Paul Craig Roberts doit des excuses au peuple irakien
Par emcee le samedi 6 mars 2010, 00:21 - Moyen Orient - Lien permanent
Traduction de l'article de Qais Nawwaf, publié le 4 mars 2010 par Dissident Voice
Titre original: "Roberts Owes Iraqi People Apology"
Gardez-moi de mes amis, mes ennemis, je m'en charge ...
Paul Craig Roberts doit des excuses au peuple irakien
En tant qu'Irakien, j'ai été choqué du ton condescendant qu'a employé Paul Craig Roberts dans son article “Muslim Disunity: A Religion Divided Among Itself ("la désunion des musulmans: une religion divisée en son sein"), publié dans Counterpunch, le 2 mars 2010.
Roberts y déclare péremptoirement que la raison pour laquelle "les Américains sont encore en Irak, c'est que les Irakiens se détestent bien plus qu'ils ne haïssent l'envahisseur américain".
Roberts rend les Irakiens eux-mêmes responsables de la majeure partie des violences commises au cours de la guerre. C'est un défi à la logique que de dire qu'après le massacre de 200.000 personnes au cours de la guerre en 1991, la mort d'environ 1,7 millions d'autres pendant 12 années de sanctions économiques, le massacre encore de plus de 1,2 million de personnes lors d'une nouvelle guerre, l'occupation militaire brutale et l'utilisation effrénée de phosphore blanc et d'uranium appauvri, les Irakiens se seraient causé plus de tort mutuellement que les Etats-Unis.
C'est une affirmation tout aussi absurde que les récriminations des sionistes contre la résistance palestinienne dans le cadre d'une guerre où les forces sont complètement déséquilibrées; alors qu'Israël possède des armes nucléaires, des tanks et des F16, avec lesquels ils ont massacré plus de 1400 personnes à Gaza l'an dernier, ce sont les Palestiniens sur lesquels retombent tous les torts pour la mort de 13 Israéliens.
L'allégation condescendante de Roberts selon laquelle les Irakiens se sont fait plus de tort entre eux que ne l'ont fait les Etats-Unis, rappelle la déclaration délirante de Donald Rumsfeld: "plus vite les Irakiens pourront défendre leur propre peuple et générer des revenus et plus vite ils seront autonomes et ne dépendront plus ni des troupes étrangères ni de l'aide internationale."
Roberts insulte également les forces de résistance iraquiennes en affirmant qu'elles avaient infligé des pertes à la superpuissance américaine "pendant leur temps de libre", quand elles n'étaient plus occupées à se battre contre les Chiites.
Ignorant complètement 1400 ans d'histoire de l'islam, une seule *controverse concernant des rencontres sportives fait dire à Roberts que "les musulmans ne peuvent même pas jouer ensemble".
Choisissant d'évoquer un fait isolé, M. Roberts ne semble pas se rappeler que les chiites et les sunnites ont fêté ensemble la victoire de l'équipe de foot irakienne à la coupe de l'Asie en 2007.
Même en admettant que les musulmans d'Irak ne sont pas suffisamment unis au goût de Roberts, il semble avoir oublié le rôle primordial du "diviser pour régner" que jouent les Etats-Unis en Irak.
Il semble ne pas être au courant que les Etats-Unis ont déployé des troupes chiites et kurdes pour combattre des villes sunnites, comme Fallouja en novembre 2004.
Il oublie le soutien politique et financier qu'ont apporté les US à des partis, des responsables politiques et religieux sectaires.
Il omet d'évoquer le rôle qu'ont joué les Israéliens à semer la discorde en Irak, évoqué dans le livre ignoble d'Oded Yinon *"A strategy for Israel in the Nineteen Eighties" (Une stratégie pour Israël dans les années 80).
Roberts n'a pas non plus entendu parler du jeune Othman, âgé de 17 ans, d'A’athamiya, un jeune Irakien qui a fini noyé après avoir sauvé plus d'une dizaine d'Irakiens quand le pont A’imma à Baghdad s'est effondré en 2005.
Il oublie également les explosions de joie communes aux sunnites et aux chiites quand Muntathar Zaidi a lancé ses chaussures sur Bush.
Les médias US, qui mènent la claque en faveur de la guerre, ont tout intérêt à occulter, marginaliser et ignorer les exemples d'unité irakienne. Il est regrettable que Roberts méprise les Irakiens de la même manière.
On se demande si M. Roberts aurait assumé ce même "*fardeau de l'homme blanc" qui dénigre les populations opprimées turbulentes, en réprimandant les tribus amérindiennes qui n'acceptaient peut-être pas que les colons blancs viennent s'emparer de leurs terres.
M. Roberts se serait-il mêlé de donner son avis sur les différends entre Nation of Islam et Malcom X?
Aurait-il usé de son autorité morale pour prendre position entre la stratégie de la non-violence de Martin Luther King Jr et la lutte de Malcolm X pour la liberté, quels que soient les moyens à employer?
Se serait-il érigé en juge entre les Vietnamiens du Nord et ceux du Sud?
Dispenser des conseils méprisants aux opprimés n'a rien à voir avec des manifestations de "solidarité". Si Roberts s'accorde le droit d'intimer aux Irakiens de s'unir, alors les Irakiens ont sûrement encore plus le droit de dire aux Américains, y compris à Roberts, de mettre de côté leurs divisions raciales et de classe, de droite et de gauche, pour que tout le monde s'unisse pour exiger la fin de l'occupation de notre pays qui dure depuis sept ans (et pas seulement en manifestant de façon symbolique à chaque date anniversaire du début de la guerre).
Et puis, quand ils auront du temps de libre à revendre, les Irakiens pourront peut-être aussi conseiller aux Américains de s'unir sur la question de la réforme du système de santé publique et de mettre fin à leurs débats affligeants.
C'est déjà suffisamment frustrant quand ceux qui font fonctionner la machine de guerre US et leurs porte-paroles dans les médias parlent des Irakiens dans un langage sectaire méprisant. C'est encore plus décevant quand ceux qui sont engagés dans les mouvements pacifistes et qui sont censés être solidaires des Irakiens utilisent un discours aussi grossier et discordant.
Je demande à M. Roberts de présenter ses excuses au peuple irakien assiégé, victime depuis une vingtaine d'années de la politique étrangère impitoyable de son pays, financé par l'argent de ses impôts, pour avoir écrit un portrait aussi partial.
Qais Nawwaf fait partie des millions d'Irakiens déplacés. Il habite sur le territoire de populations indigènes colonisées, communément appelé "Etats-Unis". Il est diplômé d'une discipline qui a été inventée par ses ancêtres: l'écriture.
Notes annexes
- controverse: les "Islamic Solidarity Games (Jeux de la solidarité islamique), version des Jeux Olympiques dans la région, qui devaient avoir lieu en Iran en avril, ont été annulés parce que les Iraniens et les Arabes ont refusé de se mettre d'accord sur le nom du golfe qui sépare l'Iran de la Péninsule Arabe (Persique ou Arabique).
- le fardeau de l'homme blanc ("white man’s burden") citation tirée d'un poème de Rudyard Kipling
- Oded Yinon, géopoliticien proche du ministère israélien des Affaires Etrangères publie en février 1982 « A strategy for Israel in the Nineteen Eighties". Pour lui, il faut favoriser la création de petits états dans l'ancien empire ottoman et les dresser constamment les uns contre les autres. La sûreté d’Israël serait ainsi assurée par les conflits créés dans les pays qui l'entourent.
Commentaires
ça me fait penser que Benjamin Biolay, vous savez le chanteur, il doit aussi des excuses publiques !
Oui, je connais (très vaguement, toutefois). Ah bon? Et pourquoi?
J'espère que ce n'est pas parce qu'il chantait mal ou faisait de la daube, parce que, dans ce cas-là, la liste est très incomplète.
Execution d’enfants afghans menottés, les médias se taisent (Counterpunch)
Il n’y a pas que la presse des Etats-Unis. La presse française, qui manifeste tant de vertueuse indignation quand il s’agit de Cuba ou de tout autre pays qui se rebelle devant l’ordre étasunien, non seulement se tait sur les milliers de morts en Colombie, mais se tait également sur ce qui est opéré au nom de l’OTAN, donc de la France en Afghanistan. Des enfants menottés exécutés en notre nom par de la soldatesque étasunienne, peut-être des mercenaires… On nous avait dit que si les britanniques se révoltaient contre la guerre en irak c’est qu’ils y participaient, mais nous n’avons plus aucune excuse pour nous taire sur cette guerre à laquelle les troupes françaises participent. (note et traduction de danielle Bleitrach pour changement de société).
(traduction) Quand le lieutenant de la Compagnie Charlie, William Calley, avait ordonné et encouragé ses troupes pour qu’elles violent , mutilent et massacrent plus de 400 hommes, femmes et enfants à My Lai au Vietnam en 1968,il y a eu au moins quatre étasuniens qui ont essayé de l’arrêter ou de le faire traduire en justice avec les autres officiers supérieurs. L’un a été le pilote d’hélicoptère Hugh Thompson Jr., celui qui a évacué certains des victimes blessées, et qui a placé son appareil entre un groupe de Vietnamiens et les hommes de Calley, et qui a ordonné à son artillerie qu’elle ouvrît le feu contre les soldats américains s’ils prétendaient tuer plus de gens. L’autre a été Ron Ridenhour, qui a eu connaissance du massacre et à commencé une enquête privée et a fini par informer de ce crime le Pentagone et le Congrès. Enfin il y a eu Michael Bernhardt, un soldat de la Compagnie Charlie qui a été témoin de ce qu’elle avait fait et tout a racontéà Ridenhour. Et le dernier a été le journaliste Seymour Hersh, qui a publié l’histoire dans les médias des Etats-Unis.
La guerre actuelle en Afghanistan a aussi ses massacres de My Lai. Il y en a presque toutes les semaines, accomplis par des avions des Etats-Unis. ils bombardent des fêtes de mariage, ou des maisons « suspectes » de servir d’abri à des terroristes mais dont on découvre qu’elles abritaient seulement des civils. Mais ces My Lai sont tous classés pudiquement comme accidents. Ils sont classés et oubliés comme « dommage collatéral inévitable » de la guerre. Il y a eu, cependant, un massacre récent qui n’a pas été une erreur – Un massacre qui, bien que n’ayant concerné que moins d’une douzaine de personnes, dégage la même puanteur que celui de My Lai. C’était le meurtre en forme d’ exécution de huit écoliers menottés, ils avaient entre 11 et 18 ans, et celui d’un enfant de 12 ans, le berger voisin en visite, dans la province Kunar, le 26 décembre.
Lire la (triste) suite : http://socio13.wordpress.com/2010/0...
Merci pour l'info, VDJ! Oui, j'ai lu ça: les horreurs se suivent et se multiplient. On est cernés de tous bords (voir encore les dernières trouvailles de ces gens-là dans le prochain billet qui devrait être publié sous peu).
aujourd'hui la presse des démocrates de cabinet poursuit son refrain de chiottes, comme quoi le vote serait l'avancée ultime en Irak.
depuis quand un vote c'est une avancée ultime ?!!!
depuis quand ça constitue une démonstration ?!!!
alors que sur le terrain, ils voient que ce qu'ils veulent bien voir.
merci pour votre traduction, emcee.