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Ils ont faim? Envoyez-leur des chips et des biscuits!

Envoyez-leur des chips, et inch'Allah !

Dans un geste bien relayé par les médias occidentaux, les autorités israéliennes ont annoncé en fanfare qu'elles assouplissaient un peu l'embargo sur les produits autorisés en Palestine. Les partisans d'Israël profitaient largement de cette occasion pour déclarer que ce geste montrait bien qu'Israël était raisonnable, et que le soutien des Etats-Unis à Israël était complètement justifié, avec la réaction des Etats-Unis exceptionnellement modérée vis-à-vis de l'agression israélienne et l'opposition persistante des US à toute tentative de la communauté internationale de tenir Israël responsable de ses actes.
Ce geste devient manifestement moins remarquable quand on consulte la liste des produits qui étaient interdits et qui ont désormais (du moins, pendant un certain temps) l’autorisation d'être importés à Gaza.
Comme l'a écrit un site d'informations en Inde:

"L'officier de liaison palestinien, Raed Fattouh, qui coordonne le passage des produits dans la Bande de Gaza, a annoncé que le blocus était levé sur les sodas, les jus de fruits, la confiture, les épices, la mousse à raser, les chips, les biscuits et les bonbons".

Pas grand-chose, c'est le moins qu'on puisse dire, mais pour une population qui souffre dans les ruines de ses villes, j'imagine que presque rien, c’est toujours mieux que rien du tout. En outre, au moins une partie de l'aide humanitaire que les autorités israéliennes ont confisquée dans les bateaux piratés de la Flottille pour Gaza va peut-être être acheminée jusqu'à Gaza à un moment ou à un autre et, cela aussi, ce sera quelque chose.
Mais l'assouplissement annoncé de l'embargo, infime, voire moins que cela encore, est significatif pour une raison qu'Israël n'avait certainement pas prévue, et qui pourrait même inquiéter quelques-uns de ses partisans. Parce qu'il dévoile les réelles motivations d'Israël derrière cet embargo, et, donc, du blocus lui-même, et non pas celles qu'il proclame officiellement et que ses zélateurs répètent partout de façon si véhémente.
Voyez, tout d'abord, la défense d'Israël, qui justifie son blocus de Gaza comme étant fondamental pour assurer sa sécurité, et l'embargo qui va avec sur les produits dont il autorise l’importation à Gaza comme étant destiné à priver le Hamas de tout ce qui pourrait renforcer sa position et lui permettre de frapper Israël n'importe où avec n'importe quoi. C'est l’argument dont se servent inlassablement les autorités israéliennes quand elles arrêtent les convois terrestres et interceptent les bateaux, et qu’applaudissent les pom pom girls du Congrès et les grands médias aux US et ailleurs.
Ensuite, regardez la liste des produits jusqu'alors interdits par l'embargo et qui sont aujourd’hui permis, ne serait-ce que temporairement.

Les chips? Les chips étaient donc considérées jusqu’à présent par Israël comme un élément essentiel de soutien au Hamas, ou une arme qui pouvait menacer Israël, ou les deux? Eh bien, j'avoue que, personnellement, je n'ai absolument rien contre les chips. En fait, j'adore ça. Mais je ne vois pas comment elles pourraient constituer un danger en quoi que ce soit, sauf peut-être pour la santé de la personne qui en consomme. Les chips ne valent rien pour servir de bunkers ; frapper quelqu'un avec un paquet de chips, même avec le modèle familial, ne peut pas, de près ou de loin, être considéré comme présentant un danger mortel; et les mettre dans une fronde pour les lancer sur un char d’assaut Merkava ou sur une ville israélienne ne constitue un danger pour personne.
Et donc, décréter un embargo sur des chips, comme sur bien d'autres produits de la liste dressée par Israël pour justifier son blocus illégal, n'a absolument rien à voir avec la défense des intérêts d'Israël – nous sommes bien d'accord?
Mais cette mesure symbolise un aspect fondamental de la stratégie essentielle d'Israël à la base du blocus, et qui est un mélange de brutalité féroce et de méchanceté mesquine, conçue en premier lieu pour anéantir le peu que possèdent les Palestiniens là-bas, et ensuite, pour faire de leur vie actuelle et future un enfer constant jusqu'à ce qu'ils cèdent et qu'ils s'en aillent, acceptent leurs suzerains israéliens ou meurent.
Cette stratégie de punition collective d'un peuple – qui viole les lois internationales et qui constitue un crime de guerre - est essentiellement destinée à faire souffrir les Palestiniens et non pas à protéger Israël. Les Israéliens sont bien conscients de tout cela, comme leurs partisans dans le monde. Les Palestiniens de Gaza et beaucoup en Cisjordanie, savent bien sûr cela aussi –Abbas peut-être aussi, en ces rares instants où sa pensée parvient à se frayer un chemin dans les ténèbres qui l’entoure. Comme en sont conscients tous ceux qui tentent, souvent courageusement mais en vain, d’acheminer un peu d’aide humanitaire à Gaza.
La conscience seule ne suffit pas. Mais c’est toujours utile de comprendre son ennemi, et un ennemi enclin à dominer et à infliger la mort à petit feu au nom de notions impalpables telles que l’Exodus, est très différent d’un ennemi qui vous affronte franchement pour des intérêts concrets qui permettent les compromis. Nous sommes trop nombreux – moi inclus – à avoir considéré les Israéliens comme la simple variante moyen-orientale particulièrement ignoble d’un système souvent rencontré dans le monde, un système comme celui des Prussiens semi-sémitiques ou celui de l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid. Ce n’est pas le cas. Ils sont bien pires, et bien plus dangereux pour nous tous, qu’un de ceux là – les Palestiniens et les voisins d’Israël sont juste en première ligne actuellement. Leurs jetons sont placés sur le tapis actuellement. Voulons-nous, nous aussi, nous installer confortablement en attendant notre tour pour jouer la partie selon les règles établies par Israël?

Alan Sabrosky (titulaire d’un doctorat, Université du Michigan) est écrivain et consultant spécialisé dans les affaires de sécurité nationale et internationale.

Notes annexes:

Voici la liste des produits qui étaient interdits jusqu’alors. Une liste fluctuante, selon le bon vouloir ou la mauvaise volonté des responsables israéliens.

(…) sauge, cardamone, cumin, coriandre, gingembre, confiture, halva, vinaigre, muscade, chocolat, fruits en conserve, graines et noix, biscuits et bonbons, chips, gaz pour boissons gazeuses, fruits secs, viande fraîche, plâtre, bitume, bois de construction, ciment, fer, glucose, sel industriel, contenants en plastique/verre/métal, margarine industrielle, revêtements à base de bitume pour les huttes, tissus pour vêtements, rehausseurs de goût et d’odeurs, cannes à pêche, divers filets de pêche, bouées/balises, cordages pour la pêche, filets de nylon pour serres, couveuses pour poussins et pièces détachées, pièces détachées pour tracteurs, laiteries pour étables, tuyaux d’irrigation, cordages pour serres, planteurs pour jeunes pousses, chauffages pour poulaillers, instruments de musique, papier format A4, instruments pour écrire, carnets de notes, journaux, jouets, rasoirs, machines à coudre et pièces détachées, chauffages, chevaux, ânes, chèvres, bétail, poussins.

Lire le billet en entier : Blocus de Gaza : la liste démente des produits interdits

Comment se procurer des produits vitaux ? Au marché noir, grâce aux produits qui transitent dans les tunnels avec tout ce que cela comporte de dangers, de trafics en tous genres et de flambée des prix des denrées.

Et puis, (en anglais), vidéo montrant Morris Herman qui explique les mensonges d’Israël et la propagande pour justifier les actes (la hasbara)

NB: le titre du billet original "Letting the Chips Fall Where They May" signifie en soi "advienne que pourra", mais le mot "chips" disparaissait de la version française, d'où une légère adaptation du titre.