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"Guerre humanitaire" au Pakistan: les bombes, pas le pain

"… to wade through slaughter … and shut the gates of mercy on mankind".
“Elegy Written in a Country Churchyard”, Thomas Gray (1716-1771) (… se frayer un chemin dans les carnages pour arriver jusqu'au trône … et refermer sur l'humanité les portes de la grâce").

L'étendue de la catastrophe provoquée par les inondations au Pakistan est très peu compréhensible. Comme l'écrit Juan Cole, l'air incrédule: "la région inondée est grande comme le Royaume-Uni, 14 millions de Pakistanais sont touchés et deux millions d'entre eux sont sans abri".
D'après l'ONU, six millions d'habitants ont besoin de secours d'urgence, 36000 souffrent de diarrhées chroniques, et on a diagnostiqué des cas de choléra. Il y aurait 1600 morts, mais le bilan sera probablement beaucoup plus lourd. Il y a des risques de famine.

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L'Indus

L'Indus, un des fleuves les plus longs au monde, qui prend sa source au Tibet traverse la Chine, l'Inde, le Cachemire, les plaines du Penjab et du Sind (au Pakistan), et se jette dans la Mer d'Oman, a inondé les provinces du Sindh et du Baloutchistan, où 90% des villages ont dû être évacués.
Sans possibilité de se mettre à couvert, les habitants ont vu leurs maisons emportées par les eaux pendant la saison de la mousson qui va durer jusqu'à la fin septembre. Des centaines de villages sont inondés, voire complètement immergés, les routes, les lignes ferroviaires, et donc les voies de communication sont coupées alors que la population tente de fuir vers des endroits où ils seront plus en sécurité. C'est la pire inondation de toute l'histoire du pays, certains spécialistes disant que la région n'avait pas connu une telle catastrophe depuis près d'un siècle. Une zone bien plus étendue est actuellement menacée.
Quand les eaux se retireront, le million et plus de personnes directement ou indirectement dépendantes des *mangroves se retrouveront avec peu, voire sans moyen de subsistance, de même que les pêcheurs le long de cette vaste zone.
Si on va consulter les sites d'infos US, l'ampleur de cette tragédie n'a soulevé aucune commisération, mais un esprit de vengeance quasiment unanime. L'un d'entre eux a reçu plus de 19.000 commentaires (oui, plus de 19.000! Les commentaires remontent à mars 2010, avant les inondations, donc. Voir "Yahoo and AP Caught Manipulating User Comments sur la manipulation des commentaires par Yahoo et ceci, également pertinent: Yahoo Spreads Hate Speech to Main Street). Les commentaires sont du genre:

"Priez pour qu'il pleuve encore"; "Oncle Sam, j'ai encore besoin de toi…"; "Ca ne fait pas vibrer votre corde sensible que ce bon vieil oncle Sam veuille donner un coup de main à l'ennemi" ; Ah, dieu fonctionne de façon bien mystérieuse … abandonnés par leur faux prophète"; "combien ça a coûté pour lancer ce missile qui n'a tué que 12 personnes ! Si c'est pas du gaspillage de l'argent du contribuable, ça ! Prenez un missile bien plus grand, et 12000 serait un bien meilleur score!".

Ce sont, hélas, quelques-uns des commentaires parmi les plus modérés, qui s'adressent à une civilisation de vallée fluviale qui remonte à environ 3300 ans avant JC, et où on a retrouvé des outils qui avaient été utilisés il y a 15000 ans.
Le samedi 14 août, c'était la fête de l'Indépendance du Pakistan, célébrée tous les ans depuis 1947. Des drapeaux et des fleurs décorent traditionnellement toutes les maisons, les toits et les véhicules. Cette année, les commémorations n'ont pas eu lieu, remplacées par un silence sinistre dans une atmosphère de mort et d'anéantissement. Les prières ont remplacé les festivités. L'armée a annulé ses commémorations et reversé aux victimes des inondations les fonds attribués aux cérémonies.
Le président Obama avait envoyé un message à l'occasion de leur fête de l'Indépendance, dans lequel il promettait le soutien des Etats-Unis:

"… dans l'esprit d'un partenariat de plus en plus étroit entre nos deux pays", faisant l'éloge du peuple pakistanais "qui réagit avec courage à des inondations sans précédent".
Et il terminait en disant: "j'ai demandé à mon administration de continuer à travailler en collaboration étroite avec le gouvernement pakistanais et de fournir de l'aide pour que vous puissiez faire face à cette catastrophe".

Le Pakistan a demandé des hélicoptères à son "partenaire" US, tout près de là, en Afghanistan. Toutefois, "un haut responsable de l'armée US a répondu que le transfert d'hélicoptères supplémentaires, qui nous font déjà défaut en Afghanistan, demanderait une décision politique à Washington. 'Si on en a dans la région? Oui', a-t-il répondu. 'Sont-ils disponibles? 'Non'", écrit Robert Naiman.
Ce qui était disponible le jour de la fête de l'Indépendance - et troisième jour du ramadan, c'étaient des drones US. Une frappe de missile US sur (comme toujours) un "repaire d'activistes" à la frontière afghane, tuait samedi dernier, selon de nombreux médias, 13 "rebelles" et en blessait cinq autres dans le village d'Eisori, au nord du Pakistan. Attendons les corps des enfants, des femmes, des adolescents activistes. On se demande toujours comment ils peuvent distinguer ces "activistes" en se basant sur une vue aérienne depuis un ordinateur aux Etats-Unis, quand on sait qu'il y en a tant qui se sont avérés être des familles en train de manger ou de travailler la terre, ou des bébés réduits en charpie. Que fait la cour de Justice?
Ces drones sans pilote à bord, qui détruisent des vies depuis 2004 dans le pays "en partenariat de plus en plus étroit" avec les US, pilotés par ceux qui sont passés des jeux vidéo aux jeux de guerre sur cibles humaines réelles, sont sans doute une des abominations les plus mémorables, les plus anormales, les plus lâches et les plus illégales au monde.
Ca, c'est du "partenariat"!
D'abord la bonne ou la mauvaise?
Une cargaison d'U.S. Marines et d'hélicoptères est bien arrivée jeudi dernier, 12 août, pour renforcer les secours d'urgence au Pakistan noyé sous les eaux. Toutefois, étant donné le nombre de membres des services spéciaux US qui étaient, dit-on, présents sur les lieux des bombardements au Pakistan, que ce soit dans les écoles ou les bâtiments municipaux, un cynique pourrait se demander si tout cela se fait bien dans l'esprit d'une coopération et d'un "partenariat" ou s'il s'agit de ne pas perdre de vue ses propres intérêts.
Et les Etats-Unis observent une sorte de protocole pour ce qui est des missiles du ramadan. Pendant le ramadan en Irak, les soldats US inscrivaient sur leurs missiles: " Bon ramadan, Saddam".
Ban, le Secrétaire Général des Nations Unies, a fini par se rendre, en traînant les pieds, au Pakistan, et pour ne pas dire grand chose. Les talibans auraient promis de donner 20 millions de dollars d'aides au Pakistan si celui-ci repousse l'aide des Etats-Unis (étant donné l'attitude des Etats-Unis, ils pourraient bien être sur un coup) et le Président Obama et sa famille, eux, se baignent en Floride pour encourager le tourisme dans les eaux polluées par BP.
Un des commentateurs sur un site d'info US comparait Michelle Obama à Marie Antoinette. On est loin du "changement auquel on peut croire" (“Change we can believe in").
Il y a près de 5 siècles, William Shakespeare le disait déjà:

" parjure, meurtrier, sanguinaire, blâmable, barbare, grossier, cruel, extrême, indigne de confiance".

Drôle de monde.

Felicity Arbuthnot journaliste spécialiste de l'Irak. Auteure avec Nikki van der Gaag, de "Baghdad" dans la série consacrée aux grandes villes pour World Almanac books, elle a également dirigé les recherches pour duex documentaries sur l'Irak, celui de John Pilger: "Paying the Price: Killing the Children of Iraq", et "Denis Halliday Returns", pour RTE (Ireland.).

Notes annexes:

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La mangrove

Pakistan : la mangrove de l´Indus menacée
Les mangroves sont détruites au Pakistan comme dans d'autres pays pour obtenir du fourrage, du bois de chauffage ou de construction alors qu'elles sont particulièrement utiles pour la séquestration du carbone. Elles servent aussi de terrain fertile pour les poissons et d'autres animaux sauvages et offrent une protection contre l'érosion des côtes et les tsunamis. Extrait de ce document.

Des écosystèmes importants
Les mangroves sont des forêts à feuilles persistantes et tolérantes au sel, qui se situent le long des littoraux, des lagunes, des fleuves ou des deltas dans 124 régions et pays tropicaux et subtropicaux, protégeant les zones côtières contre l'érosion, les cyclones et le vent.
Ce sont des écosystèmes importants fournissant du bois, de la nourriture, du fourrage, des plantes médicinales et du miel. Elles sont également des habitats pour nombre d'animaux comme les crocodiles, les serpents, les tigres, les cerfs, les loutres, les dauphins et des oiseaux.
Un large éventail de poissons, de mollusques et de crustacés dépend également de ces forêts côtières et les mangroves contribuent à la protection des récifs coralliens contre l'envasement résultant de l'érosion des terres.
L'Indonésie, l'Australie, le Brésil, le Nigéria et le Mexique comptent ensemble pour environ 50 % de la superficie mondiale des mangroves. Lire plus.

Le Pakistan: quelques notions

Le Pakistan, officiellement la République islamique du Pakistan, est un pays asiatique islamique entouré par l'Iran, l'Afghanistan, la Chine, l'Inde et la mer d'Oman. Fondé le 14 août 1947, le Pakistan entretient des relations tendues avec l'Inde depuis sa création en raison du partage entre ces deux pays du territoire du Cachemire. Il entretient également des relations difficiles avec l'Afghanistan concernant la lutte contre les talibans dans les régions tribales. En revanche, le Pakistan est un allié des Etats-Unis dans la région et entretient des relations cordiales avec la République populaire de Chine, ayant été le premier pays à reconnaitre le régime chinois, en 1950. Le Pakistan dispose de l'arme nucléaire.
Avec 180 millions d'habitants en 2009, le Pakistan est le sixième pays le plus peuplé du monde, avec la deuxième plus nombreuse majorité musulmane après l'Indonésie. Il fait partie des Next Eleven, onze pays à fort potentiel économique pour le XXIe siècle.
Voir la suite sur wikipedia.

On le voit, le Pakistan occupe une position particulièrement délicate. Et on comprend, ainsi, pourquoi l'Empire la joue "je t'aime, moi non plus".

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Pakistan

Voyons l'Iran maintenant:

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Ce n'est pas limpide, tout ça?

L'aide internationale

Voici, en résumé, ce que disent de la situation la plupart des médias occidentaux, sous le titre "Les inondations, un atout pour les taliban pakistanais?" (selon Reuters):
La colère des habitants face aux lenteurs des secours est telle qu'à Islamabad comme à Washington on craint que la catastrophe ne serve les intérêts des talibans pakistanais.
Inspectant jeudi certaines zones dévastées en compagnie du président pakistanais Asif Ali Zardari, le sénateur démocrate John Kerry n'a pas caché que l'enjeu de l'assistance aux victimes n'était pas seulement humanitaire, mais aussi géopolitique, déclarant:

"Nous devons agir rapidement pour éviter que l'impatience (des Pakistanais) n'explose et que certains n'exploitent cette impatience".

Sur les 7,5 milliards de dollars prévus par le programme d'aide US sur cinq ans, 200 millions de dollars ont été immédiatement affectés au financement des secours, signe que les Etats-Unis n'entendent pas donner aux organisations islamistes l'occasion de regagner de l'influence.
Face à la lenteur des secours venant de l'Etat, l'armée, mais aussi les associations d'entraide islamiques, comme il en existe des centaines au Pakistan, ont pris le relais.
Zardari a reconnu lui aussi que le risque d'une exploitation du désarroi de la population face à la catastrophe existait:

"Il est possible que certains, des forces négatives, exploitent cette situation. Ils pourraient prendre des bébés devenus orphelins et les emmener dans leurs propres camps pour en faire les terroristes de demain".

Le président pakistanais et le sénateur américain ont visité ensemble un camp de réfugiés à Jampur, près de Multan, dans le sud du pays où plus d'un millier de personnes y sont hébergées, et où l'armée dirige les opérations.
Certains survivants ont réclamé avec véhémence plus de vivres et de matériel. (...)

Donc, si on récapitule:

Lors de précédentes catastrophes (séisme Haïti, ouragan Katrina en Louisiane, etc.), les US ont envoyé l'armée en guise de secours "humanitaires" pour prévenir les "pillages" et protéger les biens de l'oligarchie et des occidentaux.
Ici, ils fournissent une certaine logistique – toujours militaire - et s'associent avec l'armée pakistanaise pour prévenir la mainmise des islamistes sur la région par le biais des associations humanitaires.
On le constate une fois de plus: la détresse des sinistrés n'a rien à voir avec les opérations d'envergure et tout à voir avec la protection des intérêts de l'empire (Cela dit en passant, les ONG occidentales, elles, n'ont rien à voir avec la stratégie géopolitique et tout à voir avec la philanthropie. Mais j'en reparlerai dans un prochain billet).
Autre parallèles:
A Haïti, c'était Clinton qui s'était aussitôt "associé" au président haïtien, ici, c'est Kerry: ils ne laissent personne d'autre s'approcher, ce sont les maîtres de l'Univers.
A Haïti, des enfants orphelins auraient été enlevés pour être emmenés aux US, pour y être évangélisés, sans doute. Au Pakistan, on craint que les enfants ne soient kidnappés pour être endoctrinés. Décidément.
Quant à la lenteur des secours … les sinistrés d'un pays n'ont rien à envier à ceux d'un autre. Ils peuvent bien attendre, tous tant qu'ils sont.
Des mois, des années, même.
Qu'ils en parlent aux sinistrés du tsunami ou aux victimes de Katrina.

Inondations au Pakistan: voir autres photos ici
Belles et tragiques.