La Révolution des Frisbees
Par emcee le mardi 18 mai 2010, 20:03 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Nous en sommes apparemment à peu près au même endroit, actuellement, en France et aux US. Alors que les banques et les groupes financiers engloutissent toujours plus d'argent public, alors que le chômage augmente, alors que les perspectives d'avenir sont très sombres, en particulier pour les jeunes, alors que, finalement, tout s'écroule sous nos yeux, eh bien, il semblerait que la population soit plongée dans une sorte de mollesse et d'envie de futilités.
Ici, ce sont les apéros géants, là-bas, les parties de frisbees.
Voici donc qui donne matière à réflexion sur cette drôle de période que nous vivons. Même si les réponses ne sont pas faciles à donner.
Mais ce que dit l'auteur ici, c'est que le militantisme et la mobilisation de masse ne durent qu'un temps très éphémère et que seuls restent quelques irréductibles pour poursuivre les luttes.
Et il n'a pas tort.
How the Kent State Tragedy Started a Revolt -- Have Baby Boomers Forgotten?
par Michael Winship
Comment le drame de Kent State a déclenché une révolte – les Baby Boomers ont-ils oublié?
Tout comme aujourd'hui, il était difficile, il y a quarante ans de cela, de conserver sur la durée un haut degré de militantisme et d'engagement politique.
J'étais en première année d'études à l'Université de Georgetown, quand cela s'est produit, il y a quarante ans, le 4 mai. La plupart d'entre nous n'avons appris ce qui s'était passé que tard dans la journée.
Soit nous étions en cours soit en révisions pour les examens de fin d'année, et donc il s'est passé des heures avant que mes amis et moi-même apprenions la nouvelle. Ce lundi, par une chaude journée de printemps, la Garde Nationale de l'Ohio avait ouvert le feu au cours d'une manifestation pacifiste à l'Université d'état du Kent, Kent State University, où 4 étudiants avaient été mortellement touchés, et neuf blessés.
Il nous a fallu un moment avant de réaliser ce qui s'était passé. C'était le genre d'incident – que des étudiants qui manifestent soient abattus pour avoir contesté le gouvernement - qui ne se produisait que dans les dictatures d'Amérique Latine . Pas ici.
C'est alors que je me suis souvenu que certains de mes camarades de classe étudiaient à Kent State, un campus universitaire à moins de 400 kms de ma ville natale de l'ouest de l'état de NY. Mais je n'avais aucun moyen de les contacter pour savoir s'ils allaient bien (ce qui était le cas).
A cette époque lointaine où n'existaient pas les émissions d'infos en continu sur le câble, les nouvelles étaient confuses et tardaient à venir.
Cette nuit-à, avec des amis, nous nous pressions les uns contre les autres autour du minuscule poste de télé que j'avais dans ma chambre – un des ces premiers postes portables noir et blanc de Sony avec une image de la taille de la paume de la main. Après chaque reportage sommaire, la colère et la frustration montaient d'un cran dans la pièce mais tout n'a fini par déborder que, croyez-le ou non, au moment de l'émission Tonight Show, après les infos de fin de soirée.
L'invité de Johnny Carson était Bob Hope, et quand le comique sexagénaire a commencé à lancer ses plaisanteries habituelles à l'époque – des tas de blagues sur les hippies à longs cheveux, et les manifestants anti-guerre qui puent – les jeunes qui se pressaient dans ma minuscule chambre d'étudiant se sont mis en colère. Par une nuit comme celle-ci comment pouvait-il être bête au point de rabâcher encore les mêmes blagues éculées sur, eh bien, sur nous?
Dès le lendemain matin, des groupes d'étudiants se retrouvaient sur le campus pour discuter des événements à Kent State et de ce qui s'était passé avant les massacres. Quelques jours auparavant, le président Nixon avait annoncé l'invasion du Cambodge, justifiant ce qu'il appelait cette "incursion" comme étant nécessaire pour protéger nos troupes au Vietnam. Des manifestations avaient eu lieu dans les campus dans toute l'Amérique.
Avec les morts de Kent State, nous nous demandions ce qu'il fallait faire – et ce qui allait se passer.
L'AG réunie dans le plus grand amphi de la fac plein à craquer durait une grande partie de la nuit avec les discours grandiloquents et naïfs et les plans d'actions qui allaient de "Ne Rien Faire 101" à "Anarchie avancée". Le stock de T-shirts de la boutique de la fac de Georgetown était dévalisé par les étudiants qui y dessinaient au dos des poings levés. Mon ami, Romolo Martemucci avait bordé de vert son poing rouge, en signe de solidarité italo-américaine.
Au milieu de la semaine, deux stratégies parallèles avaient émergé de tout cela: une grève nationale qui allait fermer les facs de tout le pays – à la fois en signe de protestation, mais aussi pour permettre aux étudiants de consacrer tout leur temps à la mobilisation contre la guerre – et un rassemblement gigantesque à Washington, prévu le samedi 9 mai.
Comme environ 450 autres facs américaines, l'administration de Georgetown cédait sous la pression des grévistes. On nous a fait choisir entre terminer les examens de fin d'année ou conserver les notes que nous avions déjà pour le semestre.
Nous nous sommes rendus à Capitol Hill pour essayer de rencontrer nos élus du congrès pour leur faire savoir notre opposition à la guerre, puis, nous avons porté notre attention sur le grand rassemblement du samedi. Parce que nous étions déjà sur place à NY, c'est à nous et aux autres facs du coin que revenait la plus grande partie de l'organisation matérielle. Je me suis porté bénévole pour faire partie du service d'ordre, c'est-à-dire canaliser la foule et espérer d'être capable d'empêcher les violences. Sur le campus, on nous a donné des cours intensifs de secourisme, sur comment gérer la déshydratation, les attaques aux gaz lacrymogènes et les blessures par balles.
Au petit déjeuner, le samedi matin, gonflés de mâle importance, nous avions dit à nos copines de ne pas nous approcher de la manif: il pourrait y avoir du grabuge. Nous leur avions suggéré d'aller plutôt aider dans les salles où nous avions installé notre QG. Et finalement, il s'est avéré qu'elles avaient été plus exposées au danger que nous – un groupe de néo-nazis avait attaqué les bureaux. Heureusement, personne n'avait été blessé sérieusement.
Quant à moi, j'avais défilé sous un beau soleil avec le brassard bleu pastel qui avait été distribué aux gens du service d'ordre qui encadraient les 100000 manifestants. La Maison Blanche avait été entourée par des autobus garés pare-chocs contre pare-chocs.
Tout avait bien été jusque là, quand, en fin de journée, un camion à eau de l'armée s'est avancé vers nous et nous nous sommes tous tenus par la main comme si cela allait suffire pour le repousser. En fait, le camion a fait demi-tour juste avant d'arriver jusqu'à notre faible ligne de défense. Dans le journal du lendemain, j'ai lu que le camion avait été détourné par un groupe de hippies et qu'on l'avait vu pour la dernière fois traverser un pont sur le Potomac avant de disparaître dans les régions sauvages de Virginie.
Puis, tout cela s'était terminé. Cette nuit-là, le bruit avait couru que la police allait déloger les groupes de manifestants qui campaient dans Potomac Park près des monuments et qu'ils se rabattraient sur les campus universitaires de la ville. Nous sommes restés debout toute la nuit pour les accueillir mais rien de tel n'est arrivé.
Le 15 mai, deux autres étudiants étaient tués et 12 blessés à Jackson State University dans l'état du Mississippi, mais cette nouvelle était loin d'avoir retenu l'attention comme l'incident de Kent State. Les étudiants de Jackson State étaient noirs.
La mobilisation qui était censée se poursuivre grâce à l'arrêt des cours se terminait en queue de poisson. La plupart des étudiants de Georgetown profitaient de la fin précoce du semestre pour se faire bronzer et jouer sur la pelouse, ou tout simplement pour retourner chez eux.
Un ami avait écrit un article dans un des journaux du campus dont le titre était "la révolution des Frisbees".
Cela avait mis en colère ceux d'entre nous qui tentions de poursuivre le mouvement à l'époque, mais il avait raison. Une fois retombé l'enthousiasme pour organiser le grand rassemblement, il n'y avait plus de véritable motivation et les gamins étaient redevenus des gamins. La guerre était passée à l'arrière-plan, loin des yeux, loin du cœur. Elle s'est pourtant encore poursuivie pendant 5 années futiles et sanglantes de plus.
Malgré toute la colère et toute l'inquiétude actuelles – une économie en ruines, le chômage et l'insécurité; les guerres qui se poursuivent en Afghanistan et en Irak; et un gouvernement dysfonctionnel pris à la gorge à cause des dons de campagne et de la piraterie politique – le même manque d'intérêt affecte beaucoup de ceux qui se sont ralliés à la cause d'Obama en 2008, en allant faire du porte à porte, en recueillant des dons - et en votant.
Une fois cette élection passionnante et historique bel et bien terminée, l'attention de beaucoup d'entre eux s'est portée sur autre chose, motivée par l'intérêt personnel ou détournée par les contradictions des médias, la télé réalité, où d'anciens astronautes dansent avec des danseuses de cabaret et où des parents élèvent leurs huit enfants sous l'œil omniscient de la caméra.
L'édition du Financial Times de vendredi titrait: "les actions US chutent alors que montent les craintes concernant la dette publique", mais présentait également un encart d'un magazine de luxe intitulé: "comment le dépenser". Parmi les possibilités il y avait un kayak de course, un safari au Kenya et un bracelet en or blanc incrusté de rubis et de diamants, une affaire en or pour 220.000 dollars.
Le même jour on apprenait que le taux de chômage atteignait les 9,9%, malgré la création de 290.000 nouveaux emplois.
La semaine dernière, des milliers de manifestants se sont rendus à Wall St pour protester contre les abus cyniques des banques et des groupes privés. Le 17 mai, d'autres défileront à Washington sur KStreet , où les lobbyistes sont en quête d'émoluments princiers versés par ceux qui veulent gagner en influence.
C'est bien beau tout ça. Mais dans tout le reste de l'Amérique, les frisbees voltigent.
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Commentaires
il n'a qu'à appeler l'autre sociopathe, là
comment il s'appelle déjà ?
ah, c'est ça
Mathieu Colloghan !
(qu'il a tout pompé à Ferdinand Léger)
Ferdinand
Léger
( comme un frisbees)
OK, de toute façon, je sors.
Mais qu'est-ce que tu dis? ...
Les peintres se sont tout pompé entre eux, de toute façon. Les génies, eux, ce sont ceux qui ont laissé croire que c'est d'eux que venaient les idées.
Bin, oui, Colloghan fait des tableaux qui s'apparentent à ceux de Léger (quoique, je vais faire la difficile, je n'aime pas beaucoup Léger).
Pourquoi pas? Tout le monde ne veut pas forcément s'inspirer de Picasso ...
Cela dit, MC a du talent. Et moi, j'aime ce qu'il fait. Quelque part, ça doit me parler
je reconnais totalement que j'ai été très maladroite dans mon approche
mais le but c'était bien de faire le lien avec cet article intitulé :
Mathieu Colloghan : "Rendre visible des luttes absentes de l’espace public"
et pour finir, je dis que ce qui génial avec les frisbees, c'est que
à la différence des boomerangs, ça fait quand même nettement moins mal quand vous en prenez un sur le nez.
Euh, "Fernand" Léger, plutôt ...

Oui, un parallèle ou pas, d'ailleurs. Les luttes existent bien, mais il est vrai qu'elles sont ponctuelles et souvent peu médiatisées.
Ce la semble exact: le frisbee est peut-être moins dangereux, mais le boomerang est censé revenir au lanceur, et donc épargner celui d'en face.
N'effet, Chomp', c'est plutôt Fernand. même si c'est proche, vaut mieux rendre à César ce qui n'est pas à Pompée
il va sans dire que j'apprécie MC
je vais vous dire pourquoi à ma manière.
savez-vous le dernière, ma chère ?
la dernière série noire, bien entendu
c'est Antoine Chainas,
Une histoire d'amour radioactive.
Tenez-vous bien, vous trouverez ça récupéré sur toutes les façades aseptisées des blogs des gros bourges.
Faut pas confondre avec l'optique MC,
parce que eux, ils parlent de " charnier aseptisé" en reprenant les mots de l'auteur
D'après eux, le monde, l'espace public serait un charnier aseptisé alors du coup, ils ont trouvé un super alibi pour éjaculer une fois de plus en public.
Il y a donc double discours, une fois de plus.
Alors évidemment , pour sortir de ce bain de merde, je ne vois actuellement que MC.
je dirais même plus, je n'ai d'yeux que pour lui.
"je dirais même plus, je n'ai d'yeux que pour lui" --> Allons bon!
Antoine Chainas? Je connais pas. mais je ne suis pas une référence
Je vais voir de quoi il retourne.
en tout cas, je vais zapper article XI.
je les aime bien, voyez
mais ils commencent à m'horripiler aussi.
le genre, quand ils étaient petits à sauter les deux pieds dans le canapé du salon sans se prendre une dérouillée, ça commence à bien faire aussi.
je compte pas du tout développer.
Le soleil brille, les oiseaux chantent.
bonne journée , emcee.
tiens,
la louve nous mord la nuque.