La gauche et l'islam
Par emcee le samedi 18 juillet 2009, 10:55 - Moyen Orient - Lien permanent
Par GILAD ATZMON
Ici, l'auteur explique qu'il faut que la gauche occidentale se pose des
questions sur son attitude vis-à-vis des peuples à majorité musulmane. Et en
particulier sur son soutien mitigé et ponctuel à la Palestine. Et mène une
réflexion globale sur son approche à la religion.
Traduction de:
The Left and Islam
Thinking Outside of the Secular Box
Counter Punch Weekend
Edition
10-12 juillet 2009
Mener une réflexion hors du moulin à laïcité
"La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde
sans cœur, comme elle est l'esprit des conditions sociales d'où l'esprit est
exclu. Elle est l'opium du peuple."
Karl Marx 1843
(…)
Aussi terrible que cela puisse paraitre à certains, nous ne sommes pas aussi
libres que nous le croyons. Nous ne sommes pas vraiment les auteurs de la
plupart de nos pensées et de notre appréhension des choses. Notre condition
humaine nous est imposée ; nous sommes le produit de notre culture, de
notre langue, de notre endoctrinement idéologique et dans beaucoup de cas, nous
sommes victimes de notre paresse intellectuelle.
Dans la plupart des cas nous sommes pris au piège de nos idées préconçues et
cela nous empêche de voir les choses telles qu'elles sont réellement. Et donc,
nous avons tendance à interpréter et, dans la plupart des cas, mal interpréter
les cultures étrangères à la nôtre en utilisant notre propre système de valeurs
et notre code de moralité.
Cette tendance a des conséquences graves. Pour une raison que j'ignore, "nous"
(occidentaux) sommes enclins à penser que "notre" supériorité technologique
alliée à nos "lumières" bienaimées nous gratifie d'un "système éthique
absolutiste anthropocentrique, laïc et rationnel" aux principes moraux
au-dessus de tous les autres.
La gauche *libérale
En occident, on distingue deux groupes idéologiques qui rivalisent pour
conquérir nos cœurs et nos esprits; les deux affirment savoir ce qui est "mal"
et qui est "bien".
La gauche libérale, qui privilégie la liberté individuelle et l'égalité des
citoyens et la gauche radicale, qui tend à croire qu'elle possède un outil
"social scientifique" qui lui permet de détecter qui est "progressiste" et qui
est "réactionnaire".
Dans l'état actuel des choses, c'est sur ces deux doctrines laïques modernistes
que s'appuie notre éthique politique occidentale. Mais en réalité, elles ont
abouti à l'effet inverse. Ces deux idéologies, chacune à sa façon, nous ont
conduits à un état d'aveuglement moral. Ce sont ces deux courants soi-disant
"humanistes" qui, soit préparent sciemment le terrain pour les guerres
coloniales d'intervention (pour les libéraux), soit n'ont pas réussi à s'y
opposer parce qu'elles sont basées sur des idéologies fausses et des arguments
erronés (pour l'extrême-gauche).
Libéraux et radicaux, dans leurs formes occidentales visibles et courantes,
laissent entendre que la laïcité est la réponse aux maux de la planète.
Sans aucun doute, la laïcité à l'occidentale peut servir de remède à un certain
malaise social en occident. Toutefois, les idéologies des libéraux et de
l'extrême gauche occidentaux, dans la majorité des cas, ne parviennent pas à
intégrer que la laïcité est en soi l'aboutissement naturel de la culture
chrétienne, à savoir un produit directement issu de la tradition chrétienne et
de l'ouverture vers une existence civile indépendante. En occident, la sphère
spirituelle et la sphère civile sont largement séparées. Et c'est cette
division même qui a engendré la laïcité et le discours sur la
rationalité.
Et c'est cette division même qui a également donné naissance à un système de
valeurs morales laïques dans l'esprit des Lumières et du modernisme.
Mais cette division même a également engendré certaines formes brutales de
fondamentalisme laïque qui s'est transformé en une vision antireligieuse
primaire qui n'est en fait que du sectarisme. C'est, en réalité, cette laïcité
radicale très trompeuse qui a conduit l'occident à mépriser un milliard d'êtres
humains simplement parce qu'ils ne portent pas le bon foulard ou se trouvent
avoir foi en quelque chose qui n'est pas dans notre culture.
Progressif vs Régressif
L'islam et le judaïsme, contrairement au christianisme, sont des doctrines
tournées vers la tribu. Plutôt que de l'"individualisme éclairé", c'est en fait
la survie de la famille élargie qui est au centre de ces deux doctrines.
Les Taliban, dont la politique est considérée par la plupart des occidentaux
comme la plus abominable qui puisse exister, ne se sentent simplement pas
concernés du tout par les questions de libertés individuelles ou de droits de
la personne. C'est la sécurité de toute la tribu ainsi que la sauvegarde des
valeurs familiales selon le coran qui sont au cœur de leurs
préoccupations.
Le judaïsme rabbinique n'est en rien différent. Il sert en gros à préserver la
tribu juive en instituant le judaïsme comme "mode de vie".
Que ce soit dans l'islam et dans le judaïsme, il n'y a guère de séparation
entre le spirituel et la vie civile. Les deux religions sont des systèmes qui
apportent des réponses approfondies en termes de spiritualité, de vie civile,
culturelle et quotidienne. La Haskalah, le mouvement de pensée
juif, a largement permis l'assimilation des juifs grâce à la sécularisation et
à l'émancipation, et a engendré diverses formes modernes de l'identité juive,
dont le sionisme. L'universalisme issu des Lumières n'a toutefois jamais été
absorbé par le corps du judaïsme orthodoxe. Comme pour le judaïsme rabbinique,
qui est totalement étranger à l'esprit des Lumières, l'islam ne se reconnaît
pas dans les valeurs de modernité et de rationalité eurocentriques. A cause de
l'interprétation des Ecritures (l'herméneutique), l'islam et le judaïsme
s'inscriraient plutôt, en réalité, dans l'esprit de la post-modernité.
Ni l'idéologie de la gauche radicale ni le libéralisme ne s'intéressent
politiquement ou intellectuellement à ces deux religions. Ce fait est
désastreux, car la plus grande menace qui plane actuellement sur la paix dans
le monde est constituée par le conflit arabo-israélien; un conflit qui se
transforme rapidement en une guerre entre un état juif expansionniste et la
résistance islamique.
Et pourtant, les idéologies à la fois des libéraux et des radicaux n'ont pas
les moyens théoriques nécessaires pour comprendre les complexités de l'islam et
du judaïsme.
Les libéraux rejettent l'islam, le considérant comme abominable à cause de sa
position sur les droits humains, les droits des femmes en particulier. Et
l'extrême-gauche tombe dans le piège de dénoncer la religion en général comme
étant "réactionnaire".
Peut-être sans le vouloir, libéraux et radicaux tombent là dans le discours
suprématiste. Dans la mesure où l'islam et le judaïsme sont plus que de simples
religions, qu'ils constituent un "mode de vie" et apportent une réponse très
complète aux questions existentielles, la gauche libérale occidentale risque de
rejeter complètement un énorme pan de l'humanité.
Dernièrement, je traitais d'islamophobe un militant d'extrême gauche, sincère
et actif, qui accusait le Hamas d'être "réactionnaire".
Ce militant, qui, à l'évidence, soutient la résistance palestinienne réagissait
aussitôt en affirmant que ce n'était pas seulement l'islamisme qu'il
condamnait, mais également le judaïsme ou le christianisme. Pour une raison que
j'ignore, il était persuadé qu'haïr toutes les religions pareillement, le
plaçait parmi les humanistes. Le fait qu'un islamophobe soit aussi
christianophobe et judéophobe n'est pas nécessairement le signe d'un engagement
humaniste.
Comme je contestais encore ce qu'il disait, il m'a alors répondu que c'était en
fait l'islamisme (à savoir l'islam politique) qu'il condamnait.
Je l'ai à nouveau contré en lui faisant remarquer que dans l'islam, il n'y a
pas de réelle séparation entre le spirituel et le politique. La notion d'islam
politique (l'islamisme) pouvait aussi bien être une mauvaise lecture de l'islam
par les occidentaux. Je lui ai expliqué que l'islam politique et même les rares
manifestations de jihad armé
sont simplement l'application de l'islam.
Hélas, notre discussion s'est arrêtée plus ou moins là.
Ce militant pour la solidarité avec la Palestine n'arrivait pas à saisir que,
dans l'islam, le corps et l'âme forment un tout.
La gauche en général est vouée à l'échec ici si elle ne se livre pas à une
réflexion sur le lien naturel qui existe dans l'islam entre la "matière" et le
soi-disant "opium des peuples".
Et si l'extrême gauche y parvient, ce ne sera rien de moins qu'un changement de
pensée radical.
Le changement, c'est ce que suggère *Hisham Bustani, marxiste indépendant
jordanien, qui écrivait récemment: ""La gauche européenne ferait bien de
procéder à un sérieux examen critique de son attitude envers les forces
populaires du Sud, qu’elle a la présomption de juger idéologiquement et
politiquement inférieures".
La Palestine
La solidarité avec la Palestine est une excellente occasion d'analyser la
gravité de la situation.
Il se trouve que, malgré le comportement criminel d'Israël envers les
Palestiniens, le mouvement de solidarité avec les Palestiniens n'est pas encore
devenu un mouvement de masse. Et il se pourrait bien qu'un tel mouvement ne
voie jamais le jour. Etant donné l'échec de l'occident à défendre les droits
des opprimés, les Palestiniens en ont, semble-t-il, tiré les leçons; ils ont
élu démocratiquement un parti islamique qui leur promettait d'organiser la
résistance.
Il est intéressant de noter que très peu de militants de gauche se sont
manifestés pour soutenir le peuple palestinien et son choix démocratique.
Dans le cadre de l'actuelle solidarité politique conditionnelle, nous perdons
des militants à chaque tournant de cette route sinueuse.
Parce que:
1) le mouvement de libération de la Palestine est principalement un mouvement
de libération nationale. A partir de là, on perd les militants de la gauche
internationaliste qui sont contre le nationalisme.
2) A cause de la montée du Hamas, la résistance palestinienne est aujourd'hui
considérée comme une résistance islamique. C'est là que nous perdons les laïcs
et les athées fanatiques qui s'opposent à la religion, ce qui les catapulte
dans le camp des PSP (Progressistes sauf pour la Palestine).
En fait, les PSP se répartissent en deux groupes distincts:
PSP1. Ceux qui sont contre le Hamas, qu'ils considèrent comme "réactionnaire",
mais qui, pour autant, reconnaissent que le Hamas a réussi à devenir un
mouvement de résistance actif. Ces militants attendent globalement que les
Palestiniens changent d'avis et reviennent à une société laïque. Mais ils sont
prêts à soutenir à l'occasion les Palestiniens en tant que peuple
opprimé.
PSP2. Ceux qui sont contre le Hamas qu'ils considèrent comme une force
"réactionnaire", et qui refusent d'admettre qu'il a réussi à devenir un
mouvement de résistance actif. Ceux-là attendent la révolution mondiale. Ils
préfèrent mettre les Palestiniens en stand-by pour l'instant, comme si Gaza
était un site balnéaire touristique.
Avec des forces de solidarité qui se délitent rapidement, nous nous retrouvons
avec un mini-mouvement de solidarité avec la Palestine, aux capacités
intellectuelles (occidentales) ridiculement limitées et qui mène des actions
moins positives au niveau de la base.
Cette situation dramatique a été expliquée par Nadine Rosa-Rosso, une
marxiste indépendante belge.
Elle affirme: "la gauche, dans son immense majorité, y compris les communistes,
veut bien soutenir le peuple de Gaza contre l'agression israélienne mais refuse
de soutenir ses expressions politiques comme le Hamas en Palestine ou le
Hezbollah au Liban".
Ce qui amène Rossa-Rosso à se demander: "Pourquoi la gauche et l'extrême
gauche mobilisent-elles si peu? Et en fait, pour être clair, la gauche et
l'extrême gauche sont-elles capables de mobiliser sur ces
questions?".
"Où maintenant?
"Si la gauche ne veut bien soutenir les droits humains en Palestine que si les Palestiniens dénoncent leur religion et leurs modes de pensée, leur héritage culturel et leurs traditions sociales et adoptent un nouveau système de valeurs, des valeurs étrangères et des comportements sociaux qui correspondent à ce qu'elle (la gauche) juge culturellement acceptable, cela signifie que le monde entier leur refuse un droit fondamental: celui de penser et de vivre dans le cadre des valeurs morales de leur choix", écrit Nahida Izzat
Nous devons apprendre à écouter. Plutôt que d'imposer nos croyances, nous
ferions mieux d'apprendre à écouter ce en quoi croient les autres.
Pouvons-nous suivre les suggestions de Bustani et de Rossa-Rosso et repenser
notre notion de l'Islam, ses racines spirituelles, sa structure, son équilibre
qui unit le spirituel et le civil, sa représentation de lui-même en tant que
"mode de vie"?
Que nous en soyons capables ou non, c'est une bonne question.
Une autre possibilité, c'est de réfléchir sur notre aveuglement et de traiter
les questions humanistes d'un point de vue humaniste (et non pas
politique).
Plutôt que de nous aimer grâce à la souffrance des autres, qui est la forme
extrême de la vanité, nous ferions mieux de nous intéresser enfin à ce qu'est
la véritable empathie. Nous mettre à la place de l'autre en acceptant l'idée
que nous ne comprendrons peut-être jamais complètement cet autre.
Au lieu de nous trouver admirables grâce aux Palestiniens, et à leurs dépens,
il nous faut accepter les Palestiniens pour ce qu'ils sont et les soutenir pour
ce qu'ils sont, sans les voir à travers le prisme de nos propres
convictions.
C'est la seule forme de véritable solidarité. Celle qui s'exprime dans la
conformité des valeurs et non pas d'une idéologie.
Elle place l'humain au centre des préoccupations. Elle renvoie à la perception
de Marx qui pense que la religion est le "soupir des opprimés". Si
nous affirmons ressentir de la compassion vis-à-vis de personnes, nous devons
apprendre à les aimer pour ce qu'ils sont plutôt que pour ce que nous voulons
qu'ils soient.
Par
Gilad Azmon
Son dernier CD: In Loving
Memory of America .
NB: Comprendre dans ce contexte: 'gauche libérale" = progressiste,
socialiste (en anglais: liberal) par opposition à "gauche radicale"=
extrême-gauche (leftist)
liens
Et voici des analyses très intéressantes sur la gauche européenne à lire
absolument (une est belge, l'autre jordanien; pas trouvé de coq (poule) gaulois
(e) dans le lot) 
Hisham Bustani:
Critique de la gauche européenne
La
gauche et l’appui à la résistance. par Nadine ROSA-ROSSO
En savoir
plus sur Nadine ROSA-ROSSO
Notes perso
Voilà, some"food for thought".
Il est clair que la gauche occidentale et, donc française, est complètement
en panne.
Le PS, parmi lesquels il doit bien rester quelques gens de gauche (non? mais
ils sont où, alors?), est dans les choux, dévoré par le libéralisme économique,
le sécuritarisme, le combat des chefs et la course au maroquin dans un
gouvernement de droite extrême …
Le PS n'est plus crédible et, apparemment, ne cherche même plus à l'être.
Mais la gauche, elle, non plus. Trop de tergiversations, d'immobilisme,
d'invectives, d'alliances improbables. Le flou artistique dans les programmes
…
La gauche passe son temps à taper sur les autres formations, mais, à l'approche
des élections, demande aux autres de venir faire l'unité avec elle.
C'est quoi, cette mascarade?
La gauche séparée réunit chacune 5% des voix aux élections. Les tenants de
l'unité pensent que cela ferait 10% s'il y avait un front commun.
Je ne le pense pas, mais quand bien même?
Tout un ramassis hétéroclite de ressasseurs de vieilles lunes et de rancœurs ne
constituera en rien un changement.
Il est où le rêve?
Alors, une réflexion sur tout ça, sur nos certitudes bouffies de suffisance
et notre attitude hautaine envers ceux qui tentent quelque chose sur le terrain
(Chavez, Morales, le Hamas, etc.)?
Certes, mais quand je lis ce que je lis sur certains sites de gauche, je me dis
que c'est pas demain la veille.
Et puisqu'on parle de l'islam, vous connaissez Vincent Geisser?
Voici ce qu'en dit la passionaria de la laïcité intégriste, le jour même où
se réunissait le conseil de discipline).
Mais pour des infos plus ... réalistes: voir ici
Et
ici
Il y a un bon article de Sieffert à ce sujet dans Politis du 25 juin. Si
vous avez encore la version papier. Evidemment. Parce que sinon, pour les
articles publiés sur le web, c'est râpé.
Et puisque j'en suis à citer les grosses pointures du web, bouclons la boucle
avec Fontenelle qui évoque
CF, citée plus haut.
Ce qui m'amène tout naturellement à la …
.... Rubrique: ça n'a rien à voir mais un peu quand
même
Comme, évidemment, on va me reprocher de ne parler que de la Palestine et de
ne pas penser aux Ouïgours … eh bien, je n'en ferai rien pour l'instant, mais
je vous livre une réflexion de très haut niveau sur la situation là-bas, de
celui qui est le plus à même de parler des étrangers: notre ministre des
affaires du même nom.
Il pédale un peu, mais ça va aller. Il a pris ses cachets, maintenant.
On notera, entre autres, que les Ouïgours sont des "musulmans plutôt
ouverts, pas du tout sectaires".
Et que ça existe, cette race, ça nous fait vraiment plaisir, parce que les
Arabes, hein …
Vous avez compris, je vous fais pas un dessin.
Enfin, c'est juste pour dire.
Mais regardez donc
ici: c'est une vidéo très brève, pleine d'enseignement … et de
naufrage.
(Bon, les commentaires sont très mesquins à mon goût).
''NB: Les billets de ce blog ne sont pas en libre-service: veuillez respecter les règles énoncées sur la page d'accueil. Merci''

Commentaires
Il est très méchant Gilad — son article commence par une blague qu'il conseille de ne pas mettre à portée d'oreille des féministes : l'une d'elles, journaliste, constate qu'en Afghanistan, les femmes marchent derrière leur homme et, de retour aux États-Unis, lance une grande campagne en faveur de leur émancipation. Lors d'un second voyage, elle voit que les femmes marchent désormais huit mètres en avant, et s'en réjouit beaucoup — jusqu'à ce que son interprète lui fasse remarquer : «c'est à cause des mines».
Ça me rappelle les tribulations (réelles) d'un linguiste qui, dans le même pays, traquait le causatif (1) en demandant aux hommes : «En dari, comment dis-tu "je fais faire une robe à ma femme" ? Et "je fais faire (2) danser ma femme par mon ami" ? »
Il a fallu lui expliquer que les Afghanes ne se laissent rien tisser ni coudre sur le corps par personne d'autre qu'elles-mêmes. Et la seconde question était si obscène que Monsieur K. a dû partir séance tenante pour poursuivre ses investigations à l'autre bout de l'aire linguistique du dari (qui n'est pas grande, ma foi).
———
(1) Forme verbale sans équivalent en français, qui exprime l'idée de «faire faire (quelque chose par quelqu'un d'autre que soi-même)». Le plus approchant serait un truc du genre «commander (une robe d'enterrement au couturier, un buffet Henri Trois à l'ébéniste, un souper fin à la bonne, des idées au PS, etc.)». La sous-traitance, quoi.
(2) Double causatif (oui, ça existe, pour exprimer la sous-sous-traitance).
Merci Pièce Détachée pour ces explications intéressantes.Eh, oui, les langues, au départ, créent les mots et les formes syntaxiques qui sont nécessaires à la communication. Elles évoluent avec le temps, quand le besoin se fait sentir.
Pour l'anglais, par exemple, les mots issus de l'anglo-saxon sont les mots du quotidiens (manger, boire, aller, venir, etc). La langue a évolué pendant l'occupation normande - d'où la multitude de mots directement issus du français.
Il n'est pas dit que le dari évoluera grâce aux envahisseurs modernes, et ce n'est sans doute pas souhaitable, mais espérons qu'un jour les Afghanes connaîtront une véritable émancipation.
Pour ce qui est de l'histoire racontée au début, je ne l'ai pas traduite, parce que je la connaissais déjà
et surtout qu'elle n'était pas esentielle
pour la suite, mais merci de l'avoir fait à ma place.
Je me doute bien que tu connaissais la blague, et je ne fais rien à la place d'autrui. J'avais juste besoin, grand besoin, besoin croissant, de rire pour ne pas mourir prozaquifiée® de désespoir. L'anecdote linguistique n'était qu'un exemple des malentendus plus ou moins ridicules ou monstrueux qu'on se reçoit dans la face en ouvrant grand les bras vers «l'Autre» dans un élan ému dépourvu de travail documentaire et de réflexion (sur soi-même d'abord et d'où l'on parle, comme l'écrit Gilad).
Toutes les langues sans exception me semblent extraordinaires. Oui, leurs locuteurs «créent les mots et les formes syntaxiques qui sont nécessaires» — je ne dirais pas «à la communication», mais à la représentation de ce dont ils sont partie prenante :
«Les Eskimos conserveraient-ils bien longtemps les si nombreux mots qu'ils ont pour désigner les différents états de la neige, ou les Kabyles pour distinguer chaque degré de mûrissement des figues, s'ils étaient brusquement transportés, les premiers en Kabylie, les seconds au Groenland ?» (Jaime Semprun, Défense et illustration de la novlangue française, Paris, Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2005, p. 15).
Les religions aussi, et toutes les cultures, «créent les mots et formes syntaxiques (et symboliques) qui (leur) sont nécessaires». Et potasser des grammaires et des abrégés ne suffit pas ; c'est ce que j'essayais de dire.
Le dari n'a probablement pas les moyens d'évoluer, et pour l'instant les Afghanes non plus. Encore moins avec les grands effets de manches des va-t'en-guerre de l'OTAN — et si elles évoluent, l'american-way-of-thinking-dans- la-bonne-langue les attend au tournant : est-ce bien cela que veut dire Gilad, ou j'ai tout faux ?
Hors sujet (quoi que) : les influences normandes sur l'anglais sont, pour faire bref, un sujet passionnant (j'aime bien l'histoire de pig / pork ; sheep / mutton ; cow / beef). Normandes, mais pas que : on dit encore très couramment, dans le Morvan, «ne m'détorbe point», «y m'a destorbé» (to disturb). À moins que l'influence n'aille ici dans l'autre sens : pas loin de chez moi, un village s'appelle Island.
Yourze trouli.
C'est très intéressant tout ça.

J'aime aussi les langues, quelles qu'elles soient. Beaucoup de choses s'expliquent en effet par l'étude des langues (cf Chomsky). Pas tout, évidemment.
Pour ce qui est des Eskimos, les pauvres, je crains fort qu'ils n'aient pas beaucoup de chemin à faire pour que les termes pour décrire la neige ne deviennent obsolètes
Oui, j'ai dit "communication" (de base) en pensant justement à "pig" et pork".
Oui, il y a en Normandie pas mal de termes qui viennent de l'anglais aussi. Probablement l'entente cordiale de l'époque
Pour ce qui est de la blague, je ne sais pas trop ce que tu as compris, mais je comprends que la journaliste américaine est imprégnée de sa culture - et de la propagande US ("nous allons libérer les femmes") - et elle ne voit ces femmes qu'à travers ses propres idées préconçues. Là encore, Gilad le dit, d'ailleurs.
Bon, maintenant, les malentendus avec des personnes de cultures différentes ne sont pas rédhibitoires et si on s'intéresse à l'autre, on est tout excusé.
C'est l'arrogance - ou le mépris - qui est insupportable. Et il n'y a pas besoin de langue de communication pour le comprendre.
allez, bizzz
"Mais cette division (sphère civile/sphère spirituelle) même a également engendré certaines formes brutales de fondamentalisme laïque qui s'est transformé en une vision antireligieuse primaire qui n'est en fait que du sectarisme. C'est, en réalité, cette laïcité radicale très trompeuse qui a conduit l'occident à mépriser un milliard d'êtres humains simplement parce qu'ils ne portent pas le bon foulard ou se trouvent avoir foi en quelque chose qui n'est pas dans notre culture", dit le poète.....
C'est drôle voilà qui fait écho à une discussion sur un autre fil ...
Bon, voilà une réflexion intéressante, que dis-je révolutionnaire, n'ayons pas peur des mots, et il me semble (ou c'est moi qui ne fréquente que les bons sites ?) que petit à petit, des voix intelligentes et simplement profondément humanistes comme celle ci, se font de mieux en mieux entendre.
Un peu d'optimisme donc, serions nous comme ça tout doucement en train de basculer vers une nouvelle conscience globale de l'humanité, en train de charger les batteries pour une civilisation mondiale du réel, et sortir tranquillou de cette stagnation intellectuelle qui nous plombent depuis bien 60 ans ?
J'ai cliqué sur ce qui semblait être un lien vers l'auteur Gilad Aztmon, mais fausse piste, le lien ne fonctionne pas.
Ce qui fait que je ne sais rien de cet homme, qui il est, quelle est son origine, quelle légitimité, et au nom de qui de quoi parle-t-il ?
Est-ce important ? Oui, je crois !
Peut-être ces soutiens internationaux sont-ils aussi outragés par le non respect éhontés par Israël et les USA des traités internationaux, que uniquement par sympathie envers les palestiniens dont finalement ils ne savent pas grand chose ?
Je trouve que l'auteur assimile facilement la lutte nationale palestinienne à une guerre de religion.
Comme tu es con, mon pauvre petit, comme tu es con...
Et prétentieux, en plus ! Enfin...
Et Pom ne comprendra rien lorsque lui et ses enfants passeront à la mitraillette. Pauv' petit Pom !
A M. Goux, ce blog n'a aucune vocation à servir de défouloir contre des individus, bloggeurs ou commentateurs.
Dire de quelqu'un d'autre qu'il est "con", sans autre forme de procès, en s'érigeant, ainsi, en étalon des Lumières et de la Pensée, n'a jamais grandi son auteur.
@Pom,
Je ne pense pas que nous soyons, en occident, de près ou de loin, prêts à franchir le pas vers un "humanisme" tel que décrit ici.
Les "laïques fondamentalistes" ne sont pas si nombreux, mais c'est sur eux que s'appuient les politiques pour justifier les politiques sectaires qui servent à diviser la société et à créer des boucs-émissaires. Détournant par là-même l'esprit qui animait ceux qui ont mis en place la laïcité.
D'autre part, GA ne préconise pas l'abandon de la laïcité pour la religion, mais explique que vouloir imposer à d'autres dont ce n'est pas la culture nos propres concepts, c'est décider que nos critères sont supérieurs aux leurs. Et conditionner notre soutien à ce postulat.
Ce qui veut dire qu'un peuple opprimé doit "mériter" notre soutien en acceptant des compromis (comme pour la paix en Palestine).
Un peu comme on donne un euro à un mendiant en lui disant: "Mais n'allez pas le boire, hein!".
Quant à ce que j'ai dit sur le discours d'Obama devant les dirigeants arabes, je le maintiens. Le président des Etats-Unis n'a pas à s'adresser à eux en tant qu'"islam" et figer les pays arabes dans l'interprétation la plus sectaire de l'islam.
Zadig,
"guerre de religion": je ne crois pas que ce soit le propos de GA ici. Il explique plutôt que la religion fait partie intégrante de la culture, et définit un "mode de vie".
Une politique publique, en quelque sorte.
Pour ne citer qu'un exemple, la consommation de porc, interdite par les religions juive et musulmane, a un sens, et a été imposée (ou officialisée) par les deux religions parce que la viande de porc était malsaine.
D'abord, contrairement aux autres animaux d'élevage, qui sont herbivores, le porc se nourrit de bien d'autre chose, dont d'excréments et de charogne.
Et donc, le porc peut être vecteur de maladies graves, voire mortelles. Et était particulièrement nocif dans des pays chauds où il n'y avait pas de possibilité de conservation.
Quant à trouver un compromis entre religion et politique, il y a certainement des possibilités (d'ailleurs, la Palestine était un état laïque), mais là encore, ce n'est pas à nous de nous immiscer, mais plutôt à nous de ne pas les en empêcher.
J'ai mis mes réflexions en stand by, après tout la majorité s'en bat les flancs et cultive son petit bout de jardin perso, quitte à grignoter sur celui du voisin : spectacle détestable mais rien ne sert de se voiler la face, c'est bien cette majorité qui pousse le monde comme il va, on lui distille suffisamment de peurs sournoises et insidieuses de toutes parts pour qu'elle serre les fesses et enserre dans ses petits doigts crochus sa cassette, putain de cassette !
Il existe, hors internet, des gens sensibles, qui marchent lentement mais avec détermination à reculons vers des fondamentaux oubliés et c'est pas de faire le prolo "pour voir" quand tu peux faire autre, c'est faire l'humain et toutes ses sensations éteintes les unes après les autres, éteintes par la recherche de la performance, toujours plus haut, toujours plus loin de la douce sensation d'être au monde, poussière parmi les poussières.
Je pourrais dire : qui est Didier Goux ?
Mais non, je connais son blog. Un mec qui écrit comme dans les livres d'école. Il écrit bien. Oui. Ce qui rend la lecture de sa différence facile. Mais chez lui, c'est, plus qu'ailleurs, entre les lignes que l'important se dit. Il nous dit notamment "je suis français et fier de l'être". Sans doute le peut-il, être fier. Partout dans le monde des gens admirent la France et ses français. Mais pour leur insolence, leur esprit insoumis, créatif et révolutionnaire. Je ne sais pas quelle part Monsieur Goux prend dans cette admiration. Je sais qu'il faut souffrir beaucoup pour se ratatiner les neurones en position de défense perpétuelle, que même l'eau qui ne craint rien ne saurait y trouver un chemin. On n'est donc pas ici avec une réflexion politique mais avec une position antalgique banale : je vis mal, et sans doute les autres en sont les seuls responsables.
Didier Goux : balance toi la 111 fortissimo, et laisse les larmes couler. Tu ne seras alors pas loin du bonheur.