Obama, un an après: alors?raconte!
Par emcee le dimanche 3 janvier 2010, 18:12 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Joe Bageant fait le bilan d'une année de présidence de Barack Obama.
Pas bien brillant, non, c'est le moins que l'on puisse dire. Seuls les démocrates purs et durs y croient encore – ou font semblant. Et certains occidentaux - dont des Français - qui confondent eux aussi les paroles et les actes, voulant absolument faire correspondre le président avec l'image qu'ils ont voulu lui donner.
Il faudrait se rendre à évidence, maintenant, Obama est autant une marionnette du capital que son prédécesseur GW Bush. Si le style diffère, la politique est la même.
Voire pire.
Mais voyons ce qu'en dit Bageant, qui passe en revue les grands points de la politique d'Obama et du Congrès à majorité démocrate.
Article original:
"The Devil and Mr. Obama", publié le 8 décembre 2009 dans CounterPunch
La Canaille et M. Obama
Barack avait promis le changement – et c'est ce qu'il a fait: les choses ont bel et bien empiré.
(NB: Joe Bageant était invité par Patrick Ward, co-rédac-chef du Socialist Review à écrire un article sur la première année du mandat d'Obama. Voici – en grande partie - la version plus longue qu'on trouve sur son site).
Eh bien, camarades, je pouvais vous la faire de deux façons.
Je pouvais simplement affirmer que le grand espoir café au lait s'est avéré être un cheval de Troie pour Wall St et le Pentagone.
Ou bien, je pouvais faire provision pour la nuit de tequila, de citrons verts et de joints et vous recracher toute cette histoire pitoyable.
J'ai choisi la seconde solution.
Comme vous le savez peut-être, la cote de popularité d'Obama est en train d'en prendre un coup. Des millions de ses anciens partisans se sont réveillés avec une sacrée gueule de bois pour se retrouver les poches vides et des avis d'expulsion sur les portes de leurs baisodromes personnels achetés à crédit avec les subprimes.
Beaucoup de ceux qui ont voté Obama parce qu'ils étaient dégoutés par le régime Bush écoutent à nouveau les Républicains sur leur autoradio quand ils circulent en voiture pour chercher un coin tranquille où ils peuvent planquer leur véhicule hors de la vue des huissiers. Ne pensez pas qu'il s'agit d'un soutien aux Reps. Ce n'est que le jeu de ping-pong normal de la déception et du dégoût qui se produit juste après l'état de grâce de tout gouvernement.
La plupart des Américains sont toujours affiliés au même parti qu'à l'époque de l'élection de Bush. Au bout du compte, Obama n'a pas du tout été élu par un raz-de-marée; il n'a totalisé que 51% des voix.
Actuellement, la cote d'Obama affiche autour de 40% d'opinions favorables et plongerait en bas du tableau sans un résidu de l'effet Peace and Love d'il y a un an. Toutefois, les progressistes américains sont encore fidèles et croient qu'Obama va renaître de ses cendres au cours de la troisième année de son mandat et monter vers la gloire. Vous trouverez ces gens-là au Huffington Post.
Cette partie de ping-pong frustrante, où une frange de nouveaux électeurs déçus et indécis est baladée d'un bord à l'autre, est devenue le lot des élections en Amérique. Et cette situation satisfait à la fois les Réps et les Dems, dans la mesure où elle réduit la partie à combattre un adversaire qu'ils connaissent, plutôt que de les obliger à parler des véritables problèmes, ou pire encore, d'affronter un candidat indépendant ou d'un troisième parti qui pourrait se pointer avec une ou deux solutions.
Ainsi, la partie se limite à deux joueurs entre les deux partis du capital. L'un deux, le Parti républicain, estime qu'on devrait aller livrer nos vies et nos ressources directement à la Chambre de Commerce locale, afin que la Chambre de Commerce puisse les transmettre directement aux grands groupes financiers. L'autre, le parti Démocrate, pense qu'on devrait livrer nos vies et nos ressources à un gouvernement démocrate – de façon à ce qu'il puisse refiler notre couenne aux puissants qui dirigent le pays. Dans la réalité, la question, c'est donc, de savoir qui va remettre l'argent à la meute d'hyènes de Wall St.
On ne sait jamais, les Américains se font peut-être une idée aujourd'hui de la politique, de l'argent et du pouvoir des élites de la finance. Mais je crains que ce ne soit pas le cas. Tant que la plupart d'entre eux croiront qu'il y a véritablement une guerre contre le terrorisme et que c'est un hasard si les terroristes se trouvent près des gisements de gaz ou de pétrole, il reste encore plein de marge pour les enfumer encore.
Surtout si on considère la façon dont nous sommes conditionnés pour nous livrer à des accès de patriotisme aveugle à la vue d'un drapeau, d'un aigle ou à la seule mention de "nos héros" , même s'il se trouve que nos héros sont au moment-même occupés à tuer et mutiler des bébés musulmans. Le patriotisme, c'est une cataracte qui nous empêche de voir les incohérences nationales.
Une grande partie du reste du monde semble souffrir de cette même cataracte qui les empêche de remarquer le fossé géant qui existe entre ce qu'Obama dit et ce qu'il fait.
Le Comité Nobel a décerné le Prix Nobel de la Paix de 2009 à la personne-même qui a largué le plus de bombes et tué le plus de pauvres de la planète cette année. Celui-là même qui a lancé une nouvelle guerre au Pakistan, renforcé la guerre en cours en Afghanistan et qui ne cesse de menacer l'Iran de les attaquer s'ils n'admettent pas les accusations stupides des US-Israël de posséder des installations pour construire des armes nucléaires. Où on reparle des histoires d'armes de destruction massive.
Quelque part, dans tout ce grand fracas, on a oublié que l'Iran réclame une zone de paix sans nucléaire au Moyen-Orient depuis 1974. La position de l'Iran, également, a toujours été que "le pétrole est un matériau noble , bien trop précieux pour qu'on le brûle pour fabriquer de l'électricité", et que l'énergie nucléaire est bien plus rationnelle, étant donné que notre production alimentaire est tributaire des produits pétrochimiques et le restera tant que la population mondiale ne sera pas réduite de moitié. L'attitude de l'Iran a toujours été d'utiliser les gisements pétroliers qui s'amenuisent de la façon la plus judicieuse possible.
Ce à quoi, l'homme du lobby pétrolier a répondu qu'il y aurait "des retombées à cette position de l'Iran". Obama s'aligne sur la posture de Bush, en disant que, non seulement, il y aura des retombées, mais qu'une frappe militaire sur l'Iran n'est pas "inenvisageable". Même si l'arme nucléaire est en contradiction totale avec le dogme musulman, 71 millions d'Iraniens ont dû frémir et se sont dit après réflexion: "peut-être qu'une bombe iranienne ne serait pas une si mauvaise idée, après tout".
Dissimulé derrière son image de premier président "noir", Obama cherche à améliorer une des meilleures performances du gouvernement de Bush. Et cela doit être une véritable torture pour quiconque a la peau deux tons plus sombre qu'un sac de papier canson, surtout s'il porte des sandales (Obama lui-même étant un ton plus sombre que ledit sac et adepte des chaussures noires Cole Haans pointure 45) jusqu'à présent, deux millions de Pakistanais ont été, dans le jargon du département d'état américain, "déplacés" par les bombardements et les tirs soutenus par les US – qui "savent déplacer les foules mieux que quiconque".
Un grand nombre de ces gens vivent "dans des familles qui les ont accueillies". Traduction: entassés dans des maisons bondées à dix dans une pièce, ce qui met à sec les approvisionnements en nourriture et en eau, qui anéantit les infrastructures sanitaires déjà fragiles, et qui constitue un énorme bouillon de culture pour les maladies intestinales et respiratoires.
Et il y en a beaucoup plus qui vivent encore dans la "zone de conflits". Cela fait penser à une querelle de voisinage, non? Dieu seul sait combien d'autres innocents seront tués dans la zone de conflits de la "guerre de nécessité" d'Obama. Vous savez, la bonne guerre. Cette guerre censée compenser celle interminable en Iraq, où se poursuivent pourtant l'occupation et la construction de bases militaires.
Afghanistan: prends l'opium et tire toi
Ensuite, il y a les nobles tentatives d'Obama de combattre le terrorisme en renforçant le "déploiement" de troupes en Afghanistan. Ce déploiement pourrait faire figure de viol collectif à main armée, où tout le monde s'acharne sur de malheureux villages déshérités, en ne s'interrompant que pour avaler une pizza ou jouer à des jeux vidéo.
Maintenant, si vous regardez la carte où sont déployées les forces US en Afghanistan, par rapport aux forces des pays de l'OTAN, vous les trouverez le long d'une ligne qu'on pourrait facilement prendre pour un itinéraire d'oléoduc. Un de ces itinéraires qui déboucherait sur les gisements de gaz naturel en Ouzbékistan et au Turkménistan, et qui, par la plus pure des coïncidences, se trouve contourner la Russie et l'Iran voisins. Mais nous savons tous que "la raison, c'est de combattre le terrorisme là-bas pour ne pas avoir à le combattre ici". Si cela marche encore à Peoria (Illinois, NDT), alors, on garde la formule.
Actuellement, le coût des guerres menées par les US en Irak et en Afghanistan s'élève à 900 milliards de dollars. Si on y ajoute les intérêts sur l'emprunt, plus les pertes en ressources productives, on atteint la somme de 3000 milliards de dollars (selon Joseph Stiglitz, prix Nobel de l'économie).
En comparaison, le budget total de 2009 accordé à l'éducation primaire et secondaire est légèrement supérieur à 800 milliards de dollars.
Ou bien, pour prendre un autre exemple, combien 3 milliards de dollars serviraient à financer l'indépendance énergétique? Comme l'indique Linda Bilmes, spécialiste d'Harvard sur les questions monétaires, "il n'y aucun retour pour un citoyen américain qui ne perçoit pas de revenu en relation avec le complexe militaro-sécuritaire".
J'ai envoyé un mail à Obama pour le lui faire remarquer, en lui suggérant l'idée qu'il serait bien de se retirer d'Afghanistan, de prendre l'opium et se tirer. J'ai reçu une réponse sympa, disant que mon président est reconnaissant de ma contribution. Et voilà!
Dernièrement, il y a eu du grabuge à propos de notre petit centre de distributions de baffes de Guantanamo Bay, à Cuba. Malgré les promesses d'Obama de fermer la boutique, "Cigarland" est encore ouvert au public.
Il se murmure que Cigarland serait transféré dans une prison de haute sécurité "sous-utilisée" (on pourrait penser qu'une pénurie de criminels pour une prison de haute sécurité serait une bonne nouvelle, mais qui suis-je pour donner mon avis, moi?) dans la localité terriblement endettée de Thompson, Illinois. Les résidents là-bas expliquent à la presse nationale: "oui, bien sûr, mettez-les dans notre arrière cour. Pas de problème". Ou bien encore: "la prison, c'est notre affaire. Prisons R-Us". Ou de façon plus directe: "nous savons comment traiter ces sales types et nous avons besoin des emplois". C'est le genre de création d'emplois qui aurait plu à Staline.
Le bonheur, c'est une tente bien chauffée.
Mais, au moins, la récession est terminée. C'est le gars qui fait le point sur les finances d'Obama, Ben Bernanke, président de la Federal Reserve Bank, qui le dit. Pour les lecteurs étrangers qui ne connaissent pas bien le système américain, la Réserve Fédérale n'est pas une agence gouvernementale, comme le laisserait penser son nom. La "Fed" est un cartel de banques installé à l'étranger qui décide exactement combien de faux billets peuvent être imprimés et mis en circulation sans démolir leur pyramide de Ponzi .
Et le directeur de cette auguste institution a annoncé que la récession était terminée. Eh bien, alléluia! Nous pouvons maintenant cesser de rouler nos cigarettes et en acheter des toutes prêtes, et faire frénétiquement le tour du magasin à 2 euros pour prendre des boîtes de conserve cabossées et des chaussettes tubes bon marché fabriquées en Chine.
Cela fait de nous de sacrés veinards à côté des 3 millions et demi d'Américains, dont la plupart menaient une vie normale il y a quelques années à peine, et qui sont désormais à la rue. Parmi eux, un million d'écoliers qui dorment dans des tentes, des centres d'hébergement et autres abris de fortune, et qui essaient d'avoir l'air présentables le lendemain matin dans les écoles qui n'ont même pas l'obligeance de leur laisser utiliser les douches de l'établissement. Selon les propres calculs du gouvernement, le nombre de sans-abri et de chômeurs va encore augmenter au moins jusqu'à l'année prochaine. Les saisies immobilières - et donc, le manque de logements - "ne sont pas encore terminées", comme dit Obama.
Bernanke, lui, annonce pourtant que la récession est terminée. Et donc, voilà. La population reconnaissante pousse un soupir de soulagement. Et, en outre, il a raison de dire que la récession est terminée. La récession est terminée pour les membres les plus importants d'une société capitaliste, les oligarques et les banksters, qui se sont rempli les poches avec cette récession, grâce à notre système économique remarquable, et ils peuvent maintenant retourner tranquillement à leur racket ordinaire.
Les systèmes économiques ne sont que des systèmes qui s'appuient sur la foi des gens. Ce n'est pas moi qui le dis. C'est Keynes. Par exemple, si les premiers Assyriens pensaient qu'un shekel valait une jarre de blé, alors, il valait une jarre de blé. Le capitalisme de style américain a fini par élargir la foi aux confins du fantasme jusqu'au point de rupture, en ce qui concerne la crédulité générale. Plus personne à l'étranger ne pense que cela vaut la peine d'avoir des dollars dans son portefeuille, et certainement pas pour les échanger contre de bons vieux shekels.
Cependant, que ce soient des shekels ou des dollars ou des euros, il n'y a aucun système économique qui vaille s'il n'y a pas de production. Et il n'y a pas de production s'il n'y a pas d'emplois. D'où cette obsession sur le taux de chômage.
Le Ministère de la Vérité des US a annoncé un taux de chômage à 10%. Je n'ai pas encore rencontré un seul Américain qui ne sache pas que le taux de chômage officiel est une pure invention. Une moitié des chômeurs – la moitié qui est sans emploi depuis plus d'un an – a été purement et simplement supprimée des statistiques officielles. Le taux réel est autour de 20%. Pouf! Mais si nous admettons cela, nous devons admettre que nous avons le même taux de chômage qu'en Europe. Et, là, bon sang, non, ce n'est pas possible.
Tous les Américains ont complètement intégré l'idée que le but dans la vie, c'est de s'accrocher à un quelconque emploi quelconque, à deux si possible. Et, selon les chiffres officiels, il y a davantage d'Américains qui, par peur, s'y accrochent, à leur but dans la vie, que ces populations européennes socialistes timorées avec leur couverture santé gratuite, leurs faibles taux de mortalité infantile et leurs vacances ridiculement longues.
Mais la mauvaise nouvelle, que reconnaît clairement le gouvernement d'Obama, c'est cela: le taux chômage va, selon toute vraisemblance, encore grimper. Et personne ici-bas ne sait comment le réduire (même si personne au gouvernement n'est prêt à le reconnaître). Les usines ont toutes disparu, et elles ne reviendront pas. Sauf si les Américains acceptent de travailler 13 heures par jour pour deux yuans chinois de l'heure, ce qui correspond à environ 31 cents. Le peu d'usines restantes licencient les travailleurs à cause des taux d'intérêts élevés et attendent des mesures gouvernementales destinées à réduire ces taux avant de décider s'il serait réaliste de faire revenir les ouvriers à la production.
Autant attendre que les poules aient des dents.
Les banques savent reconnaitre un gros poisson quand ils en voient un. Et ce poisson, c'est le commerce du crédit à la consommation (personne n'a encore réalisé que les consommateurs ont besoin de revenus pour pouvoir consommer, que ce soit à crédit ou par un autre moyen). Dans ce but, la Réserve Fédérale a mis en place, de façon logique, une politique de taux d'intérêts réduits. Et, conformément à la logique des banques, les banques ont récupéré l'argent de la Fed, puis augmenté les taux annuels sur les cartes de crédit, les avances d'argent et les pénalités pour les soldes débiteurs. Ensuite, elles ont augmenté les pénalités de retard.
Et alors? Si les Américains sont pris à la gorge, qu'ils ont du mal à payer leurs crédits à temps, la logique veut qu'il faut les enfoncer davantage. Les saigner à blanc. On est dans une tradition de libre échange ici.
Nous, le peuple, nous ne nous plaignons pas. Nous n'attendons aucune pitié. L'Amérique est une entreprise commerciale et le concept du commerce en Amérique, c'est de la cruauté à l'état pur.
Un analyste de la Deutsche Bank m'a expliqué que le pire est à venir. Les faillites bancaires et les saisies immobilières n'ont pas atteint leur niveau maximum. L'effondrement du marché de l'immobilier commercial arrive. Il me dit que, si il y aura quelques éclaircies mineures périodiquement, la fausse valeur attribuée au dollar est maintenant évidente puisqu'il chute contre toutes les autres monnaies, même contre le rouble russe (13%), sauf pour celles dont le cours est malheureusement fixé par rapport au dollar.
Comme le dit Paul Craig Roberts, ancien Secrétaire– adjoint au Trésor: "De quelle sorte de reprise s'agit-il si le meilleur investissement pour un Américain est de miser contre le dollar US?".
Mon ami de la Deutsche Bank, qui est plus jeune et qui a une famille à charge, a agi de la façon qui lui semble la plus appropriée. Il achète de l'or et part s'installer dans un pays pauvre d'Amérique Centrale.
Pourtant, M. Bernanke nous assure que le pire est effectivement derrière nous. En dépit des sérieux doutes exprimés par le monde extérieur. Mais l'annonce de Bernanke va sans doute faire son chemin aux US. Nous croyons tout ce que nous dit le Ministère de la Vérité. Nous avons bien cru que la dette, c'était la richesse, n'est-ce pas? Et nous avons cru aux AMD, et nous en sommes arrivés à croire que la guerre était la condition préalable à la paix.
Le plus triste, c'est que les Américains subissent le même traitement que des champignons depuis leur naissance jusqu'à la mort: ils sont maintenus dans l'obscurité et nourris de crottin de cheval. En conséquence, ils ne se doutent absolument pas qu'il y a une alternative au système dans lequel ils travaillent pour le bon plaisir des élites financières et industrielles qui possèdent à la fois leur gouvernement et leur vie entière.
Cette alternative, c'est le socialisme démocratique. L'autonomie pour le bien du plus grand nombre. Ce que le Ministère de la Vérité appelle "fascisme".
La couverture santé et l'environnement? Ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha
Je suppose que vous avez entendu parler des débats sur la "réforme du système de santé en Amérique". Il n'y a pas eu en fait beaucoup de débats, mais plutôt, à droite, des agissements de voyous et des histoires invraisemblables sur des jurys qui seraient constitués pour décider d'euthanasier les personnes âgées, et, à gauche, la capitulation veule.
La "réforme" s'est avérée être un cadeau de 70 milliards de dollars par an aux compagnies d'assurance, en forçant 45 millions de gens qui n'ont pas du tout les moyens, de toute façon, à contracter une assurance maladie. Les dollars du contribuable combleront la différence entre ce qui peut être extorqué aux travailleurs pauvres, et ce que les compagnies d'assurance peuvent exiger et obtenir parce qu'elles ont un moyen de pression sur les deux parties concernées – les médecins et les patients.
En ce qui concerne les médecins, ils ont, eux, joué le détachement et ont réussi à éviter de répondre à la question de savoir si leurs revenus d'un quart de million de dollars, voire plus, ne contribueraient pas aussi au coût exorbitant des soins de santé. Même en ayant la majorité au Congrès, tout ce qu'Obama et les caniches démocrates des groupes d'intérêts privés ont pu sortir de leur chapeau, c'est la capitulation totale aux compagnies d'assurance.
Si vous sentez une drôle d'odeur, c'est celle de la transpiration due à la peur. Les compagnies d'assurance ont toujours bien fait savoir qu'elles avaient des milliards à dépenser pour faire échouer et détruire tout élu qui n'était pas de leur côté.
Quant à la législation sur l'environnement, elle en est, sous le gouvernement d'Obama, à peu près réduite à des "droits d'émissions" http://fr.wikipedia.org/wiki/Bourse_du_carbone. Dans la droite ligne du capitalisme, les compagnies pourront vendre leur pollution, au lieu d'y mettre fin.
Et même cette loi avait failli ne pas passer à la Chambre des Représentants. En outre, la législation sur l'environnement avait été édulcorée à cause de l'effondrement de l'économie, et les sondages d'opinion montrent actuellement que le prix à payer est trop élevé. Il serait intéressant de savoir combien leurs enfants seront prêts à débourser pour l'air et l'eau.
Goldstone qui?
Juste au moment où vous pensez que votre pays a atteint les limites de la honte à l'état brut, et que les rives extérieures de l'internationalisme scélérat sont occupées par le Coréen Kim Jong-Il et le Soudanais al-Bashir, vous êtes surpris par quelque nouveau scandale pire que les précédents. La dernière de l'Amérique, de l'arrogance provocante de la même veine que la négation de l'holocauste, c'est d'avoir mis des bâtons dans les roues au rapport Goldstone pour les Nations Unies.
Ce rapport recueille des informations sur les crimes de guerre d'Israël commis dans le ghetto de Gaza, où 1,5 millions de Palestiniens ont été pris en otage par Israël.
Certes, les dirigeants à la fois d'Israël et de Gaza ne sont rien de moins qu'une bande de criminels. Mais l'agression israélienne sur des civils et des infrastructures civiles telles que les hôpitaux et les écoles où ont été utilisées des munitions interdites, comme le phosphore blanc qui provoque des brûlures graves, était un crime de guerre, quelle que soit la définition qu'on lui donne.
L'ONU et le reste du monde s'accordent à dire que ces actes répondent et dépassent les critères de Nuremberg établis par les US pour exécuter les nazis. Mais comme tout Américain vous le dira, les Etats-Unis n'ont jamais considéré qu'ils faisaient partie du reste du monde, pas plus qu'ils se sont sentis obligés de quelque façon que ce soit d'en faire partie. Et donc, le reste du monde n'a pas été étonné que la chambre des Représentants vote à 344 contre 36 pour condamner le rapport Goldstone.
L'administration d'Obama a promis aux groupes sionistes qu'elle ne laisserait jamais arriver ce rapport devant un tribunal pénal. Les criminels n'ont rien à craindre. Les sionistes ont tous jeté leur chapeau en l'air en poussant des hourras. Les gars de l'Aipac assis au fond de la salle ont opiné du chef: "maintenant, élus du Congrès, dites-nous: qui c'est votre papa?".
Je précise ici que je ne fais pas partie de ces fanatiques du complotisme qui voient la patte sioniste partout. Les sionistes sont partie des nombreux acteurs en coulisse qui ont la mainmise sur certains aspects de la politique US. Franchement, parmi tous ces gens répugnants et ces voyous qui s'immiscent dans la politique extérieure et intérieure des Etats-Unis, je crains bien plus Wall St et les banquiers que les sionistes (sauf, peut-être ce sinistre caméléon de Rahm Emanuel, brrr).
En tous cas, la plupart des Américains n'ont jamais entendu parler ni de l'offensive à Gaza ni du rapport Goldstone. On les a empêchés de voir les reportages étrangers sur ces deux semaines d'horreurs. Habitant à l'époque dans un pays libre de l'Amérique centrale, j'ai eu la chance (ou la malchance) d'entendre les dépêches quotidiennes depuis Gaza, malgré les tentatives d'Israël de les étouffer.
Pratiquement le seul endroit où l'appareil de désinformation sioniste a réellement fonctionné, c'est aux Etats-Unis, où il a réussi à empêcher toute couverture médiatique sur les atrocités et le génocide commis par Israël.
Non pas qu'il y ait eu un gros effort à faire. Les élus et les médias aux US savent depuis longtemps, en tant qu'état client d'Israël, fermer les yeux. Ou bien, si cela n'était pas possible, répéter un des mensonges préemballés fournis opportunément aux médias US par le Likudnik, l'appareil de gestion des médias. "Et en plus, les Palestiniens, ce ne sont pas ces salauds qui dansaient dans la rue le 11 sept.? Qu'ils aillent au diable! Maintenant, nous allons regarder sur Cable News l'émission "America's Got Talent" pour savoir qui a gagné hier soir, qui sont les ZOOperstars!'"
L'homme qui a un plan de relance
Le jour même où a débuté l'offensive à Gaza, le 4 janvier 2009, le président élu Obama annonçait qu'il allait créer ou sauver 3 ou 4 millions d'emplois au cours de ses deux premières années de mandat. 90% d'entre eux concerneraient le secteur privé, parmi lesquels 400.000 seraient consacrés à la construction de routes, de ponts, d'écoles et de lignes à haut débit; 400.000 étaient prévus pour les panneaux solaires, les éoliennes, les voitures économiques en carburant, et un million d'autres pour les soins de santé et l'éducation.
Les mots-clés sont ici: "emplois sauvés". Tout emploi qui n'a pas été perdu va apparemment dans la colonne des emplois créés. Je ne suis pas bien doué pour les maths, mais il me semble qu'avec un taux de chômage réel de près de 20%, en hausse, qui plus est, et les pertes d'emplois qui, selon l'administration, vont se poursuivre pendant au moins une année encore, il est difficile de comprendre comment on peut affirmer ça. Je suppose que, dans la mesure où 3 millions d'emplois sont maintenus dans l'économie US, Obama estime qu'il les a sauvés. Je suis le premier à reconnaître que tout cela me dépasse et c'est un bon exemple qui prouve que je ne suis pas fait pour exercer des fonctions officielles. Et puis, je n'ai jamais vraiment compris non plus l'histoire de surplus de Bill Clinton. L'arithmétique politique se fait dans une sorte de quatrième dimension extragalactique où les lois terrestres ne s'appliquent pas.
Il y a une chose que je sais tout de même, c'est que pour chaque dollar que gagnerait un travailleur avec le plan de relance d'Obama, une compagnie capitaliste qui emploie ce travailleur gagnerait pas loin de deux dollars. Le Mexicain qui déroule du gazon le long de la nouvelle autoroute pour un sous-traitant gagne peut-être 8 dollars de l'heure qu'il n'aurait pas gagnés, sinon. Mais il fait gagner à son employeur environ 15,5 dollars au cours de la même heure. Quand j'étais jeune, dans le Colorado, j'ai fait ce boulot, j'engageais des Mexicains et je distribuais la paie, donc, je sais comment ça se passe. Règle N°1 en arithmétique capitaliste: c'est le patron qui fait les calculs.
En conclusion, le plan de relance d'Obama remplit davantage les poches des patrons que celles des travailleurs. Comme on est en Amérique, cependant, Obama a été accusé par les conservateurs d'avoir un programme socialiste anticapitaliste. Ces hommes d'affaires conservateurs se font un plaisir d'empocher l'argent – mais la règle d'or aux Etats-Unis, c'est: "Surtout, ne manifeste pas ta gratitude! Mords jusqu'au sang la main qui te nourrit, en espérant qu'elle te donnera davantage. Peut-être même qu'elle lâchera tout ce qu'elle a pour que tu puisses t'en saisir et partir en courant pendant que la foule se rassemble pour lapider le soi-disant socialiste".
Mais la vérité c'est que les emplois d'Obama n'auraient pas servi à relancer l'économie, de toute façon. Il ne reste plus d'économie à relancer. Elle est partie en Chine et en Inde. Des trucs comme des projets de constructions de routes ne génèrent pas du capital. Sous le régime capitaliste, les routes sont inutiles si elles n'engendrent pas de profits, et elles ne servent pas des intérêts économiques si rien n'est produit.
De la même façon, l'éducation, qui ne contribue pas au PNB (connu également sous le nom d'"intérêts pour le capital") en produisant des salaires plus élevés pour enfler de façon exponentielle le fétichisme du consommateur, est considérée comme futile.
Et regardons les choses en face, l'éducation supérieure est devenue, dans l'ensemble, une autre escroquerie.
L'étudiant se retrouve lourdement endetté (une fois encore, plane la patte du banquier). Avec la promesse d'un salaire hypothétique plus élevé. Ou, du moins, que ledit diplômé travaillera dans un agréable magasin de vidéos et qu'il n'aura jamais à poser du gazon sur les bas côtés des routes. Malheureusement, le nombre d'offres d'emplois aux Américains "diplômés de l'université" – un oxymore, étant donné la qualité des universités aujourd'hui – s'effondre en même temps que l'Empire. Tous ces emplois de cadres intermédiaires qui contribuent à l'administration de la république, tels que ceux qui nous aident à frauder le fisc, qui servent à faire du lavage de cerveau aux élèves ou à élaborer les stratégies de ventes de bière, sont de plus en plus rares chaque jour. Même l'édition et les analyses médicales sont délocalisées en Inde. Le bruit court que les scanners seraient analysés en Inde par des singes sacrés de temples bouddhistes pour réduire les coûts. Le secteur privé de la santé US est resté muet sur ce sujet.
Le plan de relance d'Obama implique un endettement encore plus important vis-à-vis de la Chine. Bon sang, notre argent public ne traîne-t-il donc nulle part ailleurs que dans les coffres de Wall St? Apparemment non.
Et donc, le Département du Trésor continue de tirer toujours plus de monnaie de singe pour payer les reconnaissances de dettes que l'Empire a contractées au mont-de-piété.
Mais les Chinois commencent à se méfier, se demandant s'il est raisonnable de verser davantage d'argent dans un gouffre dont le ministère des Finances US prétend qu'il débouche quelque part en Chine et pas à Wall ST . (…).
Le grand holdup
Finalement, toute l'esbroufe autour du plan de relance d'Obama n'a pas soulevé d'enthousiasme. Wall Street est entré en jeu, faisant main basse sur le pays tout entier au cours du casse le plus gonflé de l'histoire des Etats-Unis. C'était un coup de pur génie dans le domaine de la cambriole. A la suite de la réunion des Cinq Familles, Citicorp, Bank of America, Morgan Chase, Wachovia, Taunus Corp., les cartels financiers ont déclaré:
"c'est une arnaque. Tout est entre nos mains. Si vous ne nous remettez pas les économies et les actifs de toute la population afin que nous puissions leur faire un crédit pour les récupérer, tout ce cloaque que vous appelez économie des services et de l'informatique va leur exploser à la figure comme un météore géant. Alors vous déposez tout de suite trois mille milliards de dollars dans les véhicules blindés garés devant la porte et tout ira bien. Sinon, vous pourrez contempler l'économie du pays se déliter jusqu'à ce que les abrutis des lotissements en carton pâte n'arrivent même plus à aligner le prix du taxi pour rentrer chez eux. A toi de jouer, Barack"
Il reste encore quelques âmes aveuglées pour penser qu'Obama fait honnêtement de son mieux pour tenir ses promesses électorales, mais qu'il n'arrive pas à se débarrasser de la meute des groupes financiers avides de sang et de ces salauds de républicains sans pitié. Ce qui est vrai, dans un sens. Il ne peut pas dépasser la meute de Wall Street parce qu'il court avec elle. La relation pernicieuse d'Obama avec les puissants de Wall Street dure depuis des années. Ce n'est pas un hasard si c'est à Wall Street qu'est revenu le choix des membres du cabinet des affaires financières du gouvernement d'Obama. C'est une histoire triste et sordide, une histoire que je n'ai pas le courage de raconter ici. D'autant que de bons journalistes comme Matt Taibbi ont déjà développé cela de façon exhaustive.
Aux dernières nouvelles, les banques n'ont jamais dégagé le pognon. Ne l'ont jamais laissé circuler entre les mains de la population, pas même par le biais de prêts bancaires.
Au lieu de cela, elles ont déclaré avoir réalisé des bénéfices, se sont partagé les primes et se sont congratulées. C'est le genre de virtuosité à laquelle nous nous sommes habitués avec la clique des titulaires du MBA de Yale ou d'Harvard. S'enrichir en devenant fauché. Et ensuite s'enrichir encore plus en braquant le gouvernement et la population du pays, et, pour finir, celle du monde entier, en enveloppant la planète d'un nuage de dérivés financiers toxiques d'un quadrillon et demi de dollars (ne me demandez pas combien ça fait. Beaucoup, je présume. NDT), dans le but d'aspirer encore plus d'argent avant d'imploser comme une étoile noire, et effectivement, ces dérivés sont même de nature astronomique.
Cette somme représente 180.000 dollars d'endettement pour chaque habitant, homme, femme et enfant de la planète (bien que je ne saisisse pas bien: si l'argent est fictif, pourquoi la dette serait-elle réelle?). Il est impossible de nous sortir de cette calamité. Il ne reste même pas suffisamment de ressources naturelles sur terre pour parvenir à cette échelle de production.
Pour le moment, les gangsters de la finance se sont retirés dans des villas de Toscane afin de se délecter de leur casse. Et les pauvres crétins ici aux Etats-Unis n'ont plus qu'à trouver d'autres façons de mettre le véhicule familial hors de la vue des huissiers. Pas un instant, pourtant, ils ne remettent en cause le capitalisme. Ils s'imaginent que c'est un gros accident financier. Le destin. Et que nous allons sans doute "trouver une solution " comme nous l'avons toujours fait. Ce sont des choses qui arrivent dans une économie de libre-échange dynamique.
Une nouvelle mafia s'installe
(…)
(A savoir: les escrocs des assurances privées qui ont fait du lobbying auprès des élus du Congrès pendant un an et qui ont réussi à décrocher les fameux 70 milliards de dollars annuels grâce à la "réforme" du système de santé d'Obama).
Les gens réalistes à gauche savent depuis longtemps que le dernier acte du capitalisme brutal serait un hold-up à main armée pour s'emparer de l'argent public afin de le redistribuer aux classes possédantes par le biais du secteur financier privé – que les classes possédantes se trouvent posséder. Mais peu d'entre eux auraient imaginé que cela aurait pu se réaliser avec une majorité démocrate à la fois à la Chambre des Représentants et au Sénat. Ou encore sous un gouvernement démocrate dont le big boss est le premier président noir. Un bloggeur de gauche a écrit:" Imaginez ce qu'auraient pu faire les républicains si McCain avait été élu".
Mais, la même chose, mec. La même chose. Seulement, avec des sous-titres différents. Les deux partis existent grâce au bon plaisir des mêmes syndicats du crime.
Comment participer aux escroqueries.
Si je me souviens bien, c'est un diplomate mexicain qui m'avait dit un jour que la corruption et le vol sont collectivisés dans son pays et dans d'autres pays d'Amérique Latine – distribués démocratiquement dans une grande partie de la société. Mais en Amérique, disait-il, ce genre d'activité criminelle est institutionnalisé. Seules les élites ont le droit de pratiquer l'usure, le vol, le chantage à l'assurance et d'autres formes de pillages non-violent (les pillages violents étant réservés aux pays du Moyen-Orient qui possèdent du pétrole). La première étape pour réaliser une de ces escroqueries est de devenir un groupe d'intérêt reconnu légalement, afin de pouvoir approcher les acteurs-clés du Congrès qu'on souhaite corrompre ou forcer à la soumission ou la complicité.
La mafia des banques et des assurances, ainsi que d'autres cartels et consortiums commerciaux organisés en mafias, sont tous estampillés " groupes d'intérêts" qui opèrent aux cotés de centaines d'autres dans le lupanar installé sur les rives du Potomac.
Pour n'en citer que quelques-uns, il y a des lobbys de l'environnement comme le Sierra Club, qui sert à faire encaisser de gros salaires aux responsables pour qu'ils entrent en contact avec des stars du cinéma écologistes.
Il y a un groupe d'intérêt pour l'éducation, qui sert à assurer la médiocrité de notre système éducatif public. Les marchands d'armes sont un lobby. Les casinos de jeux et les compagnies de tabac sont des lobbys. Il y a un lobby pour nous obliger à consommer du maïs sucré afin de soutenir les producteurs républicains du Middle-West et assurer l'avenir du secteur des régimes qui se développe toujours plus, ainsi que de celui du traitement du diabète. Il y a même des lobbies pour défendre les intérêts d'organismes de pays étrangers, comme Israël. Il y a des lobbies pour tout sauf pour nous, les branleurs de l'Amérique d'en bas. Nous, des gens dont le seul objectif est d'élever nos enfants en paix et d'avoir une petite sécurité financière à la retraite. Et il y a des milliers de groupes d'intérêt dont le but est de veiller à ce que nous n'ayons jamais ni l'un ni l'autre.
Nous ne sommes pas avares, seulement économes
Hier, un présentateur de CNN demandait à deux experts: "Intensifier la guerre en Afghanistan, est-ce faire le meilleur usage de l'argent des contribuables?". Le massacre, la mutilation et le déplacement d'un nombre incalculable de milliers de gens sont discutés en fonction de "meilleur usage de l'argent public".
Une société capitaliste déshumanisée et monétisée voit tout en termes de dollars et de cents et de retour sur investissement. Même la mortalité infantile est évaluée ainsi, même si c'est rarement admis. Selon certains analystes des services sociaux, sauver un bébé issu d'un ghetto noir génèrera, au cours de toute une vie, un faible retour sur investissement, en matière de contribution au PNB.
J'ai effectivement entendu un expert dans un débat télévisé dire cela. Pourtant, les Américains assis devant leur télé ne sont pas choqués. Ils ne trouvent même pas que c'est mesquin, et encore moins que c'est la manifestation d'une société cruelle. Pas un Américain ne pense qu'il est cruel, ou qu'il a un lien avec la plus grande machine au monde destinée à détruire les hommes et l'environnement. Pas un seul Américain ne met en doute son droit inaliénable de circuler en voiture ou d'avoir la climatisation ou de boire du vin fabriqué avec du raisin produit au Chili, aux dépens d'une guerre nationale contre l'environnement et au détriment des populations de la planète qui sont nées au milieu de ressources énergétiques. S'il existe des atrocités comme la cruauté et l'injustice, ce n'est pas "nous le peuple" ("We, the people"), qui les commettons. Nous, les électeurs et les contribuables, nous ne sommes pas ces agents de la CIA qui kidnappent les gens en Ouzbékistan et au Turkménistan pour les faire violer avec des tessons de bouteilles ou les plonger vivants dans de l'eau bouillante pour en tirer des "aveux de terroristes" qui permettent de perpétuer la guerre contre le terrorisme. Simplement, c'est nous qui finançons ces opérations.
Et la responsabilité? Eh bien, à propos de l'infime chance qu'un jour le monde demandera des comptes à l'Amérique responsable de ses actes (ce qui n'arrivera jamais, tant que nous posséderons plus d'armes que le reste du monde dans son ensemble et que nous sommes très clairement prêts à les utiliser à nos propres fins), nous, le peuple, nous pouvons exprimer notre indignation et notre dégoût. Nous, les honnêtes gens, n'aurions jamais au grand jamais approuvé ces atrocités. Et d'ailleurs, il n'y a pas grand-chose qu'une personne ordinaire puisse faire. Non?
Peut-être bien. Mais c'est nous, les Américains, qui avons proclamé haut et fort que la complicité par le silence n'est pas une défense, quand nous les avons mis face à leurs responsabilités devant l'horreur des camps de concentration et avons pendu leurs dirigeants.
La revanche de George au sourire narquois
On n'a plus beaucoup entendu parler de George W. Bush depuis qu'il a remballé ses BD et qu'il est parti s'installer à Dallas. Mais sa politique reste, comme les traces laissées par un chien pour marquer son territoire, empuantissant la Maison Blanche d'Obama. Les rapts et les assassinats perdurent, de même que l'espionnage sur les citoyens sans mandat officiel, parallèlement à d'autres violations des libertés civiles au nom de la "guerre contre le terrorisme".
Perpétuer cela, c'est épouvantable de la part d'un président qui s'est présenté sur un programme de réformes et de changement. Mais c'est ce qu'Obama et son parti n'ont pas réalisé, ce qu'ils n'ont pas exigé, qui aura l'effet le plus durable sur le pays. Obama et les Démocrates ont refusé de poursuivre Bush et Cheney en justice, en permettant par là-même que:
- Aucun chasseur de cailles en Géorgie ne soit en sécurité tant que la pile de Cheney continuera de fonctionner.
- Subsistent les précédents créés par le gouvernement le plus sanglant de l'histoire des Etats-Unis. Tant qu'ils n'auront pas été traités et réparés, l'Amérique n'aura pas la possibilité de guérir et de se remettre.
Pour parler franchement, cependant, le patient est mort depuis que la fraude électorale de 2000 n'a pas été contestée.
L'élection d'Obama était la seule chance qu'avait l'Amérique de demander des comptes aux républicains de Bush pour leurs crimes. Maintenant, c'est trop tard.
Les occasions d'appliquer les lois en tant que pays et en tant que peuple sont rares d'abord, et se perdent vite. A un moment donné, elles disparaissent à cause des urgences de la survie de l'espèce humaine. Quiconque s'intéresse à la population mondiale, à la raréfaction des ressources et à l'effondrement de l'économie le comprend d'instinct. La lutte mondiale croissante pour la survie de l'espèce humaine ne laissera pas la place à beaucoup de grandeur d'âme. Et donc, nous devons exercer les lois et l'administration de la justice tant que les lois et la justice sont encore possibles.
On nous donne des explications sans fin sur les raisons pour lesquelles Obama est encore loin de réaliser les promesses et le potentiel de sa présidence, et le parti démocrate en donne des nouvelles tous les jours. Les électeurs déçus du parti démocrate s'y raccrochent, essayant désespérément de les défendre sur les forums d'internet et dans le courrier des lecteurs de la presse écrite. Mais il nous faut utiliser nos propres aptitudes personnelles en tant qu'êtres humains rationnels pour évaluer Obama, et déterminer pourquoi il est en échec. Ou pas. Au diable les explications officielles bien élaborées sur les "guerres de nécessité" et les versements pour le chantage de milliards de dollars.
George W. Bush est parti avec le même sourire en coin que quand il est arrivé à la Maison Blanche. Peut-être est-ce congénital. Mais s'il avait un sourire en coin quand il est parti, il doit être aujourd'hui secoué d'un rire hystérique. Non seulement lui et sa clique s'en sont bien tirés, mais Obama a pris la succession de Bush-Cheney dans le registre des atrocités. Et comble de l'ironie, le président le plus inintelligible de l'histoire des Etats-Unis s'est lancé dans le discours motivationnel à 200.000 dollars la conférence.
Il n'y a de chance que pour la *canaille.
Les Américains se révolteront-ils un jour pour défendre leurs intérêts communs pour des revendications comme l'éducation, la santé et une société pacifiste?
Non. Parce qu'on sait que le socialisme – l'administration d'un pays seulement destinée à l'intérêt et au bénéfice de tous, sans préférence ni privilèges – n'a pas l'ombre d'une chance en Amérique. Depuis plus un siècle, ceux qui ont essayé de faire avancer le socialisme ont été tués par balle, pendus, brûlés vifs la veille de Noël, emprisonnés, accusés à tort de crimes ou diabolisés par les élites du secteur privé de l'Etat capitaliste.
La cause du socialisme a été purement éliminée aux US. Peu d'Américains peuvent en donner une définition. La plupart pensent que c'est un système politique alors que c'est une philosophie sociale. La moitié des socialistes pensent aujourd'hui qu'il s'agit d'un système politique. Mais même si les Américains comprenaient le socialisme, ils ont trop peur d'en reconnaître les vertus, et encore moins d'en soutenir la cause. Et sans participation publique libre et ouverte dans une quelconque forme démocratique de socialisme, peu importe le nom ou l'étiquette qu'on lui donne, il ne peut y avoir de reconnaissance de l'intérêt commun de la population. Et donc, la philosophie sociale la plus égalitaire qui ait été conçue disparaît dans un pays, avec très peu de chances de ressusciter parce qu'un tel idéal, par définition, ne peut exister avec étroitesse d'esprit des banquiers et d'oligarques.
Bush ricane, Obama fait du break dance à l'intérieur et autour du champ de mines de ses fausses promesses et les bonus des pontes de Wall Street sont encore plus élevés qu'avant.
Je l'ai déjà dit, il n'y a de chance que pour la canaille.
NB: Le titre en français pourra sembler loin du titre initial, mais le titre anglais fait référence au diable, qui est mentionné deux fois dans le texte, mais n'apparaît pas dans la traduction.
En fait, il s'agit d'un proverbe " the Devil takes care of his own", "le diable soigne bien les siens", mais il n'y a pas d'équivalent en français, ce proverbe voulant dire: il n'y a de chance que pour la canaille. D'où "canaille".
D'autres traductions de Joe Bageant, sur orbite
Et: L'aide d'Obama à Israël (en anglais)
Voilà, rien à rajouter pour ma part. Tout est dit.

Commentaires
Ouch ! Des fois qu'on aurait envie de faire le même genre de synthèse par chez nous...
Bonsoir, Patrick,
Entièrement d'accord. Je trouve que ça ronronne pas mal en ce moment dans notre coin du monde.
Je lisais justement chez le Monolecte http://blog.monolecte.fr/post/2010/... son post sur le "no nosarkozy day". Et je me disais cela, me demandant si j'allais écrire un com'.
Il me semble qu'il y a tellement d'autre choses bien plus importantes à faire que d'aller faire les pitres dans la rue pour une revendication qui "mange pas de pain", futile et "énergiphage". N'importe qui peut être anti-sarkozy aujourd'hui, même des gens de droite, et même beaucoup d'entre eux, parce qu'eux non plus (eux surtout, dans ce cas précis), ils ne doivent pas apprécier d'être représentés par un pantin.
Et je n'ai aucune envie de défiler avec des gens qui voteront Bayrou ou Villepin. Voire S. Royal.
Emcee: meilleure blogueuse de l'année 2009, et ça démarre très très fort pour l'année 2010 (que je te souhaite battante et révolutionnaire).
Quel boulot que de traduire tout ça ! Et d'utilité publique avec ça !
Magnifique Joe Bageant. Tiens, je crois bien que cette fois j'ai tout compris. Exactement. Pourquoi qu'Obama n'est pas tout noir. Mais pas tout blanc non plus. (Cherche pas à comprendre Emcee, c'est des conneries ...).
Mais comprends bien une seule chose : je t'aime ! Mais ça tu le sais déjà.
Salut, Pom,

Merci pour tes encouragements enthousiastes
Oui, c'était long, c'est pourquoi j'ai un peu traîné
mais je ne me sentais pas de censurer Bageant, qui est un sacré personnage.
bises
Et bonne année à toi aussi.
Oui un sacré personnage.
3 millions de personnes à la rue aux States!
Mais on en parle de ça en France ?
Je sais pas j'écoute pas les infos .
Console toi avec ça : http://www.forum-unite-communiste.o...
Eh bien, les médias que je n'écoute pas plus, ni ne lis, n'en parlent certainement pas, tout occupés qu'ils ont à nous servir que les US vont sauver le monde des barbares armés jusqu'aux dents qui font qu'à les narguer avec leurs puits de pétrole.
Merci, T34 pour les infos. Je regrette fort, cependant, que la blogôche si discrète en général sur ces sujets, voire relaie abondamment la désinformation des médias dominants.
Je pense, par ex, à mes traductions sur la réforme de santé qui n'ont pas du tout été reprises, sans doute parce ce qu'elles bousculaient ce qu'ils persistaient à voir en Obama et contredisaient leur thèse de "premier président noir", comme dit Bageant.
Mamma mia, quel texte!
Merci pour cette très longue traduction, elle en valait la peine.
Pas de vraiment de surprise mais sous forme de bilan, c'est frappant.
Bon, l'empire américain se noie et l'occident entier sombre avec lui.
C'est comme ça l'histoire, un truc de cycles...
Alors l'empire qui sait qu'il perd sur le plan économique, qu'il a déjà perdu et que c'est bien de sa faute avec ses conneries de libéralisme mondialisé qui devait lui assurer la mainmise sur le monde et puis pas de chance ça marche pas, bref, l'empire occupe la galerie en faisant la guerre, en montrant ses muscles, en s'acharnant sur les bébés musulmans.
En nous pourrissant la vie aussi avec la sécurité, notre sécurité que menacent de vilains terroristes musulmans, (d'où l'intérêt massacrer leurs enfants ou de les affamer).
C'est nul!
Obama était peut-être sincère maintenant il est manipulé, débordé par ceux qui gouvernent vraiment, les lobbies, les marchands de mort!
Chez nous, pas de quoi pavoiser non plus!
Salut, Céleste,
Merci pour ton com' et désolée pour le retard que j'ai mis à y répondre; je suis toujours intermittente du web actuellement. Cela devrait se stabiliser à la fin du mois.
Nous sommes bien d'accord: c'est nul tout ça. Pire encore, on n'en voit pas l'issue.
Copenhague a bien montré, si besoin en était, qu'ils sont prêts à détruire la planète et à exterminer ses habitants pour conserver leur hégémonie et augmenter leurs privilèges déjà démesurés.
Quelle tristesse de voir ça.