Obama applaudit au licenciement massif d'enseignants, tout comme il a applaudi au licenciement massif des banksters … Hum.

C'est le genre de circonstance où on a vraiment envie de voir son président démocrate prendre les choses en main. En plein milieu de la pire crise de l'emploi depuis la Grande Dépression, plus de 90 membres du personnel éducatif se retrouvent à la rue.
Le 23 février, les responsables du conseil d'administration du lycée public de Central Falls, à Rhode Island, ont licencié l'ensemble de l'équipe éducative de l'établissement, apparemment à cause de la baisse des résultats aux tests enregistrée par l'école située dans la ville la plus petite et la plus pauvre de Rhode Island.
En tout, 93 personnes ont été mises à la porte – 74 enseignants, plus des assistants à la lecture, des conseillers d'orientation, des professeurs d'éducation sportive, le psychologue de l'école, le proviseur et ses trois adjoints. Les négociations sur les façons d'améliorer les performances de l'école entre les professeurs et l'administrateur des écoles du district ont été rompues quand les autorités scolaires exigeaient que les enseignants se chargent de tâches supplémentaires, certaines sans aucune compensation financière.
Licenciement de l'ensemble du personnel d'un lycée; les seuls de toute l'école à ne pas avoir été remerciés sont le personnel de la cantine et les concierges.
Et pourquoi donc l'administration d'Obama est-elle montée au créneau pour saluer ces licenciements massifs?
Dans un discours qu'il prononçait au siège de la Chambre de Commerce, à une réunion de l'association créée par Colin Powell dont l'objectif est de réduire le nombre d'enfants qui abandonnent l'école précocement, Obama a exprimé son approbation sur les licenciements.
Le président Obama approuvait lundi le licenciement massif des équipes éducatives dans un lycée en échec de Rhode Island, provoquant un tollé chez les responsables des syndicats enseignants dont les membres avaient contesté une partie de la politique d'éducation du gouvernement.
Lors d'une conférence où il devait exposer son programme destiné à améliorer les performances des écoles en difficulté grâce à une augmentation des aides fédérales pour les établissements scolaires qui ont les résultats les plus faibles, Obama a déclaré que ces licenciements étaient justifiés.
Ce n'était pas simplement une remarque improvisée de la part d'Obama, c'est la position gouvernementale officielle. Le ministre de l'éducation, Arne Duncan, est également intervenu pour se réjouir de ces licenciements.
Parallèlement, les autorités éducatives responsables des établissements scolaires de l'état et du district recevaient des messages de soutien après l'intervention d'Arne Duncan, qui avait déclaré qu'il les "applaudissait" pour "avoir fait preuve de courage et avoir fait le bon choix pour les enfants".
"C'est un travail pénible et ces décisions sont difficiles à prendre mais les enfants n'ont qu'une chance de recevoir une instruction", avait dit Duncan, "et quand les écoles continuent d'avoir des difficultés, il est de notre devoir à tous d'agir".
Et donc, oui, la position de l'administration Obama est que quand les écoles ne sont pas assez performantes, c'est hyper-cool de faire le ménage et de licencier tout le monde sauf le personnel de cantine, et pas de discussion.
Et la position de l'administration d'Obama concernant les banques et les institutions financières en échec?
"Gardez tout le monde (sauf ceux qui ont été mis à la porte par les actionnaires et puis, mince alors, laissez-leur donc leur salaire ridicule, parce que c'est écrit dans leurs contrats).

Au moins il est cohérent.

Note perso

Et voilà, lourdés, tous jetés dans la même charrette, les profs, conseillers d'éducation, et autres membres des équipes éducatives d'un lycée entier! Ouste, pas de ça chez nous!
Si ce n'était pas aussi pathétique, ça me ferait hurler de rire. Et c'est là, tout près de nous et ça nous arrive dessus, quoi qu'on en dise. Le même système ravageur qui confie l'éducation à des boutiquiers incultes.
Central Falls, à Rhode Island, le plus petit état des Etats-Unis, au nord du Massachussetts, une des anciennes "13 colonies" originelles, est une ville à la population dense.
En 2000 (dernier recensement), il y avait 25,9% des familles et 29% de la population qui vivaient en-dessous du seuil de pauvreté, dont 40.8% d'enfants en dessous de 18 ans et 29.3% de 65 ans et plus.
Et ça n'a pas dû s'arranger avec la crise.
Peut-être bien que certains de ces enfants ont perdu leur maison, entretemps, ou que leurs parents sont au chômage, depuis.
Peut-être bien qu'ils n'ont pas de confort chez eux parce qu'ils ne peuvent pas payer les factures.
Et peut-être bien qu'ils ne mangent même pas à leur faim. Peut-être bien qu'ils ne peuvent même pas manger à la cantine.
Peut-être bien que les pauvres de Central Falls sont devenus encore plus pauvres et les riches encore plus riches, comme sur tout le reste du territoire.
Peut-être bien que les maux de l'école sont, comme ailleurs, le reflet de la société toute entière.
Et peut-être bien que les équipes éducatives n'ont aucun moyen de réparer ou compenser les dégâts causés au bulldozer par justement ceux qui applaudissent à tout rompre aujourd'hui à leurs licenciements.
Tous ces Yaka dont le but n'est pas d'instruire les enfants équitablement mais de tirer un maximum de profits de leur passage à l'école.
Tous ces donneurs de leçons qui, d'année en année, ont réduit drastiquement les aides aux écoles publiques en disant que cela coûtait trop cher à la communauté, tout en gavant les spéculateurs et le complexe militaro-industriel.
Tous ces pères - et mères - la-pudeur qui ont supprimé peu à peu les emplois rémunérateurs et délocalisé les usines tout en accusant les pauvres de manquer d'initiative, par pure fainéantise, et de vivre aux crochets de l'Etat. Comme si l'Etat ne leur distribuait pas la majorité de ses recettes (voire plus) et sans leur demander des comptes, de surcroît.
Tous ces salopards de banquiers, d'assureurs privés et autres qui pressent les indigents comme des citrons et qui les laissent crever quand ils ne donnent plus de jus.
Eh oui, ce sont ces ordures qui ont ruiné le pays et ravagé le monde entier qui se réjouissent du licenciement immédiat du personnel de toute une école, la vidant complètement jusqu'à la fin de l'année scolaire et mettant, par là-même, tous les enfants à la rue. Et ils trouvent ça bien, ces monstres immondes!
Si ces gens-là devaient être jugés aux résultats, ils devraient être les premiers à être mis sur la paille. Allez, du balai! Tout le monde dehors, on change les chevaux! Et on en prend des honnêtes, cette fois-ci
Parce que s'ils voulaient réellement des résultats dans les écoles, ils s'y prendraient bien autrement.
D'abord, ils supprimeraient ces tests débilitants et incohérents, qui servent uniquement à contrôler ce qui est enseigné et à limiter les connaissances des élèves pour les empêcher de réfléchir par eux-mêmes et les faire rentrer dans un moule idéologique.
Ensuite, ils donneraient les moyens nécessaires aux écoles pour que chaque enfant ait accès à l'instruction.
Or, ce sont les écoles des riches qui sont les mieux dotées, grâce aux fonds publics et aux fonds privés.
Celles des pauvres, elles, dépendent de la charité, une fois de plus, et de la bonne volonté des équipes pédagogiques pour trouver des financements. Et pour, là encore, se livrer pieds et points liés aux exigences du marché et des patrons locaux.
Quand Wal-Mart, Microsft, ou McDo et consort mettent la main à la poche, ils ne laissent pas la bride sur le cou des profs pour expliquer la Révolution Cubaine, le massacre des populations amérindiennes, les véritables motifs des invasions impérialistes ou l'avènement de Chavez.
Non, ils veulent de futurs esclaves et consommateurs anesthésiés.
C'est bien ce qui arrive ici en France: quelles sont les disciplines attaquées de front actuellement? L'histoire, la littérature et les Sciences économiques. Tiens, tiens!
Et si, parmi les profs, il n'y avait pas encore un peu de résistants, cela fait belle lurette que ces disciplines auraient complètement disparu, ou du moins, été vidées de leur contenu (ce qui a déjà été fait sournoisement en partie). Tiens, par exemple, pourquoi donc veulent-ils supprimer l'histoire géo en terminale S, la section la plus destinée à former les "élites" ?
Et parallèlement, les écoles se dotent de plus en plus d'ordinateurs et autres gadgets qui grèvent leur budget, non seulement à l'achat (quoique les donations soient nombreuses – il faut bien rendre ces objets indispensables aux études et les faire acheter à titre individuel) mais en maintenance obligatoire. Et l'enveloppe globale donnée aux établissements scolaires n'est pas extensible: la maintenance se fera au détriment de projets culturels plus ambitieux. C'est ce qui se passe avec la LOLF qui a été imposée au niveau européen et qui est basée sur une "culture de résultats" (faut-il accorder des crédits à un projet qui ne concerne qu'une partie des élèves d'un lycée ou à réparer les appareils indispensables aux cours rendus indispensables? Voilà à quoi se résument les débats, toujours sous couvert de la "défense du service public et de l'Education pour tous", sans parler de la "laïcité" ... blablabla..).

Mais revenons à nos moutons US.
Les écoles publiques ont subi des réductions budgétaires drastiques. Parallèlement ont été créées les "charter schools" ou "écoles du choix" (Orwell, si tu m'entends!) qui s'appuient sur une "charte", d'où le nom – un contrat définissant des objectifs fondés sur les performances – et qui sont des établissements laïques pour le premier et le second degré d'enseignement, financés par les fonds publics, et qui ont plus d'autonomie que les écoles publiques traditionnelles (programmes, accueil, inscriptions, gestion, etc.). Là encore, les financements sont fluctuants, certaines charter schools étant bien mieux loties que d'autres.
Alors, cela veut dire quoi? Les parents qui sont soucieux de l'éducation de leurs enfants (l'immense majorité, quoi qu'on en dise) se pressent pour les inscrire dans ces écoles. Comme il n'y a pas de place pour tous, qu'est-ce qui se passe sur le terrain? Il y a sélection. Evidemment.
C'est "Pince-mi Pince moi sont dans un bateau".
Ou donc se retrouvent ceux qui sont le plus en difficulté, les plus démunis? Tous au même endroit, pardi!
Dans les écoles publiques traditionnelles.
Eh bien, avec un budget misérable, une discrimination évidente, des élèves en grande difficulté, non seulement scolaire mais avec tous les maux qui vont avec, QUI porte toute la responsabilité de l'échec de ces écoles? Les équipes éducatives!
Celles qui, déjà, ont accepté de travailler dans ces ghettos créés par les applaudisseurs d'aujourd'hui, qui croulent sous les charges supplémentaires et à qui on donne le choix entre du tutorat bénévole après leurs cours (qui ne doivent pas être de tout repos, loin s'en faut) ou la porte.
Et elles seront, évidemment, remplacées par d'autres équipes sans plus de formation, mais qui travailleront comme des bêtes de somme pour un salaire bien moindre si elles veulent garder leur boulot. (voilà comment précariser les emplois et faire des salariés des moutons bêlants en rendant les syndicats impuissants).

Pendant ce temps, les banksters se répartissent allègrement les bonus et les assureurs privés se tapent sur les cuisses de liesse après la "réforme" de santé d'Obama qui va leur permettre de récupérer encore plus de fonds publics.
Quant à l'armée … mouais, besoin de faire un dessin?

Elle est pas belle, la vie en Ultralibéralie?

Il y a vraiment quelque chose de pourri au royaume de la Planète.