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La racialisation du crime et du châtiment

(larges extraits)
Angola 3 News: Votre article "The Racialization of Crime and Punishment: Criminal Justice, Color-Blind Racism, and the Political Economy of the Prison Industrial Complex," a été publié en 2008 (non disponible sur le net, NDT) par American Behavioral Scientist. Quels arguments clés y développez-vous, vous et Rose M. Brewer, co-auteure de cet article?

Nancy A. Heitzeg: Rose Brewer et moi-même, nous disons que le complexe industriel carcéral est la toute dernière invention politique et juridique d'une série ininterrompue de manigances destinées à imposer la suprématie des Blancs avec ses avantages économiques et sociaux contenus dans la loi et appliqués grâce à elle – "toute domination est préservée grâce à des stratégies de contrôle social" (Bonilla-Silva 2001). Alors que les mouvements pour l'Abolition (esclavage/ségrégation) et les droits Civiques militaient pour mettre fin à l'esclavage, aux lynchages et à la ségrégation institutionnels, des pratiques nouvelles et moins directes sont apparues pour perpétuer le racisme systémique et la structure économique qui va avec.
En cette période de "racisme daltonien" on est passé du racisme légal avec une codification explicite, au racisme "de fait" où les personnes de couleur, en particulier les Noirs, qui ne sont, ainsi, pas protégés par la loi comme les autres, sont soumis à une surveillance excessive, à une ségrégation extrême et à l'esclavage moderne grâce à l'incarcération, tout cela au nom de la "lutte contre le crime".
Le complexe industriel carcéral est la manifestation de cet héritage légal de racialisation où les plantations ont été remplacées par les prisons, les Codes d'esclavage par des Codes noirs et le lynchage par les exécutions subventionnées par l'Etat.
(…)
Angola 3 News: Avec la population carcérale qui est passée de 200.000 en 1970 à 2,4 millions aujourd'hui, les Etats-Unis ont plus de détenus et un taux d'incarcération plus élevé que tout autre pays au monde. A quoi attribuez-vous ces chiffres?
Nancy A. Heitzeg: les Etats-Unis, avec moins de 5% de la population mondiale, comptent environ un quart de la population carcérale mondiale. Comme vous l'avez souligné, les Etats-Unis ont le taux d'incarcération le plus élevé au monde. Plus de 2,4 millions de personnes sont détenues dans des prisons des états ou fédérales - 751 pour 100.000 habitants.
Il y en a 5 autres millions qui sont soit en sursis avec mise à l’épreuve soit en liberté conditionnelle (PEW 2008). Les Etats-Unis restent le dernier pays postindustriel parmi les soi-disant "Pays du Premier Monde" ("First World nations", par opposition à Tiers Monde, NDT) où la peine de mort est encore légale et qui y a fréquemment recours. Près de 3.500 détenus attendent dans le couloir de la mort dans 35 états et au niveau fédéral. Il a fallu attendre le XXIème siècle pour que les Etats-Unis abolissent la peine capitale pour les mineurs et pour ceux dont le QI est inférieur à 70.
Au cours de ces 40 dernières années, il y a eu une hausse énorme de la population carcérale – une augmentation multipliée par 10 depuis 1970. Entre 1987 et 2007, la population carcérale a été pratiquement multipliée par 3. Le taux d'incarcération élevé est à mettre au compte presque exclusivement de la "guerre contre la drogue" et de l'augmentation de longues peines de prison planchers pour des délits liés à la drogue ou à d'autres crimes non-violents.
La même sévérité a été constatée dans le système judiciaire pour les mineurs. La justice pour mineurs est passée de ses objectifs initiaux de réinsertion et de thérapie à un "tribunal correctionnel de seconde classe qui n'offre aux adolescents ni thérapie ni justice" (Feld 2007). Tout au long des années 1990, le gouvernement fédéral et pratiquement tous les états ont adopté une série de lois qui criminalisaient une multitude d'"activités en bande organisée". Ce qui a fait baisser l'âge auquel les mineurs peuvent être déférés devant un tribunal pour adultes, agrandi l'épuisette de la justice pour attraper les mineurs et permis, en le rendant même parfois obligatoire, de juger des mineurs comme des adultes.
Récemment, des universitaires, des éducateurs et des militants exprimaient leurs craintes quant à la relation croissante entre les écoles et le complexe industriel carcéral.
La tendance croissante qui consiste à faire sortir les élèves du système scolaire, d'abord par le biais des règles de "tolérance zéro", pour les diriger directement et/ou indirectement vers le système judiciaire pour mineurs et adultes est appelé "le pipeline de l'école à la prison", "le chemin de l'école à la prison" ou, comme les enfants sont pris pour cible de plus en plus jeunes, le processus "du berceau à la prison" (NAACP 2005; Advancement Project 2006; Children's Defense Fund 2007).
En partie, le "pipeline de l'école à la prison" résulte du fait que les établissements scolaires criminalisent des problèmes de discipline mineurs grâce aux règles de tolérance zéro, qu'ils ont une présence policière au sein des établissements, et qu'ils ont recours aux exclusions temporaires ou définitives pour des problèmes de discipline anodins.
Angola 3 News: qu'est-ce qui pousse les Etats-Unis à incarcérer autant de gens?
Nancy A. Heitzeg: Ces politiques intraitables ne sont pas légitimées par une augmentation de la criminalité ou à cause de données empiriques qui prouveraient leur efficacité. Non, ces politiques ont proliféré à cause de nos peurs infondées. Pour faire court: la sévérité des mesures de justice répressive émanent du racisme, du "classisme", des mythes propagés par les médias, et de l'optique de profit dans le cadre d'une incarcération à grande échelle.
Les peines planchers obligatoires pour des violations de la loi sur les stupéfiants, les lois "*three strikes", l'utilisation accrue de l'emprisonnement comme sanction pénale, l'allongement des peines de prison, la condamnation de mineurs par un tribunal pour adultes, et le recours accru à la peine de mort, tous ces éléments touchent de façon disproportionnée les pauvres et les personnes de couleur.
Un rapide coup d'œil aux statistiques montre immédiatement à la fois l'amplitude de ces changements de politique et leur dynamique raciale. Malgré le fait qu'il n'y ait pas de différences statistiques dans les taux de criminalité, les pauvres, les peu instruits et les gens de couleur, en particulier les Noirs, sont surreprésentés dans les statistiques à tous les niveaux du système judiciaire (Walker, Spohn & DeLone 2007).
Un adulte sur 35 est en liberté surveillée et 1 sur 100 est en prison. Si on regarde le profil racial, il y a en prison: 1 femme noire sur 100, 1 adulte Latino sur 36, 1 homme noir sur 15, and 1 homme noir sur 9 entre 20 et 34 ans (enquête Pew 2008).
Approximativement, il y a en prison 50% de Noirs, 30% de Blancs et 17% de Latinos (Bureau of Justice Statistics 2007).
En fait, la couleur de la peau de la victime, celle du criminel et la classe sociale à laquelle ils appartiennent restent les meilleures indications permettant de deviner à coup sûr qui va être condamné à la peine de mort. Les écarts entre les origines raciales sont encore plus importants pour les jeunes. Les Noirs représentent 17% de la population jeune, mais représentent 45% des arrestations (NAACP 2005).
Les adolescents noirs ont deux fois plus de chances d'être arrêtés que des adolescents blancs, à être déférés à un tribunal pour mineurs, à être fichés et être déclarés comme délinquants, ou déférés à un tribunal pour adulte. Les adolescents noirs ont 3 fois plus de chances d'être condamnés à être placés dans des centres pour délinquants.
Au niveau national, un noir sur 3 et 1 latino sur six nés en 2001 sont susceptibles de se retrouver en prison au cours de leur vie. Alors que les garçons ont 5 fois plus de chances d'aller en prison que les filles, les risques pour les filles sont en augmentation. Ce taux d'incarcération compromet l'avenir d'enfants de plus en plus jeunes (Children's Defense Fund 2007).
Pour compliquer le tout, les sanctions sont prolongées au-delà de la peine de prison. En plus des incidences directes de la criminalisation et de l'incarcération massives, il y a pléthore de ce que Mauer et Chesney-Lind (2002) appellent "les sanctions invisibles".
A de nombreuses condamnations pour délits, s'ajoutent actuellement les "conséquences collatérales": interdiction au condamné d'exercer ses droits civiques, interdiction de percevoir les aides sociales fédérales ou des allocations en matière de soins médicaux, de logement et d'éducation, accélération des démarches pour le déchoir de ses droits parentaux, et exclusion d'un nombre indéterminé de débouchés professionnels.
Les conséquences collatérales sont particulièrement sévères envers ceux qui ont été condamnés pour affaire de drogue et qui représentent la majorité de ceux qui ont été incarcérés récemment. Ceux qui ont été condamnés pour drogue sont définitivement exclus de la liste des bénéficiaires des aides publiques comme Medicaid, les bons d'alimentation, et toutes les aides fédérales. Ces politiques réduisent considérablement les chances de réintégration d'anciens détenus et augmentent les risques de récidive et de retour en prison.
La prison est devenue une source de profits. Le complexe industriel carcéral est une machine qui tourne à l'infini où les énormes profits (ex: le travail à bas coût, les contrats de construction, les créations d'emplois, et les profits constants qu'en tirent les médias depuis les reportages tapageurs sur les crimes commis aux émissions de fiction concernant les crimes et la justice) et les avantages politiques apparents (ex: réduction du taux de chômage, discours musclés sur le traitement de la criminalité et la sécurité publique, et augmentation du financement pour les agences et les professionnels du système judiciaire et policier) ont conduit à des politiques qui sont, en outre, destinées à garantir une réserve infinie de "clients" pour le système pénal.
Ces politiques intéressées comprennent une présence policière accrue dans les quartiers pauvres et les lieux où sont concentrés les gens de couleur: le contrôle au faciès; la baisse des crédits pour les écoles publiques associée aux politiques de tolérance zéro et aux taux croissants d'expulsions d'élèves noirs; le nombre croissant de mineurs condamnés dans des tribunaux pour adultes; les peines planchers obligatoires et le système des "three strikes"; les conditions d'incarcération épouvantables et la réduction des services en prison qui contribuent à augmenter les risques de "récidive".
Et, enfin, la "conséquence collatérale" d'être déchu de ses droits de citoyen conduit à l'interdiction de bénéficier d'aides sociales, de logements publics, du port d'armes, de la participation aux élections et à la vie politique, d'un emploi. La déchéance des droits de citoyen garantit pratiquement que l'intéressé récidivera dès sa première remise en liberté et retournera au complexe industriel carcéral (Brewer and Heitzeg 2008).
A3N: pensez vous que l'opinion publique en général soutient le système judiciaire aux US, en particulier en ce qui concerne, par exemple, le taux d'incarcération élevé, la prétendue "lutte contre la drogue", le recours à l'isolement et le manque de soins médicaux donnés aux détenus? Quel rôle jouent les médias pour façonner l'opinion publique?
NAH: en général, la population des Etats-Unis est très peu informée de la nature des crimes, des criminels et des mécanismes du système pénal. S'ils soutiennent effectivement l'intransigeance dans les sanctions, alors leur soutien se fonde sur la désinformation largement propagée par les médias.
La prison n'est en fait pas la panacée mais plutôt le symptôme de ce que Barry Glassner appelle "notre culture de la peur". Nous avons peur des communistes, des socialistes, des terroristes, des pitbulls, des abeilles tueuses, de la maladie du charbon, de la grippe porcine, et de la maladie du moment. Quand rien ne marche de tout cela, nous avons peur des CRIMES.
Les peurs qui conduisent à des incarcérations abusives sont alimentées par les mythes sur la criminalité. Un groupe de recherche important explique le rôle que jouent les médias – en particulier de la télévision – en créant la perception de la criminalité et l'image qu'ils veulent donner du criminel, cela pour ensuite influer sur les politiques publiques.
Rappelons-nous l'hystérie orchestrée par les médias dans les années 80 et 90, qui liaient étroitement et gonflaient les histoires d'"adolescents super prédateurs", les reportages sur la "violence des gangs et l'"épidémie de crack" – tous étant sans conteste dépeints comme des problèmes raciaux.
(…)
Le monde du crime et des criminels de la TV, cependant, est une illusion.
Les émissions d'informations et de divertissement à la TV créent une image de la criminalité, des criminels et des victimes qui n'est étayée par aucune statistique. En général, les enquêtes indiquent que les vols à l'arraché, les crimes violents et les crimes commis par des mineurs sont considérablement surreprésentés; la couverture médiatique sur la criminalité a augmenté alors que les taux de criminalité sont en baisse; les Noirs et les Latinos sont surreprésentés en tant que délinquants et sous-représentés en tant que victimes, et les crimes inter-raciaux, surtout ceux qui mettent en scène des victimes blanches, sont surmédiatisés.
Le criminel est vu à tort comme le parfait étranger – quelqu'un que l'on ne connaît pas et qui fondamentalement n'est pas "nous" – et qui est d'une autre origine ethnique, classe sociale ou quartier. Les médias qui rapportent les crimes créent et renforcent le stéréotype du jeune homme noir, en particulier, comme étant le criminel.
Ces représentations médiatiques ont des conséquences véritables. Les reportages télévisés sur les crimes reflètent cette culture de la peur dont parle Glassner (1999). Cette thèse est étayée par des dizaines d'années de recherche. Une enquête après l'autre conclut que ceux qui regardent énormément la TV (c'est-à-dire plus de 4 heures par jour) surestiment le taux de criminalité, les risques de devenir victime d'un crime, et l'importance des violences commises par des étrangers.
Ceux qui regardent énormément la TV ont deux fois plus de chances que les autres de répondre que la criminalité est le problème le plus important, ils pensent que les taux de criminalité sont en hausse, et disent qu'ils ont peur de devenir victimes d'un crime – surtout commis par des jeunes noirs ou latinos qui sont considérés par les téléspectateurs assidus comme dangereux et qui méritent d'être punis sévèrement. Ils ont fait leur ce que Gerbner appelle le *"mean-world syndrome", le syndrome du grand méchant monde, où ils ont une peur et une défiance irraisonnées vis-à-vis des étrangers (=inconnus, NDT), et ces étrangers sont noirs ou latinos.
En plus de cette surreprésentation en tant que "criminels", les délinquants noirs sont dépeints de façon plus négative que leurs homologues blancs. Les Noirs ont plus de chances d'être présentés aux informations à la télévision comme des criminels, ils ont quatre fois plus de chances que des Blancs d'apparaître sur une photo d'identité judiciaire, deux fois plus de chances d'apparaître avec des menottes ou autres, et deux fois moins de chances que leur nom soit cité.
L'acceptation largement répandue du stéréotype des personnes de couleur comme des prédateurs violents a des implications également dans les politiques publiques.
Les systèmes judiciaires pour mineurs et pour adultes dans tout le pays ont été rapidement poussés à plus de sévérité par les reportages dans les médias – plutôt qu'en se basant sur les données chiffrées – ce qui a permis de mettre en place le programme d'incarcérations de masse, et favorisé l'émergence du complexe industriel carcéral et le pipeline de l'école à la prison. Comme le fait remarquer Davis:

la criminalité est une des impostures derrière lesquelles la couleur de la peau, avec toute sa complexité idéologique menaçante, réunit les vieilles peurs et en crée de nouvelles.

Angola 3 News: estimez-vous que l'isolement cellulaire, c'est de la torture?
Nancy A. Heitzeg: oui, c'est de la torture. C'est une sanction cruelle et inhabituelle quand des êtres humains sont privés de contacts humains, de communication et de ressources. Il contribue largement au développement de maladies mentales.
L'utilisation à forte dose de l'isolement cellulaire fait partie des nombreuses pratiques employées en prison que je qualifierais de torture.
La mondialisation du complexe industriel carcéral comprend non seulement la prolifération de structures, mais celle de pratiques cruelles également.
Les abus qui ont été décrits à Abu Ghraib ne sont pas une anomalie mais sont des méthodes utilisées couramment dans les prisons dans tous les Etats-Unis.
Amnesty International et Human Rights Watch ont rédigé des rapports sur les décennies de violations des droits des êtres humains et des citoyens commises par la police locale et fédérale, ainsi que par les autorités carcérales dans les prisons et les centres de détention pour les sans-papiers.
Il y a toutes sortes de méthodes policières violentes: les arrestations au faciès et la violence physique, comme les coups de pieds, les coups de poings ou de matraques sur des suspects qui sont immobilisés, l'abus de clés d'étranglement, d'entraves et d'autres moyens d'immobilisation qui ont conduit à la mort. L'utilisation excessive des Tasers, de bombes de produits chimiques et de la force meurtrière – particulièrement quand il s'agit de courses- poursuites en voiture ou de suspects noirs sans armes. Et puis, il y a les fouilles au corps complètes injustifiées et le recours aux abus sexuels et à la torture dans les commissariats pour arracher des aveux.
En ce qui concerne les abus commis dans les prisons, il y a l'immobilisation des quatre membres, les chaînes qu'on impose aux femmes enceintes. Et aussi: la nudité, les fouilles corporelles, les humiliations d'ordre sexuel, l'agression comme mesures de contrôle social; les agressions sexuelles commises sur des femmes ou des hommes par les gardiens ou d'autres détenus; les châtiments corporels donnés par les gardiens ; le refus de soins médicaux ou de traitement, etc.
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Angola 3 News: que montre l'affaire des 3 d'Angola sur l'état actuel de la politique US, en particulier concernant les droits de l'homme et le racisme?
Nancy A. Heitzeg: malheureusement, l'affaire des 3 d'Angola n'est pas une anomalie.
Les Etats-Unis ont toujours par le passé utilisé les autorités judiciaires locales, fédérales et celles des états pour réprimer l'opposition politique de gauche. L'Etat a volontiers utilisé à la fois la subversion et la violence pour arriver à ses fins. Cela a été le cas au cours de tout le XXème s. dans les affaires comme celles de Sacco et Vanzetti, d'Eugene V. Debs, de Leonard Peltier ou de Mumia Abu-Jamal, ainsi que pour les injustices multiples commises à l'encontre des Black Panthers, dont les 3 d'Angola. Il y a une volonté particulière et souvent un énorme effort pour faire taire l'opposition de gauche de militants noirs – peut-être les associations/ individus cités plus haut représentent-ils véritablement une menace pour l'hégémonie de ce que bell hooks a appelé "la patriarchie capitaliste du Blanc" (1992).
Mais il s'agit là d'une contestation, d'une lutte qui devrait être considérée comme salutaire et prise en compte, et non pas réduite au silence et réprimée.
L'engagement du gouvernement pour les droits de l'homme est sélectif et lié à la couleur de la peau, la classe sociale et l'influence politique. Certains préfèrent ignorer les prisonniers politiques et les prisonniers d'opinion parce qu'ils estiment qu'ils ne risquent pas d'être exposés à une erreur judiciaire similaire. Cette position est une erreur, car le déni des droits constitutionnels pour certains est à n'en pas douter une menace pour nous tous. Et finalement, ceux qui ignorent cela pourraient, un jour, comme l'a dit Niemöller (1946), se retrouver sans personne pour les défendre.
(…)
Lire le texte intégral ici (en anglais)

Notes annexes:

  • La loi des "three strikes and you're out" ("un essai, deux essais, si tu rates le troisième, tu sors!", règle au baseball) a été adoptée dans plus de 20 états aux US.

Elle permet de condamner directement à une peine à perpétuité au bout du troisième crime violent. En Californie, toutefois, le troisième crime n'a pas besoin d'être violent. Il suffit que les deux premiers aient été "graves".
Mais le gouverneur de Californie est plus soucieux d'enfermer les gens dans les prisons que de relever un état moribond.
Remarquez, Schwarzenegger est plein de ressources : il pense délocaliser les prisons au … Mexique!
Et si on leur foutait un peu la paix aux Mexicains, non? Ils n'en ont pas assez plein les bottes des combines pourries des US?

  • « mean world syndrome"

Gerbner et ses collaborateurs (cf. Gerbner, Gross, Morgan & Signiorielli, 1994) ont appelé le « mean world syndrome" cette tendance, surtout pour les téléspectateurs assidus, à cultiver une conception du monde comme relativement menaçant et dangereux.
L’impact différé de la violence médiatique signifie, quant à lui, que « l’accumulation des modèles violents au cours de notre apprentissage social nous conduit à banaliser la violence » (Pascal Marchand).

Population carcérale aux USA: les mécanismes légaux de la discrimination raciale

"L'isolement géographique des populations noires pauvres permet des opérations sélectives de maintien de l'ordre, de justice et de mise en détention sans qu'il y ait besoin de créer des lois spécifiques qui s'adresseraient explicitement aux Noirs. Et cette politique est rendue possible à la fois parce que l'Amérique blanche s'estime intrinsèquement différente et distincte des populations noires pauvres et méprisables et que les élites politiques noires n'ont rien dit".

Bruce Dixon, Black Agenda Report

Autre anecdote, autre exemple lamentable:
Malaika Brooks, enceinte de sept mois, allait déposer son fils à l'école.
C'était en 2004, à Seattle.
Trois agents de police qui estimaient qu'elle était en excès de vitesse (45Kms/h au lieu des 30 autorisés), l'arrêtent pour la verbaliser, mais elle refuse de signer le PV, niant l'infraction.
Ils prennent alors ses clés de voiture et lui tordent le bras pour la faire sortir, mais comme ils n'y parviennent pas, ils lui tirent dessus avec leur Taser par trois fois (des décharges de 50000 volts, tout de même!).
Elle a déposé plainte auprès de la cour d'appel fédérale pour violation de ses droits constitutionnels.
Jugement au début de ce mois-ci, où deux juges sur trois on décidé que: eh bien, non, les policiers n'ont pas commis d'erreur et les trois décharges avaient été nécessaires pour maîtriser cette femme dangereuse.
La troisième juge, Marsha Berzon, est scandalisée, cependant: elle explique qu'après avoir tasé Mme Brooks, ils l'ont tirée de la voiture, l'ont traînée par terre, puis l'ont allongée sur le ventre pour lui passer les menottes, malgré ses protestations et ses cris de douleurs.
Anecdotique: cette terroriste de la route est noire (photo) …
Ces gens-là, c'est bien connu, ils se plaignent pour un oui ou pour un non.
Et procéduriers, avec ça.
Lire l'article ici (en anglais)

Note perso:

Mais, voyons un peu ce qui se passe en France

" Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C'est un fait".
C'est bien ce qu'on cherche à véhiculer ici aussi, si je ne m'abuse, non? Tous les ingrédients y sont: les Noirs et les Arabes (= Noirs + Latinos, aux US) + le "trafic de drogue" pour semer la peur dans les foyers de "souche" et justifier de mesures de plus en plus répressives.
Paroles d'un petit chroniqueur imbu de sa personne, qui cherche à s'assimiler de façon grotesque à d'hypothétiques et fantomatiques "Français de souche", réduisant la France à un village consanguin, et qui est une insulte vivante à tous les étrangers qui depuis des générations ont choisi la France comme terre d'accueil et comme patrie – et, en particulier, à tous ces Juifs anonymes qui y sont restés, malgré les atrocités que leur ont fait subir lesdits "bons Français".
Aujourd'hui, les Juifs ont été (en partie, parce que, eux aussi, font partie du plan discrimination orchestré par l'oligarchie) remplacés par les Noirs et les Arabes qui, selon les dires de cet individu sans consistance et malfaisant, seraient très mal blanchis et étrangers dans leur propre pays.
Alors, tout est bon pour salir, et quand on tient le haut du pavé médiatique, rien de plus facile que de se faire le porte-parole et le porte-drapeau de toute la racaille raciste, à répandre la gangrène sans qu'on puisse apporter la contradiction à ces petites phrases en forme de slogans irréfutables et prétendument frappés du bon sens.
Pourquoi je dis ça? Eh bien, parce que l'article ci-dessus montre bien les mécanismes de l'ostracisme, le travail de sape organisé par les médias au profit des classes dirigeantes et de ceux qui les tiennent par la barbichette, les grands groupes privés.
Si les "petites gens" ne se haïssaient pas entre elles, toute cette engeance, qui s'approprie le pouvoir et les privilèges qui vont avec, ne tiendrait pas bien longtemps.
En France, le processus a été accéléré ces dernières années pour emboiter le pas aux Ricains et les résultats sont, ma foi, spectaculaires.
Les riches beaucoup plus riches, les pauvres et les classes moyennes pillés, le bouclier fiscal, les exonérations d'impôts pour les groupes privés, le storytelling pour faire passer des mesures toujours plus répressives, le démantèlement progressif de toutes les institutions publiques et de tous les garde-fous, la désintégration calculée du Programme du Conseil national de la Résistance, et tout récemment, le cadeau aux copains des jeux en ligne. Ca fout les jetons.
J'en passe. Enormément.
Pendant ce temps, les bouffons du roi nous font peur avec les Noirs et les Arabes.
Ou bien, nous distraient avec les histoires de fesses de la famille royale.
Au lieu du Plan B pour sauver la France et les Français du marasme dans lequel ils les ont mis, voilà qu'ils sont passés directement au Plan Q!
Quelle misère! Qu'est-ce qu'on en a à foutre de qui couche avec qui, dans ce monde d'escrocs, de jet set et de paillettes?
Il faudrait peut-être résister avant qu'il soit trop tard, non? Pour l'instant, ils sont occupés à manipuler la population et à intimider les résistants, que se passera-t-il demain?

Et puis, je m'éloigne du sujet initial (quoique, tout est lié), mais pendant que les gentils "No S-Day" se rassemblaient joyeusement sans dommage, plus d'une centaine de manifestants sur les moins de deux-cents que comptait le rassemblement tranquille (et dûment autorisé par la préfecture) devant la prison de la Santé (pour y protester, justement, contre le traitement inhumain dans les prisons) ont été encerclés, puis emmenés en garde à vue pour être fichés (en vertu de la loi inique sur les bandes. Les bandes … ça ne vous rappelle rien? Mais oui, les US, bien sûr! Encore un droit constitutionnel qui tombe sous le coup d'une loi scélérate!).
Aucun n'a été inculpé, apparemment. On a juste pris leurs trombines et leurs empreintes. Et peut-être leur ADN. Parmi eux, des jeunes, beaucoup.
Et ça, c'est terrifiant. Les jeunes n'ont plus droit éventuellement qu'aux raves bourgeoises décadentes. Manifester est un délit, voire un crime, désormais.
Pendant la même période, un groupe de gens se réunissait spontanément devant les locaux du Figaro pour soutenir la "liberté d'expression"de Mister BinZ.
J'ai dit "bouffons" déjà, non?
Je vous conseille la vidéo (attention, âmes sensibles, s'abstenir) . Ne ratez pas les slogans! On dirait une fausse manif de droite ... En sinistre.
Personne n'a été arrêté, semble-t-il. Pas de fichage, pas d'ADN.

Pauvre France! Elle tombe dans les bas-fonds de l'Histoire après les Lumières, la Révolution, la Déclaration des Droits de l'homme, la loi de 1905 sur la laïcité, la Résistance, le CNR, les droits des femmes à la contraception et à l'avortement, l'abolition de la peine de mort. Depuis, plus rien, ou presque. Seulement une spirale descendante pour effacer tout ça, et qui atteint aujourd'hui des sommets.

Rendez-vous au Plateau des Glières pour la vraie manifestation les 15 et 16 mai .
Pour prendre un peu de chaleur humaine.
On en a bien besoin avec ce climat pourri.