Gaza, du Liban, d'Irak, d'Afghanistan, du Pakistan et d'ailleurs ont plus de raison de l'être que la population de New York.
La mort de 2976 personnes à New York le 11 sept a été terrible. Mais il y a eu plus de civils tués par les bombes US entre octobre 2001 et mars 2002, et les bombardements actuels ont provoqué l'indignation des Afghans qui étaient pourtant prêts au départ à coopérer avec les US/OTAN. Les parlementaires font grève, les rues de Kaboul se remplissent de manifestants antiaméricains, non pas parce qu'ils sont musulmans, mais parce que leur indignation, partagée par la plupart des non-musulmans du monde, est provoquée par l'impérialisme arrogant.
Les pertes humaines en Irak, le déplacement de millions de personnes, l'augmentation considérable du nombre d'enfants nés avec des malformations ou qui souffrent de leucémie à cause de l'utilisation par les Etats-Unis d'uranium appauvri et de l'agent orange, est catastrophique. Et mis à part le ressentiment à cause des guerres, il y a beaucoup de ressentiment à cause de la discrimination qu'ils subissent dans tout le monde occidental.
Cette polémique sur le centre culturel musulman et les conclusions des sondages indiquent que les élus, les experts et la population en général ne comprennent rien à tout cela, et donc, semblent vouloir à tout prix susciter encore plus de ressentiment chez les musulmans.
Bien qu'athée, j'espère que l'imam et son association tiendront bon et refuseront de se laisser intimider par des démagogues et des imbéciles.

Gary Leupp est professeur d'histoire, et est maître-assistant en Religion Comparée à Tufts University. Il a écrit de nombreux ouvrages sur l'histoire japonaise.

Infos annexes et note perso:

  • La cathédrale de Cordoue: une version différente de celle de Gingrich:

Incidents à la cathédrale de Cordoue entre policiers et touristes musulmans

  • Billy Graham, célèbre télévangéliste avait lui, dans son temps, parlé de la "synagogue de Satan". C'était en 1973, avec Nixon, qui avait enregistré en secret les conversations sur bandes magnétiques qui sont tombées dans le domaine public l'an dernier.

Dans ses enregistrements, également, au cours d'une conversation en 1972, Graham et Nixon s'accordaient à dire que les Juifs contrôlaient les medias US, Graham appelant cela une "mainmise".
Tel père tel fils? Autres temps, même mœurs, avec un simple transfert de boucs-émissaires?
Depuis, Graham s'est confondu en excuses. Mais n'empêche ...

Mais au fait, que va-t-il y avoir à Ground Zero-même (à part, probablement, un MacMachin pas loin, évidemment, mais là, la "population américaine ne sera sans doute pas offensée, faut bien manger; la vie continue, s'pas.)?
Le projet Daniel Libeskind
"Daniel Libeskind a été retenu pour la reconstruction du World Trade Center à New York.
Son projet veut à la fois rappeler la tragédie du 11 septembre mais aussi donner espoir. Le souvenir et le devoir de mémoire seront symbolisés par la préservation de « Ground Zero » en sous-sol (les Memory Foundations) tandis que l'espoir en l'avenir sera représenté par une tour en flèche (Freedom Tower) qui devrait atteindre plus de 541 mètres de hauteur (ce serait alors la plus haute tour habitée au monde). Autre point remarquable et hautement symbolique du projet : tous les ans, le 11 septembre, le site sera éclairé par le soleil sans aucune ombre de 8h46 (premier crash) à 10h28 (effondrement de la deuxième tour). Voir ici.
En juillet 2010: le projet est bien avancé
Déjà, si je peux donner mon opinion, je trouve que construire une tour de 541 m de haut à cet endroit-là, c'est de la provocation. Pas toi? Et je serais Newyorkaise, je me sentirais offensée qu'on colle à nouveau des gratte-ciels qui rappelleraient inlassablement cette tragédie. Et, en plus, ils vont y mettre des gens dedans. Brrr!
Ah, au fait, pour la petite histoire, Daniel Libeskind semble s'être spécialisé dans les lieux de mémoire, consacrés aux Juifs, en particulier, en alternance, apparemment, avec les victimes du 11/9.
En 1989, il a remporté le concours du "musée Juif de Berlin", qui retrace 2000 ans de l'histoire des Juifs en Allemagne.
Puis, parmi ses principales réussites, figurent l’Imperial War Museum (1997-2002, Manchester) – musée de la guerre, curieux qu'il n'y ait aucun musée de la Paix - le musée des Juifs danois (2003-2004, Copenhague) et le Memoria e Luce (2004-2005, Padoue), une sculpture en forme de livre, réalisée en hommage aux victimes des attentats new-yorkais.
Tous ces mémoriaux pour 3000 personnes – même si c'est regrettable pour elles et leurs familles, évidemment - quand des millions sont mortes dans les camps, ça n'offense personne, en l'occurrence?
Et quand des centaines de milliers de personnes - innocentes, elles aussi – sont tombées entre temps (et tombent encore) – soi-disant en représailles, et pour chercher je ne sais qui qu'ils ne trouvent pas - sous les bombes du pays même où a lieu la polémique actuelle sur le centre culturel musulman, ce n'est pas indécent?
Et puis, ils servent à quoi, tous ces monuments quand on voit que l'histoire se répète inévitablement, quand on voit qu'ils ne servent pas de leçon aux générations suivantes, quand on voit que les Etats-Unis sont encore en train de lustrer les bombes qu'ils vont peut-être lancer très prochainement sur un troisième pays musulman?
Ils font table rase de la planète et, parallèlement, ils construisent des lieux de mémoire?
A ce rythme-là, il ne restera plus personne pour se souvenir.
Ce sont des très grands malades mentaux.
Et très dangereux, avec ça.