Importantes manifestations lors de l'Assemblée Générale des banquiers à Chicago
Par emcee le dimanche 1 novembre 2009, 20:50 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Thousands March in 3-Day Showdown with Banking Industry
Par Kari Lydersen, AlterNet. October 28, 2009.
Syndicats et associations ont manifesté pendant trois jours à Chicago pour se faire entendre des responsables des grands groupes financiers qui se retrouvaient pour leur assemblée générale annuelle. Et les griefs ne manquaient pas. Mais, peut-on compter sur cette clique d'escrocs pour écouter le petit peuple qu'elle prive de tout sans vergogne?
Des milliers de personnes manifestent pendant trois jours contre le secteur bancaire
Lassés des plans de relance et des gros chèques distribués aux responsables de la catastrophe économique, les manifestants revendiquent haut et fort la mise sous surveillance d'un système financier qui échappe à tout contrôle.
Les travailleurs ont distribué mardi matin des avis de licenciements aux banquiers les plus importants du pays, point d'orgue de trois journées d'actions appelées "Epreuve de force à Chicago" (Showdown in Chicago ), lors de l'assemblée annuelle de l'Association des banquiers des Etats-Unis.
Devant une foule de 5000 syndicalistes et militants d'associations qui huaient et applaudissaient, Armando Robles, dirigeant local de "United Electrical, Radio, and Machine Workers’ Union of America" (l'UE) et l'un des organisateurs de l'occupation de l'usine "Republic Windows" de Chicago, l'année dernière, accrochait des avis de licenciements roses fluo à des posters géants représentant le PDG Ken Lewis de la "Bank of America", qui part à la retraite, John Stumpf , PDG de Wells Fargo et James Dimon, PDG de JP Morgan.
Les trois PDG se trouvaient probablement parmi les dirigeants de banques qui se réunissaient au Sheraton juste derrière la tribune où Richard Trumka, président de l'AFL-CIO , Anna Burger, présidente de Change to Win, Jesse Jackson, des leaders syndicaux et des représentants d'associations prenaient la parole.
Après avoir "licencié" les PDG des banques, Adam Kader, du syndicat Arise Chicago, présentait une pancarte indiquant que le prêt de $17,8 mille milliards de dollars accordé en utilisant l'argent du contribuable doit être remboursé dans la mesure, a-t-il dit, où les banques n'ont pas respecté les conditions qui avaient été posées par la population.
La marche et le rassemblement de mardi dernier, comme les deux journées de manifestations qui les ont précédés, ont fourni l'occasion d'entendre des histoires spécifiques de familles ou de localités affectées par les saisies, les taux d'intérêts élevés, et le gel des marchés du crédit, déclenchés par la crise économique et qui n'ont connu aucune amélioration malgré les divers plans de relance destinés aux banques.
Dénonçant la dérèglementation financière qui avait facilité la crise économique et la cupidité des groupes privés mise en évidence par les primes et les salaires exorbitants versés aux cadres des entreprises même après le plan de relance, les manifestants avançaient diverses propositions concrètes.
Ils exigent la création d'une "Agence de Protection Financière des consommateurs" (Consumer Financial Protection Agency - CFPA), comme l'a proposé le gouvernement d'Obama, qui contrôlerait à la fois les services bancaires et non bancaires. Ils veulent une règlementation du secteur financier – en particulier des "shadow markets " (marchés peu ou pas régulés, NDT), accusés en grande partie d'avoir provoqué la crise – et des limitations aux primes accordées aux cadres.
Ils demandent un moratoire sur les saisies immobilières et une baisse des taux d'intérêt pour aider les étudiants à rembourser leurs crédits, permettre aux gens de rester dans leurs maisons et protéger les petits commerces pour préserver les emplois qu'ils offrent. Et ils veulent que les banques accordent davantage de crédits et diminuent les taux d'intérêts pour permettre aux finances publiques de se sortir de la situation critique dans laquelle elles se trouvent et qui a eu pour conséquence les réductions drastiques des programmes sociaux et la destruction d'emplois.
Lundi, Sheila Bair, présidente de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) - (agence fédérale américaine dont la principale responsabilité est de garantir les dépôts bancaires faits aux Etats-Unis, NDT) s'adressant aux manifestants, défendait la création de la CFPA.
"Je soutiens absolument une agence comme celle-ci, ça oui", a-t-elle dit. "Quand on consulte tous ces relevés de banques indéchiffrables, ces documents, ces prêts immobiliers incompréhensibles, ces taux d'intérêt annuels, ces prêts sur salaire et ces agio élevés, je ne vois pas comment on peut dire qu'on a fait du bon travail pour protéger les consommateurs des services financiers … il nous faut cette nouvelle agence". "L'absence de règles au niveau national a contribué au chaos économique actuel", ajoute-t-elle, garantissant que la CFPA contrôlerait pour la première fois le nébuleux secteur non bancaire des services financiers. Elle a également demandé à ce qu'un terme soit mis à la "doctrine du "too-big-to-fail" ("entreprises trop importantes pour qu'on les laisse couler", NDT ), scandant: " Fini les plans de relance, fini les plans de relance".
Le site web de l'American Bankers Association (ABA) indique que, depuis l'automne 2008, ils soutiennent eux aussi une réglementation financière accrue, dont la régulation des organismes non-bancaires, la révision de la politique du "too big to fail" et le développement d'une autorité de régulation pour prévenir les risques systémiques.
Mais les manifestants veulent qu'en dépit des bonnes intentions qu'affiche le secteur bancaire pour l'avenir, celui-ci prenne d'ores et déjà les mesures permettant de trouver des solutions aux problèmes dont ils sont responsables.
Angenita Tanner, qui a organisé une garderie à domicile, a expliqué qu'elle risque d'être obligée de cesser son activité et de perdre son gagne-pain, sa clientèle étant susceptible d'être privée d'aides à la garde d'enfant à cause des réductions budgétaires.
"Les familles m'ont demandé si elles pouvaient faire du troc, et maintenant, elles me paient en *nourriture au lieu de me donner de l'argent", dit-elle.
Une concierge syndiquée au SEIU (Service Employees International Union) explique qu'elle s'est retrouvée coincée de toutes parts par la banque JP Morgan Chase – qui, dit-elle, bien qu'ils soient responsables de la crise économique, ont refusé d'aider sa famille, même après avoir reçu les 45 milliards de dollars de dons de l'Etat pour les renflouer.
"Je n'ai pas une situation mirobolante, mais, auparavant, comme j'arrivais à mettre de l'argent de côté pour acheter une maison, j'estimais que j'avais de la chance", dit elle.
Guerra avait contracté avec son beau-frère un prêt immobilier chez Chase, mais il a perdu son emploi, et pour finir, les *indemnités chômage ont cessé d'être versées et sa maison a été saisie.
"La banque Chase a refusé de nous aider", explique-t-elle, "ils avaient toujours une bonne excuse. Après des mois de procédures, ils ont fini par décréter que nous n'avions pas droit à des aides. Comment ça, nous n'avions pas droit à des aides? Mon beau frère a perdu son emploi à cause de la crise économique provoquée par les banques".
Ils ont mis leur maison en vente, mais n'ont pas trouvé d'acquéreur. "Et maintenant, nous avons signé des papiers stipulant que nous cédions la maison de notre plein gré à la banque".
Aujourd'hui, elle connaît des difficultés financières et elle a peur de perdre sa maison, achetée à l'époque à crédit avec un apport personnel de 50000 dollars mais il a, depuis, perdu énormément de valeur.
"Je ne sais pas ce que va devenir ma famille", dit-elle.
Denise Dixon, directrice du groupe "Action Now", explique que la crise a touché de façon disproportionnée les populations urbaines noires, déjà sous pression à cause de la violence, la pauvreté et le désinvestissement. Elle souligne que la crise a provoqué le transfert de richesses le plus considérable que la communauté afro-américaine ait jamais connu" et décrit des familles dans tout le pays qui sont dans leurs petits souliers car ils savent que quelqu'un peut venir à tout instant frapper à leur porte pour leur signifier de quitter les lieux. Elle cite tous les quartiers de Chicago qui ont été frappés de plein fouet à cause des saisies immobilières, près d'un millier depuis 2007 dans des quartiers chics mêmes comme Near North et de 1.500 à plus de 2000 dans les quartiers à grande majorité habités par des Noirs, au sud et à l'est. En tout, il y a eu 44.091 saisies immobilières et plus de cinq millions dans tout le pays depuis le début de la crise.
Les organisateurs de ces journées d'actions précisent qu'il y a une saisie immobilière toutes les 13 secondes; que six millions d'emplois ont été perdus depuis le début de la crise; que les propriétaires de maisons ont perdu 6 mille milliards de dollars sur la valeur de leur bien et les municipalités ont perdu 58 milliards de dollars en impôts fonciers, à cause de la chute de la valeur de l'immobilier. Sans parler de la hausse considérable des frais bancaires, parmi lesquels ceux des cartes de crédit, ni du manque à gagner sur les cotisations que versent les employeurs pour la retraite des employés.
Trumka a demandé que soient "débarrassées les poubelles fétides de Wall Street qui empoisonnent "Main Street" le (~ le reste de la nation, NDT), en réformant, entre autres, la Réserve Fédérale ou en "demandant à la Réserve Fédérale de laisser la place à une véritable agence publique qui protègerait la population des banques et des banquiers".
"Nous ne vous avons pas renfloués pour que vous puissiez payer des milliards de primes aux mecs en costard-cravate", a déclaré Trumka. "Ou pour faire pression sur le Congrès pour empêcher les réformes financières dont nous avons terriblement besoin". Vous avez agi avec l'argent pour lequel nous avons travaillé dur comme si c'était de l'argent de Monopoly".
Les manifestants semblaient tous avoir à raconter une expérience personnelle de saisie immobilière, de perte d'emploi ou de difficultés à payer l'assurance-maladie.
Helen Scott Owens, une aide-soignante à domicile de 80 (sic) ans, syndiquée au SEIU, raconte qu'elle avait peur de perdre son emploi à cause des réductions budgétaires et que les clients ont du mal à payer les franchises médicales.
Le pasteur John Kyles dit que ses paroissiens des quartiers sud vivent dans l'angoisse constante de voir leur maison saisie.
Joe Losbaker, délégué syndical local du SEIU à l'université de l'Illinois à Chicago, estime que c'est plus la faute du gouvernement que celle des banques.
"Les banquiers ne peuvent pas vraiment faire grand chose", dit-il, "je veux que le gouvernement cesse de donner de l'argent aux banques. Il a distribué des milliers de milliards de dollars aux banques. Il a versé des milliers de milliards aux banques et pour la guerre en Irak. Alors, si on distribuait maintenant des milliers de milliards de dollars pour les créations d'emplois, l'alimentation, l'éducation et qu'on décide d'un moratoire sur les saisies immobilières?".
Les manifestants avaient attaché des banderoles à des ponts et à une fenêtre de l'hôtel Sheraton. Ils ont fait irruption dans un cocktail et dans la salle de bal de l'American Bankers Association dont le thème était "les années folles", faisant remarquer qu'avoir choisi pour thème les années folles, c'était particulièrement ironique.
Les orateurs et les manifestants dénonçaient les repas et les logements somptueux dont devaient sûrement bénéficier les banquiers pendant la conférence.
"Avant de venir ici, ces gens-là avaient dépensé 35 millions de dollars pour faire pression sur le Congrès pour que rien ne change à leur vie, où ils s'emparent de tout et où nous, nous ne récupérons que des miettes", dit Anna Burger, la dirigeante de Change to Win. "Ils viennent à Chicago faire la fête pour l'excellent boulot qu'ils ont accompli".
Les manifestants se demandaient si oui ou non les banquiers qui assistaient à la conférence essayaient d'écouter les revendications à l'extérieur. Owens, l'aide soignante à domicile, pensait que oui. "Ils ne veulent pas nous écouter mais ils sont bien obligés. Nous faisons trop de raffût".
Kari Lydersen contribue régulièrement à AlterNet et elle écrit également pour le Washington Post. Elle enseigne également pour le Urban Youth International Journalism Program à Chicago, qui permet aux jeunes gens des quartiers défavorisés de réaliser des enquêtes journalistiques.
Illustrations tirées de:
(Photo sans abri)
MAKING A CRIME OUT OF BEING POOR & HOMELESS
Manifestation à Chicago: les posters des banquiers.
Notes annexes
Day Care Workers Flex Their Muscle
By Amy DePaul, AlterNet. May 15, 2006.
Angenita Tanner of Chicago decided in 1996 to quit her job and work from home as a full-time babysitter.
- Programme de distribution de bons d'alimentation pour les plus démunis (Food Stamp program).
Ces mesures concernent, d'après le site officiel du programme http://www.fns.usda.gov/FSP/, plus de 35 millions de résidents aux Etats-Unis (10 à 12% de la population; dont font probablement partie également les 45 millions de la population sans couverture médicale).
Voir les renseignements demandés (en anglais) pour avoir droit à ces aides. C'est édifiant
Fiches de candidatures.
Par exemple, au Texas …
… ou dans le Massachussetts
- L'emploi aux US: des chiffres qui sont loin de refléter la réalité
Le taux de chômage officiel est actuellement de 9,5% aux Etats-Unis.
Ces chiffres, évidemment, ne comptabilisent pas:
- Ceux et celles qui ont un emploi précaire, à temps partiel forcé, mal rémunéré qui ne couvre pas les dépenses mensuelles obligatoires (nourriture, logement, électricité, chauffage, et de plus en plus, les cotisations pour l'assurance maladie dont s'exonèrent les employeurs).
- Ceux qui, après des semaines, voire des mois, à chercher en vain un emploi improbable alors que les offres diminuent, ont finalement renoncé.
Et qui feraient grimper le taux de chômage réel à 16%.
D'autre part, les créations d'emplois concernent actuellement essentiellement des emplois précaires, mal rémunérés, sans assurance maladie et sans plan de retraite corrects.
Les emplois industriels bien rétribués sont, eux, en régression constante (ces emplois étant "délocalisables", évidemment).
A cela, il faut ajouter l'augmentation de la population active depuis 2000.
- Les indemnités chômage: le parcours du combattant.
Les indemnités sont versées pendant 20 semaines (avec prolongation éventuelle jusqu'à 13 autres semaines) et après cela, on ne touche plus rien, qu'on ait trouvé un emploi ou pas. Et souvent, ce n'est pas le cas, puisque, au contraire, ils disparaissent et qu'il y a de plus en plus de candidats pour une offre, quel que soit le niveau de leurs qualifications.
Mais pour toucher les indemnités, il faut, là encore, s'armer de patience. Les agences sont submergées de demandes et il n'y a pas (ou peu) eu d'embauche supplémentaire pour accueillir l'afflux de chômeurs depuis le début de la crise.
Lire ici (fr).
Et s'il est décidé qu'on n'a pas droit au chômage, on se retrouve sans ressources. Et sans ressources, on ne peut payer les factures et les crédits.
Voir ici, en anglais: Many of the jobless get no unemployment benefits
Barbara Hagenbaugh, USA TODAY
Résumé:
On n'a pas droit au chômage si on n'a pas effectué assez d'heures (même si, évidemment, c'est mission impossible car l'immense majorité des emplois actuels sont à temps partiel).
En mars dernier, environ 5,8 millions de chômeurs percevaient des indemnités, le double de l'année précédente. Cela représente, toutefois, moins de la moitié des demandeurs d'emploi (13,2 millions).
Il y a un certain nombre de raisons, qui varient selon les états, pour lesquelles les chômeurs n'ont pas droit aux indemnités.
Entre autres, ceux qui travaillent à temps partiel et qui n'ont pas cumulé suffisamment d'heures. Cela concerne plus particulièrement les femmes, les travailleurs à faible revenu, et les saisonniers, par ex, ceux qui travaillent dans le bâtiment.
D'autre part, ceux qui sont licenciés pour faute, ceux qui partent d'eux-mêmes ou les travailleurs indépendants (puisque le système d'allocations chômage est financé par les employeurs) sont rejetés d'emblée.
A cause de la crise, certains états ont décidé d'étendre les indemnités à d'autres catégories et/ou de prolonger la durée du paiement des allocations, mais ce n'est pas le cas de tous.
D'autre part, souvent, ces mesures n'ont pas d'effet rétroactif. Ce qui veut dire que ceux qui n'avaient aucun droit avant, n'en auront toujours pas après.
Autre point: les employeurs contestent de plus en plus les demandes d'allocations des employés qu'ils ont licenciés – et donc, même si l'employé gagne devant les tribunaux, cela retarde d'autant le paiement des indemnités. Et non seulement ils ne touchent pas d'argent, mais leur situation peut en être définitivement bouleversée (saisie immobilière, etc.).
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Note perso
Alors, on le constate (si ce n'était déjà fait, of course), l'espoir de "changement" promis par le candidat Obama n'était pas un petit caprice d'une population déjà gâtée par le sort.
Le slogan d'Obama devait être "Hope, we can". On aura mal entendu.
La situation aux Etats-Unis est dramatique. Suffisamment pour que les manifestations se multiplient.
Mais cela ne sera pas suffisant.
Comme cela ne sera pas suffisant en France, où la politique menée par les prédateurs nous conduit tout droit au même désastre humanitaire.
Mais tant qu'il y en aura encore trop pour gober que c'est la faute des gens eux-mêmes et que "l'état ne peut pas tout", on n'aura pas avancé d'un pouce.
C'est pour cela que n'importe quel con, voire un bigorneau manipulé par un ventriloque, peut s'installer au pouvoir tranquillement.
Ben, tiens, ça m'a filé un sacré coup de blues, tout ça.
Au lieu de faire ça, j'aurais mieux fait d'aller faire un tour là où l'herbe est plus verte.
Et si ça se trouve, il y faisait même beau. 
Commentaires
infos précieuses et déprimantes
Déprimantes, voire plus
Il va falloir se mettre au festif, maintenant. Ca ne peut plus durer comme ça