Le projet de loi présenté à la Chambre des Représentants à l'encontre de l'Iran contient des accusations sans fondement.

Jim Costa (Californie), un élu du Congrès propose un projet de loi qui a été présenté au Congrès américain mardi dernier et qui "exprime le sentiment de la Chambre des Représentants, à la date anniversaire du trucage des élections par le gouvernement iranien, sur les constantes violations des droits humains et le déni de démocratie à la population iranienne, et sur la persistance de l'Iran à poursuivre son programme d'armement nucléaire .
Ce projet de loi, HR.1457, a été présenté au comité des affaires étrangères de la chambre des Représentants et est soutenu également par Gary L. Ackerman (NY), Howard L. Berman (Calif.), Dan Burton (Indiana), Ron Klein (Floride) Mike Pence (Indiana), Ted Poe (Texas), et Ileana Ros-Lehtinen (Floride).
Ce projet affirme que:

Le décompte des voix des élections du 9 juin 2009 ne correspondait pas aux tendances démographiques et politiques, comme on l'a vu, par exemple, dans certaines provinces où le nombre de voix dépassait le nombre des inscrits et dont les résultats, de plus, révélaient un nombre inhabituel de voix pour Ahmadinejad dans des circonscriptions où l'opposition est traditionnellement majoritaire."

Le projet évoque également ce qu'il appelle "le décompte des voix irréaliste du gouvernement iranien et l'annonce mensongère des résultats des élections".
En outre, ce projet de loi condamne "la persistance de l'Iran à poursuivre son programme d'armement nucléaire".
L'allégation selon laquelle les résultats des élections de 2009 ne correspondrait pas aux tendances démographiques et politiques" repose sur l'idée qu'il y aurait eu un revirement suspect en faveur d'Ahmadinejad, mais est contredite à la fois par les votes précédents et par les nombreux sondages d'opinion réalisés avant et après les élections. Ahmadinejad a remporté le second tour des élections de 2005 avec 61.7 % des voix, ce qui est comparable aux 63 % de 2009.
Juste avant les élections, un sondage d'opinion réalisé par Terror Free Tomorrow, the New America Foundation, et KA Europe SPRL annonçait Ahmadinejad comme étant le candidat le mieux placé avec plus 2/3 des intentions de vote.
Dans ce sondage, 34% des personnes interrogées déclaraient avoir l'intention de voter pour Ahmadinejad contre 14% pour son principal adversaire, Mir Hossein Moussavi.
Huit sondages de l'Université de Téhéran donnaient tous Ahmadinejad comme favori.
Un sondage d'opinion effectué par l'institut de sondage en ligne, World Public Opinion (site spécialisé dans les recherches sur la perception de la politique internationale par l’opinion publique, NDT), après les élections, en septembre 2009, révèle que 87 % des sondés qui ont dit avoir pris part au vote ont voté à 55% pour Ahmadinejad, contre 14 % seulement pour Moussavi.
Ce sondage montre également que "81 % des Iraniens considèrent Ahmadinejad comme le président légitime de l'Iran”, contre 10% d'opinions contraires.
Une étude réalisée par GlobeScan à la suite des élections conclut également qu'une majorité d'électeurs a voté pour Ahmadinejad, avec 76% des sondés disant qu'ils pensaient que les élections étaient justes, et 16 % qui estimaient qu'elles étaient "pas très justes ou pas justes du tout".
Deux autres sondages menés par l'université de Téhéran concluaient également qu'une majorité d'électeurs avait voté pour Ahmadinejad.
Walter Mebane, analyste politique, statisticien, et spécialiste des fraudes électorales, a procédé à une analyse des résultats qui a conclu qu'il n'y avait aucune "preuve concrète qu'il y a(vait) eu fraude".
Une étude effectuée par World Public Opinion en février 2010 concluait également qu'il n'y avait aucune preuve tangible permettant de conclure qu'Ahmadinejad avait remporté les élections à la suite de fraudes. L'argument selon lequel il y avait eu, dans certaines provinces, un nombre de bulletins supérieur au nombre d'inscrits est l'argument majeur de ceux qui prétendent que l'élection a été truquée.
La source la plus citée pour étayer cette thèse est un rapport rédigé par Chatham House et l'"Institute of Iranian Studies" intitulé: "Analyse préliminaire des chiffres des élections présidentielles de 2009 en Iran", qui soutient que le taux de participation supérieur à 100% dans les provinces du Mazandéran et d'Yazd prouve qu'il y a eu fraude.
Ce rapport admet que les électeurs iraniens peuvent voter n'importe où dans le pays et pas seulement dans leur province d'origine, mais part du principe que le pourcentage de personnes concernées n'est pas significatif.
Toutefois cette analyse, effectuée principalement par un spécialiste déclaré de l'Iran, le professeur Ali Ansari, ne tient pas compte du fait que les élections ont eu lieu un vendredi, jour de prière des musulmans, et qui est également le weekend en Iran.
Le Conseil des Gardiens de la Révolution en Iran, en réponse aux accusations de fraude électorale, a publié un rapport expliquant que

les gens se déplacent le weekend vers des endroits où les conditions climatiques sont meilleures", que les étudiants votent dans les grandes villes où ils font leurs études plutôt que là où ils sont inscrits, que les militaires votent également là où ils sont stationnés, et que les grandes villes attirent les travailleurs vivant à l'extérieur.

Ce rapport fait également remarquer que le même phénomène s'est produit pour les élections précédentes, qui n'avaient alors fait l'objet d'aucune contestation, et qu'il était "tout à fait normal et inévitable". "Dans de nombreux endroits, le nombre de votants était nettement plus élevé que le nombre d'inscrits", poursuivait le rapport des Gardiens de la Révolution.
Dans un des cas, à Shemiran (partie nord de Téhéran, NDT), le nombre de bulletins dépassait de 800% le nombre d'inscrits, un taux nettement plus élevé que ce qui a été constaté lors des élections de 2009. L'affirmation qu'il y a eu "annonce mensongère des résultats des élections" contenue dans le projet de loi (au congrès US, NDT) s'appuie sans doute sur le fait que le gouvernement a annoncé les résultats trop vite.
Toutefois, ce qu'oublient opportunément de préciser les comptes-rendus qui soutiennent que c'est la preuve qu'il y a eu fraude, c'est que la proclamation précipitée des résultats avait été provoquée par l'annonce de l'équipe de campagne de Moussavi qui affirmait, avant même la publication du décompte des voix, que, d'après les "indications recueillies dans tout le pays'', il ne faisait aucun doute que c'était lui qui avait remporté l'élection.
Moussavi avait annoncé lors d'une conférence de presse le jour des élections: “Il est incontestable que c'est moi qui ai gagné les élections avec un écart considérable.”
L'agence de presse iranienne réagissait une heure plus tard en annonçant que c'était Ahmadinejad qui avait effectivement remporté l'élection.
Les analystes politiques, Flynt Leverett and Hillary Mann Leverett, écrivaient dans " Foreign Policy" au début du mois que si tant de personnes n'avaient rien compris à ce qui s'était passé après les élections en Iran, c'était à cause du mauvais journalisme délibéré, motivé, du moins dans certains cas, par les ambitions politiques de leurs auteurs.

"Depuis pratiquement le lendemain des élections" disent-ils, "l'immense majorité des journalistes occidentaux et des "experts" sur l'Iran aux Etats-Unis se sont hâtés de conclure que le résultat des élections ne pouvait provenir que d'une fraude électorale".

Mais, ajoutent-ils, personne n'a pu apporter l'ombre d'une preuve pour étayer cette thèse ".
Ils indiquent également que “Moussavi n'a jamais pu fournir de preuves pour corroborer ses déclarations publiques".
Et l'affirmation contenue dans l'avant-projet de loi du congrès US concernant la poursuite du programme d'armement nucléaire en Iran ne repose pas plus sur des preuves tangibles. En 2007, un rapport du National Intelligence Estimate (NIE) indique que l'Iran n'avait pas de programme d'armement nucléaire parallèlement à son programme civil.
En septembre 2009, Newsweek annonçait que les agences des services secrets s'en tenaient toujours à cette déclaration.
Le rapport du NIE avait affirmé que l'Iran avait eu un programme d'armement nucléaire jusqu'en 2003, mais l'Agence internationale de l'énergie atomique (l'AIEA) publiait un rapport en septembre 2009 disant: “ l'AIEA affirme à nouveau qu'il n'a aucune preuve concrète permettant d'affirmer qu'il y ait eu ou qu'il existe un programme d'armement nucléaire en Iran”.
L' AIEA, qui surveille activement le programme nucléaire en Iran, n'a cessé de répéter qu'il n'y a eu aucun détournement d'équipement nucléaire civil pour être utilisé à des fins militaires.
L'ancien directeur-général de l'AIEA, Mohammed ElBaradei, n'a cessé de dire qu'il n'y avait aucune preuve que l'Iran avait un programme d'armement nucléaire.
Son successeur, Yukiya Amano, interrogé sur cette question, a également déclaré, juste avant de prendre ses fonctions : "je ne vois aucune preuve dans les documents officiels de l'AIEA".
Depuis lors, les Etats-Unis n'ont jamais réussi à produire une seule preuve de ce qu'ils avancent sur le programme d'armement nucléaire en Iran, comme l'affirme, par exemple, ce nouvel avant-projet de loi.

''Jeremy R. Hammond est le rédacteur en chef de " Foreign Policy Journal", un site qui fournit des informations, des analyses et des chroniques indépendantes qui sortent du cadre habituel des informations officielles données par les autorités de l'Etat ou les médias mainstream. Il a figuré parmi ceux qui ont reçu le prix des Project Censored Awards 2010 pour son travail remarquable de journalisme d'investigation et il a écrit The Rejection of Palestinian Self-Determination. ''

Note perso

Eh bien, c'est bien ce que je disais à la fin de ce billet: les ingrédients sont dans la boite – et bien mûrs - pour justifier d'une agression contre l'Iran et déclencher les hostilités incessamment:

Elections truquées;
Violations des droits des êtres humains;
Déni de démocratie
Développement de l'arme nucléaire (ADM)

Un petit air de déjà vu, non?

Un peu gros de la part des députés US, il me semble.
Alors que, question démocratie:
Ils ont laissé élire sans moufeter un président qui avait sciemment truqué les élections dans leur propre pays; Ils ont cherché à évincer les communautés pauvres (et illettrées par la faute des élites, dont eux-mêmes) des listes électorales;
Les candidats aux élections sont sponsorisés par des compagnies privées à qui il faut évidemment rendre l'ascenseur en lieu et place de l'intérêt public;
Et le reste.

Quant aux armes de destruction massive, ils en ont à revendre (et pas aux plus tendres), et des plus perfectionnées, au point qu'ils arrivent à tuer à distance sans être humain aux commandes (drones) ou avec un effectif très réduit.
Les ADM, d'autre part, sont des armes interdites par les lois internationales qu'eux seuls et Israël ont jamais testées sur le terrain sur les populations civiles: bombe atomique (Hiroshima, Nagasaki), Agent Orange (Vietnam) bombes à l'uranium enrichi (Moyen-Orient) … etc. La liste est impressionnante.

Et si on veut parler des violations des droits humains, où qu'on se tourne, on trouve les US en tête.

Dans le pays:

Population carcérale: 2,3 millions de personnes incarcérées sur une population adulte de 230 millions de personnes (1 sur cent) (la Chine, 1,5 million de prisonniers pour une population de plus d'un milliard; Russie 890 000 de personnes détenues pour 142 millions d'habitants, rapport 2007). Peine de mort;

Procès bâclés, avocats commis d'office (il n'y a pas de riches dans les couloirs de la mort), subornation de témoins … ;
Refus de révision de procès, même si des éléments nouveaux pourraient disculper le condamné – même si les innocents ne manquent pas dans le couloirs de la mort;
Prisonniers politiques incarcérés depuis plus de trente ans
Mineurs incarcérés à vie
Etc.

A l'étranger:
Guerres d'invasion;
Massacres de populations civiles;
Destitution, voire assassinat de personnalités politiques, de façon directe ou indirecte;
Installation de marionnettes à leurs bottes, même si ce sont des dictateurs sanguinaires.

J'en passe. C'était juste un petit rappel, au cas où on aurait oublié.

Alors, de quoi je me mêle?