Obama et Cuba: la fin d'une illusion

Le 23 février 2010, le détenu cubain Orlando Zapata Tamayo est mort des suites d'une grève de la faim prolongée malgré les efforts des médecins cubains pour le soigner et le maintenir en vie. Ces sept dernières années, Orlando Zapata Tamayo avait déclaré faire partie des dissidents cubains qui sont dirigés et financés par Washington.
Cette "prise de conscience" politique succédait à une série de délits de droit commun tels que le cambriolage ou l'escroquerie, puis à des crimes plus graves comme les agressions, ce qui l'avait conduit à effectuer plusieurs séjours en prison.
La mort de Zapata Tamayo avait rapidement servi de prétexte au gouvernement US et à ses alliés impérialistes (relayés par les médias capitalistes) pour orchestrer une campagne extrêmement cynique de calomnies sur les droits de l'homme, la torture et les prisonniers politiques à Cuba.
Sur Capitol Hill, les appels se sont multipliés pour demander à l'administration Obama de cesser les soi-disant efforts pour "améliorer" les relations avec l'état souverain cubain et de s'attacher, au contraire, à déclencher des hostilités et une offensive politiques claires. Le projet de lever les restrictions des voyages sur Cuba pour les citoyens US, qui n'avait jamais été bien chaleureux dès le départ, va probablement être complètement gelé.
Le 11 mars 2009, le parlement européen condamnait fermement Cuba pour la mort de Zapata Tamayo après un vote de 509 voix pour, de 30 contre et de 14 abstentions. La résolution de l'UE mandate son "haut représentant" et son "commissaire" "pour instaurer immédiatement un dialogue structuré avec la société civile cubaine et avec ceux qui soutiennent une transition pacifique à Cuba", c'est-à-dire pour établir une collaboration politique manifeste avec des clients potentiels (dont beaucoup sont déjà des employés par Washington) dont l'objectif est de renverser – pacifiquement, bien entendu - la révolution cubaine et le gouvernement souverain (le gouvernement cubain a lancé une contre- offensive musclée).
L'édition en ligne du 1 mars 2010 de Granma International répond à la distorsion des faits et aux mensonges sur la vie et la mort de Zapata Tamayo en tant que "prisonnier politique" dans l'article "Pourquoi la mort est-elle un instrument utile?" d' Enrique Ubieta Gomez ).
Bien entendu, les larmes de crocodile versées par les gouvernements impérialistes , les institutions et les médias sur la mort de Zapata Tamayo sont en contraste frappant avec le silence relatif et l'absence de réaction concernant les nombreux détenus (nul ne connait exactement leur nombre) souvent choisis arbitrairement et sans chef d'accusation, a fortiori un procès justifié – qui ont été torturés et battus à mort sous la garde "démocratique" des "installations " US, britanniques, canadiennes, cela dans le cadre de la prétendue "guerre contre le terrorisme".
Le gouvernement US dépense ouvertement des dizaines de millions de dollars en "aides" financières et matérielles directes versées à ses clients et ses agents cubains à Cuba. Cela, évidemment, en violation de la loi cubaine.
Le gouvernement cubain – en tant que produit de la révolution cubaine – n'est soumis à aucune obligation légale ou morale de tolérer ces activités venant d'une puissance étrangère actuellement engagée dans sa destruction. En fait, ce serait le sommet de l'irresponsabilité candide que de ne pas réagir avec rigueur et fermeté contre cette subversion mercenaire. Et en conséquence, plusieurs dizaines de personnes sont incarcérées dans les prisons cubaines, condamnées par des tribunaux cubains en respectant leurs droits, y compris le droit à un conseiller juridique et à un avocat. Ajoutons à cela que les condamnations étaient fondées sur des faits apportant les preuves irréfutables qu'ils avaient reçu des aides financières et matérielles et des instructions, c'est-à-dire qu'ils étaient clients ou employés d'agences gouvernementales US, et non pas sur des accusations de "complot", terme qu'utilisent comme stratagème les procureurs US quand ils n'ont aucune preuve de ce qu'ils avancent, comme dans le cas des 5 de Cuba (Dossier Cinq de Cuba ).
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Bien sûr, la mort de Zapata Tamayo n'est pas une occasion de se réjouir pour tout révolutionnaire Cubain ou défenseur de la révolution cubaine. C'est surtout une cause de regret et de frustration parce que c'est une résultante de la politique US. La normalisation des relations entre Cuba et les Etats-Unis entraînerait la fin de la politique actuelle US de "changement de régime par tous les moyens possibles". Quand ce sera le cas, des opposants comme Zapata Tamayo pourront présenter et tenter de faire adhérer à leurs points de vue dans un cadre légal et non pas en tant qu'agents d'une puissance étrangère agressive. En tous cas, Raul Castro, le président cubain a maintes fois proposé en vain d'échanger tous les agents et clients de Washington incarcérés contre les 5 de Cuba.

Comme je vais le démontrer dans cet essai, de nombreux mois avant la mort de Zapata Tamayo, il avait été clair que l'administration Obama n'avait aucun désir caché ni aucun plan pour normaliser les relations avec Cuba ou réduire sensiblement, a fortiori faire cesser, la guerre économique et politique à laquelle se livre Washington contre l'île. En fait, l'équipe Obama-Hillary Clinton poursuit – à part quelques changements mineurs apportés dans les premiers mois du nouveau gouvernement – la politique bipartite menée depuis un demi-siècle pour renverser le gouvernement souverain à Cuba. Cette politique, mise en place peu après la victoire de la révolution cubaine, reste la seule position politique du gouvernement US qui soit restée inchangée de toute l'histoire de la diplomatie US.
Les partisans de droite et d'extrême droite, parmi lesquels certains imaginaient avec effroi qu'Obama soutenait en secret la révolution cubaine, avaient proclamé que l'administration Obama allait procéder à un changement radical de politique US vis-à-vis de Cuba.
Cette illusion, à l'autre bout du spectre politique bourgeois était partagée par beaucoup de libéraux et de gauchistes, qui avaient osé espérer que l'objectif d'Obama serait de mettre un terme aux sanctions et aux hostilités vis-à-vis de Cuba.
Pour les premiers il est toujours utile de faire passer Obama pour un coco déguisé. Quant aux seconds, sur ce point et sur pratiquement toute l'orientation de la politique intérieure et étrangère de la nouvelle administration, ils entrent actuellement, à des degrés variables et plus ou moins rapidement, en phase de dégrisement.

Le signal de McCaffrey

Le 22 décembre 2009, le général quatre étoiles à la retraite, Barry McCaffrey avait écrit une lettre à Wayne Smith, un personnage très écouté dans les milieux universitaires et diplomatiques et les cercles de réflexion aux Etats-Unis, et qui préconise la fin de l'embargo US à Cuba et la normalisation des relations US-Cuba. Dans cette lettre, McCaffrey annonçait qu'il renonçait à sa participation à la délégation de personnalités qu'organisait Smith pour janvier 2010. McCaffrey évoquait, pour expliquer les raisons de son retrait de la délégation, les propos tenus par Bruno Rodriguez, le ministre des affaires étrangères cubain, qui avait dénoncé avec virulence l'attitude de Barack Obama à la suite du fiasco du sommet de Copenhague de décembre 2009.

McCaffrey s'était déjà rendu à Cuba, où il avait rencontré de hauts dirigeants, dont Fidel et Raul Castro, et avait déclaré publiquement et devant un comité d'élus du congrès américain que Cuba ne représentait "aucune menace militaire" pour la sécurité nationale des Etats-Unis.
Son témoignage au congrès lui avait valu les critiques acerbes de la part des élus américano-cubains qui défendent les héritiers et les intérêts des anciennes classes dirigeantes cubaines qui avaient été expulsés après la révolution de 1959, ainsi que d'autres hauts responsables politiques opposés à toute "libéralisation" de la politique anti-cubaine des Etats-Unis.
McCaffrey s'est toujours élevé officiellement, et avec une certaine force, contre la politique de longue date des Etats-Unis de "changement de régime" déclaré, qui consiste à faire subir à Cuba des sanctions commerciales et touristiques et à pratiquer l'hostilité politique et l'intimidation militaire.
McCaffrey s'était rangé aux côtés d'une minorité toujours plus importante des classes dirigeantes aux Etats-Unis qui soutient que l'"engagement" est la meilleure façon de réaliser l'objectif de mettre un terme, une bonne fois pour toutes, à la révolution cubaine et à son influence politique dans le monde entier et en particulier sur tout le continent américain.
McCaffrey n'a rien d'un homme politique bourgeois naïf et ramollo. Il a derrière lui une carrière militaire "distinguée" où il a défendu au combat les intérêts de l'impérialisme US, depuis l'invasion américaine de la république Dominicaine de 1965 jusqu'à la première guerre du Golfe en passant par la guerre du Vietnam, pour laquelle il été maintes fois décoré.
Au cours de la Guerre du Golfe, c'est sous les ordres de McCaffrey qu'a eu lieu un des cas de crimes de guerre les plus effroyables de ces dernières décennies. A savoir, le bombardement et le massacre par les forces USaméricaines de milliers de soldats irakiens désarmés en fuite – abandonnés par leurs officiers supérieurs à la suite d'une débâcle militaire infligée par l'armée US – et qui, après avoir retiré leurs uniformes, tentaient de fuir le Koweït et de regagner l'Irak, en suivant un itinéraire qui a par la suite été appelé les "routes de la mort". Les corps de ces anciens soldats, massacrés alors qu'ils étaient sans défense et avaient été mobilisés de force, avaient été ensuite entassés dans des charniers.
Parmi les soldats US qui avaient participé à cette boucherie se trouvait Timothy McVeigh, qui devait commettre par la suite l'attentat d'Oklahoma City , et qui en a, de toute évidence, retiré quelque enseignement sur la moralité d'assassiner sans pitié sur des cibles d'innocents désarmés.

McCaffrey est directement et intimement lié à la politique US en Amérique latine, et remonte à sa participation à l'invasion de la république Dominicaine en 1965.
L'Administration libérale-démocrate de Lyndon Johnson avait déployé plus de 40.000 Marines et des troupes de parachutistes de la 82e division aéroportée UShttp://fr.wikipedia.org/wiki/82e_division_a%C3%A9roport%C3%A9e_%28%C3%89tats-Unis%29 sur cette île misérable afin d'écraser un soulèvement populaire de plus en plus important qui menaçait de renverser la dictature militaire qui avait pris le pouvoir après avoir renversé le gouvernement constitutionnel élu de Juan Bosch. Au moins 2000 civils dominicains avaient été tués au cours de l'invasion US, destinée à empêcher ce que Johnson appelait "un second Cuba".
Sous la présidence de William Clinton entre 1994 et 1996, McCaffrey avait été commandant en chef des forces US en Amérique du Sud, chargé de "coordonner les opérations de sécurité nationale" en Amérique Latine. Puis, toujours sous Clinton, il est devenu responsable de la lutte anti-drogue (surnommé pompeusement le “Drug Czar”- tsar de la drogue).
Evidemment, le prétexte de la lutte contre le trafic de drogue sert de plus en plus depuis des dizaines d'années à justifier l'intervention US en Amérique Latine et fait l'objet de campagnes de propagande contre les gouvernements en conflit avec Washington. Cette position a encore été renforcée quand l'administration d'Obama a décidé, en 2009, de mettre en application le plan de l'administration Bush de développer considérablement la présence militaire directe des Etats-Unis sur le terrain en Colombie avec sept bases militaires, et de réactiver la Quatrième Flotte au large des eaux territoriales de l'Amérique Latine , qui reprenait du service une soixantaine d'années après avoir été dissoute. Ces deux mesures avaient été justifiées par la "lutte contre la drogue".

En soi, l'annonce de McCaffrey peut sembler d'une importance limitée. Mais McCaffrey est un agent politique rusé qui n'opère jamais en loup solitaire. C'est un personnage discipliné qui sait lire dans le marc de café. Et donc, son action doit être comprise et vue dans son véritable contexte, c'est-à-dire la trajectoire vers le bas qu'a suivie la politique US vis-à-vis de Cuba menée par le président Obama et Hillary Clinton en 2009, après une période de faux espoirs et d'illusions qu'un changement allait intervenir. Plus précisément, après les premiers mois au gouvernement, où l'équipe d'Obama paraissait sur la défensive et isolée, Washington avait ensuite réagi et réalisé un certain nombre d'avancées en affirmant ses positions et en renforçant ses alliances en Amérique Latine, piétinant par là-même les espoirs en un changement important de la politique US vis-à-vis de Cuba.

L'issue heureuse (dans l'optique de Washington) du coup d'état de juin 2009 au Honduras a donné de l'élan à l'offensive US. Après son isolement au sommet de l'Organisation des Etats américains (OEA) à San Pedro Sula, Washington tirait profit du coup d'état au Honduras pour intensifier sa lutte pour regagner son influence politique sous l'administration Obama. La Maison Blanche et le département d'état dénonçaient officiellement le coup d'état alors que, dans le même temps, des agents politiques proches du gouvernement collaboraient avec les putschistes. Sitôt que le gouvernement US reprendrait le rôle central dans les manœuvres et intrigues diplomatiques après le coup d'état de juin 2009, il était assuré que tout processus qui serait engagé serait faussé de la façon la plus conservatrice et démobilisatrice possible.
Tout cela se terminait par la signature, le 30 octobre 2010, de l'accord grotesque présenté comme le moyen de faciliter le retour du président renversé Manuel Zelaya, mais qui n'a jamais servi à ça. Une fois ce document signé, Washington et ce qu'ils appelaient le régime "de facto'" écartaient Zelaya sans ménagement et annonçaient qu'ils soutiendraient les résultats des élections du 29 novembre 2009 qui se sont tenues sous l'égide du régime putschiste, et étaient accompagnées d'une importante répression et de la fermeture de l'espace politique démocratique.

Obama passe à l'offensive

Au cours de la période où McCaffrey avait annulé son voyage à Cuba, une série d'événements se sont brusquement déroulés qui soulignaient ce changement:

Le 19 novembre 2009, Obama décidait, par pure provocation, de répondre à une interview de Yoani Sanchez , la soi-disant "bloggeuse dissidente", le dernier instrument et la dernière coqueluche fabriquée de toutes pièces, financée et hyper-médiatisée par les forces anti-cubaines à la fois libérales et conservatrices dans les milieux politiques, universitaires et médiatiques bourgeois. Cette décision constituait la réponse aux invitations répétées du président cubain Raul Castro pour que s'instaure un véritable dialogue direct entre les gouvernements de Cuba et des Etats-Unis où toutes les questions et les divergences politiques seraient mises à plat, selon le vœu de Castro.
Le 30 novembre 2009, était publié un document accusant le gouvernement cubain de persécuter un médecin cubain noir et de pratiquer, en règle générale, le racisme institutionnel. Cette initiative était menée par Carlos Moore, vieux militant contre-révolutionnaire notoire qui se présente comme un militant contre le racisme à Cuba. Carlos Moore a travaillé longtemps avec les contre-révolutionnaires des Etats-Unis qui sont de purs produits des agences gouvernementales et des services secrets US.
La pétition, "Acting On Our Conscience: A Declaration of African-American Support for the Civil Rights Struggle in Cuba" (Agir sur votre conscience: déclaration de soutien à la lutte des Noirs pour les droits civils à Cuba") a été signée par un certain nombre d'éminents d'universitaires noirs "progressistes" et par des personnalités telles que le professeur Cornell West, le révérend Jeremiah Wright, Ruby Dee Davis, le professeur Ron Walters, le professeur James Turner.
En réponse à cette déclaration calomnieuse, les défenseurs du rôle exemplaire qu'a joué Cuba dans la lutte contre le racisme de même que son bilan remarquable pour lutter contre le colonialisme, l'impérialisme et l'apartheid en Afrique, organisaient une riposte.

Les discussions entre Washington et la Havane sur les lois et les procédures qui régissent l'immigration, qui avaient été programmées pour décembre 2009, après avoir été interrompues unilatéralement par l'administration Bush en 2003, ont été repoussées par l'administration d'Obama lors d'une première rencontre en juillet 2009 (les discussions ont repris le 19 février 2010). Au cours de cette période et jusqu'à aujourd'hui, Washington a ignoré l'offre de Cuba de développer des négociations bilatérales pour parvenir à des accords sur des questions comme la lutte contre le trafic de drogue et le terrorisme ainsi que de collaborer et coopérer à l'état d'alerte et aux secours d'urgence en cas d'ouragans.

Le 5 décembre 2009 la police de la Havane arrêtait un certain Alan Gross, ancien employé de Development Alternatives, Inc. (le DAI). Le DAI est une importante société de mercenaires à but lucratif qui emploie 350 personnes à temps complet à son siège social dans la banlieue de Washington et qui travaille dans 60 pays. Conformément à la politique US actuelle d'utiliser de soi-disant "sous traitants", qui sont des compagnies privées à but lucratif, comme mandataires pour faire la propagande et pour faire appliquer la politique du gouvernement US (le site du DAI indique que l'Agence pour le Développement International" du département d'état américain est son "principal client"). Gross est actuellement détenu dans une prison cubaine pour espionnage.
Cette politique de développement de compagnies de façade avec des structures commerciales complexes n'est pas nouvelle pour les agences de renseignements des Etats-Unis et d'autres pays impérialistes, même si cette pratique s'est multipliée ces dernières décennies. Cette prétendue "privatisation" des activités opérationnelles est, en fait, devenue endémique et se fait carrément au grand jour (il y a des dizaines de milliers d'employés de ces "compagnies sous-traitantes" qui travaillent pour l'armée US et les agences de renseignements US en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, ainsi que d'autres fronts dans le cadre de la prétendue "guerre contre le terrorisme".

Peut-être ce qui est le plus important pour ces gens qui commandent ces innombrables fronts – dont la plupart sont eux-mêmes sortis des rangs du service public dans l'armée, les services secrets ou d'autres domaines de ce genre - ce sont les bénéfices qu'ils en retirent, cette collaboration étant une véritable "vache à lait" légale.
Gross et le DAI se sont fait prendre alors qu'ils distribuaient des téléphones portables et du matériel informatique dans le cadre des politiques US non secrètes destinées à financer des personnes et des groupes pour qu'ils collaborent étroitement avec Washington dans le but d'affaiblir, voire de détruire, la Révolution Cubaine sous prétexte, bien entendu, de promouvoir en toute innocence la "démocratie et les droits de l'homme".

Le budget Fédéral US de 2008 accordait $45 millions de dollars à cette fin (cette somme est indépendante des opérations de financement secrètes). Et 10% de cet argent destiné à des opérations mercenaires avaient été affectés au DAI.
Dans le passé, une grande partie de ces crédits était versée aux compagnies américano-cubaines de droite dont le siège se trouve en Floride, qui avaient tendance à garder l'argent pour leur usage personnel. L'opération ratée du DAI semble indiquer que l'Administration Obama avait choisi d'autres méthodes pour remettre l'argent et le matériel directement à leurs clients mercenaires dans Cuba même, sans passer par ces intermédiaires cubains à la main leste. Jusqu'à présent, l'Administration Obama n'a publié que des déclarations tièdes se disant "préoccupée".
Wayne Smith, cité précédemment, qui avait dirigé la Section des Intérêts Américains à la Havane lors de sa création sous l'administration Carter à la fin des années 1970, a déclaré au Miami Herald que si Gross distribuait des téléphones cellulaires et d'autres matériels technologiques, il serait difficile à Washington de plaider sa cause.

"S'il avait été pris avec un seul téléphone, même s'il n'avait pas pu produire des papiers en règle, ils l'auraient seulement expulsé …. Je suis étonné que les Etats-Unis n'aient pas fait un scandale à ce propos. Si j'étais chargé de m'occuper de l'affaire et que le type n'ait pas commis de délit important, je ferais un scandale. Peut-être préparait-il un mauvais coup".

Le lendemain de l'attentat terroriste de Noël 2009 sur un avion de Northwest Airlines en provenance d'Amsterdam à destination de Detroit, Washington avait renforcé pour tous les citoyens cubains, ainsi que pour d'autres étrangers, les fouilles et le harcèlement aux contrôles douaniers en s'appuyant sur le fait que Cuba se trouvait sur la liste du département d'état US des états qui "financent et soutiennent le terrorisme".
Le degré d'hypocrisie et de malhonnêteté qu'a montré Washington dans cette affaire est incroyable. Des milliers de citoyens cubains sont morts dans des attentats terroristes déclenchés depuis les Etats-Unis sur Cuba depuis la victoire de la Révolution Cubaine en 1959. Ces attentats avaient été soit directement organisés et encouragés par l'agence gouvernementale US soit tolérés avec un signe de connivence par les autorités US pendant toutes ces années.
L'attentat sans doute le plus connu parmi ces nombreux épisodes sordides a été l'explosion, le 6 octobre 1976, d'un avion du Cubana Airlines et l'assassinat des 73 passagers qui se trouvaient à bord, parmi lesquels les 24 membres de l'équipe nationale junior d'escrime, qui venait de remporter toutes les médailles d'or aux Rencontres d'Athlétisme des Caraïbes et de l'Amérique centrale. Les deux terroristes organisateurs de ce crime, Orlando Bosch et Luis Posadas Carriles – tous deux d'anciens employés de la CIA) – vivent actuellement en toute liberté aux Etats-Unis (autre infos, ici ).
Il n'y a pas la moindre preuve tangible qui puisse relier Cuba à un quelconque acte de terrorisme aux Etats-Unis ou ailleurs. Le fait que l'administration Obama ait refusé de retirer Cuba de la liste indique clairement qu'elle compte poursuivre l'axe fondamental de la politique anti-Cuba des Etats-Unis.
En apportant son témoignage sur le rapport annuel des services secrets US, Dennis affirmait devant le comité du sénat sur les services secrets:

"Cuba n'a pas montré beaucoup de signes qu'elle voulait se rapprocher des Etats-Unis.
Sans les envois de pétrole subventionné par le Venezuela d'environ 100.000 barils par jour, la situation économique serait encore pire. Le président Raul Castro craint qu'un changement rapide ou important de son économie ne sape la mainmise du régime et affaiblisse la révolution, et son gouvernement ne montre aucune volonté de réduire la répression contre les dissidents politiques".

Traduit du sophisme en anglais, cela veut dire, en clair, que Blair se lamente sur le fait que le gouvernement cubain refuse de céder aux exigences de Washington et de rendre service à l'impérialisme US en liquidant la révolution de sa propre initiative pour la substituer à tous les charmes et avantages de la domination US.

(à suivre …)