Les musulmans européens, pris pour cible dans toute l'Europe, font couler beaucoup d'encre et de fiel
Par emcee le jeudi 3 décembre 2009, 23:59 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Laila Lalami, l'auteur de l'article "The New Inquisition", paru le 24 nov. 2009 sur le site de "The Nation", analyse les clichés et contre-vérités véhiculés sur les musulmans installés en Europe, en particulier à travers un livre publié en juillet dernier, "Reflections on the Revolution in Europe" écrit par Christopher Caldwell, journaliste américain.
La Nouvelle Inquisition
Lors d'une fête du livre à New-York, il y a quelques années, j'ai été présentée à un auteur français qui pratiquement tout de suite après les politesses d'usage m'a demandé de quelle origine j'étais.
Quand j'ai dit "du Maroc", il a posé son verre et m'a regardée fixement, avec la curiosité d'un anthropologue.
Nous avons discuté de littérature, bien sûr, et nous nous sommes découvert une passion commune pour les œuvres de l'écrivain sud-africain, J.M. Coetzee, mais assez rapidement, la conversation a roulé sur les écrivains marocains, puis les écrivains marocains en France, et pour finir, comme je m'en doutais, les immigrés marocains en France – et c'est là que l'écrivain français m'a dit: "s'ils étaient tous comme vous, il n'y aurait pas de problèmes".
Le ton de sa voix impliquait que c'était pour lui un compliment, même si je trouvais curieux qu'il veuille que le million de Marocains en France soit la copie conforme de quelqu'un dont il venait de faire la connaissance et dont il n'aurait pas trouvé l'opinion sur l'immigration – s'il avait seulement cherché à savoir – tout à fait à son goût.
Ce n'est que plus tard, de retour dans ma chambre d'hôtel, qu'il m'est venu à l'esprit que le profil de l'immigré marocain non problématique qu'il avait sans doute en tête était seulement basé sur des caractéristiques visibles. Certaines d'entre elles comme la couleur de la peau, étaient purement accidentelles; d'autres, comme les choix vestimentaires ou les pratiques alimentaires, qui étaient pour moi accessoires, impliquaient, peut-être, dans son esprit, un degré moindre de "musulmanitude".
Cet homme suggérait-il que j'étais une immigrée bien plus acceptable parce que je n'avais pas l'air musulmane? Nous avions débuté la conversation sur un pied d'égalité, comme deux amis potentiels, deux écrivains qui discouraient littérature, mais elle s'était terminée entre un juge et une accusée – le premier décrétant que l'autre ferait une immigrée acceptable.
Et pourquoi diable n'avais-je rien dit sur le moment? Pourquoi n'avais-je pas demandé ce qu'il voulait dire? Au lieu de cela, j'avais dû lui lancer un regard perplexe et étonné et j'avais changé de sujet. Peut-être que si je l'avais affronté directement, j'aurais pu extirper l'aiguillon de l'insulte qu'il avait planté en plein dans son compliment.
En tous cas, l'affirmation de cet homme n'était que de la spéculation théorique. En pratique, il n'est pas évident que même les musulmans peu visibles soient totalement acceptés en France, ou ailleurs en Europe.
Cela s'était avéré parfaitement clair quand Le Monde avait publié en septembre dernier une vidéo où Brice Hortefeux, le ministre de l'intérieur français, rencontrait Amine Benalia-Brouch, un jeune militant français d'origine algérienne.
Hortefeux et Benalia-Brouch, qui participaient tous deux à l'université d'été de l'UMP, étaient sollicités pour poser ensemble pour une photo. Une femme présente alors, tapotait la joue de Benalia-Brouch et d'une voix qui indiquait clairement sa satisfaction, avait dit: "Il est catholique. Il mange du porc et boit de la bière". Cest exact", avait répondu Benalia-Brouch en souriant. "C'est notre petit Arabe" poursuivait la femme.
Hortefeux ajoutait: "très bien. Il en faut un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes''".
Si insultantes que soient les déclarations d'Hortefeux, elles ne sont pas rares. En politique française, les prises de positions anti-immigrés sont comme un rite, qui revient souvent en période d'élections.
Alors qu'il était encore maire de Paris, et qu'il allait se porter candidat pour les présidentielles sous l'étiquette UMP, Jacques Chirac plaignait le sort du ""travailleur français" que rendaient fou "le bruit et l'odeur" de ses voisins de palier, des immigrés "avec un père de famille, trois ou quatre épouses, une vingtaine d'enfants, qui encaissent 50.000 fr de prestations sociales, sans travailler".
A la fin de son mandat présidentiel, Valéry Giscard d'Estaing expliquait dans les pages du Figaro Magazine que les lois sur la citoyenneté devaient remplacer le "droit du sol" ('jus soli" - citoyenneté automatique pour tous ceux nés sur le sol français) par le droit du sang" ("jus sanguinis"- citoyenneté déterminée par la nationalité des parents). Si on ne faisait pas cette distinction, avertissait-il, la France allait se retrouver face à une "invasion".
Si le droit du sang avait été appliqué, et selon l'interprétation qui en aurait été faite, la nationalité française aurait été refusée à l'écrivain Alexandre Dumas, au footballeur Michel Platini, à l'actrice Isabelle Adjani, la physicienne Marie Curie, au compositeur Maurice Ravel, au chanteur Charles Aznavour, ainsi qu'à Nicolas Sarkozy, l'actuel président français, mais peut-être bien que Giscard d'Estaing pensait que la France pouvait se passer de tous ceux-là (euh … d'un de ceux-là, oui! NDT).
En 2002, Manuel Valls, maire d'Evry et membre du Parti Socialiste, était brusquement propulsé sur le devant de la scène quand il avait cherché à faire fermer un supermarché halal parce qu'ils ne vendaient ni porc, ni vin. Il affirmait que le magasin "devait contribuer à préserver la diversité".
Deux ans avant son élection aux présidentielles, Sarkozy avait promis de "nettoyer au karcher" la "racaille" des banlieues parisiennes, où habitent de nombreux musulmans. Des déclarations de ce genre débordent le clivage des partis et constituent ce que la presse française appelle des "dérapages", ou des gaffes.
Les réactions à ces dérapages sont également une sorte de rite. Les membres du parti politique de l'auteur de ces injures font corps avec lui, alors que l'opposition l'accuse de racisme.
Pendant ce temps, les dirigeants des partis d'extrême droite jubilent, disant que – enfin! – les partis traditionnels conviennent de ce qu'ils répètent depuis des années. Après les déclarations notoires de Chirac sur "le bruit et l'odeur", par ex, Jean-Marie Le Pen, le dirigeant ouvertement raciste et antisémite du FN, se plaisait à répéter que les Français "préfèreraient toujours l'original à la copie".
Et donc, il semblerait que l'immigré musulman idéal en France, ce serait quelqu'un qui ferait le ménage, ramasserait les poubelles, s'occuperait des enfants, ou, comme c'est de plus en plus le cas, réparerait les ordinateurs, soignerait les malades et dirigerait la banque, puis disparaîtrait dans un nuage de fumée, avant que sa présence, ses convictions, ses coutumes, sa façon de s'habiller, son "bruit et ses odeurs" n'agressent les sensibilités de la population.
La France n'est pas la seule à vouloir que ses musulmans soient invisibles.
Comme tous ceux qui ont voyagé en Europe ces dernières années vous le diront, la "question des musulmans" est un problème grave.
Les musulmans d'Europe ont, sans le vouloir, relancé un genre littéraire ancien – le pamphlet alarmiste, censé révéler des vérités "pénibles" mais "nécessaires" sur la disparition imminente de l'Europe maintenant qu'elle avait permis à des millions de musulmans de s'installer sur ses rivages.
Les titres sont tous plus alarmants les uns que les autres:
La rage et l'orgueil, d'Oriana Fallaci (2002);
Eurabia : l'Axe euro-arabe, de Bat Ye'Or (2005);
Londonistan, de Melanie Phillips (2006);
Menace in Europe: Why the Continent's Crisis Is America's Too (Menace en Europe: pourquoi la crise sur le continent européen est également celle de l'Amérique), de Claire Berlinski (2006);
Et "While Europe Slept: How Radical Islam Is Destroying the West From Within" ("pendant que l'Europe dormait: comment l'islam radical détruit l'occident de l'intérieur"), de Bruce Bawer (2006).
Les auteurs s'appuient en grande partie sur des articles de journaux à sensation, les arguments sont simples, ou, plus exactement, simplistes, et la méthode favorite de déduction, c'est l'extrapolation.
La dernière parution du genre est "Reflections on the Revolution in Europe: Immigration, Islam, and the West" (Réflexions sur la révolution en Europe: l'immigration, l'islam et l'occident) de Christopher Caldwell, rédacteur en chef du Weekly Standard, et qui publie également régulièrement des articles dans le Financial Times, le New York Times Magazine et bien d'autres.
Cependant, de même que Chirac et Sarkozy préfèrent prendre des gants pour dire ce que Le Pen dit franchement, Caldwell exprime dans une langue polie et enjolivée ce que Bawer et d'autres disent de façon agressive depuis des années. L'Europe est aujourd'hui envahie par les immigrés musulmans; ces immigrés ne montrent aucune envie de s'assimiler à la culture et aux coutumes européennes; et donc, l'Europe risque fort de devenir un avant-poste de l'empire islamique.
D'après Caldwell, les "élites politiques et commerciales" européennes ont invité les immigrés à venir travailler sur le continent européen afin qu'ils contribuent à reconstruire les infrastructures qui avaient été détruites au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Ces immigrés, pensaient-elles, combleraient les offres d'emplois dans le bâtiment et, les vagues suivantes prendraient les emplois dont les "autochtones européens" ne voulaient pas parce qu'ils étaient trop subalternes et trop mal payés. Les immigrés ont redynamisé des industries comme le secteur automobile dans les années 50, et, dans les années soixante, ils étaient là pour revitaliser celles, comme l'industrie du textile, qui périclitaient.
La désindustrialisation, alliée à la crise du pétrole de 1973, ont entrainé la fermeture des usines et des pertes de milliers d'emplois. A cette époque, les immigrés s'étaient déjà établis en Europe pour une durée indéterminée, ils s'étaient mariés ou étaient revenus avec leurs femmes et avaient fondé une famille.
"Au cours des décennies", écrit Caldwell, "les populations d'Europe occidentale avaient, selon les sondages d'opinion, toujours exprimé leur opposition farouche à une immigration massive. Mais, cela, ce n'est que le début de notre histoire, pas sa conclusion".
Cette histoire, telle que la raconte Caldwell, s'intéresse essentiellement aux musulmans d'Europe.
L'intrigue concerne la séparation physique d'un nombre croissant d'immigrés originaires du Maroc, d'Algérie, de Tunisie, de Turquie, du Pakistan, du Bangladesh et d'Inde installés dans des banlieues, les taux élevés de criminalité et d'incarcération; les coutumes misogynes, les affrontements antisémites et les conflits culturels avec le pays d'accueil des populations autochtones.
Le moment crucial de son histoire, c'est quand il parle des "demandes instantes" de la part de la minorité musulmane de concessions vis-à-vis de leur religion, leurs lois et leurs coutumes.
Les autres personnages de cette tragédie sont les élites européennes qui ont la haine d'elles mêmes, se sont entichées de l'idée d'une société multiculturelle et qui ferment les yeux sur tout ce qui est négatif parce qu'elles pensent qu'il leur faut expier les siècles de colonialisme.
Toutefois, affirme Caldwell, "l'immigration n'améliore ni ne valorise la culture européenne: elle la supplante".
Les musulmans d'Europe, s'alarme-t-il, ont un taux de natalité bien supérieur à celui des autochtones laïques.
En 2005, il y avait environ 5 millions de musulmans en France; 3 millions en Allemagne; 1,6 million en Grande Bretagne; 1 million en Espagne, et moins d'1 million aux Pays-Bas et en Italie. En tout, les musulmans représentent environ 5% de la population totale de l'Europe occidentale; mais c'est probablement 5% de trop, parce que, d'après Caldwell, "si on ne s'appuie plus sur le postulat que les Européens sont cupides et exploiteurs par nature, et que les Africains, les Asiatiques et d'autres qui désirent immigrer, sont leurs victimes, alors la différence fondamentale entre la colonisation et la migration économique cesse d'être évidente".
La comparaison entre les migrations économiques de ces 50 dernières années et la colonisation (dont l'exemple le plus mémorable du passé récent est le colonialisme européen en Afrique et en Asie) oublie des détails comme les invasions par des troupes armées; l'expropriation systématique des populations de leurs terres, l'exploitation des ressources naturelles pour le seul profit des colons; les génocides, comme cela s'est produit pour environ 10 millions de Congolais; les guerres d'indépendance qui ont coûté la vie à des millions de personnes; et l'installation de dictatures cruelles.
De façon incroyable, Caldwell persiste à dire que l'immigration d'individus, chacun agissant pour son propre compte, pour des raisons économiques ou politiques et non pas poussé par une politique supranationale collective ou par quelque mission religieuse, n'est rien de moins qu'une colonisation.
Pour revenir au récit de Caldwell, les musulmans d'Europe – et naturellement les élites qui leur facilitent la tâche – sont à l'origine d'une catastrophe nationale dans tous les grands pays européens: l'attentat du métro à Londres; les attentats à Madrid; les émeutes à Paris; l'assassinat de Theo van Gogh aux Pays-Bas et l'affaire des caricatures de Mahomet au Danemark. Il termine par une note pessimiste sur les chances de l'Europe de gagner cette lutte existentielle pour sa survie culturelle.
"L'Europe se retrouve en compétition avec l'islam pour s'assurer la loyauté de ses nouveaux arrivants", écrit-il. "Pour le moment, c'est l'islam qui gagne cette compétition, d'abord, évidemment, sur le terrain de la démographie et, de façon moins palpable, sur le terrain philosophique. En de telles circonstances, des termes comme "majorité" et "minorité" ne veulent pas dire grand chose. Quand une culture fragile, malléable, relativiste doit affronter une culture bien ancrée, sûre d'elle, et renforcée par une idéologie commune, c'est en général la première qui s'adapte à la seconde".
Le postulat ici c'est que la culture européenne était un concept rigide qui est resté inchangé jusqu'à ce que les immigrés arrivent.
Mais les cultures ne sont pas statiques: elles évoluent tout le temps. Evidemment que la culture européenne va se transformer à la suite des changements démographiques, mais ce changement n'a pas besoin (et certes, ne doit pas) devenir une guerre culturelle entre l'islam et l'occident. La conclusion de Caldwell est également contradictoire, arrivant au bout de 300 pages où il a prétendu le contraire, à savoir que les musulmans sont arriérés, qu'ils ne travaillent pas, que ce sont des délinquants, et jusqu'à récemment, qu'ils ne s'intéressaient pas à la politique. Et au moment où il termine son livre, ils s'avèrent, soudain, de façon inexplicable, suffisamment armés pour "conquérir" l'Europe.
"Reflections on the Revolution in Europe" est le genre de livre qui confortera l'opinion de tous ceux qui sont d'accord avec son auteur.
Si vous pensez que l'établissement de ce qu'on appelle aujourd'hui "Eurabia", n'est qu'une question de temps, vous y trouverez un tas de documentation dans les nombreuses statistiques et articles anecdotiques que Caldwell a sélectionnés dans la presse écrite.
Si, en revanche, vous préférez une analyse plus complexe et mieux raisonnée de ces questions, les simplifications, les contradictions et les erreurs que contiennent le livre ne vous convaincront pas.
Caldwell reprend à son compte le bobard largement démenti selon lequel les attentats du 11 septembre ont été célébrés dans tout le monde musulman: "c'était un jour de liesse dans la plupart du monde musulman, y compris dans certains quartiers musulmans en Europe".
il y a eu, au contraire, des manifestations de solidarité avec les familles des victimes dans presque toutes les grandes capitales des pays musulmans, de Rabat au Caire, en passant par Téhéran.
Ce qui est vrai, en revanche, c'est que, quand les US ont envahi l'Irak, après avoir prétendu qu'il détenait des armes de destruction massive et que Saddam Hussein avait contribué au complot pour les attentats du 11 sept., les bombardements ont été salués aux Etats-Unis par des gens qui scandaient: "U-S-A!".
Ce qui ne veut pas dire que les Américains étaient en majorité d'accord avec le massacre de centaines de milliers de civils. Simplifier les faits est pratique pour Caldwell, cependant, car cela contribue à accréditer la thèse selon laquelle l'islam serait engagé dans un conflit de civilisations inévitable et perpétuel avec l'occident.
Bien qu'une grande partie des immigrés en Europe ne soient pas musulmans, et bien que le continent européen ait dû affronter des crises sociales, économiques et politiques graves à diverses périodes au cours des cinquante dernières années, ce sont les musulmans qui sont accusés de la hausse de la criminalité, des violences contre les femmes, de la résurgence de l'antisémitisme et du terrorisme interne.
Ainsi, Caldwell, en examinant les taux d'incarcération en Europe, fait le constat qu'ils sont proportionnellement plus élevés pour les musulmans et attribue cela à leur religion et leur culture, dont ni l'une ni l'autre, selon lui, ne leur fournit les instruments nécessaires pour réussir en occident.
Ce qui manque dans cette évaluation inquiétante, c'est le fait que les musulmans sont plus susceptibles que les non-musulmans d'être poursuivis pour des délits mineurs.
En France, où les juges et les procureurs ont un pouvoir discrétionnaire plus important, les immigrés sont nettement plus susceptibles d'être placés en détention préventive.
Devah Pager, sociologue, qui enseigne à Princeton, a également constaté une importante corrélation entre les mesures de prévention de la criminalité dans les juridictions locales et l'hétérogénéité ethnique de ces juridictions. En clair, cela signifie que la criminalité n'est pas traitée de la même manière par la police pour tous.
Des chercheurs de l'université d' Utrecht aux Pays-Bas ont constaté le même phénomène. Ils ont publié récemment les conclusions d'une enquête qui montre que les Marocains sont incarcérés pour des crimes moins graves que d'autres commis par les citoyens hollandais.
Jamais la question de la criminalité dans les quartiers musulmans n'a été débattue aussi âprement qu'à l'automne 2005, où les banlieues parisiennes se sont enflammées et où les émeutes ont duré 3 semaines, amenant le président de l'époque, Jacques Chirac, à déclarer l'état d'urgence.
Les émeutes avaient été déclenchées par la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, qui pour échapper à un contrôle de police, s'étaient réfugiés dans un transformateur EDF, où ils sont morts électrocutés.
Au départ, Sarkozy, à l'époque ministre de l'intérieur de Chirac, avait prétendu que les deux garçons étaient soupçonnés de vol, mais il n'y avait aucune preuve tangible qu'ils avaient commis un délit – ils venaient de jouer au foot quand ils ont vu les policiers et ils ont fui pour éviter les tracasseries de l'interpellation par la police.
Dans les interviews qu'ils ont données après les émeutes, les habitants des quartiers ont souvent décrit la mort des deux garçons comme l'étincelle qui avait mis le feu aux poudres, mais disaient que ce qui alimentait leur colère c'était la discrimination, l'exclusion et le chômage.
Ces quartiers sont des ghettos et comme l'a écrit James Baldwin: "démolir quelque chose, c'est un besoin chronique du ghetto".
Même si Pascal Mailhos, directeur des RG avait affirmé catégoriquement que les convictions religieuses ne jouent aucun rôle dans les émeutes, plusieurs responsables politiques avaient accusé l'islam de façon persistante et exclusive.
C'est ce que fait Caldwell: "même si ces gens ne croyaient pas en l'islam, ils croyaient en l'islam collectif" ("Team Islam"). Ce qu'il veut dire ici, je suppose, c'est que les musulmans agissent collectivement même quand ils prétendent le contraire.
Caldwell sous-entend également que les musulmans sont bien plus susceptibles de faire subir des violences aux femmes.
Dans le chapitre "la virginité et la violence", il écrit: "il y a eu 45 crimes d'honneur en Allemagne seulement dans la première partie de la décennie".
Dans la mesure où il avance que les musulmans sont plus enclins à assassiner des femmes en s'appuyant sur l'idée que "certains violent la propriété sexuelle", il aurait été utile que Caldwell fasse le parallèle avec les chiffres concernant les Allemandes mortes à la suite de violences domestiques, ainsi que ceux de groupes de nouveaux immigrés complètement distincts , comme, par exemple, les Européens de l'est.
Sans de telles comparaisons, il est difficile de comprendre comment il peut en arriver à déduire que: "de tels actes font loi. Ils annexent une partie du territoire européen pour y instaurer des lois différentes concernant les femmes".
L'appellation "crime d'honneur" fait passer la violence contre les femmes et les jeunes filles pour un produit d'importation exotique, et occulte la réalité sordide et bien trop fréquente des violences faites aux femmes.
Caldwell ne mentionne pas que la violence domestique est considérée comme un crime en Europe depuis les actions des mouvements féministes en Europe dans les années 60 et 70 et qu'aujourd'hui, les féministes musulmanes d'Europe agissent pour qu'il n'y ait aucune tolérance vis-à-vis des crimes d'honneur, également.
De façon encourageante, une enquête Gallup montre que les musulmans à Paris, Berlin et Londres étaient contre les crimes d'honneur et les crimes passionnels pratiquement dans les mêmes proportions que les populations française, allemande et britannique.
Un des arguments fréquents de Caldwell est que les Européens devraient s'inquiéter de l'islamisation du continent européen parce que les femmes musulmanes sont beaucoup plus fécondes que les non-musulmanes.
Pour prouver ses dires, il s'appuie sur un document de travail du Vienna Institute of Demography.
Mais des études récentes montrent que les taux de fécondité des musulmanes en Europe baissent considérablement aujourd'hui. Par exemple, le taux de fertilité aux Pays-Bas des femmes d'origine marocaine est passé de 4,9 à 2,9 entre 1990 et 2005. Les femmes d'origine turque avaient en moyenne en 1990 3,2 enfants et 1,9 en 2005.
Des tendances similaires ont été observées en France et en Allemagne.
Martin Walker, universitaire au Woodrow Wilson Center, souligne: "en gros, le taux de natalité chez les immigrées tend à augmenter ou à baisser selon la norme locale en l'espace de deux générations".
En outre, le Financial Times pour qui Caldwell écrit des billets d'humeur, publiait récemment un article qui va à l'encontre de toutes les affirmations alarmistes sur le taux de natalité de la population musulmane, en concluant, "en résumé, l'islamisation – et a fortiori la charia – n'est pas une perspective envisageable grâce à une poussée démographique en Europe".
Le problème fondamental que pose "Reflections on the Revolution in Europe", c'est que Caldwell s'intéresse exclusivement aux problèmes que pose la communauté musulmane sans prendre de recul pour juger du statut général de la communauté musulmane en Europe.
Alors qu'il dénonce fréquemment l'oisiveté, l'isolement urbain et la criminalité chez les musulmans, il ne juge pas utile de parler de la discrimination qu'ils subissent à l'embauche, pour trouver un logement ou dans le système pénal, ni des succès qu'ils ont remportés dans des domaines comme les sciences, le sport, les beaux arts et le divertissement. Les Français ont un terme pour qualifier cette vague de jeunes musulmans qui ont réussi: ils l'appellent "la beurgeoisie".
Cette faille dans l'approche de Caldwell est, hélas, totalement délibérée. "Reflections", écrit-il dans son introduction, "est un livre sur l'Europe, l'immigration et la place qu'y tiennent l'Islam et les musulmans, ce n'est pas un livre sur les difficultés que rencontrent les musulmans et les minorités ethniques".
Il souligne qu'il utilisera le terme "autochtone" pour parler de ceux qui ont du sang européen et d'"immigrés" pour ceux dont l'origine est autre qu'européenne, même s'ils sont citoyens de pays européens depuis deux ou trois générations.
Mais en simplifiant la terminologie et en ne s'intéressant exclusivement qu'aux problèmes que posent les immigrés, et non pas à ceux qu'ils rencontrent, Caldwell fait toujours pencher la balance d'un seul côté: il ne présente pas une vue globale des relations entre les immigrés et les autochtones.
Dans les rares occasions (j'en ai compté deux) où il parle effectivement de discrimination, c'est pour la minimiser: "il y a, certes, une discrimination importante sur les marchés de l'immobilier et de l'emploi, mais elle est minime par rapport à celle que pourraient avoir subie certains aux US il y a quatre décennies".
Comme c'est facile d'ignorer la discrimination quand on n'en est pas la cible. Pourtant, les chiffres concernant la discrimination à l'embauche échappent à la minimisation: alors que 27% des jeunes d'origine nord-africaine qui ont un diplôme universitaire ne trouvent pas de travail en France, le taux global de chômage des diplômés n'est que de 5%.
En réalité, le manque de contexte reflète la façon dont les immigrés musulmans (même ceux de la deuxième et troisième générations, ou ceux qui ne sont musulmans que par le nom seulement) sont traités dans la presse écrite et audiovisuelle: leur religion est au centre de tout débat, comme si le seul élément qui détermine leur convictions politiques, leur relation avec les voisins, avec des personnes d'autres religions ou avec des membres du sexe opposé, c'était leur capacité à faire la différence entre les "nisabs" (revenu brut) et les khums ( taxe).
La théorie selon laquelle l'islam seul serait responsable de la prétendue incapacité des musulmans à s'intégrer en Europe est bien trop simpliste pour résister à l'épreuve de la réalité. En fait, c'est tout aussi simpliste que l'argument défendu par l'extrême droite musulmane, qui est que l'islam est le seul remède à tout ce qui affecte les musulmans.
Quand on observe les musulmans sur un autre continent (l'Amérique, par ex), le modèle dont Caldwell persiste à dire qu'on en retrouve la réplique sur tout le continent européen (la ghettoïsation, la criminalité, la violence envers les femmes, la résurgence de l'antisémitisme, le terrorisme interne et les exigences pour le logement) n'a pas cours.
En réalité, les niveaux de revenus et d'instruction des musulmans aux Etats-Unis reflètent ceux de l'ensemble de la population. Mais, à part deux paragraphes, qui arrivent dix pages avant la fin du livre, Caldwell évite ce parallèle, sans doute parce qu'il ne colle pas avec ce qu'il veut démontrer.
Caldwell, certes, fait le parallèle entre l'immigration des musulmans en Europe et l'immigration des latino-américains aux US, affirmant:
"Les particularités culturelles des immigrés latino-américains sont en général des versions archaïques de celle des US-américains. Les latinos ont moins d'argent, participent davantage à la population active, ont des structures familiales plus rigides, des taux de divorce moins élevés, vont davantage à l'église … ont des habitudes alimentaires plus mauvaises et s'engagent davantage dans l'armée que les citoyens US-américains.
Cela rend la culture latino parfaitement compréhensible à tout Américain patient qui a déjà parlé du passé avec ses parents.
Mais l'intelligibilité n'a pas empêché Glenn Beck d'affirmer que les immigrés "essaient de dominer notre culture", ou Lou Dobbs de laisser entendre que l"i'nvasion des immigrés clandestins'" est responsable d'une augmentation énorme (sans aucun fondement scientifique) de cas de lèpre aux Etats-Unis.
L'universitaire Anouar Majid cite de nombreuses similarités entre le traitement des immigrés latinos aux US et les immigrés musulmans en Europe dans son livre " We Are All Moors" ("Nous sommes tous Maures").
Comble d'ironie, Caldwell se comporte comme un nouveau converti: ayant trouvé un dogme qui lui convient, il ne cherche que ce qui va justifier ses convictions et ignore tout le reste.
Le jugement de Caldwell sur l'Europe, comme son jugement sur les musulmans en Europe, laisse, évidemment, peu de place à la nuance et à la complexité. Il décrit le continent comme un lieu homogène politiquement, racialement et culturellement, et décrit les autochtones comme des gens extrêmement tolérants, respectueux des droits de l'homme et essentiellement laïques.
Selon lui, les Européens pensaient naïvement que les travailleurs musulmans qui sont arrivés à la fin de la Seconde Guerre Mondiale retourneraient chez eux. Ils avaient accueilli favorablement les immigrés, mettant en sourdine leurs préoccupations de peur d'être traités de racistes. Caldwell fait apparaître tout le processus d'immigration comme une énorme supercherie que des musulmans sournois auraient commise à l'encontre des Européens innocents.
Les Européens de souche, écrit-il, n'ont plus osé, par crainte ou de peur de blesser, exprimer publiquement leur opposition à l'immigration".
Mais dans la réalité, les Européens, en particulier ceux d'extrême-droite, n'ont jamais éprouvé de scrupules à exprimer leur opposition à l'immigration. La haine de l'immigré est aussi ancienne que l'immigration elle-même, et l'Europe ne fait pas exception à la règle. Depuis ces dernières décennies, la politique de l'immigration revient constamment dans les programmes électoraux de plusieurs pays européens, dont la France, l'Italie et l'Espagne.
Pourtant l'Européen décrit dans "Reflections" a honte de son pays et est incapable de tenir tête aux immigrés.
Caldwell écrit, de façon plutôt grotesque, "chanter l'hymne national et brandir le drapeau, c'est devenu, dans certains pays, l'apanage des skinheads et des hooligans".
Ailleurs, affirme-t-il, les Européens de souche se sont tellement entichés de l'idée du multiculturalisme qu'ils "en savent plus sur la calligraphie arabe et le tissu en kente que sur Montaigne ou Goethe".
Evidemment, il s'agit là de dramatisation. Mais curieusement, Caldwell ne se pose pas la question de savoir comment les musulmans d'Europe, dont nombre d'entre eux ont des diplômes d'écoles européennes, que ce soit sur le continent européen ou ailleurs, ont bien pu étudier ces matières.
Tout en mettant sur le compte des immigrés toute une série de problèmes, Caldwell réserve une part de son mépris au "clinquant spirituel" de l'Europe – qui d'après lui, détient peut-être la plus grande part de responsabilité dans l'appauvrissement de sa culture.
La sécularisation croissante de l'Europe lui a fait perdre ses repères et l'a exposée peu à peu à la colonisation par des cultures "primitives".
"Dans sa quête de modernisation, sont apparus en Europe ", écrit-il, " les centres commerciaux, les piercings au nombril, le casino en ligne, un pourcentage de divorces de 50%, et un pourcentage élevé d'anomie et de détestation de soi. Qu'est ce qui nous rend si sûrs que cette européanisation est la voie que veulent suivre les immigrés?".
Mais, en réalité, les sondages montrent que l'attitude des musulmans d'Europe varient d'un pays à l'autre et affichent les mêmes différences locales qu'on trouve dans les diverses populations européennes.
Ainsi, les sondages Gallup montrent que les musulmans de Paris sont plus enclins que ceux de Berlin ou de Londres à penser que l'adultère est "acceptable moralement", une tendance qui reflète les pourcentages plus élevés de Français de souche qui trouvent l'adultère plus "acceptable" que leurs homologues britanniques ou allemands.
Pour Caldwell, il y a une l'"européanité" spécifique, qui, d'une part, risque de disparaître à cause de l'immigration musulmane massive, et d'autre part, est si particulière qu'elle ne peut se transmettre facilement aux nouvelles générations de musulmans d'Europe.
Il semble impliquer que cette qualité est innée: l'expansion de l'UE a soulevé l'espoir que les besoins en main d'œuvre de l'Europe occidentale pourraient être comblés par des gens qui pensaient plus ou moins comme des Européens (les femmes de ménage hongroises ou les machinistes bulgares, par ex.) plutôt que par ceux qui ne le faisaient pas (comme les femmes de ménage et des machinistes pakistanais ou algériens).
Caldwell affirme que l'immigration intra-européenne est bien plus fructueuse parce que les immigrés que se déplacent au sein de l'UE partagent les convictions religieuses et culturelles avec les autochtones.
Cette vision si optimiste occulte les faits historiques qui n'entrent pas dans ce moule.
Dans les premières décennies du siècle dernier, la France avait fait venir des milliers de Polonais pour travailler dans les mines et les usines. Beaucoup d'entre eux vivaient dans les ghettos en banlieue et bien que chrétiens, ils étaient considérés par les autochtones comme étant trop attachés à leurs traditions et trop dévots (ils avaient été surnommés "les calotins"). Certains intellectuels et responsables politiques français ont alors parlé d'"invasion". (des accusations similaires étaient formulées plus tard à l'encontre des Espagnols, des Italiens et des Belges).
Pendant la crise économique des années trente, le gouvernement français faisait monter les Polonais dans les trains manu militari pour les renvoyer chez eux. Et donc, le processus d'intégration des immigrés dans les sociétés européennes a toujours été historiquement lent même quand les immigrés "pensent" comme des Européens.
Cette approche obtuse conduit Caldwell à de graves erreurs de jugement. Il est de plus en plus inquiétant de constater que tant de leaders d'extrême-droite se voient réhabilités d'une façon ou d'une autre dans "Reflections".
Enoch Powell, élu du parti conservateur britannique – qui, tout le monde s'en souvient, avait prononcé un discours (en 1968, NDT), disant que si la Grande Bretagne ne cessait pas de faire entrer les étrangers non-blancs, il y aurait bientôt un "fleuve écumant de sang" – est décrit comme quelqu'un qui a "tort moralement" mais "raison dans les faits".
Ailleurs, Caldwell dénonce le portrait qu'ont fait les médias hollandais de Geert Wilders, le leader d'extrême-droite, qualifié de "plouc paranoïaque et sinistre", alors que "le ridicule est épargné" à ceux qui sont plus complaisants vis-à-vis de l'islam.
Geert Wilders avait comparé le coran à Mein Kampf et suggéré qu'il soit interdit. En septembre dernier, il proposait de prélever un impôt de 1000 € aux femmes musulmanes qui portent le foulard parce qu'elles "polluent le paysage".
Pim Fortuyn , le leader raciste notoire de l'extrême droite hollandaise, "n'était pas raciste," nous apprend Caldwell, "et sa sortie haute en couleur sur les hommes marocains avec qui il avait couché le plaçait au-dessus de tout soupçon de l'être".
Dans la même logique, faut-il passer sur le fait que Strom Thurmond soutenait les lois ségrégationnistes simplement parce qu'il avait une fille noire?
Caldwell déplore dans son livre: " Fortuyn aurait bien pu devenir premier ministre s'il n'avait pas été assassiné peu de temps avant les élections de 2002 par des défenseurs des droits des animaux, qui affirmaient agir pour protéger les musulmans hollandais".
Même si les musulmans n'avaient rien à voir avec l'assassinat de Fortuyn, cette formulation laisse entendre que, d'une certaine façon, c'était le cas.
Il n'est pas fortuit que plusieurs parmi ceux qui prédisent la chute de l'Europe se soient naguère distingués pour leurs opinions antisémites.
Nick Griffin, le dirigeant du British National Party, a un jour qualifié l'Holocauste de "mensonge extrêmement lucratif". Aujourd'hui, il demande que les musulmans ne soient pas autorisés à prendre l'avion ni pour venir en GB ni pour en partir et il réalise des pubs avec le slogan: "Enoch Powell avait raison".
Le Vlaams Belang, le parti flamand d'extrême droite, comptait également des négationnistes parmi les dirigeants du parti, même si actuellement, ils semblent se consacrer davantage à empêcher les femmes musulmanes qui portent un foulard de travailler pour les services municipaux.
Quant à Le Pen, le fondateur du Front National en France, il avait qualifié les chambres à gaz de "simple détail de l'histoire" et avait appelé un opposant politique, Michel Durafour, "Durafour crématoire". Aujourd'hui, il dit que ce n'est qu'une question de temps avant que le maire de Marseille, M. Gaudin, ne devienne M."Ben Gaudin".
Il est apparu récemment que le Vlaams Belang et d'autres groupes d'extrême-droite avaient créé une coalition appelée "les villes contre l'islamisation".
L'Europe a déjà suivi cette voie et elle n'en est pas sortie grandie pour autant.
Les sociétés européennes connaissent actuellement des évolutions démographiques qui ont des conséquences économiques, sociales et éducatives.
Jusqu'à présent le débat sur ces évolutions ne s'est cantonné qu'à l'islam en Europe. Pourtant, parmi tous ces intellos et ces experts, personne ne semble avoir remarqué que les voix des musulmans d'Europe se font rarement entendre. On débat sur eux, pas avec eux. Et, en effet, les articles de presse US concernant Reflections on the Revolution in Europe ont été en majorité rédigés par des non-européens, et encore moins par des musulmans.
Pas étonnant alors, que l'argument qui veut que les musulmans soient en train de conquérir l'Europe "rue après rue" pour en faire un avant-poste de l'islam ait été pris au premier degré. Mais cet argument ne constitue en rien une critique sérieuse car il se fonde sur des preuves empiriques. C'est du racisme tout simplement.
Quand on entend parler des musulmans d'Europe, c'est souvent sur la question de la religion, et en général à chaud, après une catastrophe provoquée par un de leurs coreligionnaires.
Les dirigeants politiques, désireux de montrer qu'ils dialoguent avec les "immigrés" (dont la grande majorité d'entre eux sont des citoyens de la deuxième ou troisième génération), citent le coran ou invitent quelque imam à prendre le thé au palais présidentiel. La discussion tourne au débat sur la religion, sur qui a la bonne interprétation de quel verset, au lieu de s'intéresser aux questions plus importantes sur l'intégration des musulmans en Europe – des questions comme l'emploi, l'accès au logement, l'éducation et les droits des citoyens.
Le débat actuel met bien trop l'accent sur l'islam en tant que système de valeurs et sur le coran en tant que texte à prendre à la lettre, au lieu de parler de l'islam tel qu'il est vécu et le coran en tant que texte ancien.
Un Marocain peut être très pieux et cependant travailler comme sommelier dans un restaurant à Paris. Une adolescente turque peut ne pas être particulièrement dévote mais faire quand même le ramadan parce que c'est le seul moment de l'année où elle retrouve les membres de sa communauté. Un Algérien d'un certain âge peut très bien être l'imam de la mosquée locale et être parallèlement à découvert à la banque. L'islam ce n'est pas seulement ses textes; ce sont des millions de gens dont chacun a trouvé une façon personnelle d'adapter sa foi à la vie moderne.
Nos convictions religieuses ne constituent pas l'ensemble de notre vie. En débattre comme si c'était le cas remet nos vies mêmes en question.
La question de l'immigration n'est pas exclusive à l'Europe. Dans cette société de plus en plus mondialisée, les immigrés se déplacent dans toutes les directions, couvrant de longues distances et bien plus rapidement qu'avant.
Ce que les Européens – ce que nous tous – devons admettre, c'est l'inévitabilité de vivre ensemble. (…).
Laila Lalami, originaire du Maroc, enseigne aujourd'hui à l'Université de Californie.
Voir son parcours ici.
Et son site
Autre article de Lalami traduit sur ce blog: Enquête sur l’hystérie déclenchée par le voile islamique en France
Note perso
Ce texte n'apprendra sans doute pas grand-chose sur le fond à ceux qui mènent une réflexion dépassionnée sur la question, et ne convaincra, hélas, probablement pas un seul des racistes anti-musulmans, immergés dans leur paranoïa anti-arabe.
Il est intéressant, cependant, car il montre que cette idéologie n'est pas un épiphénomène franco-français dû, comme certains le laissent entendre, à l'importance relative de la communauté issue de l'immigration nord-africaine, mais qu'elle se retrouve dans toute l'Europe avec exactement les mêmes arguments.
De même, on constate que cette idéologie – le racisme envers les musulmans - qui était, comme l'antisémitisme naguère, cantonné jusque là aux mouvements d'extrême droite qui en faisaient leurs choux gras - gangrène largement actuellement les partis de droite "traditionnelle", les "dérapages" de plusieurs ministres, de responsables politiques ou de colonisateurs des médias en étant la preuve.
La droite et l'extrême droite xénophobes tiennent aujourd'hui le haut du pavé, cherchant à tout prix à assujettir les populations musulmanes en leur infligeant des brimades et des revers, à travers des lois qui leur sont spécialement destinées (burqa, foulard à l'école - et même les minarets suisses!) ou en mettant constamment sur la sellette les immigrés et Français d'origine étrangère (d'Afrique, s'entend): débat sur l'identité nationale, mouton dans les baignoires et autres grosses ficelles destinées à s'attirer les bonnes grâces des "gros rouge qui tache", comme l'a dit élégamment cet ignoble personnage qui squatte l'Elysée.
Et puis, tgb, dans rue affre (très bonne adresse) nous parle des dérapages de ce maire UMP. Ils se lâchent tous derrière le grand (hum! ... Quoi? j'ai rien dit!) chef!
Ces gens-là jouent avec le feu et entraînent les populations européennes à leur perte par simple souci de conserver le pouvoir et ses ors.
Mais où donc est passée la gauche et ses "valeurs", dans toute cette histoire? Encore avec la calculette?
Ca ne va pas être nécessaire: parti comme c'est parti, elle va être ensevelie sous un mouvement populiste de grande ampleur.
Qu'elle prépare les mouchoirs, le crocodile pleure d'abondance.
NB: Les commentaires sont modérés. Que les islamophobes patentés à l'affût de tout billet concernant l'islam pour déverser leurs thèses racistes et défiant toute logique, passent leur chemin: ils (et elle) ne seront pas publié(e)s. De toute façon, tous leurs arguments sont déjà cités dans le texte. Ils ne seront pas frustrés, au moins.

Commentaires
Au dela du texte que vous commentez qui est detestable, mais pourquoi diable toujours mélanger des nationalités et une religion?
Avoir une posture anti-cléricale n'est pas être raciste anti-" européén de souche".
De même, avoir une posture de défiance vis à vis de l'Islam n'est pas être raciste!
Vous citez les cas suivants:
"
Un Marocain peut être très pieux et cependant travailler comme sommelier dans un restaurant à Paris. Une adolescente turque peut ne pas être particulièrement dévote mais faire quand même le ramadan parce que c'est le seul moment de l'année où elle retrouve les membres de sa communauté. Un Algérien d'un certain âge peut très bien être l'imam de la mosquée locale et être parallèlement à découvert à la banque. L'islam ce n'est pas seulement ses textes; ce sont des millions de gens dont chacun a trouvé une façon personnelle d'adapter sa foi à la vie moderne."
Il y a, j'en connais (notamment dans les milieux homo, mais pas seulement) , des français qui sont d'origine algérienne ou marocaine (2 ème génération) qui font plus que de se contrefoutre de l'Islam, ils le combattent.
Ou est le problème? A (trop?) regarder les ombres derrière vos silences, on y voit des réflexes de pensées inquiétants, que j'ai déjà lus, et surtout entendus, "les homos ca n'existe pas chez nous"...
J'espère me tromper.
Pour suivre l'actualité politique américaine et ses diverses divagations sur l'état/l'avenir de l'Europe, Il me semble que cette "menace" d'islamisation/invasion de l'Europe, surtout dans sa composante démographique, essentiellement fantasmée comme souvent quand des "journalistes" ou des "écrivains" américains s'aventurent hors de leurs frontières, se concentre à 99% aux USA (et la loggorhée littéraire en constitue une indication).
A l'image de cet article désormais célèbre (http://www.independent.co.uk/news/w...), le mélange détonnant démagogie - révolutionnaire de salon produit parfois des résultats aux frontières de l'absurde. Au final une bouffonerie aux relents de conversations de bistrot, dont les échos en Europe sont assez ténus. En tant que lecteur européen, on se pince en découvrant ce genre de prose, et on s'agace aussi de l'inculture de la plupart des auteurs.
Loin de moi l'idée de vouloir minimiser le racisme plus gras,dans le genre obersturmfuhrer Hortefeux, mais je ne crois pas que les deux phénomènes soient liés.
Bonjour, Loran,
Tout d'abord, vous vous adressez à moi, mais c'est une traduction, c'est donc Laila Lalami qui a écrit l'article et fait les recherches nécessaires.
Si j'ai traduit ce texte, c'est qu'il s'agit du point de vue d'une musulmane, marocaine d'origine, mais qui connaît bien la France et la Grande Bretagne et qui vit aux US, donc quelqu'un qui a des références que nous n'avons pas dans notre microcosme français, "laïque", athée, musulman ou de confession autre.
Vous dites "pourquoi ne pas parler de "nationalité": vous savez bien que ceux qui sont sous les feux de la rampe, sont les "musulmans" - ce qui ne s'apparenterait pas à du racisme, et donc tomberait sous le coup de la loi, mais à une allergie à tout ce qui est religieux, les "islamophobes" mettant en avant la "laïcité" pour justifier leurs propos.
D'autre part, l'islam ne correspond pas à une nationalité spécifique, ni même à une communauté distincte (les "Arabes", par ex).
Vous dites également "avoir une posture de défiance vis à vis de l'Islam n'est pas être raciste!" Peut-être bien, mais ce n'est pas ce qui transparait dans les discours en général. Si vous l'entendez.
Par ailleurs, dire "j'en connais qui" n'a aucune valeur sur une étude globale. Moi aussi, j'en connais qui. Et alors? cela relève de l'anecdote ou du fait divers - dont parle d'ailleurs Laila Lalami.
Quant à me soupçonner de vouloir faire un procès aux homos, c'est un procès d'intention et c'est bien mal me connaître.
Quant à l'attitude de l'islam vis-à-vis des homos, elle n'est pas pire que celle des autres religions, mais également des sociétés entières. Vous parlez comme si les homosexuels étaient parfaitement acceptés dans notre société "laïque et ouverte" ou par les cathos, pour ne citer qu'eux.
C'est là, encore, prétendre, comme l'explique Lalami, que notre société est bien plus avancée et tolérante.
Ce qui n'est pas le cas. je dirais même qu'il y a actuellement une régression générale très inquiétante.
C'est cela qui devrait vous interpeler, pas mes soi-disant "silences".
Après 15 ans passés à l'étranger, j'ai trouvé une France très différente de celle que j'avais quittée. Les inégalités ont éxplosées, l'esclavagisation des salariés devient la norme dans les grands trusts, la collusion entre l'oligarchie au pouvoir et le monde économique et financier est patente, l'exclusion et la précarité des minorités sans défenses (chômeurs, immigrés, jeunes ) s'assortit d'une répression implacable et institutionnalisée, et enfin l'islamophobie est devenue normale.
Les pouvoirs publics, surtout quand ils "roulent" si cyniquement pour les plus riches, ont besoin d'un bouc émissaire pour détourner d'eux l'agressivité du peuple qu'ils oppriment et exploitent, et les "Arabes" ont remplacé les "Juifs" dans ce rôle depuis la dernière guerre mondiale. La peur de manquer de pétrole ou de le payer cher, et la peur du terrorisme ont été instrumentalisées par les gouvernements occidentaux pour diaboliser l'Islam. Comme le dit la sagesse populaire:" Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage".
Le mal fait ajourd'hui ou hier par la colonisation et la guerre occidentales dans les pays mulsulmans, que ce soit en Algérie, en Palestine, en Iraq, en Afganistan, au Liban etc... est nié ou occulté par nos élites, comme si le musulman ne méritait pas de vivre libre et égal à nous;
Bref tout cela est bien triste et assez désespérante car on ne voit pas de contre pouvoir qui se lève,
J'ai honte de la France que je vais laisser à mes enfants. Je milite de toutes mes forces contre le pouvoir en place mais la plupart des gens sont si malheureux et désespérés qu'ils n'ont même plus la force de se battre...
Ma contribution au débat :
http://bougnoulosophe.blogspot.com/...
Salut Emcee
Très bien ce texte de Laila Lalami. Bonne rétrospective qui conforte (si besoin était) dans l'idée que nous sommes gouvernés par des crétins malfaisants.
C'est l'histoire de l'apprenti sorcier!
Et le coup des minarets...atterrant!
Mais qu'est-ce qu'il faut être bas du front, mauvais comme la gale pour faire des trucs pareils!
Et la vilaine blogo, droite ouverte et crypto droite (très répandue on the web) qui se donne des airs laïcs, féministes, démocrates, pour mieux enfoncer dans la boue une partie de la population dont le seul tort est d'avoir une couleur de peau et une religion différentes, de ne pas appartenir à cette espèce de bourgeoisie blanche pétrie de principes égoïstes, mercantiles, mortifères.
L'argent et le profit au cœur de tout, que de souffrances a engendré cette vieille rengaine protestante!
Ce qui nous ramène aux religions, objets de tous les débats, incontournables...quelle plaie!
Merci pour cette traduction et baci
Hé Loran, c'est ta prose à la noix qui ressemble à des réflexes pavloviens, tu es une vraie caricatures sur pattes, on peut dire qu'avec toi le " formatage " a parfaitement réussi !
Nettoie devant ta porte, il y a à faire, mon perroquet...
Bonjour.
Mais pourquoi ne peut on pas parler de nationalité ? Par exemple, un algérien peut être ou non musulman et ça changera peut être quelque chose à son quotidien, de même un libyen, un soudanais, un tunisien ou un égyptien, qui s'ils sont musulman, en plus si j'ose dire, auront leurs propre culture de l'islam, dans la mesure où cette religion ne se sera pas forcément développée de la même manière dans ces pays, et s'ils ne sont pas musulmans "pratiquant", ce sont des gens de culture différentes. Cela dit, le mélange du discours sur l'immigration et du discours sur l'islam est factice.
Je peux critiquer l'usage de l'islam qu'a fait (ou que) fait l'Indonésie pour coloniser par exemple Bornéo ou les Célébes (surabaya), dans la mesure ou la construction de mosquée financée par des wahabites et les conversions forcées ont et continuent de détruire des cultures locales mais ça n'a rien à voir avec l'histoire d'immigrés afghans ou kurdes. De même, je peux être critique vis à vis de l'islam comme des deux autres religions monothéistes, mais encore une fois, je ne vois pas le rapport avec l'histoire de l'immigration chinoise en France ou en Europe. Je suis complétement hors sujet là ou pas ?
Bonjour
@ David: Oui, ce sont les Américains qui ont largement contribué à nous faire gober le "choc des civilisations" pour poursuivre leur expansion à la conquête du pétrole et d'autres ressources naturelles, mais dans les auteurs que Lalami cite, tous ne sont pas américains (et je suppose qu'il y en a bien d'autres encore): Bat Ye'Or est une historienne britannique d'origine juive égyptienne; Claire Berlinski est journaliste US;
Bruce Bawer est américain mais vit en Europe;
Melanie Phillips journaliste brit et enfin, Fallacci était italienne.
@ Domi: en effet, j'imagine le choc après 15 ans d'absence! Déjà ici, nous sommes nombreux-ses à voir ce que le pays est devenu en y étant restés! C'est effrayant.
En revanche, je ne pense pas que les Juifs aient quitté la scène, hélas, mais ils sont aussi instrumentalisés, de façon plus sournoise. Mais c'est un autre débat ...
@ céleste: tout à fait d'accord.
Puisque tu parles des minarets, c'est pour moi, de la même veine que le fameux débat initié par ces traitres aux valeurs qui faisaient l'identité française jusque là ((laïcité, CNR, Droits des citoyens, etc.) et qu'ils démolissent avec acharnement: c'est une basse manœuvre évidente de la (extrême) droite pour dire: vous voyez, les Suisses n'en veulent pas de vos minarets! D'ailleurs, ils ne veulent pas de vous non plus...
Je ne sais comment la question a été amenée, mais si on m'avait posé la question, j'aurais dit: certes, mais quelle sorte de, où ça, etc.Mais cela aurait été la même chose pour toute autre bâtisse. En tous cas j'aurais été embarrassée pour répondre.
Parce que la question posée était volontairement politique et pas architecturale. Et donc, il fallait répondre à une question, sachant qu'en fait, on en répondait à une autre, qui appelait à se prononcer sur une partie de la population et non pas sur l'érection ou non de monuments.
Alors, ce que je veux dire, c'est que les Suisses n'ont peut être pas tous agi par racisme pur mais simplement parce qu'ils ne savaient pas à quoi ils s'engageaient en disant oui au minarets (d'ailleurs, on oublie de le dire, mais beaucoup se sont abstenus).
C'est la question qui est sournoise et biaisée. Et les réponses ne reflètent rien, à vrai dire.
Pour sortir de l'islam, si, en France, on demande aux Français s'ils veulent plus de prisons (ou d'HP ou autres centres pour "délinquants" ou marginaux), ils vont dire oui, oui! mais si on leur demande s'ils sont d'accord pour qu'on en construise une près de chez eux, ils sont très majoritairement contre. C'est le "not in my backyard" anglo-saxon (pas dans mon arrière-cour; pas près de chez moi, donc). Selon la question posée, on n'obtiendra pas du tout le même résultat, mais on pourra faire dire à la population ce qu'on veut qu'ils disent.
De plus, nous avons beau jeu de montrer les Suisses du doigt et je me demande dans quelle mesure la même question n'aurait pas provoqué en France un raz de marée pour s'y opposer, étant donné l'atmosphère haineuse qu'ils se complaisent à installer.
J'ai trouvé ce coup de gueule d'O. Pagés très salutaire:
http://www.betapolitique.fr/Les-jol...
@ Bozo: tss tss...
@ Colletin: oui, on aurait pu aussi parler des catholiques en Papouasie ou des bouddhistes en Amérique Centrale ou de je ne sais qui encore.
Alors, en effet, vous êtes complètement hors sujet. Le thème, si vous avez pris le temps de lire, c'est les "musulmans" d'Europe - qui est déjà un vaste sujet - et non pas l'islam dans le monde.
Pourquoi alors vouloir à tout prix parler d'autre chose?
Pour démontrer une fois de plus que l'islam, c'est pire? Dans ce cas, vous pouvez aller vous épancher sur le forum de l'identité nationale, vous y serez accueilli les bras ouverts, à moins qu'ils ne trouvent votre discours trop mou. Qui sait?
@ nobo: il n'y aura aucun dialogue possible tant que vous vous obstinerez à ne poster qu'un lien vers votre blog.
Bonjour,
merci pour votre réponse emcee.
"Vous dites "pourquoi ne pas parler de "nationalité": vous savez bien que ceux qui sont sous les feux de la rampe, sont les "musulmans" - ce qui ne s'apparenterait pas à du racisme, et donc tomberait sous le coup de la loi, mais à une allergie à tout ce qui est religieux, les "islamophobes" mettant en avant la "laïcité" pour justifier leurs propos."
Etre islamophobe n'est pas être raciste.
Ce sont les islamistes eux-même qui entretiennent, volontairement, cette confusion.
Il y a en France environ 40 000 convertis à l'Islam. Ce n'est pas anecdotique. Ce sont souvent les plus radicaux. Les idées de ceux ci aussi (et en priorité car ce sont les plus extrémistes!) doivent être combattues.
Je fais preuve de racisme en disant cela?
J'ajoute, que, pour prendre un exemple très concret, les créneaux de piscine non-mixtes obtenus par la communauté juive, sont un signe tout aussi détestable.
Et oui, la France est un pays Laic (comme la Turquie), et oui la France doit le rester!!
Et je constate d'ailleurs que de nombreuses attaques à la laicité sont le fait du gouvernement ces temps ci (réforme de l'école au bénéfice des écoles catholiques).
Cette confusion islamophobie / racisme est détestable. Et elle est entretenue par les racistes et par les islamistes.
@Bozo vous conviendrez que l'échange ne va pas être simple... A moins de parler de l'AOC noix de Grenoble? C'est votre sujet?
Cordialement,
@ Loran
être "islamophobe", pour moi, c'est faire semblant de ne pas être raciste. Point.
D'abord, je le répète et c'est ce que dit également Lalami, l'islam n'est pas une entité monolithique, mais une religion comme une autre. Qui évolue selon le pays où elle se trouve. Et, comme toute religion, si on lui laisse le pouvoir, elle en abuse.
je suis complètement athée et je dis que les religions sont toutes les mêmes: un opium du peuple et un moyen de l'asservir sur terre en lui promettant le paradis une fois mort. C'est dire si c'est retors.
Que ce soit l'islam ou les autres, leur but est le même: imposer des diktats au peuple et se glisser dans les plus hautes sphères pour prêter main forte au capital et empêcher la plèbe de prendre le pouvoir.
Le seul moyen de lutter contre, c'est de s'appuyer véritablement sur la laïcité, où les religions, si elles sont acceptées, ne doivent pas empiéter sur la sphère politique - a fortiori dicter ses lois. Et ce n'est certainement pas en créant des inégalités flagrantes qu'on va apaiser les tentatives d'intrusion des religieux.
Dans la mesure où on lâche la bride aux uns, il est évident qu'on va voir les autres rappliquer pour essayer d'en tirer les mêmes avantages.
Il ne s'agit pas d'"avoir peur de l'islam", ce qui est ridicule, mais de le cantonner à la sphère non politique.
Ah bon, il y a 40000 convertis? Et alors? cela représente quoi sur le territoire? La question à se poser, c'est pourquoi donc se sont-ils convertis? Pourquoi ont-ils besoin de se trouver une religion, ne serait-ce point qu'ils n'ont pas de repères par ailleurs?
Quand on voit que les mensonges et la corruption sont devenus la règle au niveau des dirigeants politiques et syndicaux, on ne peut que comprendre que certains cherchent d'autres raisons de vivre et d'espérer.
Alors, qui va aller s'installer comme berger dans quelque coin retiré, pendant que d'autres vont se réfugier dans la religion. Pourquoi blâmer les victimes?
D'autre part, en effet, les atteintes graves à la laïcité sont nombreuses actuellement de la part de ce gouvernement, mais personne ne s'en insurge vraiment. Tout le monde est bien trop occupé à s'indigner de quelques faits divers bien orchestrés et médiatisés relatifs aux "musulmans".
Quant aux piscines réservées aux femmes "juives" (càd, aussi "musulmanes"), ça aussi, c'est un phénomène marginal.
Les piscines municipales accordent toutes des créneaux horaires à des associations ou aux scolaires et personne ne s'offusque de ne pas pouvoir y accéder à ces moments-là.
Au lieu de faire tout un foin pour cela, pourquoi donc, ne pas accorder un créneau non mixte?
Après tout, d'autres pourraient sans doute en bénéficier (comme au hammam).
Les douches, dans notre pays "libéral" et "décomplexé" ne sont pas communes aux deux sexes, que je sache.
Alors, pourquoi pas les heures de piscine?
Merci à emc2 pour la traduction de cet article de Laila LALAMI.
Les médias dominants passent sous silence le racisme politique et sociale illustré par les résultats du référendum en Suisse.
Les médias dominants nous enferment dans un faux débat sur "la liberté de religion" et sur l'islam.
Les médias dominants esquivent le débat sur le racisme post-colonial qui gangrène la société "occidentale".
Massa'l kheir ya Emcee, vite fait en passant : merci pour la traduction de l'article mais il est manifestement à destination d'un public US encore ignorant de la réalité de l'islam au quotidien dans un pays occidental.
Sur l'islamophobie : c'est un racisme. C'est même le symétrique exact de l'antisémitisme d'il y a 80 ans. Même enfermement/réduction de l'Autre dans un archétype unique, invariant et atemporel, même racialisation de la religion pour définir "le" musulman comme il y eut "le" juif. Mêmes procédés, mêmes manipulations, mêmes haines.
A voir, même si c'est long (1h40) mais à voir jusqu'au bout quand même : l'audition de Tariq Ramadan devant la commission anti-burqa.
http://www.tariqramadan.com/spip.ph...
Edifiant, je te laisse découvrir (et n'oublie pas de respirer quand tu entendras Glavany parler)
En préambule à la prière de ce vendredi 4 décembre à Evry et en présence du président du Conseil français du culte musulman (CFCM), le responsable de la mosquée, M. Merroun s'est adressé à ses fidèles à propos du référendum suisse dans ces termes :
« Le rejet de l'islam existe, mais je n'ai pas de crainte pour l'islam ; il avance doucement ». ( !...)
Si ça ce n’est pas une volonté officielle d’évangélisation, c’est sans doute que nous autres les athées sommes de dangereux paranoïaques …
merci, Serge,
en effet, c'est de la propagande de bas étage. Là, j'ai lu que sur le forum sur l'id nat étaient déversés des torrents de boue raciste. Quand c'est le pouvoir qui incite aux plus bas instincts, c'est qu'on a touché le fond.
salut Pescade,
merci pour le lien, je vais aller voir, cela m'intéresse. J'ai vu la vidéo où sa "biographe officielle" déposait devant la commission, mais ensuite, je n'ai plus retrouvé le doc.
Et tout à fait d'accord, évidemment, pour le parallèle sur les mécanismes qui ont amené toute une population à stigmatiser "le Juif".
Mais tout se passe comme si "cela n'avait rien à voir".
Les Français seraient-ils aussi stupides pour ne pas se rendre compte de cela? On se le demande.
Quant à dire qu'elle écrit pour un public américain, bin oui,mais pas que cela, je pense, et j'aimerais bien savoir le fond de ta pensée en disant cela. Si tu as le temps, évidemment ...
@ Tarik, l'imam est dans son rôle. Si on relève ce que disent les religieux, de quelque religion que ce soit, et si on prend tout à la lettre: on n'a pas fini de se scandaliser!
A moins qu'on pense que les musulmans sont les seuls fidèles à tout prendre à la lettre et à ne pas adapter les principes religieux à leur vie quotidienne.
Quant à évangéliser, les prêtres et autres font tous cela: c'est leur gagne-pain. Il faut sortir le dimanche.
@ Emcee : je n'avais pas lu ta note perso, ce que je voulais dire sur le "public US" correspond exactement à ce que tu exprimais : “Ce texte n'apprendra sans doute pas grand-chose sur le fond à ceux qui mènent une réflexion dépassionnée sur la question.”
Le "fond de ma pensée" c'est que Laila Lalami entreprend de déconstruire – à destination du public américain – nombre de clichés sur les musulmans et sur les rapports entre la population musulmane et non-musulmane en Europe. Ici, en France et en Europe, nous sommes un tantinet au-delà de cette première déconstruction et il convient d'aller plus loin.
En revanche, à la fin de ta note tu soulignes à juste titre la gangrène de la droite par l'islamophobie. Or, si ce n'est pas très étonnant en soi (la droite a toujours défendu la "terre qui ne ment pas" face à l'altérité), le vrai chantier intellectuel et politique se trouve dans la gauche. Tu demandes où est passé la gauche, mais elle bien là, contribuant à cette islamophobie (cf. exclusion scolaire des collégiennes et lycéennes trop visiblement musulmanes).
La gauche française est très majoritairement gagnée par l'islamophobie galopante (justifiée sous le prétexte fallacieux de "critique de la religion"). Que ce soit du PS à Lutte Ouvrière, via les Mélenchon et la majorité de l'ex-LCR (le NPA a l'air un peu moins dogmatique sur la question, et les Verts très partagés), les discours racialistes sur les musulmans abondent sans vergogne. Il serait trop long de développer ici les origines, les évolutions et la réactualisation de ce racisme à peine voilé, mais indubitablement la propagande coloniale républicaine et le message civilisateur "laïc" ont laissé des traces durables dans l'imaginaire politique de la gauche française.
Le discours de Glavany à l'égard de Ramadan dans le lien que j'ai cité, résume tout le mépris et la haine d'une large fraction de la gauche qui, sous prétexte de laïcité ou d'athéisme, n'en a jamais produit autant à l'égard de la religion dominante, en l'occurrence le christianisme. Mais derrière ce racisme "traditionnel" on relève aussi l'expression d'un racisme social profond à l'encontre de classes populaires ghettoïsées et discriminées depuis… … … toujours ?
Ce que cette gauche refuse d'admettre c'est qu'elle a abondamment participé à la relégation de toute la population française issue des anciennes colonies et qu'elle en paie aujourd'hui le prix (en terme de désaffection d'une fraction importante de la classe ouvrière française à l'égard des formations politiques traditionnelles de la gauche).
Et quand cette gauche joue de l'islamophobie c'est bien parce qu'elle se trouve dans l'incapacité (ou le refus) d'aborder le registre de la question sociale en général et d'en interpréter, en particulier, les effets discriminants liés à un racisme structurel et polymorphe (logement, éducation, emploi, loisirs…).
Sous prétexte de "ne pas diviser les travailleurs", la gauche française a refusé d'aborder de front le fait que "les travailleurs" ne luttent pas à armes égales face à l'exploitation et qu'ils sont – de facto – divisés entre ceux qui avant d'obtenir un emploi (un logement, un école non-dépotoir) doivent combattre toute la discrimination raciale et ceux qui n'y sont pas soumis.
Lorsque le Mouvement pour l'égalité des droits a émergé en 83 et 84 ("marches des beurs"), la gauche française n'a rien eu de plus pressé que de déconsidérer l'auto-organisation des discriminés pour lui substituer une structure paternaliste (SOS-Racisme) directment sous controle de la gauche institutionnelle. On est ainsi passé de l'affirmation d'un discours sans équivoque (Pour l'Egalite des Droits) à un antiracisme compassionnel et infantilisant (Touche pas à mon pote). Le PS a tenté de rééditer l'opération avec les NPNS en 2003, mais cela a fait un flop absolu.
On peut aussi mettre cette lutte en rapport avec celle du féminisme, où il a fallu des décennies avant que la gauche socialiste et communiste considère que les mouvements de femmes avaient une légitimité prioritaire pour s'organiser et mener la lutte pour l'émancipation, et qu'il n'y avait pas à attendre l'avènement de la révolution pour que ces questions soient au cœur du combat politique (et non relégués aux lendemains qui chantent).
Salut, Pescade,
merci pour tes explications complètes. Je suis évidemment d'accord avec toi; le texte de LL étant très long, je n'ai pas épilogué et j'aime autant que cela soit fait en dehors du texte de référence.
Certes, LL s'adresse à un public US, mais je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce que tu dis" Ici, en France et en Europe, nous sommes un tantinet au-delà de cette première déconstruction et il convient d'aller plus loin".
Qu'avons-nous déconstruit?
Quant on voit les discours sur la burqa, sur l'id nationale et sur les minarets, on se dit que ça n'a pas avancé d'un iota et que cela va être pire.
Je viens d'écouter le lien sur la commission que tu m'as donné jusqu'à ce que dit Glavany, c'est en effet, épouvantable!
Comment peut-il se permettre d'être aussi stupidement méprisant?
J'écouterai la suite quand j'aurai retrouvé un second souffle.
De même, il n'est pas inutile de démontrer (comme je l'ai dit plus haut) que cette posture anti-immigrés se retrouve dans toute l'Europe avec les mêmes discours.
Je suis entièrement d'accord avec toi sur la gauche: il n'y a pas grand chose à tirer de ce côté-là non plus. Et, c'est bien plus grave. Au moins, certaines voix à droite commencent-elles à s'élever contre ce débat sulfureux.
Sur rue affre, on parle de minarets: http://rue-affre.20minutes-blogs.fr...
Bientôt, on préfèrera se taire, plutôt que d'entendre les sempiternelles inepties. A moins que notre discours ne finisse par tomber sous le coup de la loi.
Je commence à être complètement découragée: nous avons affaire à trop forte partie. Et il faudra des dizaines d'années pour anéantir le monstre qu'ils ont créé.
Bonjour a tous,
cette discussion est très intéressante (au moins pour moi :o) ).
@emcee
1)
"être "islamophobe", pour moi, c'est faire semblant de ne pas être raciste. Point."
Ah... Je repose ma question, être anti-clérical c'est quoi alors?
"Et ce n'est certainement pas en créant des inégalités flagrantes qu'on va apaiser les tentatives d'intrusion des religieux."
Si vous parlez des minarets suisses, je trouve en effet que cette controverse est non fondée, et je n'ai pas bien compris pourquoi les suisses se sont braqués sur ca. Pour le reste je ne comprends pas trop.
2) Concernant les piscines: c'est au quotidien le premier signe d'une volonté délibérée de vouloir empiéter sur la vie publique. Et non! je ne parle pas des musulmans. Je parle d'un exemple très concret (à Strasbourg pour être clair) qui a été poussé par la frange la plus radicale des juifs.
@Pescade
"Et quand cette gauche joue de l'islamophobie c'est bien parce qu'elle se trouve dans l'incapacité (ou le refus) d'aborder le registre de la question sociale en général et d'en interpréter, en particulier, les effets discriminants liés à un racisme structurel et polymorphe (logement, éducation, emploi, loisirs…)."
Excusez moi de vous dire que vous êtes dans le procès d'intention. Considérer que la gauche est trop bête pour voir qu'il y a un lien entre montée du fait religieux et précarité sociale, est quand même fort! Enfin...
Il y a aussi un lien entre la délinquance et la précarité. Faut il pour autant arrêter toutes les missions de police?
"Sur l'islamophobie : c'est un racisme. C'est même le symétrique exact de l'antisémitisme d'il y a 80 ans. Même enfermement/réduction de l'Autre dans un archétype unique, invariant et atemporel, même racialisation de la religion pour définir "le" musulman comme il y eut "le" juif. Mêmes procédés, mêmes manipulations, mêmes haines."
Ce n'est pas faux, mais vous ne prenez qu'un versant de la situation. Le problème c'est que ce discours d'identification immigré/islam est aussi largement répandu par les musulmans les plus durs, même médiatiques. Il y a une vrai collusion entres les racistes et les islamistes sur ce sujet. Les uns et les autres ont intérêts à mélanger les deux notions. Et par un souci d'ouverture un peu paternaliste et "naif" (au sens Jospinien du terme), vous défendez cette approche. C'est dangereux.
Quand à expliquer que la gauche fait preuve de beaucoup plus d'âpreté vis à vis de l'Islam, que ce qu'elle en a fait vis à vis de l'église catholique, c'est oublier un peu vite, référence pour référence, la guerre d'Espagne et la révolution française (que diriez vous aujourd'hui si les bâtiments religieux étaient dégradés de manière systématique?)
Cordialement,
Bonsoir, Loran,
1) islamophobe veut dire littéralement "avoir peur de l'islam"; or , l'islam représente un milliard de personnes, dont l'immense majorité n'est pas fanatique et dont certains sont peut-être sous le joug des islamistes radicaux, ce qui n'est pas le cas en France, puisque nous sommes censés être dans un état de droit laïc.
Les Européens racistes utilisent cet euphémisme pour ne pas dire "je hais les Arabes, ou je hais les musulmans".
Etre anticlérical signifie s'opposer à toute forme d'autorité religieuse, le clergé, à son ingérence ou son influence sur la vie publique pour y imposer ses dogmes.
C'est plus virulent que "laïque", pour schématiser. Ce n'est pas dirigé contre une religion spécifique, donc, mais contre toutes. Et ce n'est pas, toutefois, péjoratif en soi. Sauf pour les non-laïques
2) Les inégalités concernent bien plus que les minarets, mais c'est de la même veine: accorder à certaines religions des concessions ou des privilèges stigmatisant les exigences similaires des autres. Mais ce serait trop long à expliquer.
3) pour les piscines, on parle en général des musulmans et pas des juifs (toujours pour mettre l'accent sur les "exigences" des musulmans, mais la démarche est la même. Et ce que j'ai dit vaut pour les deux: il est possible de créer des créneaux horaires pour satisfaire les groupes de femmes qui souhaitent bénéficier de la piscine, sans que ce soit confessionnel - et sectaire. Donc, pas la peine d'en faire tout un foin. C'est aux municipalités (laïques, donc) de gérer cela et ne pas accorder des privilèges aux uns afin que les autres ne revendiquent pas la même spécificité.
Pour ce qui est de la gauche, je suis d'accord avec l'analyse de Pescade, mais vous partez de trop loin pour qu'on puisse vous expliquer quoi que ce soit.
D'autre part, si vous désirez débattre, il ne faut pas transformer les propos des autres.
Quant à affirmer qu'il y a "collusion entre islamistes et racistes" (etc.), ce n'est pas de l'analyse, c'est du propos du café du commerce. Il faut étayer par des chiffres précis et d'abord, définir ce que vous entendez par "islamiste".
J’ai été voir l’exposition du Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée dit MuCEM de Marseille ; ‘’Images d’Algérie –Pierre Bourdieu, un photographe de circonstance 1958-1961’’. Sa présentation en était la suivante ;
‘’ Le MuCEM accueille 150 photographies en noir et blanc de Pierre Bourdieu, sur l’Algérie des villes et des campagnes à la fin des années 50.
Les campagnes, c’est surtout la Kabylie, avec les conditions faites aux « regroupés », ces villageois chassés de chez eux et parqués dans des camps par les autorités coloniales. Les villes, c’est surtout Alger avec sa misère, ses chômeurs, ses bidonvilles.
Les clichés révèlent les profonds changements sociaux en cours en Algérie à la fin des années 50.
Bourdieu enseigna à Alger à la faculté de Lettres de 58 à 60, dans un pays secoué par la guerre et déchiré par les contradictions sociales. C’est à partir de ce séjour que sa vocation de sociologue vit le jour et qu’il développa une approche spécifique.
La photographie qu’il définit comme la « manifestation de la distance de l’observateur qui enregistre et qui n’oublie pas qu’il enregistre » et qui fut, à ce moment-là, « une façon d’essayer d’affronter le choc d’une réalité écrasante », le guida vers « la théorie de la pratique » illustré par plusieurs textes des années 70 relevant l’intérêt de la photographie faisant se rejoindre l’industrie et la pratique populaire.’’
Voir le lien ; http://www.musee-europemediterranee...
Dans le trajet de Bourdieu, son passage en Algérie correspond à son entrée dans la sociologie et à la construction d’une méthodologie exigeante et rigoureuse. Comme il le dit, il valait mieux ne pas trop se tromper car l’erreur pouvait être sanctionnée par la mort, durant cette période de guerre. Lui disait qu’il avait vieilli rapidement !
En regardant ces photographies, j’ai retrouvé mon Algérie, celle du ‘’bled’’ notamment. En ce pays musulman, point de minarets d’ailleurs ! C’est le genre d’édifices que l’on ne trouvait que dans les villes importantes, pas dans les campagnes.
J’ai croisé un congénère et ce fut l’occasion d’une franche partie de rigolade. Nous avons constaté que depuis l’indépendance les algériens devaient faire avec ce qu’ils avaient comme classe politique ; pas terrible,…aucunement différent en ce qui nous concerne ! N’en sommes-nous pas aux leçons sur la citoyenneté française admonestées par un descendant de réfugié financier hongrois nanti d’une riche italienne. En regard de ceci, n’est-il pas utile de faire un tour dans les cimetières militaires des deux dernières guerres mondiales pour constater que nombre d’algériens, marocains, tunisiens, africains sont bien là, morts pour la France ! L’identité française dites-vous !
Benjamin Stora indique ;
" Les Français sont-ils prêts à entendre, par exemple, que
- 30 000 Maghrébins sont morts pour eux pendant la première guerre mondiale ?
- Et 80 000 autres pendant la seconde guerre ?
- Qui sait que 50 000 soldats d’origine maghrébine ont péri en Indochine ?
Entre la tentation sécuritaire, le repli nationaliste et l’exaltation de la nation française, comment plaider pour l’écoute de l’autre ? " s’inquiète-t-il, avant d’ajouter : " La situation actuelle est catastrophique : plus on abonde dans la radicalité républicaine, plus les saignements de mémoire se poursuivent et plus les discours fantasmés sur l’histoire coloniale abondent. C’est ainsi que se noue le drame."
Cf ; http://www.ldh-toulon.net/spip.php?...
En Algérie, ce qui ne pouvait que vous (et nous donc) sauter à la gueule, c’était l’état de misère des algériens et donc le clivage de classe. Impossible de passer à côté,… une misère digne et fière. C’est ce que traduisent les photos prises par Pierre Bourdieu qui rappellent au passage que c’est la moitié, la moitié de la population algérienne qui a été déplacée par ce que nous avons nommée la ‘’pacification’’, l’euphémisme désignant les regroupements en zones concentrationnaires aux fins de contrôle des populations.
Il est intéressant de se reporter au reportage sur cette pacification ;
http://leweb2zero.tv/video/eki_0945...
http://leweb2zero.tv/video/eki_3045...
dont la tonalité finale indique que les batailles pour la dignité humaine ne se terminent pas en liesse populaire.
‘’ Après ma désertion, j’avais écris à 60 amis et connaissances pour leur expliquer les raisons de mon acte.
Un seul m’a parlé plus tard de cette lettre,
les autres n’ont jamais évoqué cette période.
Pour eux la guerre d’Algérie a-t-elle existé ?’’
Rideau donc, ou encore voile sur cette pénible histoire !
Pour retrouver le parcours en Algérie de Pierre Bourdieu, il est possible de lire quelques écrits de 2005 des ‘’Actes du Colloque de Cerisy-La-Salle ; ‘’Le symbolique et le social. La réception internationale de la pensée de Pierre Bourdieu’’ ;
http://books.google.fr/books?id=qXM...
ainsi qu’à un article de Yacine Tassadit, directrice de la revue ‘’Awal’’ qui a joué un rôle important dans la démarche de Pierre Bourdieu ;
http://www.homme-moderne.org/societ...
Il est un passage concernant le voile, passage intéressant, indiquant qu’il serait opportun de pouvoir en parler,… avec les femmes concernées, pour dire quelque chose qui tienne la route !
Bien à vous.
Merci beaucoup, ML, pour ce texte passionnant et bien documenté. Cela nous change radicalement des discours haineux et partisans qui travestissent l'histoire à des fins propagandistes.
Bonjour,
vous écrivez:
"Pour ce qui est de la gauche, je suis d'accord avec l'analyse de Pescade, mais vous partez de trop loin pour qu'on puisse vous expliquer quoi que ce soit.
D'autre part, si vous désirez débattre, il ne faut pas transformer les propos des autres."
Concernant la déformation des propos des autres, il est assez amusant que vous finissiez votre démonstration en me le reprochant, sachant que vous avez discuté le mot "anti-clérical" de manière littérale (et supérieure mais c'est accessoire), là ou vous avez bien compris que je le prenais dans son acception historique. Ce faisant, vous avez allègrement déformé mon propos, sciemment.
Pour le reste, si je suis trop con pour vous, dont acte, mais ne vous étonnez pas de rester dans votre petite sphère hermétique.
Je me demande même, si finalement ce petit entre-soi de gens qui, eux, savent n'est pas la finalité de cette mise en scène blogosphérique.
Cordialement,
Pour "anticlérical", vous m'avez demandé ce que c'était et je vous en ai donné la définition. Point. Je ne vois pas où est le problème.
Pour le reste, nous ne parlons pas de la même chose: je ne peux pas revenir sur tout, parce que c'est bien trop compliqué et chronophage - car nos points de vue sont trop divergents. Ce n'est pas que vous êtes trop "con" , c'est que vous êtes à années-lumière de ce que j'ai développé.
Point également.
Et point final. Si vous estimez que je n'ai pas passé assez de temps à vous donner des explications, c'est votre problème.
Mais je n'aime pas qu'on vienne m'insulter sur mon propre espace de liberté.
Vous avez tendance à tomber dans l'amalgame, et la généralité, comme chez les gens que vous dénoncer....je ne sais pas ce que c'est un musulman ; je connais des citoyens de nationalité française ou autres, et de confession musulmane ou autres. Ne pas confondre origine, nationalité, religion. En France on ne se définit pas par rapport à sa religion , qui est de l'ordre du privé!.Pour moi toute personne qui respecte la république laïque, a droit d'avoir une religion, pour moi ce qui pose problême c'est le prosélitisme religieux, et de vouloir mettre le religieux au centre de tout . Nous avons réussit à cantonner la religion au domaine du privée, grace à la laïcité, en partis, il serait déplorable et grave de regresser sur ce point, il me semble, mais je peux me tromper que les religiieux cherchent à saper cette équilibre, et la religion musulmane participent de cette offensive contre la laïcité, comme les fondamentaliste chrétiens aux USa, ou la tendance conservatrice acuel du Vatican avec le Pape qui veulent affaiblir lla laïcité
bonsoir,
"Vous avez tendance à tomber dans l'amalgame": oui, ça c'est quand on n'a rien à dire ... ou qu'on n'a pas lu - ou compris.
"je ne sais pas ce que c'est un musulman ; je connais des citoyens de nationalité française ou autres, et de confession musulmane ou autres": Mouais! il faut vivre sur une île déserte sans télécommunications pour avoir loupé les débats dont on nous abreuve jour après jour sur les "musulmans"! Foulards, burqa, minarets, viande hallal, piscine, terrorisme, identité nationale, mariages gris et tutti quanti.
Mais pourquoi pas?
"Nous avons réussit à cantonner la religion au domaine du privée, grace à la laïcité, en partis, il serait déplorable et grave de regresser sur ce point" --> NOUS n'avons rien "réussi" à faire du tout! C'était là bien avant que nous arrivions! tout ce que nous réussissons à faire, c'est à défaire tout cela ... au nom de la sacrosainte laïcité, bien sûr!
D'ailleurs, heureusement qu'elle a été élaborée avant ça, car, si, aujourd'hui, il y avait à plancher sur une loi sur la laïcité, ce serait une catastrophe.
Qui est-ce qui nous met la religion constamment entre les pattes? On ne peut pas dire que ce n'est pas voulu.