Palestine: IDF partout, justice nulle part
Par emcee le jeudi 22 octobre 2009, 09:51 - Moyen Orient - Lien permanent
Abir Aramin avait dix ans quand, le 16 janvier 2007, elle a été tuée par une balle de caoutchouc tirée par un garde-frontière depuis une jeep blindée .
Le procès avait lieu ces jours-ci.
Oui, mais voilà, Abir était palestinienne. Et le tireur israélien.
Comment espérer un procès équitable quand ce sont les forces d'occupation qui définissent les règles – avec la complicité de la "communauté internationale" - et quand la vie d'un enfant palestinien n'a aucune valeur?
Voici le résultat.
Dans: "Cold Hearts, Blind Eyes, and Israeli High Court Justices"
par Eileen Fleming / October 20th, 2009
Publié dans Dissident Voice.
Traduction
Les cœurs de pierre, les yeux aveugles et les juges de la haute cour israélienne
Un front froid et lugubre passait sur la Floride samedi soir et le thermomètre sur le porche affichait 12°, mais ce qui m'a glacée jusqu'aux os, le dimanche matin, c'est de lire le compte-rendu de *Nurit Peled Elhanan sur l'impitoyable Haute Cour de justice israélienne où des "membres de l'association 'Combatant for Peace' (les Combattants pour la paix), des femmes de *'Mahsom (mot hébreu pour “checkpoint”) Watch', des membres du '*Forum of Bereaved Families for Peace' assistaient à l'audience (le 14 octobre) de la Haute Cour de Justice sur les circonstances de la mort d'Abir Aramin, une fillette de 10 ans".
Le 16 janvier 2007, Abir Aramin revenait de l'école à pied avec sa sœur et deux amies, mais au lieu d'arriver chez elle pour le goûter, cet après-midi-là, elle était touchée à la tête par une balle de caoutchouc tirée par la Police des frontières Israélienne et était placée sous assistance respiratoire; trois jours plus tard, la lutte pour la vie d'Abir Aramin avait cessé mais pas la lutte pour la justice que ses parents mènent depuis lors.
En 2007, j'ai écrit qu'Avichay Sharon, de "Combatants for Peace" , avait affirmé:
“Cela fait deux ans maintenant que la Police des frontières Israélienne et l'IDF (les Forces de Défense Israéliennes) se livrent à des provocations près du secteur scolaire d'Anata (et qui) font partie de la routine quotidienne pour les enfants. Depuis qu'a commencé la construction du mur de séparation qui encercle Anata, les jeeps patrouillent les rues, surtout près des écoles, lancent des grenades et des gaz lacrymogène, et tirent des balles recouvertes de caoutchouc.
Beaucoup d'enfants avaient déjà été blessés jusqu'à ce que, finalement, ce 16 janvier, l'un d'eux soit tué.
Et dans beaucoup d'autres cas, la police expliquait que les soldats tiraient pour riposter aux jets de pierres que lançaient les enfants. Même si les diverses dépositions des témoins attestaient qu'il n'y avait pas eu de jet de pierres ce jour-là, le ministère public rejetait l'affaire Abir Aramin, soi-disant pour manque de preuves.
Bassam Aramin, le père d' Abir, et co-fondateur de Combattants pour la Paix déclarait: "Je ne vais pas perdre tout sens commun, me détourner de la voie que j'ai choisie, simplement parce que j'ai perdu mon cœur, mon enfant. Je vais faire tout mon possible pour protéger ses amis, à la fois palestiniens et israélien. Ce sont tous nos enfants."
A l'âge de 17 ans, Bassam Aramin était condamné à une peine de sept ans de prison en Israël pour son appartenance au mouvement du Fatah, interdit à l'époque. Même s'il avait subi des mauvais traitements de la part des soldats quand il était en prison, il avait décidé de ne pas devenir prisonnier de la haine.
Les "Combattants pour la Paix" sont des Palestiniens et des Israéliens, qui étaient tous engagés dans la lutte qui perpétue le cycle de violence, les Israéliens en tant que soldats dans les Forces de Défense Israéliennes et les Palestiniens en tant que membres de la lutte armée pour la libération de la Palestine. Tous ont décidé finalement de déposer les armes et d'agir ensemble pour lutter pour la paix grâce à des actions non-violentes et en sensibilisant les gens afin de pouvoir faire pression sur les deux gouvernements pour que cessent la violence et l'occupation militaire de la Palestine.
Elhanan raconte sur le ton de l'ironie que les parents d'Abir
"vivent sous une occupation inhumaine et en ont testé tous les avantages: l'exil, la prison et la mort de leur petite fille Abir due à une balle de caoutchouc qui serait partie du fusil d'un garde-frontière qui était assis dans une jeep blindée et qui aurait enfoncé le canon de son fusil dans la fente qui aurait été prévue à cet effet, visé et tiré sur la fillette qui était à côté de sa sœur devant un kiosque, apparemment pour acheter des bonbons entre deux cours.
Le projectile avait été récupéré sous le corps de la petite fille et transmis aux autorités. Les témoins, ainsi que les garde-frontières ont affirmé que leur vies n'était pas en danger et que le tir qui avait "été effectué – s'il avait été effectué - transgressait les ordres. Deux pathologistes ont indiqué à la cour que la fracture du petit crâne aurait probablement pu être provoquée par une balle en caoutchouc. Le médecin de l'hôpital a déclaré qu'il ne s'agissait pas d'une balle réelle.
La vidéo de la reconstitution de l'incident n'a été remise ni à l'avocat de la défense ni à la cour, parce que les soldats qui étaient soupçonnés d'avoir tiré, c'est-à-dire avoir introduit le canon du fusil dans la fente spécialement prévue à cet effet, avaient mis en joue puis tiré sur la petite fille, apparaissaient dans le document".
La procureure générale, qui bégayait, n'avait rien préparé et dont la tenue était peu soignée, était plantée là comme un commandant de section chargé des nouvelles recrues, le dos au public, réfutant toutes les dépositions: Ah, et donc, ils ont trouvé un projectile. Et alors? Qui sait depuis combien de temps il était là? Ah, il y a des témoins, oui, et alors? Ils (ces Arabes) sont prêts à raconter n'importe quoi, cela a-t-il valeur de témoignage pour autant? Et personne ne lançait de pierres dans le coin? Et alors? Dans une rue voisine, des pierres ont été lancées. Si vous étiez à ma place, dit-elle d'un ton hilare à Michael Sfard, l'avocat d'Aramin, vous les auriez déjà mis en pièces.
La présidente de la Cour Suprême, Dorit Beinish rappelle à Sfard – par deux fois – qu'il y a déjà eu des incidents similaires et que les soldats sont rarement passés en jugement, voire été mis en examen. Et donc, il vaudrait mieux simplement laisser tomber …. Mais pour Salwa et Bassam Aramin, il n'y a pas d'autre alternative que de chercher justice auprès d'un tribunal israélien. Ils exigent que la vérité se fasse jour dans les tribunaux des occupants – des assassins.
J'ai failli hurler que ces juges amorphes– Beinish, Arbel, Frocaccia – trouvent en elles une once d'humanité et de sentiments maternels pour regarder dans les yeux Salwa, qui ne cessait de pleurer, pour constater les traits livides de Massam, et pour dire: "la Haute Cour de Justice vous présente ses condoléances pour la mort de votre petite Abir".
Mais elles ne l'ont pas fait.
Elhanan précise également que le philosophe Jean-François Lyotard disait que le crime parfait n'est pas seulement le meurtre en soi, mais c'est aussi le fait de censurer les témoignages et de faire taire les voix des victimes.
Et la plus grande des injustices, c'est de contraindre les victimes à chercher justice auprès de leurs bourreaux.
En mars 2006, je me suis rendue au camp d'Anata et je suis hantée par ce souvenir.
Israël a construit le mur d'Apartheid de près de 10 mètres de haut au lycée de garçons où 750 adolescents palestiniens partagent une dalle de ciment de la superficie d'un terrain de basket, leur seule "aire de jeu".
Un réfugié qui habite là-bas m'a raconté que quotidiennement, "l'IDF arrive quand les élèves se retrouvent le matin ou à la sortie des cours. Ils lancent des grenades détonantes ou des grenades lacrymogènes dans l'école presque tous les jours! Le monde entier est endormi; le monde hiberne et permet que cette horreur se perpétue".
Un instant plus tard, un adolescent s'est approché de moi pendant que je prenais des photos, m'a demandé comment je m'appelais et d'où je venais. J'ai frémi, lui avouant que j'étais américaine.
Car, "financé grâce aux aides des Etats-Unis à raison de 1,5 millions de dollars par kilomètre carré, le mur d'Israël empêche les habitants de bénéficier des soins médicaux et des services hospitaliers d'urgence. Dans d'autres secteurs, ce mur sépare les agriculteurs de leurs champs d'oliviers qui étaient le seul moyen de subsistance de la famille depuis des générations".
Le 9 juillet 2004, la Cour Internationale de Justice (la CIJ) condamnait, par 14 voix contre une, l'édification du mur par Israël, demandait qu'il soit démoli, et que soient versées des indemnités à tous ceux qui en avaient subi les conséquences.
Les juges de la CIJ avaient également décidé par 13 voix contre 2 que les signataires de la Convention de Genève avaient l'obligation de "faire respecter par Israël le droit international humanitaire".
L'Assemblée Générale de l'ONU avait également adopté une résolution, par 150 voix contre six, soutenant l'appel de la CIJ de démolir le mur.
A moins de cinq minutes de là en voiture, on se retrouve dans le DisneyLand orwellien aux espaces verts luxuriants, à savoir la colonie de Pisgat Zeev.
Toutes les colonies implantées en Cisjordanie violent les lois internationales.
J'en étais malade en traversant la colonie quand j'ai vu trois terrains de jeux et une piscine.
Je me suis demandé combien de dollars avaient été ponctionnés aux contribuables américains pour aider à leur construction et j'étais scandalisée par les injustices concernant le mur et l'occupation militaire alimentées par l'argent des Etats-Unis au détriment des populations autochtones.
En l'espace de cinq minutes, après avoir quitté Anata, alors que j'étais près du terrain de jeu à Pisgat Zeev, j'ai entendu un tir de barrage provenant du camp de réfugiés et mon guide m'a expliqué que les soldats israéliens ne cessaient de mitrailler pour terroriser les réfugiés – une autre routine quotidienne pour eux.
Et puis, j'ai pensé aux torrents de larmes qu'avait versés Jésus sur Jérusalem quand il avait découvert la ville disant: " si seulement vous aviez su ce qui vous apporterait la paix mais elle est dissimulée à votre vue (Luc 19:42)".
La déesse romaine de la Justice, allégorie de la force morale des systèmes juridiques, est représentée avec les yeux bandés pour montrer que la justice doit être rendue de façon objective, qu'elle n'est pas là pour servir – ou desservir – des groupes ethniques, les puissants ou les faibles, mais qu'elle se doit d'être d'une impartialité aveugle.
Peut-être que ce sont les cœurs de pierre dans ce Jérusalem du XXI°s qui ont rendu les Juges de la Haute Cour israélienne aveugles à leurs injustices.
Eileen Fleming a écrit "Keep Hope Alive and Memoirs of a Nice Irish American Girl's' Life in Occupied Territory".
Son site.
Notes annexes:
- Nourit Peled-Elhanan est une militante pacifiste et l’une des fondatrices de Bereaved Families for Peace familles en deuil pour la paix.
Après la mort de sa fille de 13 ans, dans un attentat, en 1997, Elhanan est devenue l’une des critiques les plus directes de l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza.
- Machsom Watch compte environ 500 membres. Mais seuls 200 d'entre eux environ prennent une part active aux contrôles aux checkpoints, un travail qui a permis à beaucoup de dénoncer clairement l'occupation.
Cette organisation est généralement considérée en Israël comme extrémiste, les groupes pro-Israël accusant ces femmes de diaboliser Israël… lire ici.
*Pisgat Zeev
A Jérusalem-Est, secteur à majorité arabe, les habitants de l'implantation juive de Pisgat Zeev acceptent mal l'arrivée par milliers de Palestiniens en quête d'une vie meilleure. Cette migration arabe vient compliquer encore l'explosif dossier de cette ville revendiquée par les deux camps …. Suite.
Note perso
Nous avons connu une période de relative "civilisation". Nous mangions notre pain blanc, en vérité.
Nous en revenons aujourd'hui à l'insensibilité, au cynisme et à la barbarie.
Pas tous, certes, mais ceux-là, tout occupés à contempler leur nombril, sans doute pour ne pas se regarder dans un miroir, traitent les autres de "bisounours".
Pas tellement qu'ils voudraient avoir la guerre chez eux, ou qu'ils seraient prêts à prendre les armes pour aller pulvériser du barbare. Il y en a qui font ça très bien. Même qu'ils en meurent parfois.
Mais qu'importe! Ils sont payés pour faire le boulot - et avec nos impôts, en plus, non?
Drôle d'époque.
L'indifférence, le cynisme, la justice du plus fort, le racisme, l'intolérance, l'invasion et l'occupation de territoires par la force brutale, le massacre de populations, la terreur d'état, la guerre, tout cela est désormais érigé en valeurs universelles pendant que ceux qui s'y opposent sont devenus de pauvres crétins rétrogrades.
Misère de la "pensée".
Pour en revenir au sujet du billet: Israël ne cesse de répéter qu'ils cesseront de "se défendre" quand la violence cessera dans les Territoires Occupés.
La non-violence et les tentatives de conciliation sont pourtant bien mal récompensées.
LA GUERRE, C'EST LA PAIX
LA NON-VIOLENCE, C'EST LA VIOLENCE.
Autres exemples d'actions non-violentes:
La Palestine? Attendez … Ca me dit quelque chose
Et puis, tiens, cela ne va peut-être pas beaucoup nous égayer, mais Bénédicte, du blog POLICE nous raconte une belle et triste histoire.
Une histoire de notre temps, hélas.

Commentaires
Pensée ? quelle pensée ?
on en est revenu à la loi naturelle de l'instinct de prédation ... les lumiéres sont bien loin ...
et un de ces 4 , j'ai peur qu'il ne faille réapprendre à rendre les baffes ....
Parler de justice dans les territoires occupés c'est parler du mariage de la carpe et du lapin!
Mais c'est la rage qui me prend avec une forte envie de pleurer,parce que je suis impuissant devant cela,même si on parle,on parle pour essayer de convaincre qu'il faut intervenir et avoir des positions européennes et françaises un peu plus conforme aux droits des peuples!
Et ça me donne aussi envie de lancer des pierres!
Je suis d'accord, la pensée n'existe plus. Tout est dans l'immédiateté, le sensationnel, l'exhibitionnisme, les lois iniques, la doctrine de l'exemple pour les uns et le dédouanement pour les "zélites".
C'est pour cela que c'était entre guillemets.
Lancer des pierres, Jean-Claude? Certes. mais c'est contre un mur en béton, actuellement. Et je ne vois pas d'issue.
Nous sommes pourtant infiniment plus nombreux qu'eux, au niveau mondial!
Espérons encore. On ne sait jamais ... Un sursaut.
Ils sont parfaitement cohérent, irrationel mais cohérent dans la mesure où toutes leurs analyses sont filtrées à travers un prisme ratial comme en d'autres temps .
Dans la mesure où toutes leurs analyses sont passées à travers un prisme racial Kolossal, ils restent coherents, totalement irrationels mais parfaitement cohérents dans cela .
Une socièté pathologiquement infectée ...
Salut, Yelrah,
Ton com' était resté coincé dans les indésirables. Je viens de voir ça. Désolée.
Et tout à fait d'accord: pour eux, les Palestiniens ne sont pas des êtres humains. Ils n'ont pas à s'embarrasser de précautions inutiles.
Et comme personne ne dit rien, tout va bien.
Remarque, quand on voit ce qui se passe par ici avec l'impunité systématique de la police et le traitement inhumain des étrangers, on ne peut pas espérer une réaction de la part de cette engeance au pouvoir.
M'ernerve ton bip, pff...
Zutalors, c'est l'antispam qui refait des siennes. Je vais voir ce qui se passe, mais si je l'enlève, les missiles palestiniens vont envahir mon blog vite fait .
Et personne ne voudrait voir ça