Jeudi, il était dans une petite usine de camions électriques à Kansas City pour présenter sa politique économique.
Dans ces deux discours, pas une fois Obama n'a fait allusion au fait que le Congrès a rejeté la proposition de prolonger le versement des indemnités de chômage, privant de tout revenu des millions de chômeurs longue durée. Il n'a jamais évoqué non plus le refus du Congrès d'adopter une mesure en faveur d'une rallonge des aides fédérales destinées aux états pour Medicaid (assurance santé pour les plus pauvres, NDT), ce qui va se traduire par des centaines de milliers de licenciements de nouveaux salariés du public et d'enseignants, ainsi que de nouvelles coupes budgétaires pour l'éducation et d'autres services publics indispensables.
Dans les deux discours, Obama a répété plusieurs fois que l'économie "va dans la bonne direction et qu'elle "va de l'avant" malgré les signes de plus en plus évidents d'un ralentissement qui contredisent tout espoir d'une hausse de l'emploi significative.
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Le taux de chômage réel aux Etats-Unis est supérieur à 20%. Le chômage de longue durée n'a jamais été aussi élevé depuis la seconde guerre mondiale. Des millions de jeunes n'ont aucun espoir de trouver un emploi. Les prix de l'immobilier, la principale source de richesse de la plupart des ménages – continuent de chuter. Les saisies immobilières, la perte de domicile, les coupures d'électricité, de gaz et autres services, et la pauvreté grimpent en flèche. Les écoles, les parcs et les musées ferment leurs portes, et ce qui reste de filet de protection sociale est mis en lambeaux.
Obama cherche à présenter cette catastrophe sociale sous un jour positif afin de justifier son refus de prendre de véritables mesures pour créer des emplois et procurer des aides aux chômeurs, et de laisser tomber même les mesures insignifiantes qu'il avait mises en œuvre en 2009.
Semblant sourd, muet, et aveugle face à la détresse de dizaines de millions d'Américains, Obama débordait de sollicitude lors de son discours à la Maison Blanche envers les requins de Wall Street et les capitaines d'industrie.
Ne tarissant pas d'éloges sur le "secteur privé", il le désignait comme "la source de nos créations d'emplois, de notre croissance économique et de notre prospérité".
Il a proclamé son engagement pour la prospérité de "tout notre peuple", donnant autant d'importance rhétorique à "nos travailleurs " et à "nos chefs d'entreprise" – c'est-à-dire à 200 millions de travailleurs et quelques milliers de capitalistes multimillionnaires.
Obama en a appelé à la création de "nouvelles bases" pour l'économie, qui reposerait sur un renouveau du secteur industriel et le développement des exportations de produits manufacturés. Faisant allusion à la manière d'y parvenir, il en appelait à la fin des "bulles de consommation". Les cadres présents ont bien compris le message: les salaires et le niveau de vie des Américains seraient diminués et leur productivité augmentée de façon à constituer une réserve de main d'œuvre ouvrière bon marché pour pouvoir exporter sur le marché mondial.
Obama a insinué que la classe ouvrière vivait jusqu'à présent au-dessus de ses moyens. En réalité, le niveau de vie de la classe ouvrière stagne ou est en baisse depuis ces quarante dernières années. C'est l'aristocratie financière qui s'est bourré les poches grâce au pillage des richesses nationales.
La nomination par Obama d'Alan Mullaly, le PDG de Ford, à l'Export Council est révélatrice. Ford, ainsi que GM et Chrysler, est tout disposé à empocher d'énormes bénéfices grâce à des licenciements massifs et des fermetures d'usine et une réduction de 50% des salaires des travailleurs nouvellement embauchés, avec le secours de l'Auto Task Force (commission pour renflouer les constructeurs automobiles, NDT), créée par Obama l'an dernier.
Une autre nomination montre bien qu'Obama tremble devant le patronat. En mai, Obama a demandé au lobby des PDG américains (appelé "Business Roundtable) de lui faire savoir ce qu'ils n'aimaient pas parmi les mesures prises par le gouvernement.
Parlant au nom de l'association, le PDG de Verizon Ivan Seidenberg, s'en est pris violemment et publiquement au gouvernement, l'accusant de pratiquer des politiques hostiles au patronat. Obama s'est fait un devoir de nommer Seidenberg à la commission sur les exportations.
Les grands patrons ont mis de plus en plus de pression sur la Maison Blanche pour qu'elle accélère et intensifie les offensives contre le niveau de vie de la classe ouvrière, comme l'abandon des mesures de relance même minimales. Ils veulent passer plus rapidement aux mesures d'austérité, parmi lesquelles des réductions dans les programmes sociaux vitaux tels que Medicare (assurance-maladie pour les personnes de plus de 65 ans, NDT) et les autres prestations sociales.
Certains éléments du patronat sont également mécontents même des mesures symboliques prises par le gouvernement pour réformer les marchés financiers. Ils réclament plus de réductions d'impôts et plus d'aides financières, et demandent que cesse la campagne de dénigrement contre le monde des affaires comme se sont parfois permis de le faire Obama et d'autres membres de son gouvernement.
Cette pression se traduit au congrès par le refus des républicains et d'un nombre croissant de démocrates de voter pour les mesures d'aides même les plus minimes, comme l'allongement du versement des indemnités chômage.
Certains journaux signalent que ces derniers temps un nombre important de dons des grandes entreprises pour les campagnes électorales qui étaient allés auparavant aux candidats démocrates étaient reportés sur les républicains. Le Washington Post titrait dernièrement: “les comités de campagne des démocrates perdent les mécènes de Big Wall Street".
Le gouvernement est insensible aux besoins et aux attentes de millions de travailleurs qui luttent pour garder un toit au-dessus de leur tête et pour nourrir leur famille. Mais sitôt que Wall Street parle, Obama se met au garde-à-vous.
La Maison Blanche a lancé une campagne de relations publiques pour démentir cette accusation d'hostilité à l'égard du patronat. Rahm Emanuel, le chef de Cabinet de la Maison Blanche donnait, jeudi dernier, une interview à Politico où il reprenait tout ce qu'avait accompli le gouvernement en faveur du secteur privé. Politico écrivait:

“Emanuel explique que, au lieu de s'en prendre à Obama, les grands patrons feraient bien, au contraire, d'être reconnaissants de son soutien sur au moins une demi-douzaine de points: la défense du commerce international; la réforme de l'éducation; les opérations d'open market malgré le scepticisme des syndicats; le refus de nationaliser les banques pendant la crise économique, malgré certaines pressions; le sauvetage du secteur automobile; la refonte du système de santé où a été préservé le système d'assurance géré par les compagnies privées; le fait que les milliards de dollars du plan de relance ont permis au secteur privé de signer de nouveaux contrats lucratifs (…) etc.".

Et donc, également, avec la crise du chômage, le patronat veut maintenir le chômage à un taux élevé pendant des années afin d'utiliser le chômage massif comme bélier pour imposer des baisses de salaires et la dégradation des conditions de travail. C'est exactement la politique que mène la Maison Blanche, bien qu'elle prétende se soucier de la détresse des chômeurs.
L'incapacité d'un président démocrate – un Noir présenté comme le porte-drapeau de la branche progressiste du parti – à réagir un tant soit peu à la profonde colère de la population, ou même à se tenir à l'écart de ces criminels du monde de la finance qui ont précipité une catastrophe sociale – et écologique, avec l'explosion de la plate-forme pétrolière de BP – montre l'insensibilité de tout le système politique vis-à-vis des besoins élémentaires de la population.
La dictature de facto du capital – son absolue domination sur les deux partis politiques et toutes les branches de l'état – n'a jamais été aussi totale.
Quelles conclusions peut-on en tirer? Que le système capitaliste basé sur les profits est incompatible avec les besoins essentiels de l'immense majorité de la population. Que pour défendre ses besoins fondamentaux – le droit à un emploi, à un salaire décent, à l'éducation, à la santé, au logement, à une retraite sûre – la classe ouvrière doit rompre avec les deux partis du capital et se battre pour une transformation socialiste de la société.

Tom Eley et Barry Grey

Note perso

Bon, alors, voyons un peu …
La majorité des emplois industriels ont été délocalisés, d'abord en banlieue où vivent les classes moyennes, puis, à l'étranger et, donc, les usines ont été fermées, ne laissant aux ouvriers, au mieux, que les emplois de services, bien moins rémunérés et avec peu (ou pas) d'avantages sociaux (assurance maladie, retraite, etc.). Alors, il veut exporter quoi, Obama? Un savoir-faire? Il y a longtemps qu'ils ne forment plus grand monde dans le pays, à part des gogos sur les joies du marché libre.
Mais admettons qu'ils relancent la fabrication de produits industriels, à qui donc vont-ils les fourguer?
Pas chez eux: ce n'est pas avec un salaire de misère qu'on peut consommer, n'est-ce pas?
Aux pays pauvres qu'ils ont criblés de dettes et pillés, et dont la majorité des habitants n'a même pas de quoi manger?
Aux pays occidentaux, qui sont également en pleine déconfiture? Et qui ont, maintenant, le FMI à leurs trousses, vous savez ce truc qui a imposé des "ajustements structurels" aux pays pauvres pour les délester de leurs services publics et de leurs ressources. Eh bien, il vient gratter tout ce qui est monnayable par chez nous aussi.
Reste plus ou moins la Chine, dont ils reluquent le potentiel de clientèle. Mais la Chine, elle ne va pas forcément s'en laisser compter. Et puis, la Chine, elle est capable de fabriquer ses propres produits.
Il est clair que cette oligarchie mondiale n'a aucune solution à proposer – et elle le sait parfaitement: elle nous enfume, c'est tout, pour nous soutirer encore du pognon.
Alors, quand rien ne va plus, il faut une bonne guerre, non?
Mais jusqu'où les laisserons-nous aller?

Oblamé

C'est le début de la fin pour Obama. Il n'arrive même pas à passer ses quelques réformes-leurres pour laisser croire à la population encore dans l'expectative qu'il les a entendus.
L'autre avait dit: "ils préfèreront toujours l'original à la copie". Eh bien, c'est ce que s'obstinent à oublier les démocrates US: le capital a toujours privilégié les Républicains et s'ils permettent l'alternance, c'est pour faire oublier un temps leurs turpitudes.
Mais ils ont toujours mené la vie dure aux Démocrates. Voyez Clinton, venu remplacer Bush papa, eh bien, ils l'ont harcelé pour une affaire qui n'aurait pas dû dépasser le cadre privé. Et qui ont-ils mis à la place? Bush fiston. Ah, ils ont de la suite dans les idées! (avec Andouille Premier ici, en France, pourvu qu'il ne se passe pas la même chose!).
Et qui a remplacé Bush? Son antithèse - physiquement et intellectuellement. Mais question politique: le même.
Oui, mais voilà, au lieu d'être contents de tout ce qu'Obama a fait pour eux, Wall St et Big Business, les ingrats, renâclent.
Je ne dirai pas qu'Obama est une pâle copie (quoique ...), mais c'est un peu ça.
Alors, que va-t-il se passer, me direz-vous?
En novembre prochain, il va y avoir les élections de mi-mandat pour le renouvellement de l'ensemble des sièges de la Chambre des représentants et du tiers du sénat. Donc, la campagne électorale va s'accélérer et les élus retiennent leur souffle.
Les élus démocrates, qui sentent le mauvais vent venir, ne vont plus oser se démarquer des républicains.
Obama ne pourra plus rien faire passer (si tant est qu'il chercherait à proposer enfin quelque chose d'original).
La droite dure va voter républicain, comme d'hab, ceux (toujours de droite – mais un peu moins - il n'y pas de gauche dans ce club) qui ont voté Obama parce qu'ils en avaient marre de la niaiserie de Georgie Boy et de sa bande de tarés et qu'ils croyaient au "changement" et à "Yes we can" (à ce stade-là, croire en Dieu me paraît bien plus réaliste, m'enfin) voteront aussi républicain et ceux de gauche qui se sont fait arnaquer sur tous les tableaux ne se déplaceront même pas, ou voteront pour un obscur petit candidat (s'il y en a) qui n'a aucune chance à côté des mastodontes.
Moi, ça me fait marrer qu'on parle de "démocratie" quand 90% de la population est complètement ignorée et n'a droit à la parole nulle part.
Et dire qu'on prétend qu'il n'y a pas de prisonniers politiques …
Résultat: un congrès bourré de républicains revanchards, armés jusqu'aux dents, prêts à en découdre avec la clique démocrate d'Obama et surtout à faire tomber ce noir arrogant qui a osé s'installer à la Maison Blanche, LEUR Maison Blanche. D'ici à ce qu'ils lui trouvent une Monica …
Et voilà: grandeur et décadence une fois encore. Le système capitaliste est bien huilé: plus ça "change" plus c'est pareil, et le vote des citoyens n'est qu'un alibi pour légitimer et pérenniser la caste des oligarques.

Vous l'aurez compris, toute ressemblance entre les démocrates et le parti socialiste français serait purement fortuite.
Voire: tout rapprochement avec notre démocratie à nous serait complètement ridicule.