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C'est du vol: les propositions au Congrès concernant le système de santé sont plus près de l'arnaque que de la réforme

Les projets de régime d'assurance-maladie qui traînent autour du Congrès actuellement sont conçus pour forcer les assurés à acheter un produit défectueux, à savoir, une mauvaise assurance maladie.

- Taux de croissance depuis 2002 du prix moyen des primes d'assurance versées aux grandes compagnies d'assurance des Etats- Unis: +87
% - Taux de croissance des bénéfices des dix plus grandes compagnies d'assurance: +42,8%
- Chances pour qu'une personne se retrouve ruinée à cause des dépenses de santé: 7 sur 10
Indice Harper, sept 2009

Les capitalistes, comme le dit mon ami, le père Michael Doyle, on ne devrait jamais les laisser s'approcher du système de santé. Ils prennent en otage les enfants malades en poussant les parents à la faillite dans leur course désespérée pour payer les soins médicaux. Les malades n'ont pas le choix. La santé n'est pas une marchandise. On peut choisir d'acheter une voiture d'occasion ou une neuve, de se servir dans une boutique de luxe ou dans un dépôt-vente, mais on n'a pas le choix entre la santé et la maladie. Et tout débat sur l'assurance maladie doit partir du principe que c'est le secteur privé de la santé qui pose problème et qu'il faut l'éliminer.
Voilà un secteur qui emploie des médecins et des analystes pour refuser des soins médicaux à des patients dans le but de générer des profits. C'est un secteur qui est la cause de la moitié de toutes les faillites, et les 20.000 Américains qui sont morts l'an dernier faute de soins appropriés accusent ces sociétés de complicité de meurtre.
Les discussions actuelles sur le régime de santé qui ont lieu au Congrès ne portent pas du tout sur les tribunaux de la mort (*), l'option publique (**) ou la médecine socialisée.
Le vrai débat, le seul qui compte, c'est de savoir combien d'argent les compagnies d'assurance, les laboratoires pharmaceutiques et les services de santé privés, assoiffés de sang, vont bien pouvoir récupérer avec la nouvelle loi sur l'assurance maladie. Les propositions de projets qui sont examinées par le Congrès sont toutes conçues pour entraîner une augmentation des bénéfices de ces sociétés et l'aggravation de la pauvreté pour l'Américain ordinaire.
L'état capitaliste, habilité à la fois par les Démocrates et les Républicains, est une fois encore en train de cannibaliser le ministère des finances. Il pousse une fois de plus les Américains, et, en particulier, les démunis et la classe ouvrière, à des niveaux de désespoir et d'exaspération qui continueront à alimenter les mouvements violents proto-fascistes qui surgissent en marge de la société américaine. Et les garde-fous traditionnels – les élus, la presse et les associations de citoyens – sont aussi inutiles que les dandys parfumés d'une époque ancienne qui occupaient leurs journées à intriguer à la cour de Versailles.
Le Canada (***) n'a jamais paru aussi attrayant.
Les Démocrates planchent actuellement de concert avec les lobbyistes des compagnies d'assurance, de l'industrie pharmaceutique et des fournisseurs d'assurance médicale privée pour élaborer la législation sur une couverture maladie.
"Les acteurs du secteur industriel et commercial sont dans la place, cette fois-ci " a déclaré David Merritt, directeur de projet au Center for Health Transformation de Newt Gingrich (républicain) "alors, il y a un vide à l'extérieur".
Et tous ces lobbyistes ont déjà éliminé une "option publique" viable et se sont assuré que rien dans les projets de loi ne barreront la route à leurs profits en hausse et à leur aptitude à abuser les gens.
"Ce sera, grosso modo, une loi gouvernementale qui vous imposera d'acheter leur produit défectueux" explique le professeur David Himmelstein, qui enseigne à l'école de médecine d'Harvard et qui a créé l'association "Physicians for a National Health Plan" (médecins pour un régime de santé national).

"Ensuite, le gouvernement imposera une Ford Pinto dans chaque garage, un jouet en plomb pour chaque enfant et des biscuits à la mélamine pour chaque chien."
"L'assurance-maladie n'est pas une course vers le sommet, c'est une course vers le bas", m'a-t-il dit. "Pour gagner de l'argent, il faut duper les gens. Et si un programme de soins de santé public n'est pas destiné à abuser les patients, il va se retrouver avec les patients qui coûtent cher. Les cotisations augmenteront jusqu'à ne plus être concurrentielles. Les conditions qui ont été fixées pour ce projet comprennent une option publique bancale. Dans le meilleur cas de figure, il y aura des dizaines de millions de personnes qui ne seront en définitive pas assurées et ce nombre grimpera au fur et à mesure que les gens n'auront plus les moyens d'avoir une police d'assurance privée."

La participation de ces sociétés privées à l'élaboration de la législation sur le régime d'assurance maladie n'a pas empêché des personnalités comme Rick Scott, l'ancien président directeur de la compagnie d'assurance maladie privée Columbia/HCA de chercher à faire avorter toute forme de projet.
La compagnie de Scott a dû rembourser à l'Etat 1,7 milliards de dollars pour fraude – l'arnaque à l'assurance-maladie la plus importante de tous les temps - pour avoir escroqué le fisc de centaines de millions de dollars en surfacturant les soins médicaux. Scott, qui s'est rempli les poches essentiellement grâce à Medicare (assurance-maladie publique pour les plus de 65 ans, NDT), inonde actuellement les ondes avec sa campagne de pub de 20 millions de dollars pour inspirer la colère et la crainte à des millions d'Américains.
Ses pubs sont gérées par CRC Public Relations, le groupe qui avait organisé les attaques “''Swift boat''” contre le candidat démocrate, John Kerry, lors des présidentielles de 2004 (prétendant que celui-ci avait menti à propos des médailles reçues à l'issue de la guerre au Vietnam, NDT).

"Ils utilisent notre argent pour faire campagne contre nous" dit le professeur Himmelstein. "L'argent pour ces publicités provient des assurances privées qui prélèvent des frais aux malades.
Nous avons connu cela précédemment dans le Massachusetts. En 2000, nous avons organisé un vote concernant un régime de couverture médicale universelle, et le secteur des assurances privées, dont la compagnie où je suis assuré, a investi 5 millions de dollars pour faire campagne. Ils ont utilisé mes cotisations pour dénigrer un projet que, d'après les sondages, 70% de la population au Massachusetts approuvait avant cette campagne diffamatoire. Le système de soins de santé universel était battu de peu".

Le projet de loi actuellement au Congrès imposera à la population, dans le meilleur des cas, le modèle avorté du Massachusetts. Ce modèle exigera que les Américains contractent une police d'assurance privée. Il y aura quelques aides pour les très pauvres mais pas pour tous ceux dont le revenu modeste dépassera un certain plafond. Les assureurs auront l'autorisation de continuer à gonfler le montant des cotisations, y compris pour les personnes âgées.
Les faillites provoquées par les frais médicaux et les cotisations en hausse constante augmenteront en même temps que les franchises et les autres sommes à la charge de l'assuré. De nombreuses familles n'auront plus accès aux soins de santé. Dans le Massachusetts, un assuré sur six affirme ne pas avoir les moyens de se soigner, et 30.000 personnes ont été rayées des listes des bénéficiaires du programme de santé public ce mois-ci à cause des coupes budgétaires.
On peut s'attendre à la même débâcle à l'échelle nationale.

"Pour quelqu'un de mon âge qui gagne 40.000 dollars par an, il faut débourser 5000 dollars de prime d'assurance pour une couverture santé qui ne couvre rien si on n'a pas versé au préalable la somme de 2000 dollars ", explique Himmelstein. "Vous en êtes déjà de 7000 dollars de votre poche avant même de pouvoir bénéficier de soins médicaux. Pour la majorité des gens cela signifie qu'ils sont déjà endettés avant de bénéficier de leur assurance maladie. Et au bout du compte, leur situation a empiré. Au lieu d'avoir ces 5000 dollars pour acquitter certaines de leurs dépenses de santé, ils les ont versés pour les primes d'assurance".

Les Etats-Unis dépensent deux fois plus que les autres pays industrialisés pour les soins de santé - 7129 dollars par tête— alors que 45,7 millions d'Américains n'ont toujours pas d'assurance maladie et que des millions d'autres ont une couverture santé insuffisante. Actuellement, il y a 14.000 personnes qui se retrouvent chaque jour sans assurance maladie.
Un article dans le journal "Health Affairs" estime que, si le système reste tel quel, un dollar sur les cinq que dépenseront les Américains en 2017 ira à la couverture santé. L'administration et la paperasserie des assurances privées comptent pour un tiers, 31%, de chaque dollar consacré à l'assurance maladie.
Rationaliser les payements en regroupant toutes les opérations dans un seul organisme à but non lucratif et géré par l'Etat (****) ferait économiser plus de 400 milliards de dollars par an - assez, souligne l'association "Physicians for a National Health Plan", pour offrir à tous les Américains une couverture des soins complète et de qualité. Mais cette loi (appelée: America’s Affordable Health Choices Act of 2009) qui est proposée, au lieu de faire baisser les dépenses, augmentera le déficit budgétaire fédéral de 239 milliards de dollars sur une période de dix ans. Et si cela est très bon pour les intérêts privés, c'est très mauvais pour nous.
Les lobbyistes ont, comme ils l'ont fait pour le sauvetage scandaleux des banques et des sociétés d'investissement, détourné la législation pour escroquer le citoyen. Les cinq plus grandes assurances privées et leur groupe financier, America’s Health Insurance Plans, ont dépensé plus de 6 millions de dollars pour faire du lobbying au cours du premier trimestre 2009.
Pfizer, le leader mondial de l'industrie pharmaceutique, a dépensé plus de 9 millions de dollars au cours du dernier trimestre de l'année 2008 et des trois premiers mois de cette année.
Le Washington Post indique que jusqu'à 30 membres du Congrès des deux partis qui font partie de comités charnières détiennent des parts importantes dans des compagnies d'assurances privées pour une somme totale comprise entre 11 et 27 millions de dollars.
Le directeur de la politique de santé d'Obama qui rejette l'idée d'un organisme de santé unique géré par l'état, a été membre des conseils d'administration de plusieurs groupes privés de santé.
Obama et les dirigeants du Congrès ont exclu du débat les défenseurs d'un organisme central public. La presse, y compris des journaux comme le New York Times, traitent de marginal le mouvement pour un organisme public unique. Les chaînes de télévision n'en parlent pratiquement jamais. Or, entre 45 et 60 % des médecins y sont favorables. Entre 40 et 62% de la population, parmi lesquels 80% de démocrates encartés, souhaitent aussi un organisme central public unique pour tous.
La capacité des sociétés privées de discréditer et de faire taire les voix qui représentent au moins la moitié de la population est une preuve supplémentaire désespérante de la puissance des intérêts privés.

"Nous envisageons toute une série d'actions marquantes pour le début de l'automne" dit Himmelstein, "parmi lesquelles, des manifestations dans les capitales des états avec des médecins de tout le pays, des vidéos conférences dans 70 ou 80 villes, et des manifestations où des médecins s'enchaîneront éventuellement aux grilles de la Maison Blanche".

N'oubliez surtout pas d'aller les rejoindre.

Chris Hedges a été co-lauréat du "Pulitzer prize" pour une série d'articles publiés par le New York Times sur le terrorisme mondial. Il a écrit: Collateral Damage: America's War Against Iraqi Civilians ("dommages collatéraux: la guerre des Etats-Unis contre la population civile en Irak"). Il publie régulièrement des articles sur le site TruthDig et fait partie du "Nation Institute" .
Son dernier livre s'intitule: Empire of Illusion: The End of Literacy and the Triumph of Spectacle.

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Notes:

Tribunaux de la mort (*)
Sarah Palin, éphémère co-listière du candidat républicain à la présidence, bête, méchante et nuisible, a déclaré à propos de la réforme de santé que le système défendu par l'administration Obama impliquera un rationnement des soins dont les principales victimes seront "les malades, les vieux et les handicapés".
"Mes parents ou mon bébé trisomique devront comparaître devant le 'tribunal de la mort' d'Obama".

L'option publique (**)
Obama avait promis pendant la campagne d'instaurer une option publique de l'assurance maladie qui aurait été accessible à tous les citoyens parallèlement au système du privé. Une sorte de compromis entre le régime de soins de santé universel et le système actuel donnant l'exclusivité aux intérêts privés, sauf pour Medicare et Medicaid ( ~ soins gratuits pour les plus démunis).
Apparemment, c'est passé à la trappe. Rien d'étonnant à cela: les lobbys ne veulent pas entendre parler de système de santé payé par la solidarité nationale, ou, comme ils disent, de "médicine socialisée". Et les lobbys ont été fort généreux avec Obama pour sa campagne. On ne va pas se fâcher pour des broutilles, hein?
A noter: la réforme du système de santé avait également été entreprise par le duo Clinton en 1993. Mais une féroce campagne de dénigrement a fait capoter le projet qui a été rejeté par un Congrès pourtant à majorité démocrate.
Pour cette nouvelle tentative, on ne peut donc pas sombrer dans l'optimisme béat.

(***) Médecine au Canada

Et puis, des meetings ont lieu actuellement dans tous les US, menés par les élus au Congrès. Ces réunions ont été perturbées par des milices violentes qui cherchent coûte que coûte à empêcher les débats.

Un seul organisme à but non lucratif et géré par l'Etat (****): en anglais: "single-payer". Trop succinct pour être facile à traduire. Ce que demandent les militants pour un système de santé universel, c'est qu'il y ait une caisse publique chargée de centraliser tout ce qui concerne les soins de santé et non pas de multiples sociétés privées indépendantes – ce qui permettrait d'économiser suffisamment d'argent pour que chaque citoyen aux Etats-Unis puisse bénéficier de soins médicaux.
Comme indiqué dans le texte, non seulement ce n'est pas à l'ordre du jour, mais cette revendication est passée sous silence. Evidemment, car pour le coup, les groupes privés prendraient sans doute carrément les armes pour défendre leur bifteck.
Précision: non seulement il y a ceux qui ne sont pas assurés, mais il y a aussi des millions d'autres qui ont une assurance de base qui ne couvre pas tous les cas de figures.
Ainsi, par exemple, naguère, c'étaient les employeurs qui payaient l'assurance-maladie de leurs salariés, mais aujourd'hui, il y a de plus en plus d'employeurs qui s'en dispensent.
Wal-Mart, le plus grand exploiteur aux US, outre le fait qu'il paie le salaire minimum pour des emplois souvent à temps partiel, n'offre pas l'assurance-maladie. Il a sa propre assurance privée qu'il vend à ses employés, mais comme elle est trop chère, ceux-ci sont contraints d'aller s'assurer ailleurs. S'ils le peuvent. C'est le choix qui s'offre à eux: mal assurés ou pas assurés du tout.

Pour avoir plus d'infos:

Et aussi:
Sept façons de riposter à la menace fasciste grandissante

Conclusion
Obama, métis et démocrate, sera toujours haï par les bas du front républicains, instrumentalisés par des fachos au pouvoir (politique, financier et médiatique). Mais comme tous les démocrates avant lui, c'est à eux qu'il donnera satisfaction au bout du compte.
Ils font partie du même monde, d'où les gueux sont exclus. Des gueux qui représentent au moins 90% de la population – 270 millions de personnes grosso modo, quoi.
Ca fait du monde, non?

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Ceux qui ne sont pas assurés sont plus nombreux que la population des états en rouge (recensement de 2006)
Lire ici

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News from US of A

Ted Kennedy
Imparfait comme tout le monde, parfois plus. Mais je l'aimais bien. Je ne sais pas trop pourquoi. Sans doute pour certaines de ses prises de position. Pour un professionnel de la politique né avec le pain et le couteau, et la cuillère en argent, il ne s'en est pas si mal sorti.

Hommage (en anglais)

Troy Davis: du nouveau et de l'espoir