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La propagande, le culte de la nation et l’attaque contre la Flottille de la Liberté

Comme nous l'avons développé dans la première partie, la couverture médiatique de la capture non violente par l'Iran de 15 marins britanniques (dans les eaux territoriales iraniennes) s'est essentiellement intéressée à l'absence humiliante de riposte en légitime défense.
Les médias se sont placés sous une optique complètement différente pour présenter l'assaut israélien du 31 mai contre le bateau Mavi Marmara qui transportait des militants des droits de l'homme et des provisions destinées à la population assiégée de Gaza.
Dans ce cas-ci, la question-clé n'était pas de savoir pourquoi les marins n'avaient pas ouvert le feu (ils n'avaient pas de fusils) sur leurs kidnappeurs qui venaient vers eux, mais s'ils avaient usé de violence moindre – en se servant de bâtons et de barres - avant que les commandos n'ouvrent le feu, tuant 9 personnes et en blessant des dizaines. Les deux premières questions de BBC on line s'intéressaient carrément à la question de savoir qui avait commencé les hostilités:

"Comment a débuté l'affrontement?
Les six bateaux, en provenance de Chypre, ont été arraisonnés dans les eaux internationales. Les commandos à bord d'un hélicoptère ont sauté dans le plus grand en descendant le long de cordes. Ils ont été attaqués par les militants à bord, et ont ouvert le feu.
"Qui a commencé?
Cette question fait l'objet d'une polémique. Les militants disent que les commandos ont commencé à tirer dès qu'ils ont mis le pied sur le bateau. Les autorités israéliennes déclarent que les commandos ont tiré en état de légitime défense. Les vidéos montrent des militants avec, à la main, quelque chose qui ressemble à une batte de base-ball et d'autres objets".

La BBC titrait: "Qui a commencé les hostilités?". Et pourtant, dans l'affaire des marins britanniques, il allait de soi que l'intention de s'emparer des marins justifiait, non pas simplement l'utilisation de bâtons et de barres, mais celle de mitraillettes, malgré l'absence de violence de la part des Iraniens.
Et bien sûr, un des principes de base des lois internationales, c'est que l'agression est d'autant plus grave quand l'armée s'attaque à des civils et non à des combattants. Et donc, si les marins britanniques avaient le droit de se défendre avec des fusils pour éviter d'être capturés, que dire de militants d'ONG armés de bâtons devant une violation bien plus flagrante de leurs droits en tant que "civils"?
Ce qui nous ramène au lavage de cerveau sur le culte de la nation. Comme nous l'avons dit précédemment, les actes accomplis par les "forces de sécurité" sont considérés plus légitimes que ceux d'individus lambda. N'en déplaise à la propagande israélienne, des "militants" sans armes ne sont pas des "terroristes", mais il leur manque toutefois l'autorité inhérente aux agents de l'état.
Les adeptes du culte de la nation considèrent qu'il est illégitime de résister aux agressions des forces de sécurité. Comment pouvons-nous comprendre cette façon de voir les choses? Le juge Dredd, le flic ultraviolent du film d'animation se plait à répéter: "la loi, c'est moi". Par définition, dans ce cas, il est illégal de résister aux forces de l'ordre, même si elles vous agressent, vous capturent et vous tuent.
Le Daily Mail, qui avait été si scandalisé par la capture des marins britanniques, écrit:

"Alors qu’il est absolument certain qu’aucun des Britanniques à bord n’a pris part aux violences commises, il est devenu évident hier que certains des marins – ne serait-ce qu'une infime minorité – étaient déterminés à en découdre".

Un éditorial du Times titrait: "Israël s'est conduit de façon épouvantable, mais ceux qui étaient à bord des bateaux doivent également faire l'objet d'une enquête approfondie".
Peut-on imaginer que le Times aurait exigé "une enquête approfondie" sur la conduite des marins britanniques si huit d'entre eux avaient été abattus alors qu'ils étaient sans armes et lors d'une mission humanitaire?
"Neuf civils tués : une catastrophe en matière de communication "
Nous doutons qu'il y ait eu des exemples (nous n'en avons trouvé aucun) d'articles de journaux déplorant "une catastrophe en matière de communication" pour l'Iran dans l'affaire du "kidnapping" des marins britanniques. En revanche, les médias se sont constamment référés à l'assaut israélien en ces termes.
Ainsi, le 31 mai, Jonathan Marcus, journaliste de la BBC, spécialiste des relations internationales, écrivait sur le site internet de la BBC:

"Cette opération représentait inévitablement un grand risque pour Israël à la fois en matière de réputation et au niveau des répercussions sur les relations diplomatiques.
S'emparer de bateaux en pleine mer n'est pas une tâche facile, même si les unités chargées de cette mission sont bien entraînées, et c'est d'autant plus difficile si les personnes à bord opposent une résistance. On saura, avec le temps, exactement ce qui s'est passé, mais, sur le plan politique, le mal est fait. Ces morts risquent de transformer en désastre intégral ce qui s'annonçait comme une éventuelle catastrophe en matière de communication ".

Nous avons écrit à Marcus le jour même:

Bonjour, Jonathan,
Vos commentaires sur le site de la BBC sont scandaleux: " Cette opération représentait fatalement un grand risque pour Israël en matière de réputation et de répercussions au niveau diplomatique".
Nul doute que cette opération était bien plus risquée pour les militants des ONG. Présenter le massacre comme étant essentiellement un désastre en matière de communication pour Israël dépasse l'entendement – 19 personnes (sic – c'était le bilan qui avait été annoncé à l'époque) sont mortes!
Salutations
David Edwards

Marcus nous a répondu le 1 juin:

Cher M. Edwards,
Merci beaucoup pour votre mail. Désolé, mais je ne vois pas en quoi mon billet est scandaleux. En effet, je pense qu'il présente une image parfaitement objective des incidences qu'auront ces événements.
Puisque vous affirmez avoir lu mon billet, j'imagine que vous avez vu l'extrait de mon intervention plus longue à la radio qui a été mis en ligne sur le site de BBC News On-Line. Je suis journaliste spécialiste des relations diplomatiques et ma tâche consistait à m'intéresser aux ramifications diplomatiques et politiques d'un tel incident.
Les détails sur ce qui s'est passé sont développés partout sur le site de la BBC et ont été largement diffusés dans nos émissions de radio.
La BBC a réalisé des reportages sur cette affaire depuis Gaza, Israël et la Turquie, ce dont nous nous flattons à juste titre, et qui reflètent toutes les opinions.
L'introduction de mon billet, que vous avez lu, était destinée à montrer que cette opération avait de fortes chances de tourner au désastre – même si on aurait préféré que ce terrible gâchis ne se termine pas par la mort de plusieurs personnes. Je maintiens ce que j'ai écrit et si vous n'êtes pas d'accord, vous être libre de le faire. Je joins ci-dessous la version in-extenso de mon intervention radiophonique.
Salutations. JM

(…) Mais les ramifications politiques pourraient s'avérer encore plus graves.
Une ONG turque a joué un grand rôle dans l'organisation de cette flottille. La question de la Palestine recueille un important capital sympathie en Turquie, où la population tend déjà à être critique vis-à-vis d'Israël. Cet épisode ne fera qu'aggraver la situation.
La politique de la Turquie change. Des groupes comme l'armée qui ont toujours préconisé des liens forts avec Israël ont actuellement moins d'influence politique. Les relations entre les deux pays se dégradent sans qu'il y ait des pressions dans l'autre sens pour, au contraire, resserrer les liens.
Cet incident en mer met en lumière Gaza et la volonté d'Israël d'en contrôler l'accès. Le sort de Gaza n'est toujours pas réglé – les trois acteurs principaux, Israël, l'Egypte et les Etats-Unis, n'étant que trop heureux de chercher à isoler le gouvernement du Hamas. Mais, les ONG expliquant que cet isolement se fait au détriment de la population de Gaza, cet incident propulse leurs souffrances sur le devant de la scène.
Nous avons répondu le jour même:

Cher Jonathan,
Merci beaucoup.
Votre article présentait le massacre d'environ 19 militants d'ONG humanitaires sans armes, comme étant, avant tout, un problème de communication de la part des assassins. Pourquoi est-ce scandaleux? Plusieurs raisons à cela.
D'abord, vous ne diriez jamais cela si les victimes étaient britanniques, américaines, et, à fortiori, israéliennes. Imaginez que les combattants du Hamas arraisonnent un bateau dans les eaux internationales et exécutent 19 civils israéliens.
On ne peut imaginer que vous auriez écrit ceci:
"Cette opération représentait inévitablement un grand risque pour le Hamas à la fois en matière de réputation et au niveau des répercussions sur les relations diplomatiques".
"S'emparer de bateaux en pleine mer n'est pas une tâche facile, même si les unités chargées de cette mission sont bien entraînées, et c'est d'autant plus difficile si les personnes à bord opposent une résistance".
On saura avec le temps exactement ce qui s'est passé, mais, sur le plan politique, le mal est fait.
Ces morts risquent de transformer en désastre intégral ce qui s'annonçait pour le Hamas comme une éventuelle catastrophe en matière de communication ".
Vos rédacteurs en chef et vos lecteurs seraient scandalisés de voir que vous avez présenté ce massacre du point de vue des assassins, en évoquant la "difficulté" de leur tâche, même s'ils étaient bien entraînés (ce que vous laissez entendre), et surtout si les gens leur "opposaient une résistance".
Votre analyse minimise l'illégalité et l'horreur de la situation et présente les massacres comme une sorte d'opération policière légale qui aurait mal tourné, au lieu de l'assassinat de civils. Franchement, vous ne comprenez pas cela?
Votre mail se poursuit dans la même veine quand vous décrivez les massacres comme un simple "gâchis".
Qualifieriez-vous les horribles attentats du 7 juillet à Londres de "gâchis"? Et ceux du 11 sept à NY, un "beau gâchis", aussi?
Cdlt
David

Marcus répondait:

En réponse au début de votre mail, non, ce n'était pas le cas – et vous refusez d'admettre que j'écrivais sur un aspect spécifique de cette affaire qui a été couverte par ailleurs de façon exhaustive par une série de reportages réalisés par de nombreuses personnes depuis différents endroits. J'ai pris le temps de vous répondre, mais si vous insistez pour interpréter mon intervention de cette façon, il est clair que rien de ce que je vous dirai ne vous convaincra. JM

Le point de vue de Marcus a été repris dans tous les médias.
L'Observer a écrit:

“Israël a consacré les cinq jours suivants à essayer d'enrayer une crise diplomatique et les effets d'une erreur de communication désastreuse"

Le Telegraph:

"Israël a subi les reproches du monde entier concernant l'opération de commando, ses détracteurs disant que cet assaut constituait un problème de communication catastrophique pour le pays".

Et le Times:

"Etait-ce une bonne opération de communication que de tenter de faire faire demi-tour à des bateaux qui transportaient des crayons pour les écoles, des médicaments pour les hôpitaux et du ciment pour reconstruire des villes démolies par les bombardements"?

En insistant sur les problèmes de communication, en le présentant sous l'angle d'Israël, en en évaluant le coût pour "Israël", on minimise la sauvagerie de cet incident. Cela peut sembler relever du bon sens, mais le problème, c'est que ce n'est jamais le cas quand il s'agit d'atrocités commises par des "états voyous".
Dans ce cas, on insiste sur la condamnation, sur la volonté de nuire en infligeant des sanctions et en commettant des attentats, pas sur l'évaluation de dégâts causés par une opération de communication auto-infligée. Au lendemain de l'attentat suicide de Londres du 7 juillet 2005, un seul journaliste a-t-il indiqué qu'il s'agissait d'une "erreur de communication" de la part de groupes opposés à la politique étrangère USA-Grande Bretagne?
Simplement imaginer ce massacre en ces termes aurait paru incongru. Une "erreur de communication" suppose qu'il s'agit d'une blessure auto-infligée, c'est-à-dire une bévue, ce qui implique que la nation bienveillante et ses alliés commettent des erreurs, pas des crimes.
Dans la même veine, le Guardian parlait de "l'assaut raté" de la flottille.
L'Independent évoquait "l'opération ratée du commando”. Pareil pour le Telegraph, le Times et les autres.
Le terme de "fiasco" revenait également dans de nombreux articles de journaux.
Comme toujours, il s'agissait d'insister sur le fait que l'opération avait mal tourné, et non pas qu'elle était illégitime, et criminelle.
En mars 2006, Bridget Kendall, journaliste spécialiste des relations diplomatiques, écrivait:

"Il y a toujours une forte opposition à l'invasion de l'Irak. L'invasion était-elle justifiée ou était-ce une erreur d'appréciation désastreuse?"

En d'autres termes, ce qu'on pouvait envisager de pire, c'est que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne étaient responsables d'une opération "ratée", d'un "fiasco" , d'une bavure" , d'un "problème de communication désastreux".
Le 6 juin, un article du Times sur l'opération de commando menée par Israël contre la Flottille posait la question suivante:
"Comment une telle erreur d'appréciation a-t-elle pu se produire?"
Oui, la nation et ses alliés commettent des erreurs – comme nous tous – mais ils ont toujours de bonnes intentions et ne sont jamais coupables de crimes comme des assassinats ou le déclenchement de guerres d'agression.
Ayant pratiquement exigé une déclaration de guerre en réaction au "kidnapping" des marins britanniques en 2007, Melanie Phillips réagissait à l'assaut contre la Flottille avec son habituel parti pris, en affirmant péremptoirement qu'Israël "se protégeait contre les "attentats de terroristes turcs".
Elle ajoutait:

"Il est de plus en plus évident que les attentats terroristes islamistes comme celui-ci sont des mises en scènes théâtrales diaboliques où les médias occidentaux – et, derrière eux, les gouvernements occidentaux – jouent, dans cette tragédie, un rôle absolument essentiel".

Si le Telegraph s'était indigné de la capture de 15 marins britanniques, Stephanie Gutman, elle, se montrait plus indulgente vis-à-vis du massacre de neuf civils sans armes:

"Dans un monde parfait, les Forces de Défense Israéliennes (l'IDF), seraient montées à bord du bateau et auraient neutralisé un maximum de personnes avec des gaz lacrymogènes ou d'autres moyens pour contrôler les mouvements de foule. Mais nous ne sommes pas dans un monde parfait. Les gaz lacrymogènes et autres produits neutralisants n'agissent qu'au bout de quelques minutes, et apparemment, le commando israélien a dû affronter ses agresseurs presque immédiatement. Dans un pays de sept millions d'habitants, il est indispensable d'avoir des règles d'engagement qui offrent un peu plus de protection que celles auxquelles sont soumis les Etats-Unis ou la Grande Bretagne en Afghanistan.

Dans un monde parfait – ou plutôt, dans un monde imparfait soumis au droit international – l'armée israélienne n'aurait pas du tout arraisonné le bateau. La dure réalité que Gutmann avait omise était publiée dans un article du Guardian qui annonçait les résultats de l'autopsie pratiquée sur les corps de ceux qui avaient été assassinés. Les victimes étaient "criblées de balles de 9 mm, beaucoup ayant été tirées à bout portant". Les neuf morts avaient reçus au total 30 balles– et cinq avaient été tués par des balles tirées dans la tête.
Les résultats de l'autopsie révèlent qu'un homme de soixante ans, Ibrahim Bilgen, avait reçu quatre balles dans la tempe, dans la poitrine, dans la hanche et dans le dos. Un jeune homme de 19 ans, Fulkan Dogan, qui possédait également la nationalité américaine, a reçu 5 balles tirées à moins de 45 cm, au visage, dans la nuque, deux fois dans les jambes et une fois dans le dos. Deux autres hommes avaient reçu quatre balles, et cinq des victimes ont été atteintes soit dans la nuque soit dans le dos, selon les déclarations de Yalcin Buyuk, vice-président du conseil de médecine légale.
Peut-être que même dans le monde imparfait de Gutmann, les soldats israéliens auraient pu viser les jambes des militants pour la paix, plutôt que de viser la tête, ce qui était le plus sûr moyen de tuer.
Hanin Zoabi, députée arabe au parlement israélien, et qui était à bord du Mavi Marmara, accuse Israël d'avoir tué délibérément des militants dans le but de dissuader d'autres convois humanitaires de se rendre à Gaza.
D'après Zoabi, les navires de la marine israélienne ont entouré le bateau et lui ont tiré dessus plusieurs minutes avant l'agression des commandos.
Elle a déclaré qu'elle n'a constaté aucune provocation ni aucune résistance de la part des passagers, ajoutant:

"Ils voulaient qu'il y ait de nombreux morts pour nous terroriser et bien faire comprendre qu'ils comptaient empêcher d'autres convois humanitaires de tenter de briser le siège de Gaza".

De la même façon que les forces armées israéliennes et britanniques sont "kidnappées" alors que les militants du Hamas sont “arrêtés", les militants de la Flottille pour Gaza étaient simplement "détenus" par Israël, et, ensuite “expulsés”.
En recherchant dans le Lexis Nexis (le 11 juin), nous avons trouvé 94 articles parus ces deux dernières semaines contenant les mots: "Israël”, “flottille” et “détenus". Les mots “Israël,” “flottille,” et “kidnappés” apparaissaient dans 17 articles — le terme “kidnappés” ayant été utilisé par les militants pacifistes, pas par les journalistes.
En 2007, à propos de la capture des marins britanniques, Tony Blair avait déclaré:

“Il faut qu'ils (les Iraniens) comprennent bien l'importance que nous attachons à ces actes, qui sont injustifiés et illégitimes".

Et au cours de la semaine qui a suivi l'attaque de la flottille, Blair déclarait:

“Quand il s'agit de sécurité, je défends Israël à 100 %. Israël a le droit de contrôler ce qui rentre à Gaza”

MediaLens

Note perso

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Iran: You're next!
Et ça s'approche
Proverbe US: "Si tu veux le Nobel de la Paix, prépare la guerre".

Il n'aura échappé à personne, j'espère, que l'Iran est dans le collimateur direct des Etats-Unis et d'Israël depuis un certain nombre d'années – et que si la coalition n'avait pas déjà été fort occupée à remettre sur le bon chemin l'Irak et l'Afghanistan, il y aurait longtemps que l'Iran ne serait plus qu'un champ de ruines comme les autres.
Dans les trois cas, on retrouve les mêmes ingrédients.
La propagande (qui peut durer très longtemps: il faut laisser prendre la mayonnaise. Ainsi, c'est le choc à la suite du 11 sept qui a permis à l'administration Bush de concrétiser sa volonté d'attaquer l'Irak) basée sur:
La défense des droits humains, et particulièrement des femmes – opprimées, forcément opprimées;
L'instauration de la "démocratie";
La production d'armes interdites par les conventions internationales;
La diabolisation des chefs des états concernés – "dictateurs", forcément dictateurs, et sanguinaires avec ça.
Mais en arrière-plan, inavouées, les motivations:
Le pétrole ou son acheminement;
Le refus des gouvernements de ces pays de céder le pétrole aux multinationales (Irak/Iran) et leur détermination à l'utiliser pour leur propre compte et pour leur population;
Et après les invasions, et malgré toutes ces bonnes intentions proclamées pour justifier d'envahir illégalement un pays, que reste-t-il?
Des pays en ruines, des centaines de milliers, voire des millions, de morts, de blessés, de mutilés, de gens déplacés, de réfugiés, les infrastructures détruites, les industries anéanties, la corruption, les attentats, le renforcement des factions radicales, et les femmes encore plus enfermées et exploitées qu'avant pour cause de gabegie générale, de pauvreté et d'absence d'emplois – et donc renvoyées à des milliers de lieues en arrière, loin, très loin, de l'émancipation.
J'ai faux? Où c'est que j'ai faux?
En Irak, par exemple, si Saddam Hussein était, certes, peu recommandable, et si son régime pouvait être cruel, il avait instauré un état laïque, les femmes allaient à l'université, elles occupaient des emplois à égalité avec les hommes (enfin, un peu comme en France, point trop n'en faut), il y avait des élues, des médecins, des ingénieurs, etc.
Qu'en est-il aujourd'hui? Elles ont été renvoyées dans leurs foyers (si elles en ont encore un), ne peuvent plus travailler ni étudier, sont menacées de viols et d'autres agressions, et les petites filles, n'ont pas le droit d'aller à l'école.
Il est où, le progrès?
Et pourtant cela fait plus de sept ans que les occidentaux, suivant le panache blanc des US, maître des cérémonies, s'escrime à les "émanciper".
Quant aux ADM qui avaient servi de prétexte number one à l'invasion, il est désormais officiellement admis qu'il n'y en avait pas, ce qu'avaient d'ailleurs toujours dit les spécialistes qui étaient allés enquêter sur place.
Un tel échec dans les objectifs aurait forcé quiconque de sensé à changer son fusil d'épaule (ou plutôt à le ranger), non?
Alors, ou nous sommes gouvernés par des cons, ou ils nous prennent pour des cons, ou les deux. Et comme je n'aime pas trancher, j'opterais bien pour la troisième proposition.

Voyons le cas de l'Iran, plus que jamais sur la sellette.

Phase préparatoire: la propagande

Le diabolique Ahmadinejad, accusé par les pays occidentaux de chercher à développer en secret l'arme nucléaire (ce qui veut bien dire qu'il n'en a pas, contrairement à Israël, qui dit ne pas l'avoir mais qui en dispose, mais chut!… ils ne veulent pas que ça se sache, et puis, eux, c'est pour se défendre), serait prêt à envahir à lui seul, de ses petits bras musclés et de ses petits poings serrés, Israël, malgré son arsenal de ouf, ainsi que celui des US, premier fabricant d'armes mondial, pour exterminer tous les Juifs – sur terre, si possible, tant qu'à faire - et anéantir Israël (le *rayer de la carte);
Etant un président élu, et non pas un dictateur, il est accusé de fraudes électorales lors des élections présidentielles et des milliers de manifestants habillés en vert - couleur de ralliement des partisans de Moussavi (révolution, orange, révolution verte, ça ne fait pas tilt?) sont incités à descendre dans la rue, quitte à s'y faire tuer (les martyrs sont toujours bons à prendre).
En Iran, les femmes sont lapidées et les homosexuels pendus à une cadence encore plus infernale que celle que suivent sarko et de son gouv. pour dire une connerie, et cela, du seul fait d'Ahmadinejad.

Et, donc, Persa delenda est: comme l'Irak, l'Afghanistan: mêmes motifs, mêmes punitions.

Or,
- En 2008, l’Iran a affirmé ne pas avoir d’armes de destruction massive et a signé des traités pour interdire leur possession dont la convention des armes biologiques, la convention des armes chimiques et le traité de non prolifération nucléaire (TNP).
- Ahmadinejad n'a jamais dit (et encore moins répété, donc) qu'il voulait "rayer Israël de la carte" ;
- S'il y a eu réellement fraude électorale, c'est, me semble-t-il, un problème interne à l'Iran. Sommes-nous intervenus (comme cela a été fait pour favoriser les opposants) pour faciliter l'organisation de manifestations grâce à facebook et autres quand Bush fils a volé les élections aux US?
D'autre part, l'occident n'est pas bien regardant (mais ça on le sait déjà) sur l'intégrité de "son" candidat "réformateur", premier ministre entre 1981 et 1989, connu pour son rôle dans « le massacre des prisons » durant l’année 1988. (Plus de 30 000 prisonniers politiques avaient alors été exécutés en moins de quelques mois dans les prisons à travers le pays) si celui-ci est prêt à céder à ses caprices d'hégémonie.
- Le programme nucléaire de Moussavi était le même que celui d'Ahmadinejad.
Autant pour le prétexte du bombardement de l'Iran à cause du programme nucléaire d'Ahmadinejad.

Institutions en Iran (survol)
- Les candidats à la présidentielle Moussavi et Ahmadinejad ont tous deux été approuvés par le conseil des Gardiens de la Constitution. Et il n'y a pas de pluralité politique autre que celle contrôlée par le régime. C'était donc tous deux des candidats "officiels" – conservateurs et conformes aux souhaits des autorités (politiques et religieuses) du pays.
- Le véritable chef d'état de la république Islamique, n'est pas le président, mais le Guide de la Révolution (le "Guide suprême"), qui est le plus haut responsable politique et religieux en Iran.
Autre point qui me semble important: Ahmadinejad ne fait pas les lois: il les signe (et, en dernier recours, on l'a vu, c'est le Guide Suprême qui tranche). Il ne siège pas dans les tribunaux: ce sont des juges qui font appliquer la loi, et qui sanctionnent selon les lois contenues dans les textes.
Et parfois même, il manifeste son opposition à certaines décisions, mais en vain, puisqu'il n'a pas voix au chapitre.
(Voir aussi: la Constitution de l'Iran).
Donc, Ahmadinejad, bête noire de l'occident, même s'il prononce des discours un peu musclés qui lui déplaisent, n'est pas un électron libre, mais il est encadré par tout un système politique, chapeauté par le "Guide Suprême", qui est lui, entre autres, le chef des armées et à qui revient la responsabilité de déclarer la guerre ou la paix.
Quelqu'un sait son nom?
Tout cela pour dire qu'Ahmadinejad est bien utile aux US pour diaboliser l'Iran: ses déclarations ambiguës et accusatrices vis-à-vis d'Israël et des pays occidentaux (qu'il traite de lâches: ce qu'on ne peut vraiment pas lui reprocher) sont le parfait épouvantail pour justifier des bombardements sur des populations civiles, une fois de plus.
Alors, certes, il n'est peut-être pas sympathique, sa politique intérieure est peut-être défectueuse et toussa, mais il est loin d'être le monstre belliqueux et assoiffé de sang décrit par les pays occidentaux, qui, jusqu'à preuve du contraire, sont engagés, directement ou indirectement, dans des conflits sanglants dans le monde entier, qui assassinent et torturent des innocents, et anéantissent des pays entiers sous des prétextes fallacieux.
Et puis, "sympathique" cela ne veut rien dire pour un chef d'Etat. C'est ce qu'il réalise qui compte.
Voyez Obama.