Photo-mur-cisjordanie-wb.jpg Mur en Cisjordanie
palestine-separationwallmap.jpg

Apartheid et épuration ethnique servent de diversion

Apartheid

Même s'il est nécessaire que ceux qui militent pour la justice sociale luttent contre l'apartheid, pour autant, avoir pour finalité la fin de l'apartheid répond-il aux exigences de justice sociale?
D'abord, il faut dire que, étant donné son évidence, la question de savoir si l'apartheid existe ou non en Israël est superfétatoire. Pourtant, pourquoi vouloir à tout prix qualifier Israël d'état qui pratique l'apartheid? D'autres dénoncent le nettoyage ethnique auquel se livre Israël. D'autres encore déclarent qu'Israël est coupable de génocide, en général précédé du qualificatif "lent".
L'apartheid signifie le racisme vis-à-vis d'un peuple, alors que le génocide désigne l'assassinat d'un peuple. Il y a une énorme différence entre dire qu'un état est raciste et dire qu'il est génocidaire.
Gary Zatzman analyse cela dans son article “The Notion of the ‘Jewish State’ as an ‘Apartheid Regime’ is a Liberal-Zionist One” (l"'idée que létat juif' est un 'régime d'apartheid' est un concept de sioniste de gauche''"):

"Toutefois, alors que la solution en Afrique du Sud était axée sur l'idée qu'il fallait mettre en place un nouvel état où prévaudrait la loi de la majorité et où seraient abrogés les privilèges des blancs racistes, la cause de la Palestine signifie proscrire les privilèges coloniaux des américano-européens du prétendu "état juif" de la junte sioniste et rendre aux Palestiniens ce que les sionistes leur ont volé".
Comment le fait de supprimer le contenu raciste des lois et règlements de l'état d'Israël et de modifier la clause "réservé aux Juifs " pour qu'ils concernent la population dans son ensemble, peut-il un tant soit peu permettre la restitution des biens des Palestiniens qui leur ont été dérobés par les sionistes?
Malgré tous ses maux graves et indéniables et les nombreux crimes contre l'humanité commis en son nom, dont des massacres, l'apartheid raciste en Afrique du sud, n'avait pas le génocide pour objectif. Le sionisme, en revanche, s'est attaché à supprimer l'intégrité sociale, culturelle, politique et économique du peuple palestinien, c'est-à-dire à commettre un génocide depuis le tout début, au moins depuis l'injonction de Theodor Herzl qu'il avait consignée dans ses notes personnelles que le "transfert" de la "population misérable" de Palestine soit réalisé "discrètement et avec circonspection".

L'épuration ethnique

Une équipe de chercheurs sur la santé publique, Rony Blum, Shira Sagi, et Elihu D. Richter à Jérusalem et Gregory H. Stanton à Fredericksburg, en Virginie, demande que le terme "d'épuration ethnique" soit supprimé des textes officiels. Ils déclarent que ces termes "occultent les atrocités du génocide et leur utilisation systématique empêche la prévention du génocide". Ces chercheurs estiment que le fait d'éviter le terme de génocide sert de prétexte pour ne rien faire.
Ilan Pappe, professeur d'université qui a enseigné l'histoire en Israël, dit que l'épuration ethnique des Palestiniens était à la base de la création d'un état juif.
Zatzman et moi, avons critiqué le fait que Pappe évite de parler de génocide.
Pappe dit: "les massacres accompagnent les opérations d'épuration ethnique, mais là où ils ont lieu, ils ne font pas partie d'un objectif génocidaire: ce sont des éléments-clés destinés à accélérer la fuite des populations désignées pour être expulsées".
"L'épuration ethnique n'est pas un génocide mais elle implique aussi des actes abominables comme des massacres".
Si Pappe est généreux avec la définition qu'il donne à l'épuration ethnique (ex: en partie, la nature même de l'épuration ethnique est la liquidation par tous les moyens possibles du passé d'une région), il est prudent quand il s'agit d'évoquer un "génocide ".
Pappe estime que 1948 a été, "selon les définitions des milieux universitaires et informés, un cas incontestable d'épuration ethnique".
Pappe a continué d'éviter d'admettre que les Juifs israéliens avaient commis un génocide. Interviewé par Alan Hart sur Press TV, Pappe avait expliqué que la conclusion du "projet sioniste" "imaginait la carte finale de l'état d'Israël de type franchement ethnique – ah-ah-ah. "
Quand Hart avait évoqué la possibilité d'un holocauste sioniste, Pappe avait répondu que l'état d'Israël n'avait pas besoin d'en arriver là.
Depuis, Ilan Pappe a changé d'opinion. Alan Hart cite Pappe: "Nous sommes en présence d'un, selon ses propres termes, 'génocide lent'".

Le Canada et l'apartheid

Les législateurs de la province de l'Ontario ont dénoncé collectivement la "Semaine contre l'Apartheid israélien" ' (Israeli Apartheid Week, IAW , SAI, en fr). Ils contestent le terme employé.
Peter Shurman, membre du parti conservateur progressiste, élu du parlement de l'Ontario, a déclaré: "que ce que je cherche à faire soit bien clair. Je veux que le titre soit changé. C'est aussi simple que cela. Parce que, simplement, c'est faux".
Shurman signifie par là-même que le fait de dénoncer l'apartheid en Israël équivaut pratiquement à un discours haineux: “La Semaine contre l'Apartheid israélien" n'est pas un dialogue, c'est un monologue. Ce nom est détestable, il est odieux et ce n'est pas comme ça que cela devrait se passer dans ma province. J'en ai vraiment assez d'entendre ce mot. Supprimez le terme d'"apartheid".
Le collègue de Shurman, à sa gauche, député du parti New Democratic, Cheri DiNovo, l'approuve, disant qu'apartheid est un terme "provocateur".
Shurman a également déclaré que l'utilisation du terme "apartheid" est également insultant pour les millions de Sud-Africains noirs qui ont été réprimés par le régime blanc raciste jusqu'au début des années 1990.
Apparemment Shurman prétend avoir davantage de discernement que l'archevêque sud-africain Desmond Tutu qui a dit que ce qu'il avait constaté en Israël c'était bien un apartheid.
Mais utiliser le mot "apartheid" pour indiquer la façon dont ont été traitées les populations indigènes par le Canada n'est pas désagréable ni honteux pour Shurman.
Les préjugés de Shurman méritent d'être approfondis. Pourquoi donc le fait d'utiliser le terme "apartheid" contre les Juifs israéliens serait-il haineux et odieux alors que ce terme n'est pas haineux et odieux quant il s'agit des Canadiens?
Shurman répond seulement que ça n'a rien à voir. Dans un autre contexte, un lobby puissant aurait dit qu'il a la haine de soi.
Pourquoi les protestations de Shurman ont-elles une grande importance? Nulle part, on ne trouve de déclaration de sa part disant qu'il niait ou réfutait l'existence de l'apartheid en Palestine. Les grands médias n'en apportent aucune preuve, et pourtant ils considèrent que la déclaration et la contradiction de Shurman "qu'Israël mérite moins cette dénomination" méritent d'être citées.
Aucune déclaration de bénévole de l'IAW n'a été publiée.
Beaucoup ont dénoncé le froid qui a été jeté sur la liberté d'expression par les élus du parlement.
Gary Zatzman y voit un signe bien plus inquiétant:

Ce que les Canadiens n'ont pas consacré comme un privilège dans la Charte des droits, et ce que personne ne peut refuser à d'autres, c'est la liberté de conscience. Les intimidations auxquelles s'est livrée la coalition parlementaire canadienne contre quiconque critiquerait la politique et les institutions de l'état d'Israël sont destinées à imposer aux Canadiens de changer de conscience ou de l'étouffer. Cette application à s'attaquer à la liberté de conscience explique pourquoi la coalition parlementaire canadienne elle-même est restée sourde aux appels à faire la distinction entre la religion juive et les actes commis contre elle (= antisémitisme), d'une part, et les positions antisionistes ou contre la politique US/ Israël d'autre part.

C'est à Toronto qu'a eu lieu, en 2005, la première Semaine contre l'Apartheid en Israël et elle a eu un retentissement dans le monde entier depuis.
On se demande pourquoi il n'y a pas de semaine contre l'apartheid canadien. Un porte-parole de l'IAW répond dans un mail: "une partie de la semaine sera consacrée à la construction de la solidarité dans les communautés issues des pays riches au Canada et à admettre que le Canada est un état colonialiste. L'IAW doit avoir lieu du 4 au 11 mars cette année dans plus de 40 pays différents''.

Apartheid économique

Ne pas avoir le droit de se baigner sur une plage, de s'asseoir dans un bus, de conduire sur une route, ou d'acheter des terrains parce qu'on ne fait pas partie de la bonne ethnie, c'est déjà insupportable, mais ces droits ne sont rien en comparaison du droit à avoir accès à un emploi rémunérateur.
Beaucoup de Canadiens sont fiers d'être en tête de l'indice de développement humain de l'ONU: cela fait dix fois depuis que l'IDH a été mis en place en 1980. Entre 1992 et 2000, le Canada s'est maintenu à la première place. En 2009, la première place est allée à la Norvège, et le Canada est tombé à la quatrième place. Cependant il y a de toute évidence deux communautés distinctes au Canada si on s'appuie sur les critères d'évaluation de l'IDH.
Quand les populations indigènes sont mesurées selon ces mêmes critères, elles sont en général à environ 60-70 rangs plus bas par rapport au reste du Canada.
En décembre 1997, le président sud-africain, Nelson Mandela, parlait de la nécessité de "déracialiser" l'économie et de trouver des solutions à l'apartheid économique.
Certains diraient que l'apartheid économique n'existe pas au Canada. L'ancien premier ministre, Brian Mulroney, avait réfuté les propos de Louis Stevenson, le chef de Peguis First Nation qui disait qu'il y avait un lien entre les Affaires Indiennes au Canada et l'apartheid en Afrique du Sud.
Pour le contredire, Stevenson avait invité l'ambassadeur sud-africain au Canada, Glenn Babb, à constater la pauvreté et le système de contrôle interne qui régnaient sur sa réserve. Cette visite avait été un coup de massue pour le discours prétendument anti-apartheid de Mulroney.
Quand, en 1990, le militant anti-apartheid Desmond Tutu s'était rendu dans la collectivité autochtone de Mishkeegogamang First Nation (Osnaburgh) , il y avait constaté "de nombreuses pathologies liées à la pauvreté et au chômage".
La pauvreté touche de nombreuses régions de la planète. Titus Alexander parle d'"apartheid mondial" créé par les institutions financières internationales qui aggravent la misère des pauvres et enrichit davantage les riches.

Le génocide au Canada

Le Professeur David Stannard dit que l'holocauste perpétré sur l'ensemble du continent américain est l'acte génocidaire le plus ignoble de l'histoire. Pour le Canada, cela a été l'extinction des Indiens Beothuks de Terre-Neuve .
Dans "The Genocide Machine in Canada", les auteurs, Robert Davis et Mark Zannis expliquent l'objectif qui motivait le génocide:

"Historiquement, les génocides servaient aux puissances coloniales. Ils permettaient d'accumuler les richesses nécessaires au développement industriel grâce au travail de populations assujetties. Ils réduisaient à l'impuissance un grand nombre de leurs ennemis et de minorités, que les colons considéraient comme des êtres inférieurs.

Davis et Zanis expliquent que "l'expression ultime du génocide" est d'arriver au point où on peut se débarrasser de ceux dont on n'a plus besoin. S'approprier la terre et ses ressources conduit à cela.

Alors que la plupart des Canadiens ricaneraient si on leur disait qu'un génocide a été ou est perpétré actuellement dans leur pays, les autorités, elles, en sont convaincues. Le 19 juin 1996, à l'issue du recours déposé par Bruce Clark (ancien avocat, qui estime que le système de justice nord-américain a conduit au génocide des peuples autochtones, NDT ) devant la cour Suprême du Canada, il a été conclu que:

"L'argument de M. Clark est tout sauf superficiel, c'est l'aboutissement d'une enquête approfondie … il serait difficile de ne pas être en accord avec l'affirmation de M. Clark selon laquelle la question que soulève son argumentation 'pose un problème constitutionnel' … Le “génocide” dont parle M. Clark est bien réel, et a failli anéantir les populations indigènes qui prospéraient au Canada quand les premiers colons européens sont arrivés. Quiconque a connu de nombreuses communautés indigènes ne peut rester insensible à cette réalité".

Malgré cela, Clark était radié du barreau en 1999, accusé d'être "ingérable". Et donc, cet avocat qui avait renoncé à un style de vie très confortable et à ses biens – son cabinet d'avocat, un avion, 3 voitures, une grande maison, une exploitation agricole de 40,5 ha avec vue panoramique sur un lac – pour militer contre un génocide dont la Cour Suprême reconnaissait l'existence, avait été privé de son activité professionnelle pour avoir dénoncé le génocide de façon trop "ingérable".

Permettre le génocide: le langage qui sert de diversion.

Se disputer sur les termes qui sont utilisés pour décrire la dépossession et le génocide lent d'un peuple sert à créer une diversion pour des actes qui devraient secouer toutes les consciences. L'apartheid est une abomination morale, de même que l'expulsion forcée. Mais on peut revenir en arrière. Le génocide, en revanche, est irréversible. Ceux à qui on a enlevé la vie ne pourront, eux, jamais revenir.

Kim Petersen est co-rédacteur en chef de Dissident Voice.
Références des citations et autres (en anglais): voir le texte original.

gaza-child-_-barbed-wire-ww.jpg
photo-checkpoint-west-bank-.jpg
Même les checkpoints sont fermés maintenant.