Cet article fait suite à un article paru en avril 2008 et replace la situation dans le contexte actuel, depuis la prise de fonction d'Obama et sa "réforme" du système éducatif.
Le premier article s'intéressait aux "charter schools" (écoles partiellement ou totalement privées) qui étaient créées dans tout le pays en remplacement des écoles publiques et plus particulièrement à Chicago, où vit l'auteur, et d'où est également issu le secrétaire d'état à l'éducation d'Obama, Arne Duncan, fossoyeur pressenti du système public d'éducation.

La destruction de l'enseignement public aux Etats-Unis

L'article précédent traitait du plan sordide élaboré pour détruire ce que Diogène avait appelé "le fondement de tout état" et ce qu'Horace Mann (le "père du système public d'éducation aux US") estimait être "la découverte la plus importante, le plus grand facteur d'égalité de l'être humain".
Fondée en 1635, la première école du Massachusetts, une institution vieille de 375 ans, est aujourd'hui progressivement détruite pour être livrée au secteur marchand, désengage la responsabilité de l'Etat, crée un nouveau secteur générateur de profits, sert les riches, restaure la ségrégation et les inégalités dans le pays, cantonne les enfants défavorisés à des emplois de service mal payés, privés d'avantages sociaux et sans avenir - et donc, à quoi bon leur faire bénéficier d'une éducation – ce qui place le rêve américain hors d'atteinte pour des millions de personnes.
C'est l'administration Obama qui orchestre cette entreprise de destruction, avec, en tête, le sinistre secrétaire de l'Education, Arne Duncan, qui a si bien réussi à anéantir les établissements scolaires publics de Chicago qu'il a été choisi pour en faire de même à l'échelle nationale.
Cet article est une remise à jour d'un article précédent qui évoque un problème important qui empire avec un gouvernement aussi pervers que le précédent qui prend prétexte de la crise économique pour anéantir les plus défavorisés et les plus vulnérables au lieu de les aider au moment où ils en ont le plus besoin - une possibilité qui leur serait offerte par une amélioration du système éducatif public, mais qui leur est refusée au bénéfice des priorités du marché.
Obama fait mieux que Bush: il remplace son programme “No Child Left Behind” (NCLB) ("aucun enfant à la traîne") par "la Course au sommet" ("Race to the top") , en reprenant tout ce qui n'a pas marché, comme le par-cœur, les tests, le bachotage pour les tests , la suppression de la carte scolaire et les réformes (avec peu de véritable réussite) fondées sur l'économie de marché.
Dans une attaque sans précédent contre l'éducation publique, il met en concurrence les états, encourage la fermeture d'écoles, les licenciements massifs d'enseignants, et les réductions de salaires et d'avantages sociaux, préconisant les mesures draconiennes et les privatisations pour avoir droit à des aides fédérales. Dans un discours prononcé le 1 mars dernier à la Chambre de Commerce, il approuvait la mise à pied de l'ensemble du personnel enseignant et non-enseignant de Rhode Island High School, à Central Falls pour avoir refusé d'effectuer des heures supplémentaires non payées – qui annonçait ce qui allait se passer au niveau national alors que les états se débattent avec les problèmes budgétaires en augmentant les impôts et supprimant les emplois, dont des licenciements massifs d'éducateurs.

  • (NB: les personnels enseignants et non-enseignants de Central Falls High conserveront leur poste à la suite d'un accord signé le 15 mai avec les syndicats, qui les oblige à accepter des exigences aussi mauvaises, voire pires, que celles qu'ils avaient rejetées. Parmi ces mesures: un allongement de la journée de cours, une nouvelle grille d'évaluation des enseignants, jusqu'à dix jours de stage de "développement professionnel" obligatoire pendant les vacances d'été, un accord pour des négociations collectives "simplifiées" et la promesse de l'abandon des poursuites judiciaires concernant leurs licenciements de février.

Cet accord montre à quoi sont exposés les enseignants et le reste du personnel des établissements scolaires au niveau national quand les syndicats sont du côté des autorités et non pas de leurs adhérents).

Face à un énorme déficit budgétaire récurrent (26 milliards de dollars depuis April 2010), Arnold Schwarzenegger, le gouverneur de Californie, vient d'annoncer son tout dernier programme d'austérité malgré les réductions des dépenses publiques, les suppressions de postes précédentes, et les hausses d'impôts. En plus d'autres services sociaux fondamentaux, le plan d'austérité comporte le gel des crédits alloués à l'éducation publique, qui affectera, entre autres, les programmes des études primaires et secondaires et ceux des IUT et des universités publiques. Les mesures précédentes comportaient des licenciements, l'augmentation des effectifs de classes, les congés sans solde et le chômage technique à l'Université de Californie (…).
Les villes de Californie en faillite sont tout autant paralysées par les déficits budgétaires. Par exemple, le district scolaire de Los Angeles, qui se retrouve avec un déficit de 640 millions de dollars, a approuvé le licenciement de plus de 5200 enseignants, formateurs et non-enseignants. Au total, 22000 professeurs du public sont sur le fil du rasoir et risquent de subir le même sort dans un avenir proche.
Avec environ 13 milliards de dollars de déficit, la dette par personne dans l'Illinois est encore plus élevée qu'en Californie, et contraint les élus à faire des choix terribles pour 2011. En hiver dernier, les versements des crédits alloués à de nombreux établissements publics ont été suspendus, dont 436 millions de dollars à l'Université de l'Illinois, 125 millions de dollars à la Southern Illinois University, et 62 millions de dollars à la Northern Illinois University.
En conséquence, 11000 enseignants et membres des administrations ont été mis au chômage technique pour des périodes de 10 jours jusqu'à la mi-juin. Il s'en est suivi que les embauches et les salaires ont été gelés de façon endémique dans tout l'état, en faillite tout comme la Californie, le Michigan et d'autres, à une époque où les conditions économiques s'aggravent et où, donc, des mesures encore plus douloureuses sont à prévoir.
En mars dernier, Christopher Koch, l'administrateur des écoles publiques de l'Illinois, a averti la commission du budget du sénat que les prévisions budgétaires pour 2011 nécessiteront 13.000 licenciements supplémentaires, une estimation qu'il qualifie de "prudente" étant donné qu'un quart des établissements scolaires publics n'ont pas encore annoncé leurs prévisions de déficits budgétaires, et alors que la tendance est à la hausse, pas à la baisse. (…).
En mars dernier, l'association de défense des enfants "Voices for Illinois Children" a qualifié les réductions budgétaires prévues pour 2011 de " fin du monde", réductions qui comprennent:
922 millions de dollars pour les écoles primaires et secondaires, qui touchent de façon disproportionnée les districts à revenus bas et moyens,
144 millions de dollars pour les universités et les IUT;
254 millions de dollars pour les bourses d'études;
386 millions de dollars pour divers programmes spécifiques, parmi lesquels: la formation alternative destinée aux parents adolescents, les activités extrascolaires destinées à 25.000 élèves en difficulté, ainsi que d'autres programmes destinés aux enfants.
Et, vu la détérioration de l'économie, ce n'est qu'un début, comme pour les autres états qui se débattent avec des difficultés budgétaires énormes, ces réductions n'ont jusqu'à présent servi à rien et ne sont pas près de le faire dans un avenir proche.
L'éducation, évidemment, va être particulièrement touchée, étant donné la frénésie pour les privatisations au détriment d'un système éducatif public fondamental, placé sur le billot pour être décapité, l'administration Obama orchestrant tout cela, et obligeant les états à s'exécuter.
Ainsi, à New York, par exemple, comme cela se passe partout ailleurs, il est prévu de licencier 15.000 personnels éducatifs.
En hiver dernier, les autorités scolaires de Kansas City, Missouri, ont approuvé la fermeture de 28 des 61 écoles publiques de la ville et la suppression de 700 emplois, dont 286 postes d'enseignants.
Dans le Michigan, le conseil d'administration du programme "Excellent Schools Detroit” appelle à la fermeture de 70 établissements publics, pour les remplacer par des charter schools. Robert Bobb, le directeur financier des écoles publiques, veut privatiser tout le système éducatif pour le livrer au secteur marchand.
Dans le Massachusetts, 35 écoles et leurs personnels sont menacés et à Boston, l'inspectrice d'Académie Carol Johnson propose des coupes budgétaires considérables s'élevant à des dizaines de millions de dollars en imposant des réductions ou des gels de salaires, des fermetures d'écoles, des réductions de ramassages scolaires, des journées de chômage technique, des économies de chauffage en hiver, et d'autres mesures qui permettraient d'économiser 57,7 millions de dollars. Parallèlement, les charters schools se multiplient et remplacent l'école publique – ce système éducatif qui m'a permis de recevoir une éducation dans les années 1940 et 50 est en voie d'extinction.
A la fin de l'année 2009, la ville de Boston a fait fermer six autres écoles. D'autres vont suivre étant donné l'acharnement qui est mis à réduire les coûts, à privatiser et à faire sombrer dans l'oubli des millions d'enfants défavorisés.
D'après Samuel Tyler du Boston Municipal Research Bureau, les fermetures d'écoles sont inévitables, un phénomène qui se répand dans tout le pays en transition inquiétante, exigé par Washington et renforcé par le refus de fournir des aides financières d'urgence pour se concentrer sur d'autres priorités – les subventions réservées aux guerres, à Wall Street, aux géants du pétrole, à Big Pharma, à l'Agrobusiness, à Big Telecom, à Big Auto, et aux autres intérêts privés, et que la population aille au diable.
Une étude réalisée en mars 2010 auprès de 453 administrateurs scolaires par une nouvelle association d'administrateurs scolaires (l'AASA) intitulée: " Comment les écoles publiques aux US continuent de subir les conséquences de la récession" met ce problème en évidence.
Elle montre que les districts scolaires ont des difficultés financières encore plus importantes que les deux années précédentes. Plus de 2 tiers d'entre eux ont réduit les effectifs en 2009-10, et 90% envisagent de le faire courant 2010-2011. Il en va de même pour les dépenses concernant les soins de santé, les retraites, les bibliothèques et d'autres outils et fournitures pédagogiques. En outre, les effectifs des classes vont augmenter, et les matières optionnelles seront réduites, voire supprimées, comme la musique et les autres enseignements artistiques, ainsi que l'éducation physique et sportive. Dans certains districts, on envisage de mettre en place des semaines de quatre jours, et de remplacer les titulaires à plein temps par des contractuels moins rémunérés.
Pire encore, les prévisions budgétaires de Washington pour 2011 annoncent de nouvelles mesures concernant l'attribution de fonds publics aux écoles où sont inscrits les enfants de familles aux bas revenus, et qui dépendront désormais de leurs “performances,” et non plus des besoins, ou, en d'autres termes, qui obéiront aux ordres de l'Etat, seront jugées sur leurs résultats ou seront désavantagées si elles désobéissent ou ne s'en sortent pas – l'idée étant de truquer le jeu pour mettre en place un nouveau système réactionnaire, basé sur les classes sociales et à but lucratif.
Pas la peine aux familles pauvres de se pointer, ni aux syndicats, ni aux enseignants qui veulent être bien rémunérés et bénéficier des avantages sociaux et de la sécurité de l'emploi, ni à ceux qui militent pour une Amérique égalitaire, désormais vouée à l'extinction, sacrifiée sur l'autel de l'éducation marchande.
On peut constater cela en voyant les probables suppressions de postes de centaines milliers d'enseignants et de formateurs, à la suite du déluge de préavis de licenciements de New York à la Californie, et dont beaucoup plus sont prévus — jusqu'à 300.000 à brève échéance, selon le Secrétaire de l'Education Arne Duncan.
En tant que "PDG" des établissements publics de Chicago, il les a démantelés, fermant les écoles, licenciant les professeurs, réduisant les subventions, créant des écoles militaires à la place des lycées publics de la ville, et livrant les établissements au privé, dont une centaine de charter schools quasiment privées, et dont beaucoup sont à but lucratif. Il envisage de faire de même pour l'Amérique toute entière, Obama l'ayant engagé pour détruire une institution vieille de 375 ans pour la remplacer par le système éducatif inégalitaire qu'engendre la loi du marché.

Plus d'infos (en anglais) : "Maintenant nous savons pourquoi les banques se sont tant intéressées aux "charter schools" ("Now We Know Why Banks Have Taken So Much Interest in Charter Schools")

Note perso:

Citation:

NB: les personnels enseignants et non-enseignants de Central Falls High conserveront leur poste à la suite d'un accord signé le 15 mai avec les syndicats, qui les oblige à accepter des exigences aussi mauvaises, voire pires, que celles qu'ils avaient rejetées. Parmi ces mesures: un allongement de la journée de cours, une nouvelle grille d'évaluation des enseignants, jusqu'à dix jours de stage de "développement professionnel" obligatoire pendant les vacances d'été, un accord pour des négociations collectives "simplifiées" et la promesse de l'abandon des poursuites judiciaires concernant leurs licenciements de février.
Cet accord montre à quoi sont exposés les enseignants et le reste du personnel des établissements scolaires au niveau national quand les syndicats sont du côté des autorités et non pas de leurs adhérents".

Ceci est l'épilogue édifiant de ce que j'avais raconté dans le billet "Le pays où on jette à la rue tout le personnel d'un lycée pour "incompétence" et où les banksters ont encore bien des sous à se faire" (voir le lien dans le texte ci-dessus)

Voilà, où on en arrive: "on sait que vous avez besoin de ce boulot, d'ailleurs vous êtes qualifiés pour le faire, alors autant vous reprendre, vous, mais à NOS conditions". Ou comment faire passer des titulaires au statut de précaires, réduire leurs salaires et augmenter leur charge de travail.
Tant qu'ils gagnent ils jouent, aussi!
Et bravo aux syndicats qui prennent le fric des salariés mais qui se placent du côté des patrons.
Et s'il ne s'agissait que des US, on se dirait qu'ils ne luttent pas assez, qu'ils auraient dû, chais pas, moi, monter par millions à Washington, tordre le cou aux caciques des syndicats et des partis, et puis, z'avaient qu'à pas voter pour eux et toussa.
Oui, mais voilà, Léon, on a les mêmes à la maison. La réforme des retraites, par exemple, elle va passer comme une lettre à la Poste (enfin, du temps où c'était un service public). Et ce n'est ni Gaston Chérèque ni Hippolyte Thibaut qui me contrediront, eux qui ont déjà fêté l'entente cordiale avec champagne et petits fours dans les salons feutrés de l'Elysée.
Pauvre de nous. C'est où qu'on s'inscrit pour l'apéro géant fatche de bouc?
Après tout, on nous remarquera sans doute plus que si on bat le pavé de Nation à Bastille (ou l'inverse) avec une régularité de métronome.