Des manifestants à Washington particulièrement agressifs, la veille du vote et les animateurs radio ou télé populistes dès le lendemain d'icelui: tous vomissaient des insultes insoutenables dans tous les médias à leur disposition.
Belle image de la démocratie au pays de la "liberté". Mais on va encore nous dire que c'est au nom de la liberté d'expression et contre la "pensée unique".

Samedi 20 mars à Capitol Hill: rassemblement contre la réforme de santé

Les Tea Party Patriots étaient là, hurlant des insultes racistes aux représentants noirs en faveur de la loi, venus à une réunion préparatoire au vote du lendemain.
Ce mouvement (tea party), composé de gens de divers horizons, de droite (extrême - la modérée, ce sont les démocrates, et encore, ça dépend de l'aile), dont la droite libertarienne, en appelle aux Pères fondateurs et à la Constitution pour dénoncer les dangers de l’étatisme et du collectivisme (voir cette analyse très intéressante).
Le mouvement est parti de – ou a pris beaucoup d'ampleur – après l'élection d'Obama quand celui-ci a décidé du plan de relance des banques (on ne peut pas dire qu'ils avaient tort à ce niveau).
Puis, il y a eu le projet de réforme du système de santé et ils ont investi bruyamment et parfois violemment les débats organisés dans tout le pays, empêchant une vraie réflexion de fond. On le voit, tout devient slogan et propagande et c'est celui qui crie le plus fort qui a raison.
C'est ce qui s'appelle désormais un dialogue démocratique, sans doute.
Ils étaient, samedi 20 mars, à Capitol Hill pour protester contre l'adoption de la loi, prévue le lendemain.
John Lewis, un des leaders du mouvement pour les droits civiques dans les années 60 et compagnon de route de Martin Luther King, s'est fait invectiver par une foule de manifestants qui scandaient: "Kill the bill … nigger!". Lewis a déclaré: "je n'avais plus entendu cela depuis 40 ou 45 ans, depuis la marche sur Selma, en fait".
D'autres membres du Congressional Black Caucus, qui étaient également présents, subissaient le même sort.
Un des manifestants a même craché sur l'élu du Missouri, Emanuel Cleaver, pendant que Barney Frank, D-Mass., qui est homosexuel, se faisait insulter pour son orientation sexuelle (disons ça comme ça). Lien



Le lundi suivant, c'était le déchaînement des animateurs dans les émissions populaires et populistes radio et TV, et sur le web.
(Ici, des vidéos de quelques-uns des animateurs/journalistes TV cités ci-dessous: ça vaut le détour). Voici quelques exemples avec la traduction d'une partie de ce billet: "The 10 Most Outrageous Right Wing Freakouts Over the Health Care Bill" , écrit par Tana Ganeva.



Les délires les plus abjects de la droite à propos de la réforme de santé

Le lendemain de l'adoption du projet de loi sur l'assurance-maladie par la Chambre des représentants, les extrémistes de droite se sont déchaînés sur les ondes, allant jusqu'à comparer Obama à Hitler et les députés à des nazis. Certains lançant même des appels à la violence.
Le lendemain de l'adoption du projet de loi par la chambre des représentants était un jour marqué d'une pierre noire pour la droite. Ne seriez-vous pas contrarié si vous étiez condamné à vivre dans une contre-Utopie communiste? La vie vaudra-t-elle, même, d'être vécue quand Nancy Pelosi aura tué tous les bébés aux Etats-Unis, ainsi que votre grand-mère?
Et par "contrarié", je veux dire "complètement cinglé".
Voici certains des propos tenus par les opposants à cette loi parmi les plus outranciers et injurieux. La semaine dernière, Rush Limbaugh jurait qu'il émigrerait au Costa Rica si la réforme de santé passait. Mais il a décidé héroïquement de rester ici et de se battre pour la liberté, disant à son public qu'ils étaient désormais engagés dans une lutte à mort avec Hitler.

"L'Amérique ne tient plus qu'à un fil. Et donc, il faut voir ce que nous pouvons faire avec un fil. Notre liberté a été attaquée. C'est le genre de changement auquel les gens ne s'attendaient pas quand ils ont voté pour Barack Obama. La liberté doit l'emporter.".

Limbaugh s'en est ensuite pris violemment à Bart Stupak, un des élus à la Chambre des représentants, dont la décision de voter pour le projet de loi après avoir réussi à faire signer par le président Obama une clause anti-avortement, a permis aux démocrates d'obtenir le nombre de voix nécessaires pour l'emporter.
"Stupak n'a rien à envier à Neville Chamberlain, qui, revenant avec la petite lettre d'Hitler avait dit: 'Oh, ouais, Hitler dit pas de guerre entre son pays et le nôtre'".
Limbaugh a continué à proférer les insultes violentes (mais c'était devenu, à force, tout ce qu'il y a de plus banal) envers Obama, le comparant à Hitler, et se lamentant sur la mort de notre démocratie. Elle n'existe plus, concluait Limbaugh, désignant les coupables de ce désastre: le Congrès élu démocratiquement et le président, évidemment.

Ils ont gagné parce qu'ils détiennent le Congrès et la Maison Blanche, et nous devons en tirer la leçon suivante: 'il nous faut vaincre ces salopards. Il faut les éliminer. Il faut les chasser du pays'".

L'histoire, à coup sûr, s'amusera de tant de noblesse d'âme.

Il fallait que Glenn Beck (Fox News), qui prédit que nous sommes à l'orée d'un putsch socialo-fasciste, soit à la hauteur d'un tel drame. Et il n'a pas déçu , rassemblant ses immenses connaissances en histoire pour comparer (défavorablement) ce vote au Gettysburg Address de Lincoln , à la bataille d'Iwo Jima , à l'atterrissage sur la Lune, au mouvement pour les Droits Civiques et à l'héroïsme de ceux qui sont arrivés les premiers sur place pour porter secours aux victimes de l'attentat du 11/9, avant de retomber sur une série d'analogies plus appropriées: l'attaque de Pearl Harbour; le massacre de la St Valentin ("quand la mafia est arrivée et a fait place nette"); la rencontre de Chamberlain et Hitler; et l' HINDENBURG!
"Historique" ne veut pas toujours dire que c'est bien," a-t-il conclu sombrement.

Neal Boortz, le disc jockey agitateur de vide, a choisi Tweeter pour se livrer à une comparaison encore plus injurieuse et vicieuse: "Nancy Pelosi sourira et rira cet après-midi. Aujourd'hui, il y aura encore plus de dégâts que le 11 sept".

On aurait pu penser que des gens qui parfois s'affichent en législateurs responsables dénonceraient ces comparaisons scandaleuses avec le 11 sept? Eh bien, non, parce qu'ils sont bien trop occupés à faire des trucs comme ca (MacCain se lance dans la campagne destinée à faire "abroger ce projet de loi immédiatement").

Randall Terry, le terroriste anti-avortement, veut faire excommunier Nancy Pelosi grâce à ses entrées chez le pape parce que , avoir contribué à l'adoption d'une loi qui va étendre l'assurance maladie à plus de 30 millions d'Américains ne fait pas oublier sa part de responsabilité dans le futur gigantesque génocide de fœtus. Terry et quelques autres cinglés du même acabit ont agité pendant une minute dans un coin de la Place St Pierre, des pancartes qui demandaient que Pelosi soit excommuniée.

Troy Newman, leader du mouvement "Operation Rescue" (organisation anti-avortement au Kansas, NDT ) emboitait le pas de Glenn Beck et de Boortz, en comparant le projet de loi à l'atterrissage sur la lune, la chute du mur de Berlin, la guerre du Golfe (il pense que ce n'est pas comme ça) et le séisme de 1989 à Loma Prieta (en Californie, NDLT ), Pearl Harbor, et, bien sûr, le 11 sept (il pense que c'est comme ça).
Il ajoute ensuite que voter pour une réforme du système de santé dans un congrès élu démocratiquement équivaut à une invasion soviétique, et appelle à une révolution:

"le 21 mars a véritablement changé la vie telle que nous l'avons toujours connue … je n'oublierai jamais les événements de cette journée et pendant qu'ils proclamaient un changement pour le pire, j'ai juré de participer à la révolution pour réparer ce désastre".

Bryan Fischer, de l'organisation "American Family Association" propose également une solution: tirer sur les gens ... La dernière solution – à part un carnage – c'est le dixième amendement, qui laisse aux états tous les pouvoirs qui ne sont pas délégués à l'état fédéral. Le gouvernement central exerce un pouvoir qu'il n'a pas. Les gouvernements des états peuvent légitimement et constitutionnellement décider de ne pas coopérer avec le gouvernement fédéral s'ils estiment que le Congrès a dépassé les limites définies dans notre texte fondamental. Le gouvernement central viole le territoire souverain des états et les états ont le droit de l'expulser de leur territoire.
Ceux qui violent la propriété d'autrui sont passibles de poursuites et peuvent écoper de la peine maximale prévue par la loi. Les squatters peuvent être expulsés. S'ils refusent de partir, on peut les jeter dehors. Et en dernier recours, leur tirer dessus ...
Ce n'est pas, dans ce climat politique surchauffé et divisé – où des pans entiers de la population sont armés et sont persuadés que le gouvernement déteste la liberté – comme si comme si les appels à la violence pouvaient mal tourner.
Au moment où les représentants s'apprêtaient à voter, Sean Hannity (qui anime une émission sur une radio diffusée dans tout le pays (Premiere Radio Networks, NDT) demandait à ses auditeurs si ce n'était pas le moment précis où l'Amérique allait complètement basculer dans le socialisme. (En fait, vous n'en n'aurez vraiment la certitude que quand Van Jones et Cass Sunstein viendront frapper à votre porte en pleine nuit pour vous traîner au goulag).

Mais, c'est John McCain qui a imaginé le scénario le plus effroyable de tous: l'absence de coopération du GOP (Grand Old Party).
"Il n'y aura aucune coopération de notre part jusqu'à la fin de l'année", a-t-il menacé. Ils ont empoisonné le puits en faisant ce qu'ils ont fait et de la façon dont ils l'ont fait".
Oh, merde, et si le parti républicain lançait une opération d'obstruction inconsidérée, qui entraverait les travaux du congrès et rendrait quasiment impossible toute législation?

Tana Ganeva est rédactrice en chef d'AlterNet
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Mais c'est pas tout (et c'est pas fini non plus, d'ailleurs, à n'en pas douter):

Une dizaine d'élus démocrates qui ont voté pour la loi ont reçu, au cours de la semaine passée, des menaces de mort ou ont subi du harcèlement, et les bureaux de certains d'entre eux ont été vandalisés.
James Clyburn et Bart Stupak ont reçu des photos de cordes de pendu.
L'émission Fox and friends a débattu sur ce thème. Mais, s'ils ne cessaient de répéter qu'ils étaient indignés par ces menaces terribles, les deux animateurs ont quand même diffusé des e-mails qui laissaient entendre que les démocrates devaient s'attendre à ce genre de réaction en votant pour cette loi.

LIEN: Fox and Friends Broadcast E-mails Rationalizing Threats Against Democrats

Parallèlement:
Les grands groupes pleurnichent : payer davantage d'impôts va leur porter un coup fatal : les compagnies craignent une augmentation des coûts à cause de l'assurance maladie obligatoire (Companies are already warning about higher health-care costs.)
Caterpillar (moi, je boycotte Caterpillar, et vous?) annonce que cela lui coûtera 100 millions de dollars supplémentaires, ne serait-ce que la première année.
Medtronic, fabricant de matériel médical a annoncé que de nouvelles taxes imposées sur ses produits risquaient de le contraindre à licencier des milliers d'employés (ça, ça marche toujours, comme s'ils ne le faisaient pas sans cela!).
Etc.
Bon, si vous voulez lire, c'est ici , moi je n'ai pas pu continuer, c'est trop déchirant.
Et, finalement, qui est content dans cette affaire?
Pas grand monde, apparemment.

Le plus curieux, c'est que ce sont les véritables lésés qui en parlent le moins – ou, du moins, qu'on entend le moins: la majorité de la population. Quoi de plus normal: qui veut donner la parole au peuple?

En marge de tout cela, nous Français, devrions tirer deux leçons:

La première, c'est qu'il faut à tout prix préserver notre régime de santé, qui est bien moins coûteux que le leur et dont tout le monde peut bénéficier, quels que soient les besoins. Et qu'une fois que nous aurons perdu ce droit à la santé (et non pas ce "privilège" comme le répètent les cerveaux disponibles), il sera quasiment impossible de revenir en arrière, y a qu'à voir. Quand ils ont senti l'odeur du pognon ….

La deuxième, c'est qu'à force de laisser se banaliser l'idéologie d'extrême droite, on déroule le tapis rouge au totalitarisme et à la terreur.
Il est de bon ton, aujourd'hui, de dire tout haut ce que le P disait naguère tout haut tout seul.
Il est amusant de taper sur les Arabes, les Noirs, les sous-hommes, les burqa, les minarets, les Juifs, les Roms, etc.; il est normal de faire des amalgames dans des émissions où aucun contradicteur sérieux ne peut finir de phrase et où le "débat" tourne à la mascarade, avec rires gras en prime.
Tout cela au nom de la liberté d'expression, bien sûr. J'ai une bouche, je m'exprime. Peu importe que ce soit une bouche d'égout.
Il est séant désormais, voire salutaire, de dénoncer la "bien-pensance", le "boboïsme, le droitdel'hommisme, et la "pensée unique".
Que des trucs beurk. Alors qu'il n'y a rien de mal à dire que la plupart des trafiquants sont basanés et vivent dans les cités où ils violent les filles, puisque c'est la vérité; ou que la discrimination existe, et alors, faut faire avec; et tous ces trucs qu'il était devenu impossible de dire à cause de ces mous du genou du Politiquement Correct qui avaient muselé la liberté de parole.

Eh oui, être humaniste n'a plus droit de cité dans notre France telle que la chantait Jean Ferrat. Place au café du commerce, à la vulgarité, à la lâcheté.

La faute à qui? Aux zôtres, évidemment.