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Un mensonge qui devient évident

Quatre mois après l'adoption de la loi sur le régime d'assurance maladie d'Obama - saluée par la plupart des medias et par toute la nomenklatura progressiste comme étant la réforme sociale la plus à gauche depuis les années 60 – les implications réactionnaires de cette initiative apparaissent encore plus clairement.
Les pièces maîtresses de ce projet, affirmait la Maison Blanche, en étaient l'extension de l'assurance-maladie à des dizaines de millions d'Américains qui n'avaient pas de couverture maladie et la maîtrise des coûts qui rendaient les soins de santé accessibles aux simples citoyens. La réduction des coûts et la mise en place de mesures d'"optimisation de la rentabilité" n'affecteraient pas la qualité des soins, prétendait le président. En outre, ceux qui étaient déjà assurés pourraient garder leurs médecins et leur formule d'assurance maladie. Comme l'avait expliqué WSWS, ces affirmations étaient mensongères. L'objectif de cette loi était de réduire considérablement les dépenses de santé pour les compagnies privées et pour l'Etat en diminuant pour des millions d'Américains la couverture maladie et en limitant les offres.
La classe dirigeante a vu en cette réforme d'Obama l'occasion pour les compagnies privées de se débarrasser des contrats d'assurance maladie payés par l'employeur, ou tout au moins, de limiter la possibilité de choix des salariés en matière de traitement, de médecins-traitant et d'établissements hospitaliers.
Le résultat, s'inquiétait WSWS, serait la création d'un système à deux vitesses où les travailleurs seraient moins bien soignés et où les riches continueraient, grâce à leur argent, de bénéficier des meilleurs traitements. Des articles récents ont confirmé ces craintes.
Un article du New York Times publié le 18 juillet dernier et intitulé:" les assureurs poussent à souscrire des contrats d'assurance qui limitent le choix des médecins" explique:

"alors que le gouvernement d'Obama commence à mettre en vigueur la nouvelle loi sur la couverture santé, les sociétés d'assurance maladie les plus importantes font la promotion de formules d'assurance-maladie à prix réduit qui imposent un choix limité de médecins et d'établissements hospitaliers".

Selon l'article, les géants de l'assurance, Aetna, Cigna, the UnitedHealth Group et WellPoint, ont déjà proposé à des patrons de PME à New York, San Diego et Chicago des formules d'assurances avec des "réseaux limités", et leurs consultants pensent que les "entreprises de toutes sortes vont pencher pour ces formules par souci de réduction des coûts".

"En échange, écrit le Times, davantage d'Américains devront payer plus cher le privilège de choisir ou de conserver leur propre praticien s'il ne figure pas dans la liste de ces nouveaux réseaux. Cela pourrait surprendre beaucoup de ceux qui se souviennent que le président Obama et d'autres hauts responsables politiques n'avaient cessé d'affirmer que les assurés conserveraient tout un éventail d'options pour leur assurance maladie."
A New York, par exemple, la formule d'assurance maladie d'Aetna qui comprend "un réseau limité" propose une liste avec moitié moins de médecins et d'hôpitaux que la formule traditionnelle et à San Diego, 80.000 employés d'établissements scolaires couverts par UnitedHealth se sont vu imposer des assurances-maladie différenciées où les prestations médicales qu'ils doivent payer de leur poche varient selon la qualité et les honoraires des médecins qu'ils auront choisis".

Et c'est ainsi que les employeurs seront en mesure d'économiser 15% des charges.
"C'est le prix qui passe avant tout le reste", explique au Times le docteur Sam Ho, le médecin-chef de UnitedHealth. Que l'objectif de cette "réforme" de l'assurance maladie d'Obama ait été depuis le début de réduire les coûts et non pas d'améliorer l'assurance maladie est un fait que le NYT et tout l'establishment progressiste connaissaient bien et qu'ils ont soigneusement dissimulé au grand public. Comme le signale l'article, les cadres de la compagnie d'assurances Cigna sondaient déjà les PDG sur des formules d'assurances très bon marché alors que la proposition de loi n'était pas encore rédigée.

"Le résultat, c'est que cela exclut les médecins de renom", dit au Times Peter Skoda, contrôleur de Haro Bicycle Corporation à Vista, Californie, "face à une éventuelle augmentation de 35% de ses charges", dit le NYT, d'un ton compréhensif, "Haro est passé à une formule d'assurance maladie d'Aetna qui ne permet pas de consulter des médecins de deux cabinets médicaux affiliés Scripps Health à San Diego http://en.wikipedia.org/wiki/Scripps_Health. Si les salariés se rendent chez l'un des médecins exclus de la liste, les frais médicaux seront entièrement à leur charge".

Le NYT signale que la dernière fois que les entreprises et les assurances avaient tenté de limiter l'accès à des spécialistes ou à des hôpitaux, dans les années 1990, cela avait provoqué une levée de boucliers. C'est pourquoi Obama, avec le secours du NYT et d'autres médias, a voulu cacher au grand public le contenu réel de sa "réforme".
D'après les modalités de la réforme, les entreprises ne sont pas tenues de fournir une assurance-maladie à leurs salariés, a fortiori de conserver les mêmes prestations. Au contraire, les compagnies qui maintiennent des formules d'assurance-maladie que l'Etat estime trop coûteuses, risquent une sanction fiscale. En outre, les patrons ne s'exposent qu'à une amende minime – bien inférieure au montant de cotisations – s'ils cessent de payer l'assurance-maladie de leurs salariés.
Dans le Massachusetts – où le gouvernement de l'état a mis en vigueur une réforme de l'assurance maladie en 2006 – des centaines de patrons suppriment l'assurance maladie de leurs salariés et les obligent à souscrire l'assurance maladie subventionnée par l'état.
D'après un récent article du Boston Globe, à cause de la hausse constante des coûts et de la persistance de la crise économique, les entreprises disent qu'il est bien plus avantageux de payer les pénalités fiscales fixées par l'état s'ils ne fournissent pas d'assurance-maladie aux salariés – approximativement 295 dollars par an par personne – que de verser des milliers de dollars de cotisations.
Des incitations financières similaires vont également être mises en œuvre au niveau national une fois que la réforme d'Obama sera appliquée partout.
Selon la loi, les salariés qui ne bénéficieront plus des avantages sociaux payés par les patrons – de même que ceux qui n'ont actuellement pas d'assurance – devront souscrire une assurance maladie auprès des soi-disant "marchés des assurances santé" (insurance exchanges) gérés par l'état . Et s'ils ne le font pas, ils seront passibles d'une amende.
Les géants de l'assurance, qui vont bénéficier de l'afflux d'environ 24 millions de clients, misent sur le fait que leurs contrats bon marché seront populaires parmi les salariés qui ne peuvent pas payer une assurance de qualité, explique le Times. "Nous pensons que ces contrats d'assurance vont avoir un succès fou au cours des années à venir", dit Ken Goulet, vice-président de WellPoint, une des plus grandes compagnies d'assurances maladie.
Le NYT a mené campagne pour la réforme d'Obama. Le 24 mars, dans un article, intitulé: "Avec son projet de loi sur l'assurance maladie, Obama s'attaque aux inégalités de richesse", David Leonhardt écrivait que la loi était "la plus grande offensive du gouvernement fédéral contre les inégalités financières depuis que les inégalités ont commencé à s'accentuer, il y a plus de trente ans". Cette initiative fait partie, poursuit-il, de la volonté de mettre un terme à ce que les historiens ont appelé 'l'ère Reagan'.
C'était un mensonge éhonté, et les journalistes et les rédacteurs en chef bien payés du Times le savaient parfaitement. En fait, le projet d'Obama de détruire l'assurance-maladie s'inscrit dans le cadre de l'offensive conjointe des entreprises et du gouvernement lancée contre la classe ouvrière dans les années 80 et restée inachevée. C'est la même démarche qui motivait le président démocrate quand il s'est attaqué aux assurances-maladie des salariés de l'industrie automobile lors de la mise en faillite forcée et de la restructuration de General Motors et de Chrysler.
Concernant l'analyse de la "réforme" des soins de santé d'Obama, WSWS se différencie nettement de toutes les organisations prétendument de gauche et des publications bobos comme "the Nation", qui ont fait la promotion d'une loi qui attaque la classe ouvrière.

Jerry White

WSWS

Note perso

Voici, en résumé, certains points essentiels de la nouvelle réforme:
- Permet aux patrons de cesser de fournir l'assurance-maladie à leurs salariés, pire même, les y incite;
- Oblige les salariés à assumer seuls les cotisations pour les soins de santé;
- Oblige les plus modestes (en dehors des plus pauvres qui bénéficieront d'un Medicaid probablement allégé) à choisir un contrat de base avec des clauses encore plus restrictives (je rappelle que l'assurance-vie de base ne couvre pas tous les cas de figure, qui sont optionnels et dûment tarifés, que les non-remboursements sont nombreux, que le montant qui revient à l'assuré est élevé et que les traitements non inclus dans le contrat d'assurance sont payés au prix fort en cas de pépin).

On peut difficilement parler de "succès historique" dans ces conditions, sauf, évidemment pour les grands groupes privés qui vont voir leurs profits monter en flèche, non seulement grâce aux cotisations, mais aussi à l'argent public.

OBAMA ET L'IVG

Revoilà l'IVG remise à nouveau en question, et par Obama himself!

Article en anglais: Obama Restricts Abortion Coverage in High-Risk Pools -- So Much for Our 'Pro-Choice' President (Obama limite la prise en charge de l'IVG dans les contrats d'assurance pour les personnes vulnérables financés par l'Etat – au temps pour notre président "défenseur du droit à l'IVG"!); Friday July 16, 2010

Petit retour en arrière

1° étape: Campagne électorale
Le candidat Obama avait annoncé, lors de sa campagne, qu'il soutenait le droit des femmes à l'IVG.
Mais comme dans le cas précédent, souvent Obama varie. Et, au final, ce sont toujours les idées les plus réactionnaires qui gagnent.

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Discours d'Obama le 17/7/07 au Planning Familial: "Je ne cèderai pas et le Planning ne cèdera pas"
Encore un beau discours. La vidéo.

2° étape: Réforme de santé
- Le 7 novembre 2009: vote à la Chambre des Représentants du projet de loi d'Obama sur le système de santé. Or, juste avant le vote, Bart Stupak, représentant démocrate du Michigan, introduisait un amendement au projet, condition sine qua non pour qu'un groupe de démocrates réactionnaires ne fasse pas obstruction.
Cet amendement stipulait que les fonds fédéraux ne devaient pas rembourser une IVG ou couvrir "'aucune partie de tout contrat d'assurance maladie" qui comprendrait le remboursement d'une IVG, sauf pour le cas où la vie de la mère serait en danger, ou que la grossesse serait survenue à la suite d'un viol ou d'un inceste.
- 24 décembre: le Sénat adopte son propre projet de loi, où l'IVG n'est pas limitée, mais où il est spécifié que les états peuvent décider d'interdire les contrats d'assurances publics qui prendraient en charge l'IVG.
- Conciliation entre sénateurs et représentants: après des allers-retours entre les deux chambres, c'est l'essentiel du projet de loi (amendé) du sénat qui sera adopté en mars 2010.
Sans la clause Stupak sur l'IVG, mais, pour lever les réticences, avec la promesse d'Obama qu'il signerait un décret gouvernemental à ce sujet.

Etape 3: décret présidentiel
Par décret, sous la pression de groupes anti-IVG, Obama décide d'interdire la prise en charge des IVG (sauf pour les cas de figure susnommés) dans les contrats d'assurance "high risk pool" créés par les états et entièrement financés par l'Etat fédéral.
Qu'est donc cette assurance-maladie "high risk pool"?
C'est une assurance publique qui a été créée pour permettre aux personnes ayant des antécédents de santé ou présentant des risques de problèmes de santé d'acquérir une couverture santé à prix abordable en attendant que soient effectivement créés ces "marchés des assurances santé", prévus pour 2014.
Ce programme public permet, ainsi, aux personnes fragiles, qui souffrent d'une maladie grave ou / et chronique, par exemple, de souscrire une assurance-maladie, ce qui leur est impossible sur le marché de l'assurance individuelle.
(Je rappelle que les "problèmes de santé préexistants" permettent aux assurances privées de refuser d'assurer les personnes malades ou "à haut risque" et la suppression de cette clause avait été saluée comme une avancée phare de la "réforme" d'Obama: on constate donc que c'est l'Etat qui assumera et non pas les compagnies privées, qui se débarrassent, du coup, des malades les plus coûteux… Encore une fourberie de plus.).
Mais revenons à l'IVG.
Obama décide, donc, alors que rien dans la loi ne l'exige, de mettre en vigueur l'amendement même qui avait été proposé par Stupak et qui avait été rejeté par l'immense majorité des élus du Congrès.
Cette mesure, de plus, ne permet pas aux états d'opter ou non pour la prise en charge des IVG, comme l'indique la loi, et elle n'accorde même pas le droit aux femmes de souscrire un contrat spécifique sur leurs propres deniers.
Et donc, cela signifie que les femmes les plus fragiles, qui n'ont pas d'autre choix que de souscrire cette assurance-maladie, n'auront pas le droit d'avorter si elles le désirent, sauf à remplir les conditions pré-requises.
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Ceci constitue non seulement une atteinte grave au droit à l'IVG, qui n'avait pas besoin de ce coup de boutoir supplémentaire, mais il frappe encore et toujours les populations les plus vulnérables, et en particulier, les femmes.
Ce n'est pas une surprise, mais c'est quand même affligeant de voir les couleuvres que le bel Obama a fait avaler à ses électeurs et à ses électrices.

Obama, qui peaufine l'offensive impitoyable menée par une caste d'escrocs parasites contre les travailleurs-ses depuis Reagan:
Chômage endémique, délocalisation des emplois industriels, emplois précaires, à temps partiel et sous-payés, suppression des aides sociales, démantèlement de l'éducation publique, suppression de services publics (gaz, électricité, eau, services sociaux), saisies immobilières, régions sinistrées, états en faillite.

Un pays à la dérive qui sert de modèle à la nullité dont nous avons hérité à la tête de l'Etat français.

Bon, maintenant, vous commencez à me croire pour Obama, ou auriez-vous encore pour lui les yeux de Chimène?

Liens:
Médecine privée aux USA: ce sont encore les femmes qui en pâtissent le plus (sur ce blog)

La saga de la "réforme de santé d'Obama (en anglais) NYT. Document très complet.